Sophie Binet : "L'heure est à la mobilisation"
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France Inter, Céline Asselot, le 6-9. Bonjour Sophie Binet. Bonjour. Merci d'avoir accepté l'invitation de France Inter ce matin, secrétaire générale de la CGT. À quelques jours de l'intersyndicale du 1er septembre, vous allez tenter de vous entendre sur votre stratégie à l'égard du gouvernement, des mesures budgétaires auxquelles vous vous opposez. Je rappelle d'ailleurs aux auditeurs que leurs questions sont les bienvenues, 01-45-24-7000. Un mot d'abord, Sophie Binet, sur ce mouvement Bloquons-Tout qui est né sur les réseaux sociaux, qui appelle le 10 septembre prochain à manifester, à ne plus consommer dans les magasins, à ne plus utiliser sa carte bancaire.
Est-ce que la CGT se joint à ce mouvement ?
Pour la CGT, les choses sont très claires. L'heure est à la mobilisation. Nous l'avons préparée tout l'été. Nous avons lancé une pétition intersyndicale sur stopbudgetbayrou.fr. J'invite d'ailleurs toutes celles et ceux qui nous écoutent à la signer. On a déjà plus de 300 000 signatures. C'est un point important pour commencer la mobilisation. Et puis la mobilisation, pour nous, elle commence dès maintenant. Vous êtes bien placé, pour le savoir, à France Inter, puisque dès lundi, Radio France sera en grève. Le lundi suivant, c'est les hôpitaux de Paris qui vont embrayer. Ensuite, le 2 septembre, les salariés de l'énergie vont enchaîner et seront en grève. Et donc le 10 ?
Eh bien, nous nous félicitons de la multiplication des initiatives de mobilisation. Ça montre la volonté d'action et la grande colère sociale.
Mais est-ce que vous le soutenez ? Est-ce que vous appelez vos militants à s'y joindre à ce mouvement ? Certaines unions départementales, fédérations de la CGT, je pense à la chimie, le commerce, ont prévu officiellement de s'y joindre. Est-ce que c'est le cas au niveau fédéral ?
Nous allons en débattre la semaine prochaine. Nous nous réunissons la semaine prochaine, l'ensemble des professions, l'ensemble des territoires. Nous allons en débattre, mais nous allons surtout débattre de la construction de l'ensemble du processus de mobilisation. Et puis ensuite, nous nous retrouvons en intersyndical le 1er septembre. Pour gagner, nous avons besoin de deux choses. Nous avons besoin d'abord d'être unis. C'est pour ça que, pour nous, gagner un processus de mobilisation intersyndicale, c'est très important. Donc nous voulons décider les choses ensemble le 1er septembre. Et puis nous avons besoin aussi d'un processus qui s'inscrive dans la durée.
Le 10 septembre, ça peut être une étape, mais il faut évidemment construire d'autres perspectives.
Mais pourquoi c'est compliqué de s'y joindre officiellement ? Est-ce que vous êtes gêné par le flou des revendications, par le flou de l'organisation, parce que vous ne savez pas grand-chose finalement sur ce mouvement qui est né sur les réseaux sociaux, qui a grandi sur les réseaux sociaux, et dont on ne sait pas finalement l'ampleur concrètement le 10 septembre ?
Oui, c'est évidemment encore totalement nébuleux, forcément, et sur les modes d'action et sur les revendications. Ce que nous notons, c'est que de plus en plus, ce qui ressort, c'est des revendications sociales et la dénonciation de ce budget Bayrou, ce qui rejoint tout à fait notre analyse. Après, sur le reste, les choses sont très nébuleuses. Donc c'est pour ça que nous allons en débattre la semaine prochaine. Les modes d'action sont flous. Et puis on sait que du côté des initiateurs, il y a une pluralité de points de vue.
On est très vigilants sur les tentatives de noyautage et d'instrumentalisation de l'extrême droite qui, à certains endroits, essayent de développer des discours anti-syndicaux et de réorienter la colère, de faire comme si le budget était un problème parce qu'il ne prendrait pas assez d'argent aux immigrés et aux étrangers, alors que le budget Bayrou est un problème parce que, encore une fois, ce sont les travailleurs et les travailleuses qui payent et pas les rentiers et les plus riches.
Mais vous n'avez pas peur de vous laisser déborder par un mouvement, finalement, que vous n'avez pas initié ? Comme ça a été à l'époque des Gilets jaunes, par exemple, un peu le questionnement des partis et des syndicats.
Pour la CGT, la démocratie n'est jamais un problème. Pour construire une mobilisation, nous avons besoin de démocratie. C'est ce que nous faisons dans les entreprises. Donc nous n'avons pas de problème de ce côté-là. Moi, je suis venue pour passer un message. Je sais que beaucoup de celles et ceux qui nous écoutent ce matin ont l'impression de s'être parfois beaucoup mobilisés ces dernières années en vain, qu'il y a une forme de lassitude. Je le dis, on est en position de force en cette rentrée. Nous allons gagner. Grâce à notre mobilisation contre la réforme des retraites, grâce à notre mobilisation pendant les élections législatives, le gouvernement n'a plus de majorité.
Emmanuel Macron n'a plus de majorité pour faire passer ces réformes. Jamais un gouvernement n'a été aussi faible à nous de jouer.
Et puisque vous parlez justement d'une certaine lassitude, ou en tout cas de la peur que la mobilisation classique, entre guillemets, ne fonctionne pas, je voudrais revenir sur cette pétition que vous avez signalée, qui a rassemblé 338 000 signatures, selon le dernier décompte, en tout cas hier soir. Est-ce que vous en espérez le même succès que la pétition contre la loi Duplon, qui avait atteint les 2 millions de signatures ? Est-ce que vous y voyez aussi un renouvellement des méthodes de contestation ? Les pétitions, ce n'est pas nouveau. Non, mais celle-ci a très bien marché.
En tout cas, elle a abouti à une prise de conscience médiatique, populaire, et puis à la censure partielle du Conseil constitutionnel.
Tout à fait. C'est pour ça que c'est très important de signer cette pétition stopbudgetbayrou.fr, parce que c'est la première étape de la mobilisation. Ça permet aussi de décrypter les mesures scandaleuses du budget. Parce qu'on a beaucoup entendu parler du vol de deux jours fériés. C'est un scandale. C'est travailler plus pour gagner moins, parce qu'on serait toutes et tous obligés de travailler deux jours gratuitement. Mais en plus, pour celles et ceux qui font des heures supplémentaires, ça serait des heures supplémentaires payées en moins. Donc ça veut dire 4 heures sup, 14 heures sup en moins sur la fiche de paye. Cette mesure est très grave, mais ça a tout d'un chiffon rouge.
Ça a tout d'un chiffon rouge pour occulter le reste des mesures scandaleuses du budget. C'est pour ça que sur cette plateforme, stopbudgetbayrou.fr, on décrypte l'ensemble des propositions du gouvernement qui sont toutes aussi scandaleuses.
Alors revenons justement, puisque vous l'avez cité sur la suppression envisagée de deux jours fériés, ce qui pourrait rapporter 4,2 milliards d'euros à l'État en un an. Ça pourrait être le lundi de Pâques, ça pourrait être le 8 mai, dit le gouvernement. Mais ça, ça peut être négocié, discuté justement par vous, par les syndicats. Est-ce que vous allez accepter de vous asseoir à la table et de discuter de tout cela ?
Il faut arrêter de se moquer du monde. On voit bien que là, en l'occurrence, il n'y a rien à négocier, puisque le gouvernement nous dit on supprime les deux jours fériés, vous pouvez juste choisir de quel jour il s'agit. La négociation, ce n'est pas ça. Nous, nous voulons négocier pour augmenter les salaires, parce que c'est le sujet de préoccupation numéro un. Ces annonces, elles sont indécentes, parce que la réalité, c'est que 40% des Françaises et des Français ne sont pas partis en vacances cette année. On le sait, pour celles et ceux qui sont partis en vacances, les budgets ont été encore plus serrés que d'habitude, parce que le travail ne paye plus.
Donc nous, nous voulons négocier pour répondre aux exigences sociales. Nous voulons des augmentations de salaires, nous voulons enfin de la justice fiscale, nous voulons de l'argent pour nos services publics, pour préparer l'avenir, notamment en matière environnementale. Voilà ce sur quoi nous voulons négocier.
Est-ce qu'il y a une relation un peu tendue qui se met en place avec le Premier ministre ? Alors, vous l'avez accusé de passer en force, justement sur la question des jours fériés. Il vous a répondu dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, nommément à vous, Sophie Binet, en disant que ce n'est pas du tout un passage en force, puisque le Parlement sera consulté. Est-ce que vous êtes en train d'en faire quelque chose de personnel ?
Non, le problème, ce n'est pas lui, c'est son budget. Mais là, j'ai un message à lui faire passer. Je pense qu'il faut vraiment qu'il sorte du déni, qu'il sorte la tête du sable. Sa politique, celle d'Emmanuel Macron, est un désastre. C'est non seulement un désastre social, mais aussi un désastre économique. C'est cette politique qui a vidé les caisses. C'est cette politique qui fait que nos usines ferment chaque jour. C'est cette politique qui fait que nos services publics, notamment nos hôpitaux, vont très mal. Et donc, maintenant, il faut que le Premier ministre, son gouvernement, arrête d'être les portes-serviettes du patronat et des plus riches.
Est-ce que vous espérez, Sophie Binet, la censure du gouvernement à l'Assemblée nationale ? Nous, ce que nous voulons, c'est que le budget soit censuré. Parce que nous savons très bien que nous pourrions avoir un autre gouvernement qui fasse le même budget. Le problème, c'est ce budget.
Et l'argument financier, finalement, au cœur de tout ça, parce qu'on a évoqué notamment la suppression de deux jours fériés, mais c'est dans un questionnement beaucoup plus large. 40 milliards d'euros d'économie à faire en 2026. Si ce n'est pas ça, si ce n'est pas autre chose, on pourrait vous accuser de dire non à toutes les solutions qui sont mises sur la table. Qu'est-ce que vous proposez, de votre côté, à la CGT ?
Mais le problème, c'est que c'est ceux qui ont vidé les caisses qui, encore une fois, aujourd'hui, nous demandent de payer la facture. Pourquoi est-ce que nos comptes publics sont en déficit ? Parce qu'Emmanuel Macron, depuis qu'il est président de la République, a multiplié les cadeaux pour les plus riches et pour les plus grandes entreprises. Les marges de manœuvre sont là.
Il y a un rapport qui a été publié par le Sénat en juillet dernier qui dit qu'il y a chaque année 211 milliards d'aides publiques aux entreprises qui sont consenties sans condition ni contrepartie, que Bercy n'est même pas capable de les évaluer et que Bercy n'est même pas capable et ne le demandent pas aux entreprises de rembourser ces aides quand elles licencient, comme Michelin, par exemple, où, avec de l'argent public, l'argent de nos impôts, nous avons payé des nouvelles machines pour l'usine de Cholet à Michelin. Michelin a décidé de fermer son usine de Cholet et l'État ne réclame même pas le remboursement des aides publiques.
Et qui se moque-t-on ? Le Sénat a publié dans son rapport beaucoup de critiques sur le manque de transparence, le manque de contrepartie il y a ce système d'aide aux entreprises, 2000 dispositifs différents, dit le rapport sénatorial. Est-ce que ça veut dire qu'il faut le remettre à plein, selon vous, ou est-ce qu'il faut le suspendre ?
Oui, il y a des propositions dans ce rapport, d'abord, qu'il faut mettre en œuvre immédiatement, puisque le rapport propose une évaluation systématique des aides publiques, il propose de mettre en place un remboursement systématique des aides publiques quand les entreprises licencient. Il propose aussi d'arrêter progressivement un certain nombre d'aides publiques. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, on arrose les multinationales et on subventionne les licenciements.
Mais est-ce que le risque, ce n'est pas de fragiliser le tissu économique et justement de favoriser les licenciements
que vous voulez combattre ? Oui, c'est toujours l'argument permanent du chantage à l'emploi. Aujourd'hui, on voit que les entreprises n'ont jamais eu autant d'aides publiques et pour autant qu'elles n'ont jamais autant licenciées. Donc, il faut arrêter de se moquer du monde. Le problème de ces aides publiques, c'est qu'elles n'aident pas les entreprises qui en ont besoin puisqu'on voit qu'elles sont captées par les plus grandes entreprises, qu'elles sont captées aussi par des entreprises qui ne sont pas exposées à la concurrence comme la grande distribution, qu'elles sont captées par des entreprises qui distribuent très largement des dividendes, qui rachètent même leurs actions.
C'est comme si on brûlait de l'argent en fait. C'est l'argent que nous créons par nos richesses et donc évidemment qu'il faut supprimer une bonne partie de ces aides, les réorienter sur les petites entreprises et puis surtout les mettre au service de la transformation environnementale. On a eu un été qui a battu encore des records de chaleur avec de la sécheresse, des incendies massifs. Il faut qu'on prépare la transformation environnementale.
Mais la refonte du système des aides aux entreprises que vous appelez de vos voeux, on vient de l'entendre, ne suffirait pas à atteindre cette fameuse barre des 40 milliards d'économies budgétaires à faire. Ça, c'est vous qui le dites puisque 211 milliards 40 milliards d'économies, on voit qu'il y a la marge de neuf. En tout cas, j'imagine que ce n'est pas une suppression totale que vous appelez.
Oui, sans supprimer totalement, on peut trouver les 40 milliards largement.
On sortirait la calculatrice, mais ça suffirait. Ça veut dire que pour vous, ça suffirait et qu'il n'y aurait pas besoin de chercher de piste d'économie ailleurs.
Non seulement ça suffirait, mais en plus, ça permettrait de dégager de l'argent pour financer nos services publics et la transformation environnementale. Mais nous faisons d'autres propositions, notamment le fait de taxer le patrimoine des plus riches. C'est la taxe Zuckman qui a été proposée et votée d'ailleurs à l'Assemblée. Ça permettrait de rapporter 20 milliards d'euros en taxant le patrimoine des 1 500 Français les plus riches à hauteur de 1%, enfin moins de 1%. Et donc ça, c'est très important parce qu'aujourd'hui, la France est maintenant un pays de rentier. On gagne mieux en profitant de son capital que de son travail. C'est ça le problème.
Et vous comptez sur quel relais justement pour faire aboutir cette idée ? Sur la mobilisation. Ce qui est sûr, c'est que nous sommes en position de force et nous ne serons entendus que si nous nous mobilisons. C'est pour ça que pour la CGT, l'heure est à la mobilisation. Nous appelons les salariés à se mobiliser partout pour imposer d'autres priorités, un autre agenda. Il faut de l'argent pour nos services publics et la transformation environnementale. Il faut mettre fin au licenciement et réindustrialiser le pays. Il faut aussi abroger la réforme des retraites et augmenter les salaires.
Alors, il y a un autre chantier d'importance pour les partenaires sociaux. Sophie Binet en cette rentrée, c'est la réforme de l'assurance chômage. Nouvelle réforme, on pourrait dire puisque la précédente date de novembre 2024. Le gouvernement vous a envoyé une lettre de cadrage au début du mois d'août, vous demandant de vous mettre là aussi à la table des négociations pour trouver 2 à 2,5 milliards d'euros d'économies par an. Est-ce que c'est légitime vu le contexte ?
Non, c'est juste une honte. Nous avons eu à subir quatre réformes de l'assurance chômage en six ans. À ce stade, c'est une obsession pathologique, donc il faut que le gouvernement se soigne. C'est des centaines de milliers de travailleuses et de travailleurs qui ont été renvoyés dans la précarité la plus totale à cause de ces réformes de l'assurance chômage. Je veux dire ici de qui on parle. On parle des jeunes qui multiplient les petits boulots et qui, passé 30 ans, n'ont même pas accès à un emploi stable. On parle de saisonniers agricoles, par exemple, qui n'arrivent plus à avoir accès aux allocations chômage.
On parle des salariés seniors à qui, non seulement, on dit qu'il faut travailler jusqu'à 64 ans mais qui se font licencier par dizaines de milliers. On parle, par exemple, des assistantes maternelles. Et c'est encore à toutes ces travailleuses et ces travailleurs-là parmi les plus précaires à qui il faudrait faire des économies. Il faut arrêter de se moquer du monde.
Alors François Bayrou, le Premier ministre, dit que la France est l'un des pays de l'Union européenne où les conditions d'indemnisation sont parmi les plus favorables et qui présentent une durée maximale d'indemnisation plus élevée que la moyenne européenne. Est-ce que vous pouvez entendre cet argument de dire que la France est bien lotie et qu'elle est capable donc de faire des efforts ?
Non, d'abord, cet argument est faux parce que quand on compare, il faut tout comparer. l'indemnisation met le niveau. Par exemple, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse, la durée d'indemnisation est beaucoup plus longue qu'en France mais deux, trois ou quatre fois plus longue et pour autant, les gens ne choisissent pas d'être au chômage. Donc il faut arrêter de faire comme si c'est en baissant les allocations chômage qu'on allait créer de l'emploi. Il n'y a aucun rapport et le résultat des quatre réformes précédentes, ça a été une violence sociale et une injustice sociale mais ça n'a pas du tout créé de l'emploi.
Ce qui est scandaleux dans les annonces du Premier ministre, c'est qu'on est dans un moment où les licenciements se multiplient et donc on a non seulement un gouvernement qui laisse les entreprises licenciées comme elles veulent et qui continue à leur distribuer des millions d'euros d'aides publiques mais en plus, ce même gouvernement qui supprime les allocations chômage des demandeurs d'emploi.
Alors il y a un double objectif dans cette nouvelle réforme de l'assurance chômage, c'est bien sûr faire des économies mais aussi favoriser le retour rapide à l'emploi estimant que le système actuel finalement décourage le retour à l'emploi. Alors c'est vrai qu'on peut se dire qu'il y a des demandeurs d'emploi, il y a des secteurs qui n'arrivent pas à recruter, est-ce qu'il n'y a pas un problème d'adéquation entre l'offre et la demande ? Est-ce que cette réforme pourrait solutionner en partie le problème ?
Mais c'est le compte qu'on nous raconte à chaque fois qu'on fait une réforme de l'assurance chômage, il suffit de regarder les chiffres. Il y a plus de 6 millions de personnes en France qui sont privées d'emplois. Les emplois dits vacants, au plus, ça serait 400 000 emplois, donc on voit que déjà il y a un écart chiffré et surtout, ces emplois vacants, ils ne restent pas vacants très longtemps. Donc c'est pas vrai que de baisser les allocations chômage, ça permet de créer de l'emploi. Si c'était le cas, dans ce cas-là, pourquoi est-ce que les licenciements repartiraient à la hausse aujourd'hui alors qu'on a enchaîné les réformes régressives ?
Et comment on pourrait justement faire baisser le chômage, selon vous, selon la CGT ? Pour faire baisser le chômage, il faut avoir une politique de la demande au lieu d'avoir cette politique de l'offre qui arrose les plus grandes entreprises d'aides publiques. L'Espagne, par exemple, a eu une politique de la demande. Elle a augmenté très fortement les salaires, notamment le salaire minimum qui a très fortement augmenté ces dernières années. L'Espagne, elle crée des emplois. La dette de l'Espagne a baissé et la situation des travailleuses et des travailleurs espagnols s'est beaucoup améliorée. Voilà ce qu'il faut faire. Ça veut dire que vous n'allez
là non plus pas accepter de négocier à nouveau, vous allez dire, sur ce point-là, comme sur la question des jours fériés. On ne discutera pas ?
Nous refuserons de servir de caution aux régressions sociales que veut nous imposer le gouvernement. La négociation, nous la défendons, c'est pour aller chercher du plus pour les travailleuses et les travailleurs. Ce n'est pas pour aller négocier les miettes, sachant que là, non seulement auparavant, on nous demandait d'aller négocier les miettes, mais là, maintenant, le patronat est tellement vorace qu'il ne nous laisse même plus les miettes. Donc, il faut arrêter de se moquer du monde.
Mais vous savez que si vous refusez de vous asseoir à la table des négociations, Sophie Binet, c'est le gouvernement, finalement, qui va décider seul, tout en disant, voilà, moi, j'ai proposé une discussion, les partenaires sociaux n'ont pas souhaité y participer et que ça donne le sentiment que vous n'êtes pas dans une volonté de dialogue et de conciliation. Est-ce que c'est une stratégie que vous assumez ?
Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on nous parle de dialogue social matin, midi et soir, mais en fait, tout l'inverse. Ce que pratique le gouvernement, c'est un monologue patronal. Il y a eu un accord sur l'assurance chômage qui est à peine rentré en vigueur, puisqu'il n'est même pas complètement rentré en vigueur. Et le gouvernement, qu'il avait pourtant validé il y a quelques mois, aujourd'hui, s'assoit dessus et impose une nouvelle réforme. Ce n'est pas ça, du dialogue social. Il n'y a aucun respect pour les acteurs sociaux et pour les organisations syndicales. Le Premier ministre nous dit qu'il ne passe pas en force. Il faut qu'il arrête de se moquer du monde.
Il a fait ses annonces le 15 juillet dernier sans consulter personne. Et il nous dit très tranquillement qu'il va imposer à chacune et chacun d'entre nous de perdre des centaines d'euros l'année prochaine sans nous consulter à aucun moment.
Est-ce que ce n'est pas un pari que vous faites, finalement, de dire qu'on ne veut pas négocier parce que ce sont des miettes qu'on aurait à négocier ? Mais cette stratégie, elle ne fonctionne que s'il y a une forte mobilisation derrière vous, dans la rue, en ce début de mois de septembre. Ça va difficilement marcher si la mobilisation, elle est moyenne.
On a déjà réussi à faire échouer la précédente réforme de l'assurance chômage du gouvernement puisque Gabriel Attal voulait imposer une réforme de l'assurance chômage l'année dernière. Il a été obligé d'y renoncer. L'ensemble des organisations syndicales sont déterminées à faire échouer cette réforme scandaleuse. Nous allons débattre le 1er septembre d'une stratégie commune pour empêcher le gouvernement et le patronat de conduire cette politique de casse sociale.
Alors je vous soumets cette remarque, j'allais dire. C'est plus qu'une question de notre auditeur Patrick qui nous dit c'est toujours le même discours des syndicats être contre, bloqué, avec une pétition encore une fois mais arrêter de répéter le même schéma, réfléchisser à des solutions à prendre en compte avec le gouvernement. Est-ce que cette nouvelle rentrée de mobilisation c'est quelque chose quand même que vous pouvez entendre ? Mais tout à fait.
Nous avons des propositions, nous voulons qu'enfin le gouvernement entende nos propositions. Ça fait un an qu'à chaque gouvernement nous remettons la liste des plans de licenciement en cours et nous leur présentons des propositions pour réindustrialiser le pays. Nous demandons par exemple à avoir une négociation sur la question des temps partiels pour lutter contre la précarité dont sont victimes notamment les femmes. Ça n'avance pas.
Nous demandons, nous portons des mesures pour augmenter les salaires et encore une fois avec l'exemple de l'Espagne on voit que quand on lutte contre la précarité quand on augmente les salaires quand on investit dans les services publics il y a aussi un impact positif d'un point de vue économique. C'est ça qui est scandaleux dans la politique actuelle du gouvernement c'est que non seulement c'est une catastrophe sociale mais aussi économique. Et comment vous allez sortir de ce dialogue de sourds finalement ?
Le problème c'est que le gouvernement n'écoute que le patronat et ne parle qu'au patronat et donc pour sortir de ce dialogue de sourds ce qu'il faut c'est de la mobilisation et du rapport de force.
Une suggestion de Fred sur l'appli Radio France pourquoi ne voulez-vous pas simplifier les contraintes administratives qui permettraient de dégager plus de 100 milliards pour l'économie ? Je laisse le chiffre à cet auditeur mais sur l'idée des contraintes administratives à lever la simplification quelle est la position
de la CGT ?
La simplification oui ça serait bien que ça soit pour tout le monde d'ailleurs parce que ces dernières années le gouvernement passe son temps à complexifier la vie des travailleurs et des travailleuses à commencer par les privés d'emploi quand on est chômeur c'est une catastrophe la complexité des procédures à accomplir par exemple ces dernières semaines le ministère de la Santé a imposé à ce que pour avoir le tiers payant on présente la carte vitale dans les pharmacies ce qui met en danger des milliers de malades par exemple quand on est céréopositif si on n'a pas son traitement immédiatement le sida peut repartir ça a été dénoncé par des pharmaciens des médecins la simplification elle devrait être là pour nous la simplification ça ne peut pas être le recul de droits sociaux et environnementaux aujourd'hui ce terme simplification il vient en fait habiller des reculs sociaux et environnementaux le problème est là
je voudrais qu'on dise un mot Sophie Binet de l'été qui s'achève qui a aussi été celui des records de température des incendies massifs on les voit encore en Espagne au Portugal est-ce que la CGT travaille spécifiquement sur ces sujets est-ce qu'il y a des efforts à faire pour garantir notamment des bonnes conditions de travail pour les salariés pour les indépendants en période de forte chaleur
Oui c'est une priorité une urgence d'abord l'été qu'on a passé montre qu'il faut arrêter cette fuite en avant environnementale qui est dangereuse puisque les catastrophes climatiques se multiplient donc il faut reprendre mettre en place une vraie planification environnementale au plan français au plan européen au plan mondial pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et puis évidemment qu'il faut adapter les conditions de travail et pour l'instant c'est beaucoup trop timide parce que des milliers de travailleurs et de travailleuses l'ont vécu cet été par exemple pour toutes celles et ceux qui travaillent en bureau beaucoup souvent la seule mesure qui leur a été proposée ça a été le télétravail bon ben quand même les logements personnels sont souvent des passoires énergétiques et puis renvoyés vers la climatisation individuelle c'est très mauvais et puis le pire c'est pour tous les travailleurs et les travailleuses qui travaillent en extérieur notamment dans le secteur de la construction dans le secteur de l'agriculture on a mené des mobilisations on a été obligé de se mobiliser pour avoir des mesures d'adaptation il faut que la loi impose aux employeurs de réorganiser le travail et de l'arrêter quand il dépasse un certain niveau de chaleur
mais on a le sentiment qu'une fois que l'été sera passé une fois qu'il fera plus frais une fois qu'on aura un peu oublié ce sujet là passera complètement en dessous des autres comment on fait pour le maintenir au coeur du débat politique on a l'impression que personne n'a la solution finalement y compris vous d'ailleurs
d'abord ce que je veux dire c'est que la chaleur tue il y a des travailleurs et des travailleuses qui sont morts au travail cet été à cause de la canicule donc on ne peut pas juste dire c'est un mauvais moment à passer et puis cette question environnementale je pense que tout le monde en est parfaitement conscient là le problème c'est qu'il y a une forme de fatalisme parce qu'on voit que les gouvernements n'affrontent pas le capital pour organiser la transition environnementale moi je me félicite du grand succès de la pétition cet été contre la loi Duplomb ça montre que les citoyennes et les citoyens sont très lucides ça a permis d'ailleurs une première victoire parce que le conseil constitutionnel a censuré une partie de la loi qui était extrêmement grave le reste est aussi très grave et donc il faut abroger l'ensemble de la loi notamment les méga-bassines les autorisations de développement des élevages industriels c'est dangereux pour la santé et pour l'environnement
Merci beaucoup Sophie Binet secrétaire générale de la CGT d'être venue ce matin dans le studio de France Inter la revue de presse à suivre