Il y a eu "des choses inacceptables" en marge de la marche en hommage à Quentin Deranque, selon Xavier Bertrand
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Dans le grand entretien ce matin, nous recevons donc le président des Républicains de la région des Hauts-de-France. Vos questions et réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Xavier Bertrand.
Bonjour, bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, après un week-end marqué par la marche organisée à Lyon pour Quentin Deranque. Le meurtre du militant d'extrême droite radical continue de fracturer la classe politique, on va en parler. On évoquera aussi le salon de l'agriculture qui a ouvert ce samedi dans un contexte de crise. Et puis la prochaine présidentielle et la multiplication des candidatures pour 2027. Mais d'abord Xavier Bertrand, ces militants d'ultra-droite qui ont défilé samedi dans les rues de Lyon. On y a vu un certain nombre de personnalités issues de mouvements pétainistes, racistes, antisémites. Patrick Cohen l'a raconté tout à l'heure.
La préfecture du Rhône a saisi la justice au sujet de slogans racistes et de salut nazi. Comment est-ce que vous qualifieriez cette manifestation ? Qu'est-ce qu'elle dit ? Est-ce qu'elle dit quelque chose, en tout cas du climat politique ? Il y a eu deux choses. Il y a eu ce qu'a demandé la famille et c'était le plus important après cette tragédie. Et puis il y a eu notamment en marge de cette marche des choses qui sont inacceptables de notre République. Et la préfecture a eu cent fois raison de saisir la justice pour poursuivre ceux qui sont rendus coupables à la fois de ces propos homophobes, de ces salut nazis. On doit être intraitable en la matière.
Et il n'aurait pas fallu l'interdire cette manifestation ? Écoutez, ça a été le choix du ministre de l'Intérieur que j'ai entendu la semaine dernière qui expliquait que bien évidemment il doit y avoir la liberté de manifester mais qu'on doit être absolument intraitable quand il y a des violations des valeurs républicaines, de l'esprit républicain et de la loi. Maintenant, ce qui est pour moi le plus important, c'est qu'il faut qu'on sorte aujourd'hui de cette logique mortifère qui voit le débat public envahi par la violence. Le débat public, il est envahi par la violence verbale. Mais attention, les mots précèdent toujours les actes. Vous avez vu le drame qui s'est produit.
Mais il y a eu un autre drame qui s'est produit maintenant quelques années. C'était ce jeune qui est mort sous les coups de l'ultra-droite. Clément Méric. Clément Méric en 2013. Et là aujourd'hui c'est l'ultra-gauche. Et je l'ai dit, notamment dans une tribune que j'ai publiée hier, dans la tribune dimanche, il faut bien voir que ce qui est en train de se passer, c'est ce que nous verrions quasiment toutes les semaines en France si jamais l'un des extrêmes emportait l'élection présidentielle. Et la classe politique dans son ensemble, les partis dits gouvernements, même s'ils ont déçu, doivent se réveiller et ne pas rentrer dans cette spirale de la guerre des extrêmes l'un contre l'autre.
C'est important ce que vous dites Xavier Bertrand et on va dérouler tous les enjeux qu'il y a autour des conséquences politiques de la mort de Quentin de Ranque. Mais vous citez ce texte que vous signez hier dans les colonnes de la tribune dimanche où vous écrivez notamment la banalisation des extrêmes a altéré notre discernement. Il y a quelques instants vous citiez la mort de Clément Méric tué par des militants d'ultra-droite, c'était en 2013. Ça veut dire que, au fond, la conclusion que vous tirez de cette séquence politique c'est de renvoyer dos à dos la violence d'ultra-gauche et la violence d'ultra-droite. Toutes les violences.
Oui, sauf que là, dans le cas d'Espèce, Quentin de Ranque il a été tué par des militants d'ultra-gauche.
Ce que je vous dis, non mais attendez, il ne s'agit pas de... Ce sont deux enfants qui sont morts. Deux enfants, des jeunes. Et que ce soit l'ultra-gauche ou l'ultra-droite qui est tué on ne doit pas s'habituer à ça. Et on doit combattre ça. Et ce que je dis, ce que je dénonce dans cette tribune et ce que je viens d'énoncer aussi à votre micro c'est que la classe politique accepte d'une certaine façon de rentrer dans cette forme de spirale mortifère comme nous sommes en train de nous résoudre à une forme de duel absolument incontournable qu'il y aurait entre M. Mélenchon d'un côté ou Mme Le Pen et M. Barbella de l'autre.
Donc vous ne faites pas de différence entre la violence d'ultra-droite et la violence d'ultra-gauche ? Je condamne les deux extrêmes. Je condamne toute violence. Vous savez, c'est le drame de ces jeunes. Mais quand même, les idées politiques ne doivent pas conduire à un cercueil. On est en France, on a eu des précédents dans l'histoire. C'est ça qu'il faut regarder. Ce sont nos enfants qui meurent. Et quelles que soient les idées, quels que soient les engagements on ne doit pas aujourd'hui mourir pour ces idées. Parce que vous savez, ce sont aujourd'hui des jeunes, des militants.
Vous aurez un jour, comme dans d'autres pays, un influenceur ou ça peut être aussi un responsable public ou politique. Toutes ces morts, on doit les éviter. Mais ça veut dire aussi une chose. C'est qu'aujourd'hui, la lucidité, c'est de dire très clairement, très clairement, qu'on doit refuser le fatalisme. Parce que tout le monde nous dit, circulez, il n'y a rien à voir. C'est déjà écrit la prochaine présidentielle. Parce qu'il y a beaucoup de candidats sur la ligne de départ. On va avoir forcément le duel entre les deux extrêmes. Absolument pas. Ce duel, il est évitable.
Mais il faut juste, clairement, que chacun se ressaisisse et qu'on arrête d'être comme des somnambules en ne voyant pas que ce que nous faisons, c'est le jeu des extrêmes. Alors, vous, vous mettez les extrêmes sur le même plan. Ce qui n'est pas le cas dans votre parti où il y a une hiérarchie de plus en plus assumée. François-Xavier Bellamy dit aujourd'hui, le combat contre le pire, c'est le combat contre l'extrême gauche. Bruno Retailleau dit, l'extrême gauche, c'est la principale et la pire menace politique. Ça veut dire que vous n'êtes pas d'accord avec eux ? La pire menace, ce sont les extrêmes.
Que ce soit l'extrême gauche, LFI, que ce soit l'extrême droite, le Rassemblement National, qui n'a pas changé. La seule chose, c'est que, ce qu'il faut bien comprendre, et je le dis, tiens, vous me parlez de certains, des membres de LR, j'entends dire, mais attendez, il vaut mieux avoir le RN parce qu'avec le RN, on va empêcher LFI. Mais jamais de la vie. Ce que j'ai voulu montrer dans ce texte, c'est que si vous avez l'un au pouvoir, l'autre dira qu'il rentre en résistance et vous aurez des affrontements. des affrontements parlement, mais des affrontements dans la rue. Et c'est-à-dire la guerre civile ? C'est ce que je veux éviter, moi.
Vous dites, Xavier Bertrand, si demain, le Rassemblement National ou la France Insoumise sont au pouvoir. L'un des extrêmes l'emporte, vous aurez des affrontements
et vous aurez des drames. Mais je vais plus loin. Donc c'est quoi ? C'est un sort de chantage à la guerre civile ? Aujourd'hui, si on accumule dans les fondages, les Français sont suffisamment responsables, prendre plus de 30% pour le Rassemblement National, ceux là-même qui voteraient pour un candidat RN...
Mais attendez, je vais aller jusqu'au bout, parce que c'est vraiment important ce que vous dites. Ceux qui sont mes amis, qui disent qu'il vaut mieux le Rassemblement National... Tiens, on a parlé tout à l'heure dans la chronique internationale des Etats-Unis et de M. Trump. Certains disent, il vaut mieux le RN que le FI. Vous aurez les deux. Les deux, à la fois dans une opposition, dans la rue au parlant, mais vous aurez aussi autre chose. Quand M. Trump a été élu, qu'est-ce qui s'est passé à New York ? Vous avez eu l'extrême inverse de M. Trump. M. Mamadi qui a été élu. M. Dany, oui. M. Dany, pardon, qui a été élu. Donc ça veut dire que quand vous avez l'un, vous avez l'autre.
Et la seule façon, aujourd'hui, c'est que les partis de gouvernement se dégagent un candidat qui permettra de dire « Voilà les valeurs républicaines et je ne transigerai pas », qui cherchera à rassembler, mais qui, surtout, sera aussi capable d'inspirer confiance et de l'espoir. Parce que de chercher à faire rempart, ça n'est pas ça la clé de la victoire.
Xavier Bertrand, comme la dernière fois que vous étiez venu dans ce studio, on souligne une forme de décalage qu'il peut y avoir entre vos prises d'opposition et celles de vos camarades des Républicains. Laurent Wauquiez, dans le journal du dimanche, parle de la responsabilité de la France insoumise en disant que la France insoumise est toxique pour notre vie démocratique. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
Mais je combats les deux. Je le dis, vous connaissez ma cohérence, on dit que seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Alors vous avez un imbécile au micro. Parce que je ne changerai pas d'avis. Je ne changerai pas là-dessus parce que je les connais. Je connais la France insoumise dans ma région et je connais le Rassemblement national dans ma région.
Pardon Xavier Bertrand, mais là on parle depuis une semaine de la mort d'un militant qui a été tué sous les coups de militants d'ultra-gauche pour certains anciens membres de la Jeune Garde. Jeune Garde, mouvement qui est lié à la France insoumise. C'est quand même pour ça qu'on vous pose des questions sur la France insoumise.
Et moi je n'oublie pas, parce qu'on a le droit également de se souvenir de ce qui s'est passé en 2013. Et personne n'oublie de ce qui s'est passé en 2013. Voilà, mais personne n'en a parlé cette semaine. Donc il n'est pas aujourd'hui admissible qu'un jeune tombe sous les coups de l'ultra-gauche ou de l'ultra-droite pour ses idées. Ça c'est impossible. Mais ce qui veut dire également, c'est qu'on ne doit pas à chaque fois cibler l'un parce que ça arrange l'autre. Je vous l'ai dit, ceux qui disent qu'il vaut mieux le Rassemblement national que les filles, ils auront les deux. Voilà ce qui se passera.
Il suffit de regarder encore une fois, je le redis, je le répète, ce qui s'est passé aux États-Unis. Il y a une autre voie que cela. Mais ça veut dire aussi résister à cette facilité ambiante. Et puis ne nous racontons pas l'histoire. C'est une façon pour certains de préparer l'effacement de la droite républicaine derrière l'extrême droite. Moi je crois qu'il y a toujours la place pour une droite gaulliste, pour une droite républicaine. Et à partir du moment où on l'oublie, où on refuse de se battre pour cette conception de la droite républicaine,
alors on a déjà perdu. Mais ça veut dire, Xavier Bertrand, que quand vous entendez Jordan Bardella dire « Il faut un cordon sanitaire autour de la France insoumise » qui dit « Moi, si je suis chef du gouvernement, je dissous immédiatement les milices d'ultra-gauche et les milices d'ultra-droite. » C'est quoi ? C'est une forme de tentative de blanchiment, de respectabilisation ?
Mais évidemment. Excusez-moi. Il n'est pas de bonne foi quand il dit ça ? Des décisions d'interdiction. Vous n'avez pas besoin des extrêmes pour savoir ce que vous devez faire. Vous n'avez pas besoin d'entendre M. Bardella. Les mesures, elles sont prises par des ministres de l'Intérieur qui sont courageuses. La République, elle ne doit jamais faillir. Justement, cette autorité républicaine, pour moi, ça va de soi, tout simplement. Mais on n'est pas obligé de se laisser abuser par les sirènes des extrêmes qui disent « Moi, je vais combattre l'autre. » Encore une fois, les deux, moi, je les combats et je ne cesserai jamais de les combattre.
Raphaël Arnaud, il peut rester parlementaire ou pas ?
Vous pensez qu'il va démissionner, lui ? Vous avez vu les déclarations de LFI ? M. Arnaud, éthique personnelle, à mon avis, ça ne va pas de pair. Donc, est-ce que vous considérez
qu'il voulait poser un constat politique et dire qu'il ne démissionnera pas ? Est-ce que vous, comme responsable politique, vous considérez qu'il voulait partir ?
Vous croyez que Mme Panot, elle va m'écouter ? Le vrai sujet, c'est que tout ça, c'est du commentaire politique. Moi, si je veux être candidat à l'élection préhentielle, ce n'est pas pour commenter, c'est pour agir. Et déjà, en rappelant ce que sont les principes républicains. Parce que je continue à y croire dur comme fer. Et parce que je pense, vous voyez, M. Duhamel, c'est qu'en politique, vous devez chercher à rassembler sans exception. Mais ça veut dire aussi chercher à rassembler avec la force de ce que sont les conceptions républicaines. C'est ça qu'on est en train d'oublier aujourd'hui. On se bat sur l'écume.
On se bat aujourd'hui sans voir que le respect de la loi, le consentement à l'impôt, le respect de l'État de droit, j'ai bien dit l'État de droit, pas l'État du droit, tout ça, le pluralisme de l'information, tout ça, ça compte. Et nous sommes dans un pays où l'affaissement de ces valeurs républicaines, c'est la responsabilité de tous ces partis de gouvernement qui, clairement, ne se battent plus pour l'essentiel. Qu'on habite la maison, qu'on habite dans la pièce de gauche, dans la pièce du centre ou de droite, ce n'est pas le sujet. C'est une maison commune qui s'appelle la France et la République. On va revenir sur 2027, mais d'ici là, on a des élections municipales dans moins d'un mois.
Dans ce contexte que l'on connaît et dont on parle depuis le début de cet entretien, est-ce que vous ne craignez pas qu'un certain nombre de membres de votre famille politique, comme certains le font déjà, soient tentés de se rapprocher du Rassemblement national pour faire barrage à la France insoumise, en l'occurrence, ou à la gauche, plus largement ? Soyons intraitables. Christophe Gomart, député européen, il va à Nice, soutient M. Ciotti. Ah ! Mais il essaye de s'acheter un sauf-conduit. Quelques jours après, il dit je soutiendrai Bruno Retailleau à l'élection présidentielle. Il n'a rien à faire chez nous. Bah oui, sauf que vous avez demandé à Bruno Retailleau de prendre des mesures.
Elles n'ont pas été prises. Eh bien écoutez, je regarde tous les jours mon courrier pour avoir cette réponse, parce que cette réponse de Bruno Retailleau, pour moi, elle est indispensable. C'est-à-dire qu'il a été élu à la tête du mouvement pour remettre notre parti en ordre de marche et pour définir une ligne politique et stratégique qui soit claire. Donc, très clairement, sur ces élections municipales, on doit déjà être très clair sur ces questions. Ni les équipes de M. Mélenchon, ni celles de Mme Le Pen et de M. Bardella, mais aussi autre chose. Et qu'on s'entende, bon sang.
Il y a encore, avant les dépôts définitifs des listes quelques jours, je ne perds pas d'idée que l'on peut encore faire l'union. Et au deuxième tour, il ne faudra pas se tromper. J'entends notamment sur Paris, M. Bournazel, la vérité, c'est que la seule qui peut gagner Paris face à l'héritage de Mme Hidalgo, c'est Rachida Dati. M. Bournazel devra s'entendre avec Rachida Dati, c'est une évidence. Et derrière, on dit, oui, mais M. Attal, M. Édouard Philippe, ils ont peut-être d'autres idées. Et ça va bien. La question, clairement, aujourd'hui, c'est de savoir si on veut faire l'union et si on doit faire l'union. Je suis étonné que Zébert,
de vous entendre ce matin faire l'éloge de Rachida Dati. Rachida Dati, qui, quand on lui demande si Sarah Knafou est d'extrême droite, refuse de répondre. En ce qui me concerne, c'est clair. Oui, elle est d'extrême droite. Une question encore sur les municipales. La candidate que vous soutenez, en tout cas que votre parti soutient à Marseille, Martine Vassal, s'est illustrée lors d'un débat jeudi soir organisé par BFM TV en disant que ses valeurs, c'était notamment dans cet ordre, travail famille Patrice, qui fait évidemment référence au slogan de la Révolution Nationale de Philippe Pétain. Est-ce qu'elle peut rester candidate des Républicains ? Moi, je la connais.
Elle n'a pas le profit d'une pétainiste. C'est le moins qu'on puisse dire. Elle a précisé ses propos. Maintenant, je veux aussi vous dire une chose. Comment on se retrouve à dire ça à la télévision ? Écoutez, posez-lui la question. Je suis le porte-parole aujourd'hui d'aucun candidat. Et je pense quand même être assez clair, M. Duhamel, dans les réponses que je suis en train de vous faire. Par contre, ce qui est vrai aujourd'hui, c'est que Martine Vassal, elle est candidate. Elle doit rester candidate. Elle doit rester candidate. Et à ceux qui diraient oui, mais qu'est-ce qu'elle doit faire au deuxième tour ? Elle doit rester.
Parce que je n'ai pas envie, je vais être très clair avec vous, je vais expliquer aussi comment fonctionne la politique. Parce que je n'ai pas envie qu'un certain nombre de ses électeurs rejoignent au deuxième tour M. Alizio si elle n'était pas candidate. Et il y a un autre enjeu qui s'appelle l'élection de la métropole. Pardonnez-moi d'avoir fait ce que l'on appelle de la poloche pour vous expliquer les choses. Mais moi qui ne veux l'élection ni de LFI ni d'URN, je vous explique aussi les raisons pour lesquelles qu'elles soient ayantées. Mais ça veut dire que vos électeurs peuvent être sensibles à cet argument du cordon sanitaire contre la France de l'Union et contre la gauche.
C'est pour ça que je vous expliquais tout à l'heure. Certains sont sensibles parce qu'ils sont aussi dans une logique. Mais c'est peut-être la seule façon d'éviter LFI. Certainement pas. La seule façon d'éviter LFI c'est que la droite républicaine soit à nouveau elle-même, qu'elle ait confiance en elle-même. Et là on retrouvera la confiance clairement de nos électeurs et de nos soutiens. Xavier Bertrand, il faut qu'on parle du salon de l'agriculture qui s'est ouvert ce week-end dans un contexte de crise. Une nouvelle fois, il n'y a pas de bovins à cause de la dermatose. Vous allez y aller tout à l'heure. Il reste deux jours. Toujours complet comme chaque année.
Comment on fait, Xavier Bertrand, pour rompre ce cycle de crise, de visite du personnel politique faisant des annonces d'urgence, de loi d'urgence et de crise sans fin ? Comment on fait pour rompre avec ça ? Déjà, il faut reconnaître une chose. C'est que ces 10 ou 15 dernières années ont été des années ratées pour l'agriculture. Ratées. Il ne faut pas se raconter d'histoire. Le fil de la confiance n'est pas distendu depuis maintenant 12 mois. Ça fait des années et des années. On dit qu'on aime nos agriculteurs. Mon Dieu, qu'on les traite mal. Donc déjà, la première chose, on est dans une année avant la présentielle et les agriculteurs ne croient plus grand-chose.
Moi, je suis un président de région qui est à leur côté depuis longtemps. Ils le savent, mais ça ne suffit pas parce qu'ils savent pertinemment que c'est à la tête de l'État qu'on prendra les bonnes décisions. L'urgence. L'urgence. On a voté des lois alors qu'on publie les décrets. Mon ami Julien Diff, qui est spécialiste de ces questions agricoles, me le disait encore. Les décrets, c'est je ne sais pas ce qui se passe dans les ministères, je ne sais pas ce qui se passe, mais ça doit clairement sortir pour rendre les lois votées effectives. Deuxièmement, les trésoreries, elles sont au plus mal. Il y a des professions agricoles entières qui n'y arrivent plus.
Donc vous devez avoir, si on veut qu'on regarde nos agriculteurs, un plan d'urgence sur la trésorerie. Deuxièmement, le gouvernement nous a dit qu'il y aurait une loi d'urgence. Enfin, la loi d'urgence, ça l'a pris quelques mois dans la vue. Pourquoi va-t-on contrôler les exploitations agricoles avec des règles qui vont changer ? Qu'on mette un terme au contrôle existant sur ce qui va changer et qu'on contrôle tous les produits qui viennent de l'extérieur, notamment de l'Union Européenne. Un moratoire sur les contrôles, mais en attendant, qu'on mette le paquet pour voir si les produits qui vont arriver dans nos assiettes sont conformes à ce qu'on veut ou ne veut pas en France.
Voilà des exemples très concrets. Voilà des exemples très concrets. Un autre exemple concret, le sénateur, là encore, de votre parti, le sénateur Duplomb, a déposé une nouvelle proposition de loi qui vise à réintroduire ce qu'on appelle l'acétamipride, qui est un type de pesticide, notamment à la demande des producteurs de betteraves sucrières qui disent ne pas avoir d'alternative. La FNSEA, la coordination rurale, souhaite et soutienne la réintroduction de l'acétamipride. La ministre de l'écologie, Monique Barbudy, moi, j'en veux pas. Est-ce qu'il faut réintroduire l'acétamipride ? Est-ce qu'il faut soutenir la proposition de loi du sénateur Duplomb ? Dans quel pays
ce produit est autorisé hormis la France ? Tous les autres. Tous les autres. Voilà. Alors, il y a un sujet. Soit c'est l'Europe qui n'a pas vu ce qu'il fallait et donc on doit mettre ce dossier à l'Europe ou alors, je ne vois pas pourquoi, il n'y a qu'en France. Mais ce produit, c'est l'exemple type. On est en République en France ? Non, on est plus royaliste que le roi. C'est-à-dire qu'on surcharge nos agriculteurs de normes qui sont des normes franco-françaises. Ce n'est pas de la faute à l'Europe. Sur ce produit-là, je le vois, je suis une région qui est plus importante productrice de betteraves. C'est qu'ils n'ont pas d'autre solution.
Ce qui veut donc dire que si demain nous produisons moins de betteraves, on va les importer les betteraves. D'où deux pays qui utilisent ce produit.
Il faut de la cohérence. Il y a plus de 2 millions de signataires d'une pétition qui s'oppose à la loi du plomb. Quand par ailleurs, il y a, et là encore, il faut être très scrupuleux sur ce que disent les études sur l'acétamipride. Non pas des risques de cancer comme ça peut être dit, mais des risques sur la toxicité de ce pesticide. Tout ça, vous balayez tout ça d'un revers de main au nom de l'absence alternative.
Je ne viens pas de vous dire que je balayais ça. Je vous dis juste
que tous les autres pays de l'Europe...
Vous dites qu'il faut réintroduire. Non, attendez. Vous voyez, c'est ça l'exemple type aujourd'hui. Toutes les choses sont complexes et on n'est pas obligé quand on fait de la politique de simplifier outrance et en clair de caricaturer ou devenir une caricature. Non, ce que je vous dis... Non, ce que je vous dis... Ce que je vous dis... Si c'est autorisé dans les autres pays européens, c'est qu'il y a un problème de toxicité, visiblement non. Donc arrêtons en France de chercher à les... Comment dirais-je ? A les faire disparaître aux agriculteurs. Vous êtes favorable à la proposition de loi du sénateur du fond. Je viens de vous le dire, oui, très clairement, parce que derrière...
Non mais, allez, on va quand même au bout du raisonnement. On va au bout de votre raisonnement. C'est-à-dire qu'en France, on ne les produira plus et on ferme les yeux. Je ne ferme pas les yeux. Voilà. Et si le débat doit être posé au niveau européen, c'est au niveau européen qu'il doit l'être. Ça veut dire aussi une France qui se bat vraiment pour ses agriculteurs, y compris à Bruxelles. Ce qu'on ne fait pas assez. Xavier Bertrand, vous nous avez répété que vous voulez être candidat pour 2027. Je ne vous l'ai pas dit 36 fois. Or, Bruno Retailleau a annoncé sa candidature il y a 10 jours. Ça veut dire quoi ? Que vous allez lui laisser la place ? C'est le patron de votre famille politique ?
Déjà, je ne comprends pas sa précipitation. Ah bon ? Non, mais moi, ça fait bien longtemps et puis il y a une petite différence. C'est que moi, je n'ai pas souhaité être à nouveau candidat à la tête de mon mouvement politique, de ma famille politique.
Mais pourquoi vous ne comprenez pas
sa précipitation ? Parce qu'il a mis la charrue avant les bœufs. Il a été élu quand même à l'époque pour, un, remettre le parti en état de marche, il ne l'est toujours pas, et définir clairement la ligne politique et stratégique. Ce n'est toujours pas le cas. On vient de passer un long moment à votre micro pour montrer justement que ce n'est pas le cas au moment de ces élections municipales. Donc, derrière, il y a des candidats et puis on verra à un moment donné qui les Français veulent voir sur cette ligne.
Sa candidature, elle n'est pas légitime ?
Il a tout à fait le droit de se présenter. La seule question qu'il se pose, s'il a le droit de se présenter, pourquoi il s'est précipité pour le faire maintenant ? Voilà, posez-lui la question.
Une question sur son programme, puisqu'il a déjà esquissé un certain nombre de propositions. Il veut réformer la Constitution pour pouvoir consulter les Français sur l'immigration. Il veut inverser ce qu'on appelle la hiérarchie des normes, considérer que les lois nationales doivent être au-dessus du droit européen. Je cite, « Dès lors que nos intérêts fondamentaux sont menacés », il dit aussi, on a noté cette expression, il veut lutter contre les dérives de l'État de droit. Est-ce que vous partagez ces orientations ?
Vous avez été attentif à ce que j'ai dit tout à l'heure. Moi, j'ai dit que je suis attaché à l'État de droit et non pas à l'État du droit qui serait fluctuant en fonction à la fois des actualités ou des intérêts politiques. La démocratie, vous savez, c'est un socle et on ne s'en accommode pas au gré de ses convenances. La démocratie, on la respecte et donc quand on dit qu'on veut lutter contre les dérives de l'État de droit... Vous avez compris pourquoi ma candidature est différente ? Parce que moi, je ne veux pas être dans une candidature qui soit uniquement les Républicains.
Si vous voulez gagner une élection présidentielle et si vous voulez changer la trajectoire de notre pays, redonner confiance, apaiser les Français, il faudra être dans une logique de rassemblement au-delà des Républicains. Est-ce que c'est votre droite, Bruno Retailleau, Xavier Bertrand ? C'est la raison pour laquelle, clairement, je suis candidat sur une ligne qui est différente. Donc, ce n'est pas votre droite. portez mes idées, mes convictions. Ce qu'on ne comprend toujours pas, c'est ce que vous faites dans un parti qui semble si peu vous représenter.
Eh bien, c'est parce que je m'exprime et j'exprime la voix de nombreux adhérents, de nombreux électeurs qui disent très clairement qu'il n'est pas question de s'effacer ou de rejoindre l'extrême droite. Et c'est à l'intérieur de ma famille que j'entends le dire et le faire.
Alors, Xavier Bertrand, si on essaie de faire le point sur les candidatures, Bruno Retailleau, la vôtre, celle d'Edouard Philippe, celle probable de Laurent Wauquiez. Sauf que, vous continuez de dire, moi, la primaire, jamais de la vie. Alors là, il faut nous donner le mode d'emploi quand il y a autant de candidats pour ne pas se retrouver éliminés au premier tour. On est 15 mois
avant la présidentielle. Il y a une impatience journalistique qui est assez coutumière. Vous savez, 15 mois avant la présidentielle, j'étais à peine né, général de Gaulle, il n'y a pas de balotage. 15 mois avant, Jules Valéry Giscard d'Estaing était réélu en 1981. 15 mois avant, c'était Édouard Balladur qui était présent. Et 15 mois avant, Emmanuel Macron n'était même pas testé dans les sondages. Là, il y a deux sujets. Là, vous soulignez le fait que... L'impatience est un vilain défaut.
Vous avez tout à fait raison. Parfois, l'impatience est partagée par les responsables politiques. Là, vous soulignez le fait que 15 mois avant, c'est difficile de prédire le résultat. Et là-dessus, vous avez tout à fait raison. Et de prédire aussi
qui sera candidat. C'est que là,
vous avez à droite, dans votre famille politique, votre espace d'idées, une petite dizaine de candidats. Comment est-ce qu'on fait pour qu'à la fin,
la primaire, il faudrait m'expliquer ce que c'est ? Parce que là, vous avez vu, il y a une démarche qui est engagée par les Républicains en disant aux candidats potentiels « Dites-nous ce que vous voudriez et nous, au final, on choisira le système le plus favorable à Bruno Retailleau. » Vous savez, je ne suis pas dupe, je vois bien le manège. C'est pour ça que vous le boycottez d'ailleurs, ce groupe de travail. Moi, je ne suis pas un adepte du boycott. J'ai demandé deux choses. J'ai demandé qu'on clarifie la ligne politique et stratégique. Ce n'est toujours pas le cas. parce que je vais aller avec des candidats qui ne partagent pas les mêmes convictions.
C'est comme si justement vous aviez un sport et chacun vient avec un équipement différent, un match de foot où certains viennent avec des balles de pétanque, des boules de pétanque, d'autres avec des ballons de rugby, des ballons de foot. Ça ne ressemble à rien. Donc déjà, cette clarification qu'au moins on sache avec qui on se retrouverait, ce n'est toujours pas le cas. Donc, c'est sans moi, ce groupe de travail.
Et je n'ai toujours pas compris si d'aventure ce groupe de travail dit par exemple il faut une primaire interne, vous dites qu'est-ce qu'on a fait de politique ce matin ? Non, je ne crois pas. On a parlé des sujets et puis la politique On a parlé de l'agriculture mais on n'a pas assez parlé des sujets. Si le parti désigne Bruno Retailleau, comment est-ce que vous faites-vous pour à la fin ne pas vous retrouver à être plusieurs sur la ligne de départ ?
Monsieur Duhamel, vous savez en plus ce qu'on entend ? C'est qu'une fois qu'il y aurait une primaire propre à LR, il y aurait une grande primaire de la droite et du centre. Non mais ils vont faire combien de tours là ? Moi je vous dis le retour de manège, le manège, je ne suis pas dupe donc la présidentielle c'est une rencontre entre un homme, une femme et les français. C'était ma conviction il y a 5 ans, j'ai eu tort de ne pas être dans la cohérence de cette conviction. Vous savez, aujourd'hui, chose est certaine, je suis beaucoup plus à l'aise avec mes convictions parce que je les défendrai jusqu'au bout et je ne rentrerai pas jusqu'au bout. coûte que coûte.
Et je ne rentrerai pas dans une logique qui consiste à dire que ce sont les partis qui sélectionnent. Et enfin, je vous le redis, je l'ai déjà dit à différentes antennes, je pense même vous l'avoir dit à vous, je pense que je vous l'ai dit, c'est que vous verrez dans quelques mois, les français diront quel profil ça les intéresse de voir sur la ligne de départ. Avant l'heure, ce n'est pas l'heure. Et après l'heure, ce n'est plus l'heure. Merci Xavier Bertrand d'avoir été au micro de France Inter ce matin. La revue de presse à suivre.
Xavier Bertrand