Marine Le Pen : "Est-ce que vous croyez que les sociétés privées vont aller sur les petites lignes ? Non !"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Marine Le Pen, présidente du Front National, députée du Pas-de-Calais. Le gouvernement lance donc le chantier de la réforme de la SNCF, mais sans toucher aux petites lignes qui paraissaient menacées ces derniers jours. Il n'y aura pas de fermeture, dit le gouvernement. Vous êtes rassurée ce matin ?
Non, pas du tout, parce qu'ils avaient dit exactement la même chose pour les classes. Vous vous souvenez, ils avaient dit que la réforme de M. Blanclaire n'entraînerait pas de fermeture de classes dans la ruralité. Or, ce sont des centaines de classes qui, aujourd'hui, sont en train de fermer. Donc, évidemment, la logique de ce que le gouvernement souhaite faire avec la SNCF entraînera la disparition, bien entendu, d'une partie importante des petites lignes, au détriment de cette ruralité qui a déjà vu fermer les hôpitaux, les maternités, les casernes, les commissariats, la poste, et qui, maintenant, va avoir fermé les gares.
Est-ce qu'il fallait, Marine Le Pen, s'attaquer de front au statut des cheminots ?
Non, mais il faut d'abord virer Pépi, pardon. Enfin, ça fait 14 ans, je crois qu'il est à la tête de la SNCF. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les résultats de ce monsieur sont absolument épouvantables. Bon, ça, c'est déjà la première chose.
La dette était là avant lui, hein ?
Oui, d'accord, mais d'ailleurs, la dette avait été planquée, en réalité, par M. Juppé pour pouvoir entrer dans la monnaie unique, pour répondre aux critères de Maastricht. On avait planqué la dette de l'État dans la SNCF, ce qui était déjà quelque chose de profondément malhonnête. Donc, en fait, c'est la dette de l'État. Donc, qu'ils la reprennent, ça me paraît quand même relativement logique. La vraie question, c'est est-ce que c'est le statut des cheminots qui est responsable de la dette ? La réponse est non. Alors, s'il peut y avoir des modifications dans le statut, moi, ça ne me pose pas de problème.
C'est-à-dire, qu'est-ce qu'il aurait fallu faire que le gouvernement ne fait pas, puisque là, seuls les nouveaux entrants n'auront pas le statut de cheminot ?
Il y a eu une politique du tout TGV, on a vu ce que ça a donné en termes de résultats. On est aujourd'hui en train de préparer la privatisation de la SNCF. On ne va pas se raconter l'histoire. C'est toujours comme ça. Même s'ils s'en défendent, en réalité, la transformation de la SNCF en SA et les injonctions de l'Union européenne vont pousser à la privatisation. Alors, moi, je regarde ce qui s'est passé en termes de privatisation du ferroviaire en Grande-Bretagne. Aujourd'hui, c'est tellement catastrophique. Le prix du billet a augmenté en Grande-Bretagne de 30% depuis 2010.
C'est 14% du revenu mensuel qui est réservé au transport pour aller travailler en Grande-Bretagne, alors qu'en France, c'est aujourd'hui en moyenne 2%. C'est tellement épouvantable comme situation que, maintenant, les Britanniques souhaitent une chose, c'est renationaliser leur réseau ferré.
On parle d'un réseau qui a été privatisé, ce qui n'est pas le cas de la SNCF aujourd'hui. Pour l'instant, il n'y a pas de procédure lancée et personne ne voudrait d'une entreprise qui a 49 milliards d'euros.
Mais vous savez pourquoi ça sera le cas ? Ça sera le cas parce que c'est la logique de l'ouverture à la concurrence. Est-ce que vous croyez que les sociétés privées vont aller sur les petites lignes ? Non. Or, aujourd'hui, la SNCF, en réalité, contrebalance les déficits qui existent sur les petites lignes, ça s'appelle le service public, avec les lignes qui sont rentables. Quand demain la concurrence va venir sur les grosses lignes rentables, on n'aura absolument plus aucun moyen de financer les petites lignes. Donc, à terme, c'est la fin de la SNCF telle que nous la connaissons.
Vous appelez à combattre cette loi, y compris dans la rue avec les syndicats ?
Non, mais d'abord, je suis fondamentalement opposé à ce système systématique, maintenant, des ordonnances. Bon, je rappelle aux syndicats qu'ils ont tous appelé à voter pour M. Macron. Donc, quelque part, ils sont co-responsables de la situation que vivent les Français aujourd'hui, que ce soit la loi travail, d'ailleurs, ou que ce soit ce que le gouvernement s'apprête à faire pour répondre, encore une fois, et obéir à l'Union européenne. Encore une fois, sur le statut des cheminots, qu'il puisse y avoir des évolutions. La prime, charbon, c'est vrai qu'on se dit que c'est obsolète.
En même temps, l'avantage fiscal accordé aux journalistes n'a plus non plus de raison d'être, et pourtant, il continue à survivre. Vous voyez qu'on puisse considérer, comme ça a été le cas à EDF, que, après tout, l'utilisation gratuite du rail est peut-être accessible. Mais c'est dérisoire, objectivement, par rapport aux problématiques qui sont les problématiques de la SNCF aujourd'hui, et dont la responsabilité porte en partie sur M. Pépi, dont on se pose la question de savoir pourquoi il arrive à traverser tous les gouvernements avec des résultats aussi déplorables. D'un mot, Marine Le Pen, vous appelez à manifester contre cette loi ?
Non, mais, écoutez, moi, vous savez, la manifestation, c'est quelque part une culture de gauche. La manif pour tous, ce n'était pas la manif la plus à gauche qu'on ait vu ces dernières années. Moi, ce que j'aimerais bien, encore une fois, c'est que les Français se posent des questions sur les syndicats qui sont censés les représenter, voilà, et sur la complicité de ces syndicats dans la situation dont ils souffrent aujourd'hui. C'est vrai à la SNCF, c'est vrai aussi dans l'agriculture.
L'agriculture, vous y serez demain au Salon de l'agriculture face à une profession qui s'inquiète, Marine Le Pen, de la faiblesse des prix. Les agriculteurs, pour certains, n'arrivent plus à vivre de leurs revenus. Qu'est-ce que vous allez leur dire demain ?
Je vais leur dire que quand on a un problème de faiblesse des prix, donc de production importante, ouvrir nos marchés au libre-échange total avec des géants que sont hier l'Australie, la Nouvelle-Zélande et ce matin le Canada et ce midi le Mercosur expriment donc une volonté maintenant délibérée de planter le dernier clou dans le cercueil de l'agriculture française. Donc le Mercosur est une folie, le CETA était une folie et on voit bien qu'il y a une idéologie derrière cela. Quelles que soient les conséquences de la mise en œuvre de cette idéologie, l'Union Européenne et ses amis, qui sont les dirigeants français, n'arrivent pas à s'en détourner.
Qu'est-ce qu'on fait Marine Le Pen ? On taxe davantage les produits alimentaires d'importation, on ferme complètement les frontières, qu'est-ce qu'il faut faire ?
Il ne s'agit pas de fermer totalement les frontières, mais il s'agit de ne pas totalement les ouvrir. Surtout à des produits, permettez-moi, qui sont extrêmement dangereux pour la santé. Il faut quand même être conscient que ces grands pays du Mercosur sont des pays qui par le passé ont déjà commis des agissements très graves. Je vous rappelle l'affaire de la viande avariée du Brésil, l'affaire des farines animales de l'Argentine. Or, nous n'avons aucun moyen de contrôle à nos frontières. Donc, il faut que le gouvernement arrête de mentir en disant qu'il va opérer des contrôles sanitaires aux frontières. Ça n'existe pas.
Ça n'existe pas, car il n'y a plus précisément de frontières et plus aucun contrôle. Il n'y a un contrôle que lorsqu'il y a un problème. On attend que le problème sanitaire ait lieu pour pouvoir contrôler a posteriori. C'est très grave pour la santé des Français et c'est évidemment très grave économiquement pour nos agriculteurs qui ne se relèveront pas de la mise en œuvre du Mercosur.
Le problème, Marine Le Pen, c'est que si on ferme les frontières ou en tout cas si on taxe les importations, les pays vers lesquels nous exportons vont faire la même chose et la balance alimentaire française penche du côté des exportations. On gagne 6 milliards de plus qu'on le vend aujourd'hui à l'étranger. Comment vous allez convaincre les autres pays de ne pas faire la même chose ?
Pourquoi ? Non mais stop avec cette argumentation. Cette argumentation, on nous la ressort en toutes circonstances. il ne faudrait surtout pas protéger notre marché parce que sinon les autres marchés se protègent. Non, non, non, c'est pas ce que je dis. Si on protège les ondes, on va protéger aussi et on a plus à y perdre qu'à y gagner. Eh bien qu'ils le fassent. Ah bon ? Mais alors, si c'est le cas, pourquoi depuis des années ? Sur l'alimentation, Marine Le Pen. Ah non, d'accord. Ah bah pardon, on parle de ça. Ah bah on va parler de ça précisément. Sur l'alimentation, la balance, elle est excédentaire de c'est l'alimentation. Sur le reste, ça nous gêne pour une raison simple.
Non, parce qu'on parle de ça simplement. Non, pour une raison simple, c'est que nous avons un commerce extérieur qui est un déficit qui se creuse année après année et qui est aujourd'hui absolument considérable. Donc arrêtons avec cette argumentation. On nous a fait le même coup avec le textile et le textile a fini par disparaître. On nous a fait le même coup avec les chaussures, avec la bijouterie, avec les jouets. Et petit à petit, des pans entiers de notre économie se sont effondrés face à une concurrence qui est déloyale, face à une concurrence qui ne respecte pas les mêmes normes, face à une concurrence dont les coûts de production sont 50% inférieurs aux nôtres.
Donc les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Eh bien moi je dis qu'il faut peut-être retirer les leçons de cela avant de se retrouver en caleçon.
Un mot Marine Le Pen du Congrès du Fonds National qui se tient dans une dizaine de jours. On va y revenir plus longuement dans quelques minutes après la revue de presse. Mais hier est tombée pour vous une bonne nouvelle, votre père. a annoncé qu'il n'irait pas finalement à ce congrès dit de la refondation. C'est vous qui l'avez convaincu ?
Non mais écoutez, il y a des tas de bonnes nouvelles dans la mise en oeuvre de ce congrès. Celle-là, ce n'en est pas une. Non mais ce n'est pas ça. C'est qu'il me paraît beaucoup plus intéressant que le fait de savoir si les journalistes vont avoir leur petit buzz avec la venue de Jean-Marie Le Pen ou pas au congrès. C'est un congrès historique. C'est une refondation historique. On a tout remis sur la table dans des conditions d'honnêteté et de loyauté que peu de partis mettent en oeuvre, il faut quand même le dire. On va sauter un pas. Il y a peu de partis aussi
où il y a un seul candidat au titre de président ou de présidente. Ce sera votre cas dans dix jours.
Ah bon ? Ce n'était pas le cas de M. Castaner ? Ce n'était pas le cas de M. Castaner.
Et vous n'aviez pas parlé au Front National d'élections truquées ? Non, non, non. Mais nous, on a une élection.
Nous, on a une élection. Personne ne désigne le président du Front National comme M. Macron a désigné M. Castaner. Je sais bien que ça ne va pas dans le sens de ce que racontent les médias aujourd'hui. Mais je crois que s'il n'y a pas de candidat contre moi, c'est qu'il n'y a pas de contestation de la ligne que je porte depuis maintenant sept ans avec, vous l'admettrez, un certain nombre de résultats.
Disons qu'il y a une contestation, mais qu'aujourd'hui, elle est portée à l'extérieur par Florian Philippot, cette contestation. Oui. Non, oui. Portée même assez violemment par Florian Philippot ces dernières semaines.
Ah oui, il y a une contestation. Il n'y a pas de contestation. On verra bien ce que ça donnera. Moi, j'ai vu au partiel ce que ça a donné. 1,6, je crois. Pour les candidats des Patriotes. Avec pourtant la candidate la plus connue qu'ils avaient sous le coude dans un département dans lequel elle a été leader depuis 25 ans.
Vous parlez de Sophie Montel, l'eurodéputé qui est passé ou resté avec Florian Philippot. Marine Le Pen, vous restez avec nous si vous voulez bien jusqu'à 9h. Les questions des auditeurs dans quelques minutes. Ce sera juste après la revue de presse de Claude Ascolovitch. 8h32. C'est parti.
C'est parti.
Marine Le Pen