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interviewBLAST· 18 janvier 2022

BRUNO LE MAIRE : LE MINISTRE DES RICHES

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Emmanuel Macron est le président des gens qui travaillent, et il est le président de tous les Français. Vous détruisez les emplois ici dans l’usine. Dans l’usine, vous savez… Il casse le Code du travail.

Si vous ne serrez pas la main et si vous ne dites pas bonjour, je ne discute pas avec vous. Si, vous allez nous écouter parce que vous êtes ministre. Non je ne vous écoute pas si vous ne dites pas bonjour et que vous ne serrez pas la main.

Quand vous ouvrez aujourd'hui le site internet de Pôle emploi il y a des droits, et puis il y a des devoirs. Et dans les devoirs, il y a la recherche active d’emploi. Cet homme, c’est celui qui porte la politique économique du pays.

Quand le gouvernement veut supprimer l’ISF, c’est lui qui est envoyé en première ligne dans les médias. Quand l'exécutif décide de mener une réforme du chômage, des retraites, de la SNCF, du Code du travail, quand il met en place un plan de relance, c’est lui qui prépare et exécute les politiques économiques. C’est aussi lui qui négocie des accords économiques et financiers à l’échelle internationale.

Alors, pour comprendre la politique économique, il peut être très utile de comprendre qui est le ministre de l’Economie. Bruno Le Maire, contrairement à Gérald Darmanin par exemple, dont nous avons déjà réalisé le portrait ici, n’est pas l’homme des scandales à répétition ou des petites phrases assassines. Plus discret, travailleur acharné, il est un membre clé du gouvernement et fort soutien d’Emmanuel Macron depuis son élection en 2017.

Alors qui se cache derrière l’homme qui mène la politique économique de la France et quelle est la nature de sa politique ? Réponse tout de suite dans ce nouveau Portrait de ministre. Bruno Le Maire est né à Neuilly en 1969 dans un milieu favorisé.

Son père était cadre du groupe Total, et sa mère directrice de plusieurs établissements scolaires catholiques privés parisiens. Son parcours scolaire est impressionnant. Il intègre Normale Sup, obtient l’agrégation de lettres, sort diplômé de Sciences Po Paris puis de l’ENA.

En 1998, à 29 ans, CV bien garni en poche, il intègre le ministère des Affaires étrangères puis occupe différents postes dans des ministères. Et en 2006, il devient directeur de cabinet du Premier ministre de l’époque, Dominique de Villepin. En 2007, il est élu député de l’Eure avant d’être nommé ministre de l’Agriculture en 2009 sous Nicolas Sarkozy.

En 2016, c’est un tournant, il veut être le chef de la droite, et incarner le renouveau. Il présente sa candidature à la primaire des Républicains et finit à la cinquième place … Il signe ses débuts d’une phrase maladroite, qui lui vaudra beaucoup de railleries. Dans un entretien au journal le Point, il déclare : “Mon intelligence est un obstacle”.

Mais au-delà des petites phrases, ce qui nous intéresse, c’est son programme synthétisé en 1000 pages et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est très, très libéral. Son menu : suppression de l'impôt sur la fortune, réduction des indemnités chômage, réduction du RSA, et cerise sur le gâteau mise en place de “petits boulots” payés à hauteur de 5 euros par heure, pour les bénéficiaires des minima sociaux. Il déclare également vouloir, en cas d’élection, “gouverner par ordonnances au lieu de négocier avec les syndicats”.

Mais il ne sera jamais amené à le faire puisqu’il échoue, et appelle finalement à voter François Fillon, y compris lorsque les différentes affaires le concernant éclatent. Nous avons un candidat, François Fillon. Une élection majeure en mai 2017.

Moi je soutiens François Fillon totalement, je pense qu’il est le meilleur candidat pour redresser notre pays. Donc la page des primaires est tournée. Maintenant, il faut écrire la page des présidentielles.

Moi je souhaite l’écrire avec François Fillon. À l’époque, Emmanuel Macron est aussi candidat, et voici ce que Bruno Le Maire dit à son propos. Emmanuel Macron, c’est l’homme sans projet, parce que c’est l’homme sans conviction.

Attention à cette façon de mélanger, de brouiller les lignes et de dire qu’on va mettre avec soi tous les progressistes, je trouve que ça ne veut absolument rien dire. C’est de la soupe. C’est de la soupe ?

Oui c’est de la soupe, la politique a besoin de clarté. Macron, c’est de la soupe ? Pour l’instant, tout ce que j’entends, oui, c’est de la soupe.

La réalité c’est qu’Emmanuel Macron c’est une coquille vide. Seulement, quelques heures après l'annonce de la victoire d'Emmanuel Macron, ce sont des choses qui arrivent, Bruno Le Maire change d’avis à son propos, et se porte volontaire pour “travailler dans une majorité de gouvernement” autour du nouveau président de la République. Parce que je pense qu’il a fait preuve de beaucoup d’audace et qu’il a compris ce que j’avais voulu aussi porter dès 2012.

Un positionnement qui ne plaît pas vraiment aux membres des Républicains, et qui en conduit certains à l’accuser de traîtrise. Mais faisant fi des critiques, il se présente aux législatives sous l’étiquette de la République en marche. Il gagne, et dans la foulée, il est nommé ministre de l’Economie.

Monsieur Bruno le Maire, ministre de l’Economie. Et à partir de là, il s’impose comme le bras droit d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron est Jupiter.

Je suis Hermès, le messager. Son directeur de cabinet est Emmanuel Moulin, passé par la direction générale du Trésor, Eurotunnel et la banque d'affaires Mediobanca. Son directeur de cabinet adjoint est Bertrand Dumont, lui aussi ancien du Trésor, passé par la banque HSBC.

Le journaliste Laurent Mauduit estime que : Et le macroniste converti est devenu le plus convaincu des macronistes. Inlassablement, Bruno Le Maire affiche sa loyauté sans faille envers le chef de l’Etat, rappelant quasiment à chaque interview qu’il est là pour servir le président. Je le soutiens, je continue à le soutenir, avec le même enthousiasme et la même détermination.

Le chef de l’Etat prend la parole à la télévision ? Le voilà sur les ondes aux aurores pour assurer le service après-vente. Je me sens en pleine forme, encore plus enthousiaste, à la fois de servir les Français et de servir un président de la République qui sait où il va.

Côté économie, Bruno Le Maire est très libéral. Il applique le programme d’Emmanuel Macron, et défend avec vigueur l’ensemble de ses réformes, que je vous avais déjà détaillées dans cette vidéo sur le bilan économique du quinquennat. Il proteste même quand l’âge de la retraite n’est pas repoussé assez loin, assez vite, ou refuse que la suppression de l’ISF soit conditionnée à des engagements d’investissement.

L’un des projets que Bruno Le Maire a le plus défendu pendant ce quinquennat, c’est la loi PACTE adoptée en 2019. C’est une loi destinée à faire grandir les entreprises françaises et repenser la place des entreprises dans la société. Mais pour le journaliste spécialiste de l’économie Romaric Godin, c’est plutôt une loi fourre-tout.

Point noir de cette loi, elle prévoit la privatisation, entre autres, des aéroports de Paris, ce qui suscitera une très vive opposition et le début de la procédure pour convoquer un référendum. Mais lorsque la pandémie survient, le gouvernement décide de suspendre le projet. La pandémie, c’est d’ailleurs ce qui a permis à Bruno Le Maire de s’illustrer au sein du gouvernement, puisqu’il incarnera le fameux “quoi qu’il en coûte”.

Ce “quoi qu’il en coûte”, je l’assume. Beaucoup de Français vont l’associer à “l’argent magique”, ce qui va augmenter sa côte de popularité. En ce qui concerne le plan de relance, je l’ai déjà maintes fois décrypté à Blast, et plusieurs économistes sont déjà venus expliquer ici qu’il ne correspondait pas à ce que promouvait le gouvernement.

Ce plan de relance prenait peu ou pas en compte les plus précaires, et favorisait les plus aisés, notamment en attribuant des milliards d’euros d’aides publiques à des multinationales, sans aucune contrepartie. L’économiste Gaël Giraud a qualifié ce plan de relance de plan “d'austérité”, et est même allé jusqu’à affirmer à ce propos que Bruno Le Maire ne connaissait pas bien l’économie. Je connais bien Bruno, c’est un camarade de promo, donc on se connaît depuis très longtemps maintenant.

Je ne pense pas… Enfin Bruno n’a pas de formation en économie, c’est sûr. Ça, il n’y a pas de doute, maintenant il a des conseillers. Mais les conseillers de Bercy, malheureusement, sont très très endoctrinés avec une espèce de doxa qui n’a juste rien à voir avec le monde réel.

Dans ce plan de relance, qui n’en est donc pas vraiment un, l’un des éléments dont s’est le plus targué le ministre de l’Economie, c’est le sauvetage d'Air France en lui octroyant 7 milliards d’euros. Air France doit devenir la compagnie aérienne la plus respectueuse de l’environnement de la planète. Autant vous dire que depuis ces déclarations il y a presque deux ans, Air France n’a pas vraiment entrepris de changement significatif en ce qui concerne l’environnement.

De manière générale, Bruno Le Maire, c'est l'homme des entrepreneurs, comme ici lors du plus gros rassemblement business d'Europe, où il s'adresse aux chefs d'entreprise et les remercie d'avoir sauvé l'économie du pays. On pourrait pourtant arguer que c'est aussi grâce aux employés, aux petites mains, aux soignants ou d'autres corps de métier que l'économie ne s'est pas effondrée. Souvenez-vous, cet événement c’est aussi celui où la ministre de l’Industrie avait tenu ces propos : Je l’ai dit en introduction, Bruno Le Maire est aussi chargé de négocier les accords économiques à l’étranger.

Le 10 juillet dernier, le ministre poste cette photo sur Instagram, “Victoire !” écrit-il, nous mettons fin à l'optimisation fiscale et les géants du numérique paieront enfin leur juste part d'impôt. C’est la plus grande révolution fiscale depuis un siècle.

La plus grande révolution fiscale depuis un siècle, pas vraiment. Il s’agit en réalité d’un début d’accord mondial pour faire payer leurs impôts aux géants du numérique à hauteur de 15%. 15%, c’est seulement 2,5% de plus que dans les paradis fiscaux comme l'Irlande.

Alors que les Américains défendaient un taux à 21%, Bruno Le Maire a, lui, défendu un taux plus bas de 12,5% lors des négociations. L’économiste Shahin Vallée par exemple, estime qu’il y aurait pu y avoir une taxation à 21%, mais que cela ne s’est pas fait notamment à cause de la France. Cet épisode de faux semblants est expliqué en détail dans cet article de Libération.

Bref, en faisant mine de lutter pour plus de taxation des grandes entreprises du numérique, Bruno Le Maire a, en réalité, fait tout le contraire. En résumé, l’ensemble de sa politique est ultra-libérale, et il pourrait être vu comme le ministre des riches, si l’on part du principe qu’Emmanuel Macron en est leur président. Mais que serait un portrait de ministre sans quelques dossiers ?

En 2013, Mediapart publie cette enquête. Alors que Bruno Le Maire avait toujours présenté sa femme comme une artiste-peintre, Mediapart prouve qu’elle a été rémunérée aux frais de l’Assemblée nationale en tant qu’assistante parlementaire de 2007 à 2013. Si Bruno Le Maire ne l’avait jamais mentionné nulle part avant, il affirmera par la suite que sa femme a bien travaillé.

En 2016, Bruno Le Maire explique dans le livre “Nos très chers émirs” que la classe politique en France est mal rémunérée. Il estime que mieux rémunérer la classe politique permettrait de lutter contre la corruption. Enfin en 2017, en plein mouvement Metoo, alors qu’on lui demande sur France info s’il dénoncerait un homme politique harceleur s’il en connaissait un, il répond que non.

Suite au tollé que cette déclaration a suscité, le ministre a rectifié ses propos. Bruno Le Maire, c’est aussi un littéraire, puisqu’en plus de ses fonctions, il a aussi le temps d’écrire des livres. Depuis le début du quinquennat, il en a publié quatre qui parlent souvent de politique évidemment… Il inspire l’un des personnages principaux du dernier roman très médiatisé de Michel Houellebecq, Bruno Juge, dans Anéantir.

Pour vous sensibiliser à la plume de Bruno Le Maire, je vous ai choisi un extrait de l’un de ses livres intitulé “l’Ange et la bête”, par exemple, où il décrit ainsi l’un de ses échanges avec Emmanuel Macron : En plus des livres, Bruno Le Maire, c’est aussi un adepte de la mise en scène de soi. En 2016, on le retrouvait dans le magazine Gala. Quel est le petit surnom que vous donne votre épouse ?

Coquito. Il nous montrait son quotidien à travers les caméras de BFMTV pendant le confinement, ou se confiait sur son enfance et sa vie de famille dans l’émission Ambitions intimes. Ce sont des vraies inquiétudes, je ne transige pas.

La drogue est une vraie inquiétude pour moi. Mon fils aîné a 16 ans, le deuxième va avoir 14 ans. Même un petit pétard, ça ne passera pas ?

Ah non, rien. Rien. Rien.

Je suis totalement intransigeant sur le sujet. Mais la “masterpiece” de Bruno Le Maire en terme de mise en scène de soi, ça reste son compte Instagram. 1764 photos, pour beaucoup personnelles.

Bruno joue au tennis, Bruno boit du café, Bruno fait la cuisine, Bruno nous présente son cochon d’Inde ou Bruno fait du ski ! Au-delà de sa passion pour les cochons d’Inde, Bruno Le Maire, c’est surtout un ministre presque parfait pour Emmanuel Macron, ce qui explique qu’il soit resté malgré les remaniements, une longévité assez rare à ce poste. Énarque très libéral, il incarne une figure très classique de la politique française, plus proche de l’ancien monde que du nouveau.

J’espère que ce nouveau portrait de ministre vous a plu. N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé en commentaire, ou à me dire de qui vous voudriez que je réalise le portrait pour Blast la prochaine fois. Je vous rappelle comme toujours que Blast ne vit que grâce à son audience, donc n’hésitez pas à vous abonner ou à faire un don sur blast-info.fr, et moi je vous dis à bientôt !