François Hollande : "Il faut infliger des droits de douane nous aussi : Donald Trump ne fléchira pas"
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un ancien président de la République. Aujourd'hui député, question, réaction au 01-45-24-7000 et sur l'application Radio France. François Hollande, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, alors que l'histoire s'écrit chaque jour sous nos yeux depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir il y a un mois. Point d'orgue, vendredi, ce clash ahurissant avec le président Zelensky dans le bureau Oval, diffusé en direct dans le monde entier. François Hollande, on savait que l'élection de Donald Trump n'était pas une bonne nouvelle pour l'Ukraine.
Mais auriez-vous imaginé une scène aussi brutale, violente, humiliante en Mondovision ?
Non, parce que précisément, Donald Trump joue sur la sidération. Et donc, ce qui est inimaginable peut se produire avec lui. Et c'est ce qui a donné lieu à cette scène. Néanmoins, cette scène, elle a sûrement été préméditée. C'est-à-dire avec l'offensive.
Vous allez vous demander, c'est la grande question qui se pose, est-ce que c'était spontané ou est-ce que c'est un piège qui a été tendu à votre sens, c'était prémédité ?
Elle était préméditée parce que dans la diplomatie, il y a toujours ces 2-3 minutes, lorsqu'il y a un entretien avec le président américain dans le bureau, 2-3 minutes de civilité, où chacun vient dire combien il est à la fois heureux de la rencontre et déterminé pour aboutir à une conclusion. Ce n'est pas du tout ce qui s'est produit.
En général, ça dure 3-4 minutes devant les caméras, les journalistes prennent les photos et ensuite ils les sortent.
Les caméras se retirent. Donc, c'est une manœuvre qui consiste à déconsidérer l'invité, à l'intimider, c'est ce qu'a fait le vice-président américain, et ensuite à lui demander de signer un accord, puisque c'était ça l'objectif. L'objectif de Donald Trump, il faut bien le comprendre, n'est pas un objectif géostratégique, même s'il a ce lien maintenant avéré avec Vladimir Poutine. Son objectif, il est d'abord financier, il est mercantile, il est commercial, c'est-à-dire prendre ce qu'il est possible de prendre pour un pays qui est assiégé, envahi, c'est-à-dire les terres rares.
Ça peut paraître totalement inouï que le président américain, quand il parle lui-même de Troisième Guerre mondiale, ne soit obnibulé que par la volonté qui est la sienne de faire signer à Zelensky, de faire signer, d'ailleurs sur place, et comme il n'a pas signé, parce qu'en réalité, Zelensky tient bon à la fois dans l'échange, mais il tient bon aussi dans la dignité, il n'a pas signé l'accord. Et d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle, revenant en Europe, il commence à essayer de trouver une forme de reprise du dialogue. Donc c'était une opération qui était engagée pour Trump, pour faire céder Zelensky et pour impressionner.
Et d'ailleurs, de ce point de vue, il nous a tous impressionnés. Mais moi, en tout cas...
Il a fait de la bonne télévision, il a fait de la bonne télévision, comme il l'a dit. Il l'a dit à la fin, ça fera de la bonne télé.
Parce que, d'une certaine façon, il sait que son message passe par ce moyen-là, plus du tout par les formes ordinaires de conférences de presse, d'interviews d'un des journaux ou de déclarations au peuple américain. Donc, à partir de là, moi, j'avais déjà constaté que Trump, et c'est vrai que c'est une rupture, Trump n'est plus simplement un ami, le peuple américain, pour les liens que nous connaissons, mais il n'est plus un allié. Et c'est pire, c'est un partenaire, car il reste un partenaire, et de ce point de vue, il ne faut pas rompre un dialogue, mais il est un partenaire qui négocie avec notre adversaire.
Emmanuel Macron vous a répondu à cette phrase, parce que vous l'avez déclaré dans Le Monde il y a trois jours, en disant que les Etats-Unis et Trump ne sont plus nos alliés. Et il vous dit, je me garderai d'avoir des grandes formules. Il y a beaucoup de naïveté ou de réveil tardif chez beaucoup de gens qui s'expriment si durement. Les Européens ont été laissés seuls en Syrie. Vous êtes le premier à le savoir, François Hollande. Il y a eu le retrait unilatéral de l'Afghanistan. En gros, ça fait déjà 10 ou 15 ans que les Etats-Unis regardent ailleurs. Et ça ne date pas de Trump. En gros, c'est ce qu'il vous dit.
Et donc, la réponse, ça n'est pas de se lamenter, ça n'est pas de juger, c'est d'abord d'essayer au maximum d'engager les Américains à nos côtés, car nous avons besoin d'eux. Et en gros, aller dire ce matin à la radio ou dans Le Monde, ce n'est plus nos alliés, et bien ça accélérerait une rupture diplomatique dont nous n'avons pas besoin d'Yves. Emmanuel Macron, vous lui répondez quoi ?
La naïveté, elle a consisté, effectivement, en Syrie, à laisser Bachar el-Assad, alors même qu'il avait utilisé des armes chimiques. La naïveté, elle a été aussi dans le dialogue avec Vladimir Poutine, y compris jusqu'au bout, en pensant qu'il n'envahirait pas l'Ukraine. La naïveté, elle pourrait consister encore aujourd'hui à penser qu'on va flatter Donald Trump, on va séduire Donald Trump, et qu'à un moment, il va venir sur nos positions.
C'est ce que fait Emmanuel Macron ?
Je n'essaie pas de me mettre précisément dans une position où nous serions en train de nous diviser. Il faut simplement bien comprendre à qui nous avons affaire. Ça ne veut pas dire que sur un rapport de force, si l'Europe s'est engagée, ça ne veut pas dire que si nous sommes capables d'utiliser les bons arguments, et ces arguments seront aussi commerciaux, financiers, économiques, nous n'arriverons pas à faire revenir Donald Trump sur un seul point.
Un seul point, le seul que nous pouvons encore espérer, c'est qu'il puisse être un filet de sécurité, une garantie de sécurité avec les Etats-Unis pour, dans un éventuel accord de paix, protéger l'Ukraine après qu'il y ait eu cessez-le-feu et éventuellement retrait.
Mais face à Trump, qu'auriez-vous fait de différent ? Là, dans ce contexte précis, un mois, un mois et demi qu'il est à la Maison Blanche, ce n'est pas le même Trump que vous avez connu ?
Pour que nous fassions bouger Donald Trump, il faut lui infliger des coûts sévères. C'est-à-dire faire que son économie, faire que ses intérêts, y compris personnels, faire que les avantages commerciaux... Personnels ? Oui, parce que tout est confondu. Tout est confondu chez Donald Trump. À la fois sa fortune et les intérêts américains. Que les puissants qui sont derrière lui, c'est-à-dire les grandes sociétés américaines, celles-là même, qui veulent que la Commission européenne dérégule et qui veulent s'installer sur notre espace européen.
Il faut leur infliger un certain nombre de coûts pour que, bien sûr, et ils le comprennent parfaitement, dans une négociation, à ce moment-là, nous pouvons retrouver une forme d'équilibre et de respect.
Mais ça veut dire quoi, concrètement ? Il faut bannir Tesla et X pour affaiblir Donald Trump ?
Tesla s'est déjà fait. Vous avez sans doute remarqué qu'Elon Musk a perdu 40 milliards à la suite d'un certain nombre de révélations sur Tesla et des difficultés qu'il a. Il y a sûr qu'il faut aussi, sur X, avoir un certain nombre de procédés. Parce que vous pensez qu'on a affaire à un amateur quand il va augmenter les droits de douane de produits européens vers les États-Unis de 25% ? Et vous pensez qu'on pourrait dire « Non, mais finalement, ce n'est pas si grave parce qu'on va essayer de compenser. » Non, il faut infliger des droits de douane, nous aussi. Alors, c'est vrai que c'est plus difficile que de simplement espérer, par une discussion, le faire fléchir. Mais il ne fléchira pas.
Quand vous pensez qu'il a été capable de voter contre une résolution aux Nations Unies avec la Corée du Nord et la Russie, Corée du Nord et Russie, unies militairement contre l'Ukraine, il a voté contre une résolution avec la Russie et la Corée du Nord, résolution européenne, demandant un soutien à l'Ukraine.
Ça, ça vous a édifié, la résolution lundi dernier à l'ONU ?
C'est la première fois. Parier d'allié, il ne s'agit pas d'essayer de jouer avec les mots. Qu'est-ce que c'est qu'un allié ? Un allié, c'est celui qui, dans les moments difficiles, est à côté de vous. Un allié, c'est celui qui ne vous lâche jamais. Un allié, c'est celui qui ne parle pas avec un adversaire ou un ennemi avec les mots de la facilité. Nous n'avons pas, aujourd'hui, je suis désolé de le dire, un allié aux Etats-Unis. Nous avons des adversaires. Nous avons un adversaire, c'est Vladimir Poutine, nous le connaissons, et nous avons un partenaire dont nous ne savons pas, à la fin, s'il jouera avec l'adversaire ou avec nous.
Mais Marine Le Pen, vous disiez hier au Salon de l'Agriculture, ceux qui disent, comme vous, les Etats-Unis ne sont plus nos alliés, ne sont pas raisonnables. Ceux qui disent ça, s'apprêtent à sortir de l'OTAN. Est-ce qu'elle n'a pas un point ? Je veux dire, si ce n'est plus nos alliés, ou alors, vous nous dites ce matin, l'OTAN est définitivement terminée. Non.
L'OTAN, c'est quoi ? C'est une alliance de pays depuis le début des années 50 et qui nous a permis d'être protégés en Europe.
Oui, mais là, c'est terminé.
Est-ce que les Etats-Unis vont rester ? Nous ne voulons pas faire sortir les Etats-Unis de l'OTAN. Est-ce que les Etats-Unis vont affirmer qu'ils sont encore, avec Donald Trump, prêts à respecter l'article 5 de l'Alliance Atlantique ? C'est-à-dire, si un pays européen, membre de l'Alliance Atlantique, est attaqué, est-ce que les Etats-Unis viendront mécaniquement, automatiquement... Et qu'est-ce que vous en pensez ? Je ne suis pas encore certain, mais ça sera sans doute une position qui sera attendue. Mais tant que les Etats-Unis défendent l'Alliance Atlantique et l'article 5, n'avons qu'une raison de les mettre de côté.
Par ailleurs, Marine Le Pen, puisque vous évoquez son nom, elle est à la fois liée à Donald Trump et liée à Vladimir Poutine. Donc je comprends qu'elle soit assez satisfaite de ce qui se passe aujourd'hui, puisque finalement, ce sont ces deux parrains, ces deux références qui se trouvent aujourd'hui en train de discuter ensemble. Eh bien, pour la France, pour la France, savoir qu'une dirigeante qui a été au deuxième tour de l'élection présidentielle et qui peut éventuellement être encore candidate, puisse être l'ami des deux partenaires qui sont aujourd'hui prêts à dépecer l'Ukraine, l'un et l'autre. L'un et l'autre.
Alors je pense qu'il y a effectivement une prise de conscience politique qui doit nous permettre en 2027 d'écarter cette menace.
François Hollande, Paris et Londres ont mis sur la table hier soir un projet de trêve partielle d'un mois en Ukraine, une trêve dans les airs, sur les mers et concernant les frappes sur les infrastructures énergétiques, a précisé Emmanuel Macron. Un plan de paix suivrait qui nécessiterait un fort soutien des Etats-Unis, selon le Premier ministre britannique. Les Etats-Unis sont indissociables et indispensables à tout projet de paix, a-t-il ajouté. C'est ce qu'il faut faire, c'est la bonne direction ?
Proposer une trêve, je pense, même si elle est limitée, elle ne concerne pas les opérations terrestres, ça ne peut aller que dans une bonne direction. Si cette trêve, si elle était acceptée par la Russie, si cette trêve permettait une discussion pouvant conduire à la paix et avec les Etats-Unis qui pourraient en être les garants sur le plan de la sécurité dans ce qui resterait de l'Ukraine ou de ce que serait l'Ukraine demain à la suite de cette négociation. Mais vous semblez ne pas croire à... Non, je veux y croire. Quand il y a une trêve qui est proposée, je veux y croire.
Ça suppose que le partenaire russe l'accepte car je pense que pour Zelensky, toute trêve est plutôt un facteur d'apaisement. Il faut savoir aujourd'hui qu'il y a des missiles qui tombent sur les villes ukrainiennes qu'il y a tous les jours des morts. Donc, toute trêve est bienvenue mais une trêve n'a de sens que si elle conduit ensuite à une négociation de paix. Et je rappelle que pour une négociation de paix, il faut qu'il y ait deux parties, c'est-à-dire l'agresseur, celui qui a envahi un pays, en l'occurrence la Russie, et l'agressé, Zelensky.
Intéressante aussi les déclarations de la nuit qui sont venues des Etats-Unis parce que la dernière étape pour Donald Trump éventuellement, c'est d'écarter Zelensky.
Mais est-ce qu'il faut qu'on soutienne Zelensky ? Parce qu'on entend effectivement que Trump demande ça va au-delà d'un accord de paix ou de lui prendre les terres rares. Là, aujourd'hui, il veut faire tomber Zelensky, c'est-à-dire qu'il reprend vraiment les demandes du président Poutine. C'est-à-dire, il veut un changement de régime en Ukraine.
Et qu'est-ce que ça veut dire ?
Est-ce que les Européens doivent soutenir la personne de Zelensky ? Puisque maintenant, c'est devenu symbolique, ça se cristallise autour de lui.
Mais qu'est-ce que c'est une démocratie ? Et c'est pour ça que nous sommes avec Donald Trump dans une autre logique. Une démocratie, c'est de respecter le président qui a été élu par le peuple, en l'occurrence ukrainien. Et même si l'élection n'a pas pu avoir lieu pour assurer sa reconduction, Zelensky est la seule personne qui a une légitimité. Il y a deux personnes qui voulaient écarter Zelensky. Enfin, la première, on le sait, c'est Vladimir Poutine quand il a envahi l'Ukraine. Et maintenant, c'est le conseiller en sécurité. Donc on doit le soutenir
coûte que coûte ?
On doit soutenir Zelensky ? Notre devoir, quand un pays a été agressé, c'est quand même de soutenir le représentant de ce pays. Heureusement que, hier d'ailleurs, à Londres... Lui, il dit,
je suis prêt à partir. Lui, il dit, si c'est moi le problème, je suis prêt à partir pour que...
Oui, enfin, il dit, il faudrait trouver un remplaçant, il faudrait savoir si ce remplaçant peut être élu par le peuple ukrainien. Et il n'exclut pas d'ailleurs qu'il pourrait être ce remplaçant. Il y a un moment, la première des solidarités, c'est d'avoir une solidarité à l'égard de celui qui représente le peuple ukrainien. Et de ce point de vue, la réunion de Londres n'a pas été inutile puisque tous ceux qui y étaient ont rappelé qu'ils étaient des soutiens de Zelensky et de l'Ukraine. Car on ne peut pas dissocier Zelensky de l'Ukraine.
François Hollande, Emmanuel Macron se dit prêt à ouvrir la discussion sur une dissuasion nucléaire européenne. Hors de question, a dit Marine Le Pen, la dissuasion nucléaire de la France doit rester française et on ne doit pas la partager. Voilà ce qu'elle dit. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Pour avoir été président de la République, je dois rappeler les règles de la force de dissuasion. La force de dissuasion, c'est-à-dire la menace d'utiliser une arme nucléaire, elle ne se partage pas. Elle ne se partage ni dans sa composition, c'est à la France de savoir comment elle l'organise, ni dans son financement, nous l'avons assuré, ni dans sa décision. Alors, évoquer que l'intérêt vital aujourd'hui, ce qui déclencherait le feu nucléaire, si nous pensions que cet intérêt vital serait mis en cause, pourrait être au-delà de la frontière entre la France et l'Allemagne. Oui, ça a toujours été une position qui n'a pas eu besoin d'être proclamée, tant elle est évidente.
Le président de la République doit apprécier ce qu'est l'intérêt vital. De ce point de vue, je ne vois pas de changement de règles et je ne pense pas qu'il y ait de la part des Européens une volonté de partager la décision. Si elle était à un moment exprimée, elle serait repoussée. Ce qui est en revanche nouveau, et c'est ça le point majeur, c'est qu'avant, les pays européens ne se posaient pas la question de la force de dissuasion française tant ces pays-là étaient protégés par le parapluie nucléaire américain.
Et le fait que ce soit le futur chancelier allemand qui le premier a dit au nom de l'indépendance que finalement l'Europe avait besoin de la force de dissuasion française, comme d'ailleurs britannique, est là, de ce point de vue, un point d'inflexion très important.
François Hollande, est-ce que l'Europe, les pays européens, la France, le Royaume-Uni, France et Royaume-Uni, pardon, pour les puissances nucléaires ont les moyens de se substituer aux Américains ? Est-ce qu'on peut le faire ? Est-ce qu'on peut se défendre seul sans les Américains ?
Oui, on peut le faire. Ça dépend de par qui est-on attaqué et avec quelle ampleur. Et je l'ai dit, il y a des forces classiques qui peuvent être mobilisées. Elles ne sont pas aussi nombreuses que l'on voudrait. Il y a eu des retards qui ont été pris, notamment en termes d'équipement des forces armées européennes. Il n'y a pas d'armée européenne, il n'y en a jamais eu. Donc, il y a eu des Européens membres de l'Alliance Atlantique. Nous aurions besoin des Américains de ce point de vue. s'il y a eu une alliance, c'est parce que nous sommes solidaires et que les Etats-Unis... Mais s'ils ne sont plus là... Et s'ils ne sont plus là...
C'est la question qui se pose parce que ce matin, à votre place, Jean-Noël Barraud, au 7h50, disait la ligne de front ne cesse de se rapprocher de nous. Et si demain... Et c'est la question que se posent les Français quand vous les entendez. Est-ce qu'il y a un risque ? Alors, sans faire de catastrophisme de Troisième Guerre mondiale, mais il l'a dit lui-même, Trump, mais demain, si Poutine se sent pousser des ailes par le feu vert de Trump d'attaquer la Pologne, si demain, ce n'est pas totalement exclu comme scénario, non ? Ou vous dites ce matin, c'est totalement exclu, vous ne pouvez pas y voir ?
Est-ce qu'on a les moyens de se défendre si les Américains ne mettent pas un centime, voire, imaginons le pire, aident les Russes contre nous ?
Nous préférerions que les Américains soient là, mais si nous étions attaqués... Quand je dis nous, c'est-à-dire que si un pays membre de l'Alliance Atlantique est attaqué, il y a ce principe de solidarité. Il doit jouer. Est-ce que nous avons les moyens coûté franchement ? Quand on regarde la somme des dépenses militaires européennes et qu'on les compare aux dépenses militaires russes, il y a beaucoup plus d'équipements, de moyens dans les armées européennes qu'il y en a chez Vladimir Poutine.
Donc on n'est pas si faible ?
Mais on n'est pas faible. D'abord, militairement, on n'est pas faible avec des moyens financiers qui ont été dégagés depuis des années. Nous ne sommes pas faibles avec les équipements que nous sommes capables de mobiliser. Nous ne sommes pas coordonnés. Là est le problème. Nous n'avons pas une industrie européenne de défense. Là est le second problème. Et troisièmement, beaucoup trop de pays achètent du matériel américain. Ce qui d'ailleurs est aussi un élément de pression. Parce que si nous voulons avoir une défense européenne, il faut sûrement fabriquer nous-mêmes nos matériels.
Alors venons-en maintenant à la politique française et notamment aux tensions entre Alger et Paris. François Bayrou veut réexaminer les accords de 68 d'ici six semaines. Si l'Algérie ne change pas d'attitude, il met en avant l'assaillant de Mulhouse, un Algérien que l'Algérien a refusé de reprendre à 14 reprises. Le gouvernement algérien, lui, rejette catégoriquement ses ultimatums. Dites-nous, selon vous, François Hollande, si c'est la bonne façon de parler avec Alger aujourd'hui.
La fermeté à l'égard d'Algérie est nécessaire quand il y a eu autant de difficultés pour expulser des Algériens qui avaient eu des déclarations ou des comportements qui étaient inadmissibles voire dangereux et quand il y a aussi, je ne l'oublie pas, le sort qui est réservé à Sansal, Boilem Sansal, un écrivain qui est retenu aujourd'hui en Algérie. Oui, il faut être ferme et ferme, ça suppose effectivement de poser un certain nombre de conditions.
Remettre en cause les accords de 68 ?
Je vais y venir.
C'est un totem, est-ce qu'il faut le faire ?
Vous avez utilisé le mot c'est un totem. Donc ça fait partie des éléments de pression, de négociation qu'il faudra engager. Mais à un moment, une fois qu'on a posé toutes ces conditions et qu'on a mis un niveau de fermeté, il faut quand même parler. Sinon, le système est bloqué. Les Algériens ne pourront plus circuler entre la France et leur pays et pareil, nous ne pourrons pas circuler, les échanges vont s'arrêter, les affaires commerciales vont disparaître. Donc il y a un moment, il faut fixer une barre assez haute d'exigence et trouver un élément de dialogue.
Mais c'est le bon ton celui de Bruno Retailleau avec l'Algérie qui exprime vraiment une fermeté au pouvoir. Il est ministre de l'Intérieur. Il a raison ?
Enfin, il y a une espèce d'utilisation de ce sujet-là à juste titre compte tenu des difficultés qu'il y a eu à renvoyer, même s'il y a eu des procédures qui n'ont pas été les bonnes, renvoyer un certain nombre de ressortissants algériens dans leur pays. Donc, de sous-près de viol, le ministre de l'Intérieur fixe ce qu'il considère comme objectif. Ensuite, il y a la diplomatie qui doit jouer. Or, on entend un discours de fermeté, il est nécessaire, on ne voit pas, on n'entend pas le discours diplomatique parce qu'à un moment, il faut parler. Si on ne parle pas, on n'obtient rien.
Et moi, je pense qu'il faut obtenir la libération de Boilem-Sensal, il faut obtenir que des lacets passés consulaires puissent être facilités et accordés pour expulser, nous, un certain nombre de ressortissants algériens qui n'ont rien à faire sur le territoire.
Il faut, on n'y arrive pas.
On n'y arrive pas. Est-ce que ça a été engagé ? Est-ce qu'à un moment, il y a une mission diplomatique qui est partie ? Il faut quand même parler. Ou alors, on fixe un ultimatum et puis dans un mois, il se passe quoi ? Parce que même pour revenir sur l'accord de 68, il faut être deux pour revenir sur l'accord de 68.
C'est en tout cas ce gouvernement que vous avez choisi de ne pas censurer, François Hollande avec le Parti Socialiste. Interrogé par Ouest France début janvier, vous estimiez que si François Bayrou concédait des gestes significatifs à l'égard des oppositions de gauche, eh bien il pourrait tenir jusqu'en 2027. C'est-ce que vous espérez que François Bayrou tienne jusqu'en 2027 ?
Moi, je souhaite que le pays ne soit pas mis dans l'instabilité dans un contexte international que je viens de décrire. Quand il s'agit à la fois de répondre à l'agression russe et la déstabilisation que ce pays mène en Europe. Quand il s'agit de faire face à Donald Trump dont on voit que les intentions sont toutes sauf amicales à l'égard de l'Europe et avec des conséquences qui en termes de croissance et d'inflation vont être sérieuses. Oui, je souhaite la stabilité pour mon pays. Est-ce que j'approuve le gouvernement ? Non. Est-ce que je suis dans l'opposition ? Oui. Mais vous le sauvez
ce gouvernement.
Mais est-ce que je veux des élections législatives ou présidentielles anticipées ? Mais pourquoi faire ? Comment ? Et avec quel résultat ? Et avec quelle perspective ? Est-ce que je souhaite qu'il y ait de nouvelles élections avant 2027 ? Ma réponse est non. Mais si le gouvernement, parce que ça peut arriver, le gouvernement de François Bayrou et sur la question des retraites et sur la question du prochain budget et même sur la question verbale, c'est-à-dire une manière de parler, une forme de laisser aller...
Qu'est-ce qui vous a donné ?
Je trouve que l'attitude que le gouvernement a à l'égard de l'opposition, de toutes les oppositions, mais en l'occurrence de l'opposition de gauche, devrait être rectifiée, devrait être corrigée.
Qu'est-ce qui vous a choqué ?
Il faut avoir du respect. Vous savez ce que c'est que le respect ?
François Bayrou a manqué de respect à votre endroit ?
Enfin, à l'endroit de le dire... Pas vous, personnellement,
mais l'opposition, le Parti Socialiste.
Oui, le Parti Socialiste, quand il a fait ce geste, qui était un geste à la fois responsable, courageux et utile pour les Français, mérite le respect.
En parlant du Parti Socialiste, son congrès aura lieu en juin prochain. Olivier Faure est candidat à sa propre succession. Espérez-vous toujours, François Hollande, un autre homme, une autre femme et surtout une autre ligne, où vous êtes désormais un sage qui regardera ça de très très loin ?
Je préfère être un sage, quand même. C'est mieux que d'un turbulent. Et puis, ce n'est pas tout à fait mon rôle de vouloir m'immiscer dans la vie, même du parti dans lequel je suis pleinement impliqué depuis longtemps. Mais je suis donc intéressé par le congrès du Parti Socialiste. Je ne suis pas sûr que pour les auditeurs, aujourd'hui, ce soit la question majeure et principale. Mais pour la suite, si on veut regarder au-delà de cette péripétie politique, qui, à mes yeux, n'est pas simplement qu'une péripétie, si on veut regarder au-delà, c'est quand même l'élection préhentielle de 2027 qui se joue. Donc ça mérite quand même à la fois de la considération. Donc ça veut dire la suite,
ce n'est pas Olivier Faure.
Il faut que le Parti Socialiste clarifie sa position. Vous avez évoqué deux ou trois questions. Qu'est-ce qu'on fait jusqu'en 2027 ? Est-ce qu'on ronde ? Est-ce qu'on va devant les électeurs avant 2027 ? Deuxièmement, quelle candidature pour 2027 ? Je ne parle pas du nom, mais je parle de la procédure. Est-ce que c'est une candidature socialiste ou une candidature d'une union de la gauche dont je ne sais pas exactement ce qu'elle serait ? Et en tout cas, pas avec la France insoumise. Et puis enfin, la dernière question, c'est quel programme ? Parce que c'est ça qui compte.
Un programme qui est totalement à revoir compte tenu de ce que va être la situation internationale, y compris la situation budgétaire, s'il faut faire davantage d'efforts pour notre défense.
La porte-parole du PS, Chloé Riedel, dans Le Point ce week-end, dit que vous devez accepter de ne plus être en première ligne au PS.
Mais elle a raison, je ne vais pas être premier secrétaire, je vais aussi la conforter dans son analyse. Moi, mon objectif, s'il y avait un malentendu, ce n'est pas de devenir premier secrétaire du Parti Socialiste. C'est 2027. Oui, 2027, pour que la France ait quand même une solution.
Pour la conforter, la porte-parole du PS.
Oui, oui, pour la conforter. C'est donc 2027,
votre objectif, c'est très clair ce matin. Merci François Hollande d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Merci François Hollande.
François Hollande