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interviewPublic Sénat (sur YouTube)· 16 juillet 2025 28 min

Comment revenir à la vie après 711 jours de captivité ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] [Applaudissements] [Musique] Notre invité a connu ce que bon nombre de journalistes redoutent lorsqu'ils sont en terrain hostile. a vu et vécu ce que peu de reporters peuvent raconter. La prise d'otage par des terroristes djihadistes.

L'attente interminable, la peur de mourir ou de ne jamais être retrouvé ou sauvé, la crainte d'être abandonné ou oublié par son pays et ses soutiens, même les plus fidèles. Pourtant, il a tenu bon. L'instinct de survie probablement et puis la curiosité du journaliste chevillé au corps.

Celle qui ne vous quitte jamais vraiment celle qui l'a pousser à écrire toujours écrire noter n'importe où sur n'importe quoi pour ne pas oublier et surtout ne pas sombrer de cette expérience et de ces carnets qu'il a rempli parfois au péril de sa vie. Il en sort un livre prisonnier du désert 711 jours aux mains d'Al-Qaïda, paruché Michel Lafond. Qu'est-ce que cet événement a changé dans sa vie ? pensé à arrêter le journalisme ?

Quel enseignement n'a-t-il tiré ? Posons-lui toutes ces questions. Bienvenue dans un monde un regard.

Bienvenue Olivier Dubois, merci d'avoir accepté notre invitation ici au Sénat. Qu'avez-vous changé dans votre vie depuis ce qui vous est arrivé ? D'abord un déménagement, vous viviez au Mali, aujourd'hui vous vivez en France.

Quoi d'autre ? Et puis peut-être pourquoi ce choix de déménagement c'était impossible de continuer de vivre au Mali après ce qui vous était arrivé ? Non, j'ai pas eu de choix en fait. on m'a quand on m'a exfiltré du désert nigérien que j'étais, on m'a on m'a ramené à Paris.

J'ai atterrié à Végoublé donc le choix de Paris s'imposait. Enfin, il y avait pas de question après qu'on pour m'exulterait de là de retourner en Afrique, de retourner à Bamo. Euh maintenant, est-ce que j'aurais aimé retourner à Bamako ?

Je pense que c'était un peu frais. À l'époque, j'avais vraiment envie d' Enfin, il fallait vraiment que je revienne en France, que je revienne à Paris. Euh qu'est-ce qui a changé ?

J'ai du mal à le dire parce que je suis encore en train de le vivre en fait. Et ouais. Euh ce qui a changé c'est que je suis plus sur le terrain, c'est que je suis plus en Afrique, c'est que je m'occupe plus vraiment de ces sujets-là où je les regarde de loin et que et que j'ai dû me rebâtir, j'ai dû me reconstruire depuis la libération.

J'en suis là. Le retour à une vie normale, alors j'allais dire a été compliqué mais je vais dire est compliqué. C'est toujours compliqué.

Oui, c'est pour c'est compliqué les premiers mois. Moi, ça a mis à peu près jusqu'au début 2024 pour reprendre mes repères, retourner vraiment dans mes baskets. Ça continue toujours, je suis suivi.

Mais c'est c'est marquant ce qui s'est passé, ce qui m'est arrivé. C'est quelque chose que j'oublierai pas. Maintenant, faut faire en sorte que ça ce soit pas néfaste pour moi, quoi.

Que ce soit des souvenirs et pas et pas des blessures encore ouvertes. Donc, j'y travaille mais c'est ça fait partie de moi évidemment. Enfin, c'est une histoire qui est c'est l'histoire la plus extraordinaire et terrible de ma vie.

C'est ce que j'ai l'habitude de dire. Hm. Vous savez contre quoi ou contre qui vous avez été libéré ?

Vous avez des informations maintenant ? Non non non. J'imagine contre je sais pas de l'argent la libération de prisonniers mais j'ai pas j'ai pas eu de retour de ça.

Je sais pas oui parce que eux savaient très bien ce que vous valiez en tant qu'age français. Vous dites même qu'ils ont un argus selon la nationalité des des otages qu'ils ont entre les mains. Alors il y a il y a des prix en fonction de la nationalité.

Les Américains, les Français, les Italiens sont ceux qui payent le plus. D'accord. Donc ils ont des des sommes, vous êtes des 100 millions en français.

On me disait souvent c'est 100 millions, ça ce sera 100 millions ou un peu moins mais avec des prisonniers. Bon voilà, moi je me souviens quand il me disait ça, enfin on vous envoie ça au visage déjà ça vous ramène dans votre position d'otage puis dans le fait que ça concerne d'autres personnes et pas que vous, votre famille, votre gouvernement et que ces gens-là en gros juste pour vous pour ce qui vous arrive vont être obligés de contribuer, va être obligé de négocier avec eux. Il y a des choses que vous n'avez pas le droit de nous dire.

Euh vous avez été briefé et débriefé par la DGSE. à la sortie de cette expérience. Alors, je les ai rencontré évidemment, mais après euh on m'a pas non on m'a pas donné de de de directive, on m'a pas dit qu'il faut pas évidemment il faut peut-être éviter de trop pendir sur le côté de libération pour pas renseigner non plus mais sinon non, j'ai pas eu de directive particulière.

Parce que parmi les renseignements que vous avez pu récolter au cours de cette détention sur laquelle on va revenir en détail puisque c'est vraiment le cœur de votre livre, il y a cette ambition que ces groupes terroristes ne cachent pas. Établir la charia partout sur la planète. C'est ce qu'ils appellent le projet.

Ça fait partie des choses qui vous ont frappé. Ah oui, c'est c'est parce que chacun croit vraiment en ce projet très fort. Ils m'ont dit qu'on soit infirme, qu'on soit jeune, qu'on soit vieux, c'est juste amener sa pierre à l'édifice, amener une pierre à l'édifice de ce projet.

Et ils y croient, ils y croient vraiment. Et il y a une sorte, je dirais, de comment dire ça ? De de ouais de de cohésion mondiale.

C'estàd que chacune chacune le GSCM, ceux qui m'ont kidnappé sont une des franchises en fait d'Alqaïda. Mais les franchises d'Alkaïa, il y en a un peu partout et chacune œuvre pour ce grand projet. Et ça c'est quelque chose qui m'a assez marqué.

C'est vrai que c'est assez euh euh ça ça les dépasse quoi. Limite hein. C'est le le but le plus ultime, le but le plus important de leur vie.

Vous diriez que c'est un épiphénomène ou qu'il faut prendre cela très au sérieux cette ambition qui vu l'implication, vu l'organisation, vu les ressources qu'ils ont. Oui, il faut prendre ça. Enfin, c'est pris au sérieux et il faut prendre ça au sérieux.

Oui, bien évidemment parce que c'est pas ils jouent pas pour ça c'est pas pour rigoler quoi. Ils sont vraiment capables, ils ont ils ont noyauté le nord par exemple, le centre même maintenant du Mali et sétendent vers le sud. qui sont en train de métastaser dans d'autres pays à côté.

Donc c'est quelque chose de très très sérieux. On a des gens déterminés qui veulent vraiment et imposer la charia mondiale et puis imposer aussi leur leur dogme. Ce qu'ils pensent.

Oui. Oui, c'est un vrai problème. Ouais.

H dans ce livre prisonnier du désert 711 jours aux mains d'Al-Qaïda paru chez Michel Lafond, vous racontez les conditions de votre détention, votre terreur au début puis le journalisme qui a vite repris ses droits comme un réflexe de survie psychologique. Mais avant de parler de tout cela, je voudrais revenir sur le début. quand vous prenez l'avion pour Gao euh pour vous rendre à cette interview d'un chef djihadiste, donc il y a plusieurs signaux d'alerte.

Euh vous racontez que votre femme vous dites faire attention quand même et puis vous blaguez même euh sur le fait que ah bah peut-être que je vais me faire me le faire enlever. Euh haah. Et il y a aussi ce cet agent de sécurité qui vous toise, qui vous regarde parce qu'il voit où vous allez parce qu'en fait tout le monde sait que c'est dangereux d'aller à Gao.

À aucun moment vous vous êtes dit en fait je vais pas y aller, je vais Non non non. Quand on fait quelque chose comme ça, évidemment qu'on se dit qu'il peut y avoir un danger, on peut pas fonctionner et se lancer dans ce type de de d'aventure en étant gangrainé par l'idée que ça peut pas marcher, qu'il y a un vrai danger. Ça vous ça vous freine au bout d'un moment.

Trop de prudence freine. Donc évidemment qu'on y pense mais on range ça dans un petit côté de sa tête et on essaie de rester surtout dans ce qu'on doit faire. Moi je partais faire une interview, j'avais 45 minutes, c'est le temps un temps à parti.

Il fallait que je ramène quelque chose dans ces 45 minutes. Et c'est ça, c'était ça mon focus. Mais évidemment qu'on est on peut être assailli par des idées de et si ça rate et s'il se passe un problème et si je me fais attaquer si je me fais Mais faut pas que ça nous parasite, faut pas que ça nous embrouille.

Sauf que quand même à un moment donné les choses tournent bizarrement. Euh votre fixeur décide finalement de ne pas vous accompagner. Donc vous comprenez quand même qu'il y a quelque chose qui qui cloche et vous dites "L'adrénaline est la raison ce livre bataille dans ma tête.

Qu'est-ce qui fait que vous y allez finalement quand même ? Est-ce qu'il y a aussi l'idée que vous avez vendu un scoop pour un média et que vous ne pouvez pas perdre la face ? Vendu au moment où j'y vais ?

Aucun média ne me suit. Je le fais tout seul. Par contre, je tiens peut-être un scoup, il y a pas de souci.

Euh c'est c'est intéressant parce que ce moment-là, il est vraiment très important. Quand il me quand il me dit ça, évidemment, j'ai envie de tout arrêter. Puis en même temps, je suis à je ne sais pas moi quelques kilomètres du lieu de rendez-vous.

On est à 45 minutes du moment du rendez-vous. C'est à la fois si proche, palpable, on peut le toucher. Donc dire non alors que je me suis en même temps déplacé, c'est quand même voilà, c'est problématique.

Et là, je vais me raccrocher à lui, le fixeur à qui je fais confiance avec que je connais, que je crois connaître en tout cas. Et je vais lui poser cette question. Je vais lui demander mais est-ce que tu penses et tu me dis qu'on peut y aller, on continue à le faire.

Si tu me dis qu'on arrête, on arrête. Et là cette écoute, je pense qu'on peut y aller et en plus je verrai après ton interview ce chef diad pour le soigner parce qu'il est diabétique. Et ça ça celle le ça à ce moment-là il a le bon argument, il vous rassure.

Il a non seulement le bon argument et il a certainement l'argument que j'attends. Euh voyez, il y a il le sait et peut-être alors je ne sais pas s'il le sait mais en tout cas ça marche. Je vous pose la question parce que souvent il y a des polémiques au moment où il y a des prises d'otage à l'étranger de gens qui disent ici vu d'ici en France ah mais oui mais les humanitaires et les journalistes prennent trop de risque et après on déploie des des moyens surdimensionnés pour aller les récupérer.

C'est c'est c'est pour ça que je vous pose ces questions autour de qu'est-ce qui fait qu'on y va alors qu'il y a un danger et que potentiellement vous l'avez dit ça a des conséquences. Le rôle d'un journaliste, en tout cas d'un correspondant quand il est sur le terrain, c'est aussi d'être dans les enfin dans ces lieux où les gens ne peuvent pas aller converser avec ces gens avec qui on ne peut pas parler d'habitude. Ça fait partie de mon métier.

Donc évidemment qu'on peut faire ce métier au téléphone en restant par exemple à Bamaco derrière un bureau mais c'est pas suffisant. Et en fait ce fixeur c'était un agent double en fait. C'est quelqu'un qui vous abernait et qui abernait aussi les forces françaises.

En fait ça c'est encore flou tout ça. Mais en tout cas il parlait au force française, il renseignait les forces françaises au même titre qu' me renseignait moi, il renseignait même peut-être d'autres personnes. Je sais pas tout.

Je ne le sais pas encore. C'est vrai. Vous n'avez pas encore toutes les informations sur Non mais non.

Et vous ne les cherchez pas ? Vous ne voulez pas les Si si enfin je ça évidemment que je veux savoir ce qui s'est passé maintenant. C'est pas ça m'occupe pas maintenant.

H puis j'ai sorti ce bouquin, c'est déjà mon histoire, c'est un voilà euh on a envie d'un peu de distance après, on verra. Mais euh évidemment que j'ai envie de savoir tout ce qui s'est passé. Bien sûr.

Ouais. Une fois aux mains des djihadistes, parmi les premiers échanges que vous racontez, il y a ce moment où vous êtes vous-même soupçonné d'être un agent de renseignement français et celui qui vous interroge à cette phrase, "Tu es avec Macron, on le sait." Et j'ai trouvé intéressant que le président soit nommément cité plusieurs fois.

Plusieurs fois. Est-ce que ces gens, ces groupes sont très informés, très au fait de par qui nous sommes dirigés, de ce qui se passe ici, de comment fonctionnent nos opinions ? Alors, il y a information des informations.

Ils sont évidemment informés de qui est le président Macron. C'est celui qui a lancé pour eux le responsable de l'opération Barcan. Donc la force qui bah qui envahit leur pays quelque part, hein, qui est là pour envahir leur pays.

Donc, ils connaissent très bien le nom en tout cas du président Macron. Euh, ils se tiennent informés mais par un réseau de radio et puis par les sur supérieur, il y a deux types d'informations et la radio qu'on écoute tous, les médias qu'ils écoutent quand même très peu ou à un certain niveau d'hérarchie. D'ailleurs, vous écoutez RFI pendant votre détention ?

Voilà, moi j'écoute avec RFI mais ils ont une sorte de défiance, c'est des médias français, c'est des médias occidentaux, c'est les médias des infidèles, donc pas super crédible. et ils ont leur propre réseau d'information alors qu'ils viennent des campements, qui viennent de la radio eux-mêmes qu'ils utilisent pour communiquer. Et moi, je me suis rendu compte qu'il y avit pas mal de désinformation.

C'estàd qu'on quand il y a une défaite par exemple des djihadistes, quand une katiba a été, je sais pas moi, euh neutralisée, eux vont dire autre chose. Ils vont, on va dire, amoindrir ce qui s'est passé, ils vont changer un peu les informations. Donc ils sont informés et désinformés mais sur Macron évidemment qu'ils connaissent comme ils connaissent à force Barc et il nous détestent.

Il déteste nos valeurs, il déteste notre président Emmanuel Macron. Il y a il y a cette détestation sur Emmanuel Macron, c'est lui qui leur fait la guerre, disent-il. Donc la détestation, elle est là.

Sur nous, c'est surtout parce qu'on est on est infidèle. C'est surtout parce qu'on ne on ne croit pas, on ne suit pas l'islam, on ne suit pas la Sunna, on ne croit pas en ha surtout ça. Maintenant, si demain, je sais pas moi, 60 millions de français se convertissent à l'islam, il y aura pas de détestation.

D'ailleurs, ils ont cherché jusqu'au bout à vous convertir. Ils ont ils vous ont voulu que vous convertissiez et vous ne l'avez pas fait. Vous ne les avez continué de les défier.

Oui, vous auriez pu le faire juste pour sauver votre peau et dire "Bah, je vais me convertir, je vais leur faire plaisir et puis je m'en vais." Alors, c'est intéressant ça. On enfin moi je je je fonctionnais un petit peu là-bas comme avec des des filets de sécurité.

Il faut toujours pour moi un dernier filet de sécurité. Qu'est-ce qu'on peut faire au maximum si les choses vont vraiment mal ? Et la conversion en faisait partie.

C'estàd que si ma vie est en jeu et si vraiment on cherche une arme et qu'on me la met sur la temp et qu'on me dit "convertis-toi, je me convertirai." Pas sincèrement, mais je me convertirai. Mais si j'ai mon libre arbitre, c'est non. et je pouvais pas le faire parce que j'avais une chaîne à la et c'était pour moi le meilleur des arguments.

On peut pas rentrer en religion si on est forcé. C'est pas comme ça. Je pense pas que même si Dieu existe, si si si tout cela est vrai, je pense pas qu'il aimerait que ses ses croyants et fidèles étaient convertis par par Mais ça vous pouviez leur expliquer très tranquillement.

Ils ont discuté avec eux hein. Il me le disait, il me disait "Mais si tu si tu si tu te convertis, finis la chaîne, tu manges comme nous, meilleures conditions. J'auraiis une tante, une kalashnikov, une femme et cetera.

Non non non non non. Vous avez fini par en apprécier quelques-uns parmi vos bourreaux. Euh il eu des relations de respect.

Bah après c'est si vous voulez faudrait revenir sur tout ça mais au départ c'est la peur. Après il y a la peur la colère, il y a les évasions. Il y a une mauvaise période suite aux échecs des évasions.

Et puis il y a quand même cette idée qui vous obsède de de vous échapper, de partir, de vous évader, que ça s'arrête, de faire en sorte que ça s'arrête. Et euh donc il peut pas y avoir, on peut pas apprécier. Par contre, il y a des relations de respect parce qu'on vous traite mieux et ça ça compte.

Et puis il y a des relations de manipulation. Donc on on peut se montrer sous un autre jour pour obtenir ce qu'on veut, pour obtenir des informations. C'est un jeu.

Vous avez appris à manipuler. Ah bah oui là oui là il a fallu. À quel moment vous comprenez que ça va durer ?

Et est-ce qu'on continue de compter les jours ou est-ce qu'on arrête un mois et demi après mon mon kidnapping ? Parce que moi j'ai fait une lettre au départ je pense qu'ils se sont trompés. J'avais une lettre d'invitation, normalement ils disent avoir une parole donc ils ont pas respecté leurs paroles.

Ou alors les gens les jeunes qui m'ont kidnappé qui sont quand même jeunes, ils ont entre 18 et 25 ans, se sont trompés. Donc je demande à écrire une lettre au chef de l'organisation et je j'imagine que cette lettre voilà va être reçue et que ça va tout changer et que j'ai faire mon reportage et retourner d'ici une ou deux semaines. Ça me laisse le temps de faire un long reportage et en fait au bout d'un mois et demi, je reparle de cette lettre des responsables diad qui est là me dit "Mais écoute, on l'a bien reçu mais s'il y a une réponse positive, ce sera dans 5 ou 6 mois et il doute qu'il y en ait une, mais il peut faire quelque chose comme ça, il peut pousser." Et là, je me rends compte que ça va être long.

Enfin, ça va être pour 5 ou 6 mois, mais j'aurais pas la force de durer 5 ou 6 mois de plus. Et mentalement, je sais pas comment je vais faire. Donc, il faut que je parte, il faut que ça s'arrête.

Hm. Il y a quelque chose qui ne vous a jamais quitté durant ces 711 jours, c'est votre âme de journaliste. J'en parlais en introduction, votre curiosité, votre envie de savoir, de comprendre, de poser des questions.

Vous l'avez même vous l'avez même dit, vous avez eu des échanges avec eux jusqu'à votre envie de décrocher cette interview jusqu'au bout, hein. D'ailleurs, vous avez eu envie, vous avez espéré avoir cette cette interview encore aujourd'hui ? Vous ne renoncez pas au journalisme.

C'est c'est je disais tout à l'heure, c'est chevillé au corps. Oui, c'est un métier passion. C'est ma passion.

J'adore ce métier. Puis c'est pas un un incident de parcours qui va remettre ça en question. Sur le l'interview, il y a plusieurs choses.

Sur l'interview de des chefs d'IAist pendant que j'y étais, il y a euh bon déjà la volonté de vraiment travailler en tant que journaliste et donc de pouvoir mettre la captivité en second plan. C'est très important. Et puis un aspect aussi de revanche.

Je me suis déplacé à Gao pour faire une interview d'un chef local. Euh, il m'emprisonne donc ils reviennent sur leurs paroles. Si si tentez qu'ils aient bien reçu le message et que nous discutions bien avec eux.

Mais dans tous les cas, je veux aller plus loin. Vous n'avez pas respecté votre parole. C'est vous le chef à qui je veux parler.

C'est à la fois inatteignable, totalement audacieux, totalement dingue. Mais voilà, je m'accroche à ça et il faut que j'y arrive. Et ça fait un but qui va me guider pendant c'estes presque 2 ans captivité.

Il faut des choses qui sont inatténes. Il faut des véritables défis pour pouvoir effacer tout ce qui euh tout ce qu'il y a autour de vous. euh la captivité, la vie avec ces gens-là et la force de l'écriture.

Parlez-nous de cette force que vous avez eu d'écrire un peu partout, surtout sur même des cartons qui à un moment donné ont été trempés dans des inondations. C'est ça qui vous a aidé à tenir et elle est peut-être là votre revanche. C'est d'ailleurs c'est ce livre, c'est c'est vous avez pu écrire tout ce que vous avez ressenti, vu, vécu.

Oui. Alors encore une fois, c'est cette idée que je suis un journaliste au travail en captivité, un journaliste écrit et un combat contre la mémoire. La captivité, c'est l'ennui, c'est le temps.

On va oublier une conversation qu'on a eu super intéressante avec peut-être un d'entre eux qui s'est confié euh une semaine d'avant. Donc il faut écrire ça rapidement, il faut garder une trace de tout ça. Et eux, ils voient de toute façon, il me dit "Mais on n'aime pas les journalistes, d'accord, mais on n'aime pas les gens qui écrivent, on n'aime pas ce qui est écrit.

Pourquoi tu écris ?" Même celui qui va me donner un stylo et va me permettre d'écrire me s'inquiète au bout d'un moment du fait que j'écrive. Mais il fallait concilier par écrire tout ce que j'apprenais.

C'était évident. Euh mais ça vous a fait prendre des risques pour votre vie d'écrire ? Euh alors c'est il y a eu il y a eu des moments il y a eu des moments assez chauds parce que quand j'étais tout seul alors vous écrivez de lignes et vous vous retournez quatre fois vous écoutez les bruits avant d'en écrire de l'autre.

Tout ça est assez long. Quand j'étais avec le sud-africain avec qui j'ai passé un an et demi en captivité il faisait la vigie pendant que moi j'écrivais. Il y a des fois où ils ont failli nous griller.

C'est vrai, j'avais prévu des des sortes de contemesures, des sortes de listes de courses que je faisais et comme il disent pas le français, ben il vo il voient ce que c'est qu'une liste, ils comprennent pas. Mais non, ça c'est une liste de souhait que j'adorerai quand je serai libéré et cetera. Donc ouais, ça marchait comme ça.

Mais c'est un miracle que j'ai pu les sortir ces ces notes. Aucun français dans ces bourreux. Non.

Qui parlait français ? Oui. Mais qui était d'origine française, nationalité française ?

Non. Ouais. Non, j'en ai pas rencontré.

Tunisien. Oui. Euh mais pas de français.

H J'ai un document à vous proposer Olivier Dubois. C'est une archive délivrée par nos partenaires les archives nationales. Je vais le décrire pour les gens qui nous écoutent.

Il s'agit de la carte de presse de Pierre Brossolette. Pierre Brossolette c'était un journaliste, homme politique et grand résistant français pendant la seconde guerre mondiale. Lorsqu'il est arrêté, plutôt que de risquer de donner des noms, il se suicide en se jetant par la fenêtre.

Ses cendres ont été transférées au Panthéon en 2015. Journalisme et résistance. Est-ce que vous faites un lien ?

Être journaliste, c'est une façon de résister. Alors, dans ce contexte-là, oui, certainement. Euh certainement aussi dans je sais pas dans un autre contexte si la l'information est muselée, si on peut pas, si la liberté de la presse est bafouée, si on ne peut pas.

Oui, certainement, mais pas, je fais pas un lien direct si vous voulez, mais ça peut le devenir. Ça peut être une une forme de résistance. Ouais.

Est-ce qu'il y a une figure du journalisme qui vous a inspiré Pierre Brossolette ou un autre ? C il y en a plein. Il y en a plein.

Bah oui. Oui. Bah je pense alors vous dites Pierre Bossolette, moi je pense à Pierre Péan tiens un autre Pierre Albert Londres puis après des gens de télévision.

Moi j'ai j'ai découvert ce métier et je l'ai aimé en le regardant à la télé quand j'étais petit dans les années 80. Donc j'ai comme nom dans la tête Yve Mourous, Bruno Mazur, euh Cyril Dieu Leveu pour ceux qui s'en souviennent là vraiment ça montre un voilà c'est ancien et c'est les gens qui m'ont fait rêver, c'est les reporters. Moi je me souviens de la chute des Tiaous Cescou de la chute du mur de Berlin.

Quand je regardais ça à la télé, je dis mais c'est ça que je veux faire, je veux être un témoin de l'histoire comme ces gens-là. Je veux rapporter pour les autres, faire comprendre aux autres. Et c'est c'est ça moi c'est ça qui m'a qui qui m'anime tu vois qui qui qui me passionne dans ce métier là parce que c'était pas écrit hein que vous deveniez journaliste.

C'était pas dans votre parcours au départ je crois même que vous avez été commercial pour au début gagner un peu votre vie et faire des voyages. Alors ça pour le coup vous aviez cette obsession c voy alors journaliste c'est depuis que je suis guin depuis que je regarde la télé après il a le parcours scolaire et je me suis rendu compte qu'il fallait faire beaucoup d'études. Enfin on parlait d'un premier cycle universitaire à l'époque et je me voyais pas bon j'étais pas j'étais pas trop dans les études à ce moment-là.

Hm. Euh moi j'ai eu pas mal de métiers en tête comme tous les gamins, j'ai voulu faire détectif privé, euh vétérinaire, enfin des tas de choses. Et euh après je monte à Paris, il faut manger, je fais commercial. d'abord dans l'internet qui qui émerge à l'époque.

Je je deviens commercial et je fais après, j'arrête tout parce que je me plaît pas dans ces petits boulots qui sont alimentaires et je décide de partir dans un grand voyage autour du monde et c'est ça qui va ramener le journalisme quand je reviens de ce voyage. Et je me dis, je peux pas reprendre des boulots qui me disent rien. J'ai envie de me lever le matin avec une passion et je sais qu'en exerçant le métier du journaliste, je vais me lever tous les matins en étant passionné par ce que je fais.

Vous le conseilleriez encore aujourd'hui ce métier ? Ah, il a changé. Il est compliqué, il est difficile, mais qu'est-ce qu'il est beau quand même.

C'est un beau métier quoi. On rencontre des gens formidables, on va dans des endroits formidables. C'est il faut aimer les gens, les personnes.

On peut on peut parler hein. Je sais pas moi quand j'étais au Mali, j'ai parlé à des fermiers au fin fond de la région de Mopti comme à des ministres dans des salons un peu comme celui-là. Voyez, c'est la diversité des personnes que vous rencontrez euh être témoin.

Vous dis pas si vous le conseilleriez. Ah mais je vous le conseille moi sans problème. Après, j'ai pas de conseil à donner mais allez-y ceux qui sont faut être passionné.

Faut pas faire ça à défaut. Et à la lueur de celui que vous êtes aujourd'hui, quel conseil donneriez-vous au petit garçon que vous étiez ? Qu'est-ce que vous lui diriez avant qu'il ne se lance dans la vie ?

Si je me parlais à moi-même quand j'étais petit. Ouais. Waouh !

Euh bah ne change rien, continue. Continue ce que tu fais. Je donnerai pas un conseil particulier parce que ça m'a mené le destin m'a mené à faire différentes choses et m'a mené alors j'étais voilà ce virus du journaliste vient de la télé ça m'a mené quand même à l'exercer malgré un parcours un peu donc non je crois qu'il faut rien changer ça fait partie ça m'a construit ce voilà c'est ce parcours que j'ai vécu qui m'a amené à ce que j'ai fait donc ne changeons rien c'est très bien vous lui diriez pas d'aller plus vite droite au but Ah oui oui oui vous me connaissez bien euh oui.

Alors peut-être un peu plus rapidement ouais un peu moins de détours. Oui, c'est vrai. C'est vrai.

Et moi, j'aime pas trop conseiller. C'est vrai qu'on est un peu dans l'âge du conseil, du machin ça. Voilà, vous savez, il y a certains temps, certains parcours qui sont longs, d'autres qui sont rapide, d'autres qui sont faut voilà, on est comme on est.

J'ai des photos à vous proposer. Ça fait aussi partie des rituels de cette émission. La première photo que je voudrais vous montrer, c'est celle-ci. en espionnage.

La France les considère comme des otages d'État. S'ils nous entendent, s'ils vous entendent, qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ? Ben, je pense qu'ils ont tout déjà, vu le temps qu'ils ont passé en captivité, ils ont tout pour résister.

Mais j'ai envie de leur dire qu'on pense à eux et que j'espère que les choses vont se résoudre et qu'ils vont pouvoir rentrer comme d'autres agianens sont rentrés. Je sais que trop bien ce qui se passe quand on est dans ces dans ce type de de de situation. Ils ont s'ils en sont là, ils ont ils ont les forces, ils ont ils connaissent le le milieu de leur captivité où ils se trouvent, ils connaissent bien leur joliers.

Euh ça doit être très la captivité doit être très pénible. Le temps de captivité doit se faire long et très pénible. Faut trouver d'autres ressources.

Je pense qu'ils savent le faire mais ce que voilà, on pense à vous et on espère que les choses vont s'arranger très très bientôt. Qu'est-ce que vous auriez aimé entendre vous quand vous étiez en captivité ou que vous avez peut-être entendu parce que vous avez entendu vos proches ? L'amour des proches, on le le fait que des gens alors que vous vivez ça au loin pense à vous que vous n'êtes pas seul parce qu'on peut se croire seul très vite et on peut se laisser aller très vite.

Et c'est ça qui est important, c'est on pense à vous, on t'aime, on pense à toi, on est là, on se bouge, on fait des choses, on n'est pas seul, il y a un lien invisible qui vous relie à des tas de personnes qui font peut-être des choses pour vous. C'est ce qui se passe dans leur cas. hein, je fais partie d'une association s'appelle SOS Autage qui qui fait pas mal de de qui a pas mal d'initiatives sur le terrain pour pour sensibiliser pour essayer de faire quelque chose.

Et voilà, on pense à eux, il y a des gens derrière eux, même s'ils les voient pas, même s'ils les entendent peu ou pas, il y a des gens qui pensent à eux qui font des choses et ça c'est important de le savoir quand on est là-bas. Ça démoralise pas parfois d'entendre ce qui se passe ailleurs là où d'où vous venez chez vous ? Ça fait pas perdre aussi le moral d'entendre Ça peut évidemment parce qu'on espère être là-bas.

On espère se pouvoir se téléporter et tout mais mais non non c'est c'est suffisamment important pour ça voilà ça renforce ça recharge d'après moi en tout cas dans mon cas plus que ça démoralise. H J'ai une deuxième photo et il s'agit du journaliste photographe de l'AFP Mahmoud Hams. Il a reçu le prix le plus prestigieux du festival international de photojournalisme Visa pour l'image de Perpignan pour son reportage à Gaza au plus proche des conflits.

Ces femmes et ces hommes qui ramènent des images. On est dans une société d'imag aujourd'hui peut-être plus que d'écrit. Vous diriez qu'on est on raconte mieux en image que qu'à l'écrit.

Non non non, c'est pas qu'on raconte mieux pas on raconte des tas de choses en image mais il faut l'écrire. L'écré est très important. Une image est alors il peut y avoir énormément de sens dans un cliché dans une image dans une photo, dans un cliché mais l'écrit enfin l'écrit ne disparaîtra pas pour moi.

Il a toujours été là. Il est là depuis le début du journalisme. Il continuera à l'être.

L'image certainement aussi. Mais on a deux choses. Voilà, c'est c'est deux choses très importantes.

Je ne crois pas que l'un doit remplacer l'autre. Mais vous regrettez que l'image soit parfois plus importante ou très plus d'émotion de la presse écrite. Oui, forcément.

Euh forcément euh mais malgré ça, elle l'écrit perdure, je pense qu'il sera toujours là. Mais c'est vrai que l'image, bon bah c'est plus rapide à ingérer, à absorber. He un écrit faut vouloir rentrer dedans.

C'est peut-être on est dans une une société rapide. On est dans l'émotion aussi. On est moins dans l'émotion.

On peut-être l'écrit. Ah l'écrit peut être très émotion. Moi je trouve que l'écrit enfin plus sur le long terme, rentrer dans un texte, il peut vous aper hein, vous vous mettre en immersion.

Non non, moi je pense qu'il y a deux forces là et l'écrit est très très fort. Ça, j'en doute pas. H J'ai une dernière photo.

Il s'agit de l'affiche du film Lee Miller, un film biographique sur la photo reporter encore et journaliste de guerre Ellisabeth Miller. Dite Lee Miller incarné par Kate Winslet. Votre histoire, vous en avez fait un livre.

Est-ce que vous pourriez en faire un film ? J'ai pas je l'ai pas pensé en tant que film mon histoire. Euh c'est déjà pas mal en livre.

Un film, faudrait une proposition qui soit juste, intéressante et qui me me motive à voir cette histoire là sur un écran. Après, j'ai bien compris qu'il y a dans cette histoire là tous les ingrédients qui peuvent en faire un film intéressant. Mais après, c'est un petit enfin je sais pas, je me suis pas posé la question.

Le livre c'est bien. Je trouve que c'est parfait pour l'instant. Donc vous n'avez pas réfléchi à l'acteur qui pourrait jouer votre rôle ?

Non. coup non. C'est quoi la suite pour vous ?

À la suite, c'est reprendre mon métier, c'est des développer des projets personnels, des formats long. Moi, j'adore les formats longs, j'écris toujours trop long. Euh, j'aime bien donner du détail que les gens comprennent.

J'aime bien cette idée justement que des gens qui ne connaissent pas du tout le sujet en quelques pages, vous le évidemment vous leur faites comprendre le sujet, mais vous leur donnez suffisamment de détails pour qu'ils aient l'impression de bien s'y connaître et qu' puissent en parler dans un bar, dans une réunion, n'importe où avec une certaine finesse, je dirais. Donc pour ça, faut des textes longs, faut faut du faut du temps. Voilà, il faut faut du temps long et j'aime bien ça.

J'ai une dernière question qui est en lien avec le lieu dans lequel nous sommes, Olivier Dubois, nous sommes entourés de quatre statutes qui représentent chacune une vertu. Il y a ici la sagesse, ici la prudence, ici la justice et derrière moi l'éloquence. Est-ce qu'il y a une de ces vertus qui vous parle plus que les autres, qui vous caractérisent, qui vous donne envie ?

Ouais. Euh sagesse, prudence, justice, éloquence. Je dirais sagesse.

Sagesse, j'aurais pu prendre la prudence vu ce qui m'est arrivé. Euh et la prudence est le est un signe de sagesse justement. Mais moi, je je vieillis et j'aimerais incarner voilà, avoir de la sagesse plus tard qu'après mon parcours.

Pas mal de tumules, pas mal d'aventures. Voilà. J'aime j'aime à penser que je suis à l'orée du chemin qui pourra peut-être me mener à la sagesse.

Donc je dirais la sagesse. Et la sagesse, on s'arrêtera sur ce mot. Ce sera votre mot.

Merci votre vertu. Merci infiniment d'avoir été avec nous dans ce rendez-vous. Merci à vous de nous avoir suivi comme chaque semaine.

Émission à retrouver en replay sur notre plateforme publicsena.fr mais aussi vous le savez maintenant en podcast. À très vite.

Merci beaucoup. Oh. [Musique]