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AutreFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 4 février 2023 60 minContradictoireMixte

Joe Biden et l'état de l'Union

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Présentateur

France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent. Bonjour à tous. Mardi prochain, le président des Etats-Unis prononcera à Washington, devant le Congrès réuni, son discours sur l'état de l'Union. Une allocution de politique générale qui tient plus du rituel que de la joute parlementaire, même si la Chambre des représentants, désormais sous le contrôle du parti républicain, affiche ses intentions de compliquer la tâche de l'administration démocrate, notamment sur la question urgente du plafond atteint par la dette publique. Le discours de Joe Biden sera scruté cette fois avec une attention d'autant plus particulière que les signaux se multiplient.

Ce vétéran de la scène politique américaine et internationale qui vient de fêter ses 80 ans entendrait se représenter à l'élection présidentielle de 2024. A son actif, à la mi-temps du mandat, un bilan beaucoup plus positif que prévu. Et d'abord sur le plan économique, pas de récession en vue, des plans d'investissement massifs pour restaurer les infrastructures, réindustrialiser et verdir certains secteurs, conforter la supériorité technologique face à la Chine. Autant d'atouts à faire valoir auprès de la classe moyenne que lui dispute le parti républicain.

Un parti en pleine crise d'identité, dont Donald Trump, malgré ses déboires judiciaires et fiscaux, entend bien rester le champion, même si plusieurs élus et quelques grands donateurs commencent à lui tourner le dos. Biden contre Trump va-t-on vers la répétition du duel de 2020 ? Le démocrate aura 82 ans, son rival 78 et peu de concurrents semblent tenir la rampe. Comment expliquer un tel vieillissement de la classe politique au moment où la société américaine apparaît fracturée de guerres culturelles, traumatisées à force de violences raciales et de tueries ordinaires ? Dans un camp comme dans l'autre, quels sont donc les arguments qui vont structurer le débat public dans les mois à venir ?

La confrontation avec la Chine en plein épisode du ballon espion dénoncé hier ? Le soutien exponentiel à l'Ukraine ? Quelle répercussion politique ? Quel impact sur l'opinion américaine ? La guerre en Europe a ressoudé l'Alliance atlantique. Pour autant, les codes, les critères d'analyse politique se sont-ils rapprochés ? C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Florence Pisani, vous êtes enseignante à Paris-Dauphine et directrice de la recherche économique à Candrian, qui est une société de gestion d'actifs. Ravi d'accueillir à nouveau Laurence Nardon.

Bonjour, vous êtes responsable du programme Amérique du Nord à l'IFRI et productrice de l'excellent podcast hebdomadaire qui s'appelle New Deal, qui est un partenariat entre l'IFRI et Slate. Laurie Kenton, maître de conférences en civilisation des pays anglophones à l'Université de Versailles, Saint-Quentin, chroniqueur au magazine Rolling Stone, et Corentin Selin, professeur d'histoire en classe préparatoire au lycée de Carnot de Dijon, chroniqueur pour l'excellent média d'information Les Jours. Laurence Nardon, que faut-il attendre de ce discours mardi prochain à Washington ?

3:44
Invité

Eh bien, on peut attendre un show de Biden qui va justifier ses politiques depuis deux ans et la grande question c'est de savoir si c'est une entrée en campagne, puisque, comme vous l'avez dit, on est peut-être à la veille d'un nouveau match pour les présidentielles de 2024 entre Biden d'un côté et Trump de l'autre. Et ce qui est intéressant là-dessus, c'est qu'on ne cesse, les observateurs aux États-Unis et ailleurs, ne cessent d'attendre la chute de Donald Trump auprès de son électorat républicain.

Et ce qui est intéressant, c'est qu'au lendemain des élections de mi-mandat, donc en novembre dernier, 2022, on a cru à nouveau que Trump allait enfin connaître sa chute de popularité, parce que finalement le résultat en demi-teinte pour les républicains de ces élections pouvait lui être imputé. Et comme vous l'avez dit dans votre introduction, un certain nombre de donateurs et de médias aussi commencent à se détourner de lui.

Et on l'a vu à ce moment-là dans les sondages, son grand challenger républicain qui est Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, commençait à le dépasser dans certains sondages pour les primaires lorsque les deux hommes étaient opposés l'un à l'autre sans les autres challengers républicains. Et puis ce moment semble se terminer et on voit que Trump, de manière quand même incroyable, réaffirme sa domination à nouveau sur le parti républicain.

Et donc si Trump, qui lui a déjà déclaré sa candidature pour 2024, semble bien parti, eh bien ça permet d'une certaine manière à Biden de se représenter, parce que les deux hommes ont à peu près le même âge, et donc ça ne posera pas de problème dans la campagne ni pour un camp ni pour l'autre. Et puis Biden a déjà battu Trump, donc on pourrait penser qu'il recommencerait en 2024.

5:39
Présentateur

– Corentin, ce qui encourage évidemment l'administration démocrate en place, c'est le bilan qu'elle affiche, une administration, il faut bien le dire, compétente, et un bilan qui est beaucoup plus brillant qu'on s'y attendait, Corentin.

6:00
Invité

– Oui, absolument, et on a eu encore un témoignage de cela cette nuit même, puisque Joe Biden et Kamala Harris, sa vice-présidente, sont venus presque, j'allais dire, en triomphe devant le comité national du Parti démocrate, qui tient une réunion pendant ce week-end à Philadelphie. Et ils ont été acclamés au champ de quatre années de plus. Donc vraiment, on est déjà dans la campagne de réélection. Et Joe Biden a pu égrener les grands succès de son administration, qui pour la plupart étaient inattendus, puisqu'il faut rappeler qu'il disposait de majorités extrêmement courtes au Congrès, voire inexistantes, entre 2021 et 2023, puisqu'au Sénat, on était à 50-50.

Et donc, en particulier, évidemment, il a pu célébrer, comme il l'a fait depuis une semaine, par des déplacements thématiques dans tout le pays, la loi sur les microprocesseurs, le Chips and Science Act, qui veut relancer sur le territoire américain la production de microprocesseurs, afin d'éviter la dépendance vis-à-vis de la Chine, en particulier. Il a pu, évidemment, faire aussi allusion à son gigantesque plan de rénovation des infrastructures, qu'il a vraiment, durant toute la semaine, mis en valeur par une tournée dans les villes qui en profitent.

Alors, un plan d'infrastructure qui permet de rénover les routes, les ponts, les voies ferroviaires, et qui a été voté, grâce à l'aide au Sénat, des républicains conservateurs les plus modérés, regroupés autour de Mitch McConnell, le chef des républicains du Sénat, opposant désormais à Trump.

Donc, voilà ce qu'on peut dire sur ce bilan, qui était inattendu, puisqu'on avait cette opposition théorique des républicains, que Biden, et c'est aussi une façon qu'il a de dire, « Voyez, je vous avais promis de faire du bipartisan de l'unité », eh bien, il y est arrivé au moins en partie sur les infrastructures, sur le climat, sur les microprocesseurs, avec un mot d'ordre, que toutes ces réformes profitent à la classe moyenne, et en particulier à ceux qu'il a appelés plusieurs fois cette semaine, les invisibles. Biden joue beaucoup de ses origines populaires.

Il vient de Pennsylvanie, il vient de cette proximité qu'il arrive à établir avec la classe moyenne populaire, et il place toute son action sous cette image-là.

8:46
Présentateur

Laurence Nardon, véritablement, on voit aussi le rôle que joue désormais l'État américain, l'État fédéral américain, dans l'économie et dans la politique sociétale aussi, et ça, c'est assez nouveau.

9:05
Invité

Oui, parce que ce qui est incroyable, au travers des trois lois dont Corentin Sélin vient de parler, le Infrastructure Act, le CHIPS Act et le Inflation Reduction Act, qui parle de climat malgré son nom, eh bien, ce qui est incroyable, c'est qu'à travers ces trois lois, on voit les États-Unis sortir du cycle libéral que Reagan avait engagé dans les années 80. Et ça, c'est une transformation absolument énorme, dont on va tous se rendre compte petit à petit. D'ailleurs, ça faisait la couverture de The Economist cette semaine.

Ce qui se passe, c'est que Biden a entendu la souffrance des classes moyennes, des classes populaires ou des classes ouvrières, comme vous voulez les appeler, ces classes ouvrières et moyennes qui ont voté Trump en 2016, et il a décidé de faire une politique qui allait les ramener vers le centre politique, vers la démocratie. C'est-à-dire qu'ils veulent les détourner de l'extrême droite et du mécontentement en leur faisant une politique qui remet la prospérité au centre des choses.

Et donc, on revient avec Biden à quelque chose qui ressemble au New Deal ou aux politiques de Great Society des années 60, c'est-à-dire un rôle de l'État volontaire pour une politique industrielle vraiment massive, Corentin en a parlé. Et donc, on n'a pas fini de voir les répercussions de ce tournant véritablement incroyable que l'administration Biden est en train d'impliquer aux États-Unis.

10:40
Présentateur

Florence Pizani, vous êtes économiste. Et donc, expliquez-nous comment l'administration Biden affiche sur les indicateurs économiques dont on dispose ce matin des chiffres qui sont tout à fait sidérants. Il faut d'abord comprendre ce que représente un trillion. Parce que je crois que les plans fédéraux qui ont été votés au Congrès, ça représente 2 trillions de dollars. Qu'est-ce que c'est qu'un trillion ?

11:15
Invité

Alors, c'est effectivement beaucoup d'argent. C'est un peu moins de 10 points de PIB à chaque fois. Donc, c'est des plans qui ont été énormes. Et le premier plan, en fait, dont on n'a pas parlé encore, mais qui a été mis en œuvre en mars 2021 par Joe Biden, c'était l'American Rescue Plan. C'était le plan de la pandémie de soutien massif. Ça a été 1 900 milliards de dollars, donc presque 2 trillions de plans de soutien. Alors, on lui a même reproché, et certains lui reprochent encore, d'avoir un peu trop soutenu l'activité et provoquer un peu de surchauffe. Mais ce plan de soutien, il a été extrêmement important et ça a permis à l'activité de repartir énormément.

Il a soutenu en particulier les ménages aux revenus les plus bas. Il n'a sans doute pas été assez ciblé sur l'ensemble des ménages. On retrouve aujourd'hui une économie dans laquelle le taux de chômage est au plus bas depuis 1969. 3,4% de taux de chômage, avec des taux de chômage des Noirs américains, des Hispaniques, qui sont extrêmement bas. Les écarts se sont fortement réduits entre les taux de chômage des Noirs américains et des Blancs. On a aujourd'hui 5,4% de taux de chômage des Noirs américains. Je crois que ça fait très longtemps qu'on n'a pas vu des taux de chômage aussi bas.

Et puis, dernier élément qui est extrêmement favorable aussi pour Biden dans sa future campagne électorale, c'est que les salaires qui sont montés le plus, ce sont les salaires les plus faibles, ceux des ménages qui sont au bas de l'échelle des salaires. Et ça, ça tient en particulier au plan de soutien, mais aussi évidemment à la pandémie. On a licencié en mars 2020 presque 25 millions de salariés américains. Et il a fallu les rappeler tous sur le marché du travail. Certains ne voulaient pas réoccuper des emplois mal rémunérés, dans lesquels il n'y avait pas d'assurance santé, il n'y avait pas de congés payés. Et donc, pour les rappeler, ça a créé une pression énorme sur ces salaires.

Et ce sont ces salariés, ces emplois aux salaires les plus bas qui ont vu les hausses de salaire les plus spectaculaires, 10, 15, parfois 20% de hausses de salaire. L'inflation, où en sont-ils aux États-Unis ? Alors, l'inflation, c'était un problème. Et c'est encore un problème. Elle a été extrêmement élevée depuis maintenant deux ans. Et quelque chose dont on beaucoup pensait que ce serait très temporaire. C'est avéré beaucoup plus durable. Il y a trois sources d'inflation. La première, ça tient au problème sur les chaînes de production, en même temps qu'on a stimulé l'économie. Et qu'à l'époque, il faut rappeler qu'on ne pouvait pas consommer de services. Les restaurants étaient fermés.

On voyageait plus. Et donc, la consommation s'est reportée sur la consommation de biens. Donc, une forte stimulation, une forte demande de biens à un moment où il y avait des problèmes d'approvisionnement, de chaînes d'approvisionnement. Et ça, ça a provoqué de très fortes pressions sur les biens. Pour vous donner un exemple, les prix des véhicules d'occasion. On ne pouvait plus acheter de voitures neuves parce qu'il y avait des problèmes de pénurie de semi-conducteurs. Les véhicules d'occasion ont monté de 40%. Tous ces problèmes sur les chaînes de production sont en train de se normaliser. Et on voit les prix des biens baisser. Donc, cette source d'inflation a disparu.

La deuxième source d'inflation, ce sont les loyers. Les loyers sont fortement montés. On a peu construit pendant la pandémie. Il y avait des problèmes d'approvisionnement en matériaux. Des problèmes aussi, évidemment, de main-d'œuvre. Plus le fait que les gens se sont relocalisés dans des endroits où il n'y avait pas forcément de maisons disponibles. On a une forte hausse des prix des maisons, une forte hausse des loyers. Ce qu'on voit aujourd'hui... Alors, c'est important. Pourquoi ? Parce que ça représente quand même un tiers du panier du consommateur, des loyers. Aujourd'hui, ce qu'on voit, c'est que les nouveaux loyers sont en train de commencer à baisser dans les grandes villes.

Et donc, petit à petit, on peut espérer là aussi que cette source d'inflation se normalise. ce qui est aussi une bonne nouvelle pour Joe Biden. La dernière source d'inflation, elle est plus compliquée. C'est de l'inflation dans les secteurs des services dont l'essentiel des prix sont liés au salaire. Et là, comme les salaires montent, cette inflation est un peu plus persistante. Mais là encore, si vous regardez l'inflation totale, on était à 9%. En rythme annuel, on a même atteint 10-11% de croissance des prix. Aujourd'hui, on est revenu sur une inflation sur les 12 derniers mois qui est autour de 6%. Et sur les 6 derniers mois, qui est plutôt à 2%.

Donc, il y a bien une inflation qui a fortement rebaissé. La vraie question, c'est est-ce que les salaires vont baisser suffisamment pour éviter à la Réserve fédérale d'avoir à trop resserrer sa politique monétaire et éventuellement à provoquer une récession ? Mais pour l'instant...

16:09
Présentateur

C'est ce que la Fed vient de faire. C'est ce que la Fed vient de faire. À l'inverse, d'ailleurs, de la Banque Centrale Européenne. Un mot encore, Florence, sur la chute relative du secteur de la tech. C'est évidemment spectaculaire parce que les GAFAM ont licencié pas mal de monde ces derniers jours.

16:29
Invité

Alors, c'est très spectaculaire, mais c'est un petit secteur de l'économie. Et c'est même plutôt une bonne nouvelle parce que ça libère de la main-d'œuvre qu'on peut réemployer dans les autres secteurs. Et ce qu'on a vu, c'est qu'il y a eu pas mal de licenciements en janvier. Mais en fait, beaucoup ont retrouvé très vite un emploi ailleurs. Il faut rappeler qu'on a un taux de chômage très bas, qu'on a un marché très tendu et que c'est plutôt une opportunité d'avoir des gens qui sont plutôt bien formés et qualifiés, qui sont licenciés par ces entreprises. Ils retrouvent très vite, très vite un emploi ailleurs.

Et on a vu d'ailleurs que malgré les annonces de licenciements, au total, on a créé 500 000 emplois nouveaux aux États-Unis au mois de janvier.

17:08
Présentateur

Laurie Kenton, on voit bien quels sont les atouts de Joe Biden s'il annonce dans quelques jours cette nouvelle candidature pour 2024. Mais il y a des ombres sur le tableau, à commencer par cette histoire d'archives où le FBI a découvert dans son garage, où il y a son garage dans le Delaware, où il y a cette fameuse corvette verte décapotable qui alimente le folklore à Washington depuis des décennies. Et puis, des maladresses aussi, loriques dans les explications qui ont été données par Biden lui-même et par son équipe.

17:50
Invité

Oui, alors, il y a une première question qui est une question de calendrier. C'est-à-dire qu'au départ, c'était Trump qui s'était rendu coupable de ce que Biden avait décrit comme un comportement irresponsable pour un représentant politique avec les documents que l'on sait stockés à Mar-a-Lago. Et donc, quand on critique, c'est difficile. Il vaut mieux être irréprochable. Et là, on trouve non seulement des documents dans son fameux garage avec sa fameuse corvette, mais également dans les bureaux d'un think tank dont il est le chef. Donc, on trouve un petit peu des documents un peu partout, mais on en trouve assez peu. Et finalement, il coopère tout de suite.

Donc, ça permet de désamorcer un petit peu la question. Évidemment, sur le principe, il est aussi coupable que Trump, même si sur la méthode, ça semble un petit peu moins grave. Et ensuite, en fait, c'est là que le calendrier est intéressant. On en trouve également chez Pence. Mike Pence, le vice-président de Donald Trump, ce qui fait que les archives nationales ont contacté tous les anciens présidents et vice-présidents pour leur demander si, par hasard, ils n'auraient pas chez eux des documents confidentiels. Donc, il semblerait qu'il y ait un problème qui ne soit pas uniquement lié à Biden, Pence et Trump, mais qui pourrait être beaucoup plus large en réalité.

Et surtout, alors c'est très embarrassant parce que quand on critique et qu'on fait à peu près la même chose, on perd de sa crédibilité. Mais on sait également qu'aux Etats-Unis, la lessiveuse de l'information est très efficace et que le scandale d'aujourd'hui sera bousculé par le scandale de demain et la crise d'après-demain. Donc, ce qui se passe il y a quelques semaines est déjà relativement ancien. Et surtout, on a eu là, ce qui a été expliqué juste avant, des nouvelles économiques qui sont excellentes et qui permettent de désamorcer aux yeux de l'opinion l'importance relative de cette question des documents.

Parce que pour la classe moyenne, l'important, c'est les jobs, c'est les salaires, c'est le prix de ce qu'on achète au supermarché, les logements, etc. et pas trop la question de savoir s'il y a des documents confidentiels. En fait, d'un point de vue relatif, ça devient très, très secondaire. Et donc, Biden pourra s'appuyer sur les excellents chiffres des créations d'emplois, plus de 500 000, ce qui est beaucoup en soi, mais ce qui est surtout beaucoup plus que ce que l'on attendait. Et donc, il peut s'appuyer sur des choses qui sont, en fait, concrètes. Corentin Sélin parlait des trois visites sur les infrastructures, c'est pareil.

Ça, ça affecte les temps de transport des vrais gens et c'est comme ça qu'on désamorce l'attrait du populisme et l'attrait du trumpisme. Le trumpisme a prospéré sur le fait qu'un certain nombre d'anciens électeurs démocrates se sont dit, les démocrates ne s'occupent plus de nous, Trump a l'air de vouloir s'occuper de nous, on va aller voir si c'est vrai. Dès l'instant où les démocrates et Biden montrent que, oui, ils s'occupent de ces gens-là, à ce moment-là, ça renverse un petit peu la table et la question des documents confidentiels est importante, mais nettement moins.

20:58
Présentateur

Il y a un autre nuage qui continue de peser sur Joe Biden, c'est son fils Hunter, dont le parti républicain essaye désespérément depuis des années, d'enflammer, si j'ose dire, les dossiers d'affairisme, en Ukraine d'ailleurs, en Chine et ailleurs. Est-ce que ce dossier-là pourrait gêner une nouvelle candidature Biden-Lauric ?

21:27
Invité

C'est difficile d'évaluer le poids réel de cette affaire-là parce que c'est vraiment quelque chose qui est très important dans l'opinion républicaine et plutôt dans l'opinion trumpiste. C'est quelque chose qui est assez récurrent sur Fox News, chez un certain nombre d'animateurs vedettes de Fox News. Ça tourne un peu en rond, il n'y a pas grand-chose de réellement nouveau, même si on nous annonce des choses absolument sidérantes assez régulièrement. Finalement, il n'y a pas grand-chose de réellement nouveau, accablant, etc. Et finalement, ça semble un petit peu secondaire. Ce que je disais tout à l'heure sur les documents confidentiels, c'est un petit peu du même ordre.

C'est notamment chez les électeurs indépendants. Les électeurs indépendants sont moins informés que les électeurs partisans. Et ce qui importe pour eux, c'est les questions fiscales et les questions économiques. C'est-à-dire, est-ce que je paierai moins d'impôts avec X ou avec Y ? Et est-ce que X ou Y est plus susceptible de créer des emplois dont je vais bénéficier ? Et le reste, ma foi, c'est assez secondaire.

22:35
Présentateur

Corentin Célin, il est quand même frappant de voir le vieillissement de cette élite politique américaine dans les deux camps, d'ailleurs. Trump, donc, quatre ans de moins que Biden. Le patron des sénateurs républicains, Mitch O'Connell, 80 ans. Nancy Pelosi, qui vient de quitter, elle, la Chambre des représentants, 82 ans, mais elle reste extrêmement influente. Je crois que la moyenne des élus au Congrès, donc des deux chambres réunies, 23% ont plus de 70 ans. Comment expliquer un tel phénomène dans une culture américaine ou au contraire ? Me semble-t-il, le jeunisme a toujours été un élément, en tout cas de marketing, extrêmement puissant.

23:32
Invité

Alors, il y a une explication générale, tout d'abord. C'est que comme toutes les démocraties industrialisées, les vieilles démocraties industrialisées, les États-Unis, qui pendant longtemps ont eu une démographie structurellement plus jeune, une pyramide des âges plus jeune que les autres grandes démocraties industrialisées, sont en train de s'aligner sur les évolutions européennes et a fortiori japonaises ou coréennes, et avec un vieillissement de l'ensemble de la population qui peut être un premier facteur d'explication générale pour le premier quart du XXIe siècle. Mais il y a aussi une explication beaucoup plus relative au champ du politique.

Il ne faut jamais oublier que, en ce qui concerne les élus du Congrès, que ce soit les représentants ou les sénateurs, il n'y a pas de limitation dans le temps des mandats, c'est-à-dire qu'on peut faire autant de mandats consécutifs qu'on le souhaite. Ce qui aboutit conjugué avec la difficulté de plus en plus forte à avoir des élections disputées, à avoir des sièges de représentants disputés à la Chambre ou des États où les sièges de sénateurs sont réellement disputés, on a de plus en plus, on le sait, aussi bien au Sénat qu'à la Chambre des représentants, des sièges qui sont acquis à chacun des deux grands partis et que l'autre partie ne dispute plus vraiment.

Et cela, conjugué avec la non-limitation dans le temps des mandats, aboutit à des carrières absolument invraisemblables. Il faut rappeler, par exemple, qu'en Iowa, lors des dernières élections de mi-mandat, le sénateur Chuck Grassley, qui est élu depuis 1981, a obtenu un nouveau mandat contre un rival démocrate, d'ailleurs un ancien amiral, beaucoup plus jeune, alors qu'il a 89 ans. Du côté démocrate, c'est bien connu, parce qu'on en a beaucoup parlé dernièrement.

En 2024, la sénatrice de Californie, donc un poste très visible, très important, Diane Finstein, devra décider si elle remet son mandat en jeu, alors qu'elle est sénatrice depuis le début des années 1990 et qu'elle approche, elle aussi, des 90 ans et qu'elle donne de très visibles signes de faiblesse. Mais personne ne pourra éventuellement l'empêcher de se représenter et elle fait d'ailleurs durer le suspense là-dessus. Donc ça, c'est vraiment, je crois, le facteur essentiel.

On a institutionnellement, et au moins au Congrès, qui quand même est la pépinière, le vivier principal des élites politiques, cette non-limitation des mandats dans le temps, conjuguée avec la polarisation partisane des sièges, aussi bien à la Chambre qu'au Sénat, et qui entraîne l'allongement des carrières. Joe Biden en est lui-même le témoin, puisque sa carrière politique s'est construite sur une présence pendant 36 ans au Sénat, ce qui est quand même déjà considérable, pour la bonne et simple raison qu'une fois élu en novembre 1972 dans le Delaware, ensuite, il n'a quasiment plus jamais été contesté et a pu enchaîner ainsi les mandats de 6 ans.

Alors évidemment, et pour finir sur ce point, ça pose un véritable problème de représentativité, surtout par rapport à une jeunesse où, ça c'est très important, les minorités sont de plus en plus nombreuses et on sait que depuis deux ans, les jeunes issus de minorités sont majoritaires parmi les Américains de moins de 16 ans. Et il y a évidemment la question du manque de représentation, c'est-à-dire comment se fait-il que ce pays qui tend vers une plus grande diversité ethnique et où la jeunesse est de plus en plus diverse ethniquement soit représenté par une classe politique où les personnes âgées et blanches dominent encore très largement.

Donc on a un vrai problème et une vraie question de représentativité, mais, et on le voit bien avec Biden, les démocrates se sont ralliés comme un seul homme à lui et on a encore vu vivre à Philadelphie. Tant que ça gagne, on reste sur celui qui apparaît le mieux placé et Biden, surtout si c'est Trump en face, apparaît comme le mieux placé et peu importe son âge, en l'occurrence pour Biden, actuellement 80 ans.

28:01
Présentateur

Et il y a l'anecdote qui est quand même, me semble-t-il, très révélatrice de ce très jeune élu de Floride, il a 25 ans, c'est le plus jeune du Congrès, Maxwell Frost, élu démocrate de Floride, un ancien chauffeur, Hubert, qui a beaucoup de mal à trouver un logement à Washington maintenant qu'il est élu, parce qu'on considère que son statut d'élu n'est pas suffisamment sérieux pour signer un bail.

Quentin, parlez-nous de la violence, on voit bien évidemment la violence politique, mais la violence sociétale aux Etats-Unis nous saisit d'horreur à chaque annonce de tuerie, il y en a pratiquement une ou deux par semaine, et notamment en Californie, et il y a eu évidemment à Memphis le passage à tabac mortel de ce jeune père de famille noir, Tyre Nichols, qui est mort le 10 janvier dernier, presque trois ans, jour pour jour, après ce qu'il faut bien appeler l'assassinat de George Floyd.

Donc cette brutalité-là, la brutalité policière, qu'elle soit commise ou non par des policiers blancs ou noirs, en l'occurrence, c'est le cas à Memphis, cela reste quand même une dimension de la société américaine qui nous sidère.

29:29
Invité

Oui, une dimension qui nous sidère, et peut-être, si on reprend le cours de notre conversation, pour l'instant, une des grandes limites du mandat de Joe Biden, il ne faut jamais oublier que Joe Biden avait été précisément élu à la suite de l'assassinat de George Floyd, qui avait traumatisé les Etats-Unis en 2020, et qui avait été un facteur non négligeable dans la dynamique de la campagne présidentielle, et Joe Biden avait été élu sur une promesse forte, très importante, de réforme de la police.

Alors évidemment, c'est très compliqué, parce qu'il faut rappeler qu'aux Etats-Unis, s'il y a une police fédérale, le FBI, qu'on connaît bien, qui assure les fonctions de surveillance du territoire, de contre-espionnage, et qui traite des crimes fédéraux, il faut rappeler que ce que nous considérons comme la police, ce sont les pouvoirs locaux, c'est-à-dire les métropoles, les municipalités, qui emploient la police. Donc pour le pouvoir fédéral de Biden, évidemment, il y a toujours cette limite, cette difficulté à agir dans ce domaine.

Mais incontestablement, il y a eu des négociations avec les Républicains du Sénat pour essayer d'aller vers une réforme systémique de la police, et en particulier, effectivement, il faut rappeler deux chiffres simples, en 2022, selon les premières données préliminaires, on a eu le plus grand nombre de tués par la police lors d'opérations policières aux États-Unis, quelle que soit la base statistique que l'on regarde, celle du Washington Post, par exemple, et deuxièmement, confirmant des études nombreuses qui ont été menées au début des années 2020, aujourd'hui, un homme afro-américain a trois fois plus de chances d'être tué par la police qu'un homme blanc du même âge.

Donc on a un problème de brutalité, de violence systémique de la police et de discrimination raciale très importante dans cette violence. Et là, l'effort bipartisan de Biden a capoté. Là, ça n'a pas fonctionné parce que les deux parties sur cette question sont irréconciliables ou apparaissent irréconciliables. Les démocrates, alors avec des nuances, sont pour une réforme massive des comportements policiers et des incitations de l'État fédéral envers les municipalités et les pouvoirs locaux pour réformer leur police.

Et évidemment, les républicains, encore plus depuis Trump en 2016, se veulent le parti de la loi et l'ordre et ne veulent pas du tout aller vers une réforme systémique de la police. Donc on en est là. Et ça, alors aujourd'hui, ça ne s'entend pas trop parce qu'il y a vraiment cet effet de ralliement que j'ai dit autour de la candidature de Biden et que mes collègues aussi ont souligné, du côté démocrate. Mais c'est un point où la gauche progressiste est encore très critique vis-à-vis de Biden parce qu'effectivement, cette réforme de la police n'a pas été pour l'instant menée.

32:45
Présentateur

Florence Pisani, il y a un autre volet extrêmement important où le bilan démocrate est beaucoup moins brillant et c'est le volet social. Et là, pour les mêmes raisons, d'ailleurs, que celles évoquées par Corentin Sélin, il n'y a pas grand-chose au tableau.

33:06
Invité

Alors, il est effectivement un peu moins brillant. Il y avait en fait trois volets dans le plan Build Back Better. Il y avait l'American Rescue Plan. Donc, c'est à peu près huit points de pipe de soutien. Ça, ça a été réalisé. C'était vraiment un soutien conjoncturel à l'activité lié à la pandémie. Il y avait un deuxième volet, American Job Plan. C'était un plan à la fois d'infrastructure et de climat. Il a été coupé en morceaux. On en a parlé tout à l'heure. Un plan d'infrastructure, un plan de climat. Alors, c'est des sommes colossales mais il faut juste rappeler qu'elles sont quand même étalées sur dix ans.

Donc, au total, le plan d'infrastructure, le CHIPS Act et l'Inflation Reduction Act, c'est à peu près cinq points de pipe étalés sur dix ans. Donc, ce n'est pas du soutien, c'est vraiment des plans de transformation. Et puis, il y avait un troisième volet qui était l'American Family Plan qui était le volet social voulu par Joe Biden. Et celui-là, il a été bloqué par la majorité très étroite au Sénat du président avec deux sénateurs, la sénatrice Cinéma et le sénateur Manchin qui ont fait des oppositions quasi systématiques.

Alors, ce plan pour la famille, c'était faciliter l'accès à l'éducation, donner des congés maladie, des congés payés pour tous, baisser l'assurance santé, élargir les programmes de bons alimentaires. Et là, Biden a dû négocier. Alors, comme il n'a pas réussi à passer toutes ces mesures du volet social, il en a quand même passé une qui est importante, qu'il a passé dans un plan qui n'avait rien à voir avec le volet social. Dans l'Inflation Reduction Act, il a réussi à passer des mesures pour réduire le coût de la santé, baisser les prix des médicaments. Et ça, c'est le talent de négociateur de Biden.

Pour le reste, il a aussi, et ça aussi, c'est important, annulé une partie des dettes étudiantes. Alors, on verra si la Cour suprême lui donne tort et comment, ce qu'il pourra faire si jamais c'était retoqué à la Cour suprême. Mais là aussi, il a baissé la dette étudiant, annulé 10 000 ou 20 000 dollars de dette étudiante. Il faut rappeler là aussi que cette dette étudiante, elle est beaucoup plus élevée pour les Noirs américains qui ont à peu près 8 000 dollars en moyenne de dette en plus que les étudiants blancs.

Et après 4 ans, 4 ans après qu'ils aient terminé leurs études, on a des familles noires américaines qui se retrouvent, des étudiants qui se retrouvent avec 50 000 dollars de dette en moyenne, beaucoup plus que 25 000 dollars, presque le double des étudiants blancs. Donc là aussi, il a essayé de contourner les contraintes qu'il avait, les contraintes politiques qu'il rencontrait en essayant de mettre quelques mesures sociales. Le grand échec de Biden, c'est qu'il n'a pas réussi à prolonger les allocations familiales qui avaient été plus généreuses pendant la pandémie. C'était 250, 300 dollars par mois par enfant.

Et ces mesures avaient permis de réduire le taux de pauvreté infantile à peu près par deux au moment de la pandémie. Ces mesures se sont arrêtées en fin 2021 et on a à nouveau un taux de pauvreté des enfants qui est remonté. Donc sur le volet social, c'est un bilan mitigé. Il a fait, avec les contraintes politiques qu'il avait, il a fait passer une partie de ces mesures et il a dû reculer effectivement sur pas mal de ses promesses de campagne sur ce volet social.

36:28
Présentateur

La bagarre frontale qui va intervenir dans quelques jours entre l'opposition républicaine et l'administration démocrate concerne la dette publique puisque le plafond est déjà atteint et on peut s'attendre Florence Pisani comme à chaque fois que la Chambre des représentants et c'est son rôle sous domination républicaine inflige des coupes drastiques

36:58
Invité

dans les dépenses publiques. Alors ça risque d'être un débat très compliqué. Alors on est presque habitué. Depuis 1960, le plafond de la dette a été relevé 78 fois. Donc on est habitué à ces débats. Cette fois, ça risque d'être effectivement assez compliqué. D'abord parce que les républicains ne sont pas d'accord entre eux. Certaines veulent couper des dépenses sociales et évidemment les démocrates et Joe Biden sont absolument opposées à ces coupes de dépenses sociales. Certains proposent d'allonger la date des départs à la retraite, de repousser la date du départ à la retraite.

Certains proposent des coupes complètes dans toutes les dépenses, donc pas seulement sociales, on coupe toutes les dépenses et donc c'est absolument impossible pour Joe Biden. Alors il y a deux raisons pour lesquelles il va s'opposer à ça.

La première, il va essayer de surfer évidemment sur le fait qu'il y a une menace de baisse des dépenses des grands programmes sociaux et donc il va s'adresser à son électorat en disant vous voyez les républicains veulent couper ses dépenses sociales et puis la deuxième raison pour laquelle il va sans doute refuser de négocier c'est que la configuration actuelle elle ressemble énormément la configuration politique à celle de 2011 et qu'est-ce qui s'était passé en 2011 Obama avait perdu la majorité à la chambre et il avait négocié à l'époque avec les républicains et ça s'était traduit par quoi à chaque fois qu'on relevait le plafond de la dette il y avait trois dates ça a été relevé en trois étapes et bien il fallait couper des dépenses et il y avait eu des baisses relativement importantes de dépenses et quand Obama en 2013 une fois après ses négociations avait refusé puisqu'il fallait à nouveau relever le plafond de la dette avait refusé de négocier avec les républicains et bien les républicains avaient été mis devant leur responsabilité et avaient finalement cédé et accepté de relever le plafond de la dette sans concession et donc les leçons de l'épisode de 2011 c'est qu'il faut surtout pas il faut négocier le moins possible avec les républicains le plafond de la dette c'est un héritage aussi de ce qui a été décidé sous Trump des grands plans de dépenses qui ont été faits aussi sous Trump des baisses d'impôts massives qu'a accordé le président Trump c'est un problème bipartisan il y a une dette publique qui est héritée en partie des circonstances exceptionnelles liées à la pandémie les autres projets le chipsac le plan d'infrastructure sont été des plans bipartisans et donc il faut accepter de relever le plafond de la dette aussi bien du côté des républicains que des démocrates sans condition

39:44
Présentateur

mais la bataille

39:46
Invité

s'annonce compliquée

39:47
Présentateur

Laurie Canton avec vous essayons de comprendre ce qui se passe à l'intérieur de chaque parti puisque de fait la campagne électorale de 2024 a déjà commencé et commençons côté républicain précisément où on voit que Donald Trump s'est lancé déjà parce qu'il y a des primaires républicaines qui ont déjà lieu ces jours-ci et ce au moment où on voit à quel point le parti républicain est en pleine crise d'identité il a fallu 15 tours pour que Kevin McCarthy devienne le patron des républicains à la chambre des représentants en 15 tours et il a malgré les encouragements et le soutien affiché de Donald Trump donc qu'est-ce qui se passe l'orique côté républicain

40:41
Invité

vous avez raison de le souligner parce que c'est quelque chose qui passe généralement totalement inaperçu l'élection du speaker c'est un non-événement donc le fait qu'il y ait plusieurs tours de scrutin c'est très inédit et que ça dure plusieurs jours voire pratiquement une semaine c'est particulièrement embarrassant parce que ce qu'on voit c'est comme vous le disiez une fracture au sein du parti avec un Kevin McCarthy et un Trump plus Marjorie Taylor Greene qui est une des représentantes les plus à droite de la chambre les plus trumpistes qui passe pratiquement pour des modérés face à une aile droite radicale pardon qui est encore plus intransigeante et qui fait monter la pression en montrant à quel point elle n'est prête à reculer sur rien elle est absolument bloquée droite dans ses bottes etc et elle se justifie auprès de l'opinion en tout cas auprès de son opinion en disant que c'est la démocratie à l'oeuvre et pas du tout l'obstruction et donc ça donne un petit peu le ton de ce qu'on va avoir dans les deux prochaines années une majorité à la chambre pour les républicains qui est infiniment faible et donc un Kevin McCarthy qui est à la merci de l'opposition interne d'une petite phalange d'une vingtaine de députés donc c'est à dire à peu près 10% de sa majorité qui peut bloquer ce qu'elle veut et là on a eu un petit théâtre pendant une petite semaine qui consistait en gros à planter le décor c'est à dire que non seulement on a du mal à s'entendre entre démocrate et républicain c'est rien de le dire mais au sein des partis on l'a vu avec l'opposition au sein de la majorité sénatoriale démocrate avec Kirsten Sinema et Joe Manchin c'était déjà compliqué là on parle de deux sénateurs côté républicain on a à peu près la même chose à la chambre où ils ont aussi une majorité qui est aussi très faible et donc ça veut dire que les négociations bipartisan paradoxalement pourraient être facilités dans la mesure où il est plus simple de s'entendre entre parties enfin entre factions un petit peu modérées de chaque partie plutôt que de s'entendre au sein de son propre partie donc on va avoir peut-être des équilibres qui vont sortir du chapeau qui vont être peut-être un petit peu surprenants parce que il s'agira aussi pour McCarthy de dire moi je fais les choses il a très très peu de pouvoir moi je fais les choses et je préfère parler avec les démocrates dans l'intérêt des américains plutôt que de tout bloquer dans l'intérêt d'une faction qui va même au-delà de ce que Trump demande donc cet épisode du speaker ça peut être considéré comme le petit théâtre de Washington sans importance mais ça donne également un petit peu le ton de ce qu'on va voir pendant deux ans

43:43
Présentateur

qu'est-ce qui peut se présenter côté républicain contre Donald Trump on sait que le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le le

44:36
Invité

le 2020. En 2020, personne n'a remarqué parce que les deux opposants à Trump recevaient très peu de soutien, mais il y a eu des primaires, écrasés par Trump mais tout de même. Donc il y aura des primaires. Il y a des appétits, il y a des candidats qui sont déjà dans les starting blocks. On le voit parce que ils font deux choses qui sont pas innocentes. Ils publient des livres et quand les politiques publient des livres, c'est qu'il y a quelque chose derrière. Et surtout, ils se rendent dans des états qui sont assez peu touristiques comme l'Iowa par exemple.

Il faut être présent assez tôt pour exister dans le cadre des primaires et donc quelqu'un qui va dans l'Iowa pour serrer des mains on sait qu'il y a anguille sous roche donc on sait qu'il y a des appétits on sait qu'il y aura des gens qui vont se présenter ça dure plus ou moins longtemps on l'a vu avec les différentes primaires démocrates on a des gens qui font une longue pré-campagne et dès que les élections commencent dans les états font trois petits tours et puis s'en vont. Donc on risque d'en avoir. La configuration qui avantage Trump c'est si le champ républicain est très large. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de candidats qui croient en leur destin.

En revanche si le champ se réduit réduit assez rapidement et se réduit à une sorte de face-à-face entre lui et De Santis c'est beaucoup plus compliqué les sondages nous montrent que Trump est en tête assez largement quand le champ est assez ouvert parce que en gros l'opposition à Trump parmi les républicains est diluée. Dès l'instant où on est en face-à-face c'est beaucoup plus compliqué pour Trump et après les midterms notamment De Santis était devant assez régulièrement.

Donc De Santis n'y pense pas qu'en se rasant il donne beaucoup de signes notamment dans sa gestion de la Floride à la fois gestion du Covid gestion économique mais aussi maintenant comme ça a bien marché en Virginie en 2021 où un républicain a été élu gouverneur notamment sur les questions éducatives il se fait le chantre d'une forme de conservatisme qui va aller tuer le dragon woke politiquement correct des démocrates et gagner à la fois le soutien des donateurs le soutien des électeurs républicains mais également le soutien d'un certain nombre de familles d'indépendants de modérés de centristes etc pour qui tout ça est quand même un petit peu exagéré donc ce candidat qui fait du trumpisme sans être Trump est finalement peut-être un très bon compromis

47:13
Présentateur

Côté démocrate Laurie Quinton qui peut s'opposer ou rivaliser là aussi au niveau des primaires avec Joe Biden président en exercice qui devient en quelque sorte candidat si véritablement il en fait l'annonce dans quelques jours

47:37
Invité

là on est plutôt dans la configuration des républicains en 2020 en réalité c'est à dire que personne ne va vraiment s'opposer non pas par peur mais par respect c'est à dire que le candidat sortant reste en gros non pas le favori mais le candidat évident à sa succession donc on va pas non plus aller le défier on va peut-être lui demander d'infléchir un petit peu sa politique dans un sens ou dans l'autre les progressistes vont sûrement demander à ce qu'on ne les oublie pas parce que c'est eux notamment parmi les plus militants qui vont aller donner de leur temps frapper aux portes etc et donc tous ces fantassins de la campagne qui sera très âpre et bien il faut quand même leur donner un petit peu de grain à moudre donc les défis d'une certaine manière vont être un peu plus internes mais il n'y a pas grand monde qui va qui va surtout aller attaquer frontalement Biden sur son âge sur ces questions là donc les démocrates attendent l'horreur pour l'après Biden en fait c'est un peu la question qui se pose pour De Santis la question qui se pose notamment c'est est-ce qu'il est judicieux d'aller s'attaquer à Trump cette fois-ci ou est-ce qu'il suffirait pas simplement d'attendre 2028 où De Santis serait un petit peu le candidat naturel le plus avantagé dans les sondages et il aurait pratiquement qu'à dérouler son programme là s'exposer en fait en tapant un petit peu sur Trump parce qu'il va falloir qu'il tape sur Trump à un moment est-ce que c'est pas dangereux ?

49:13
Présentateur

Oui on voit bien Laurence Nardon que et encore une fois il y a encore plusieurs jours il y a ce discours sur l'état de l'Union mardi il y aura sans doute quelques jours de délai avant une annonce officielle du nouvel candidateur Biden mais entre temps bien évidemment entre le ballon espion chinois dont le Pentagone a révélé l'existence hier l'annulation de la visite du secrétaire d'état Blinken à Pékin l'embarras visible de Pékin qui dit ses regrets c'est suffisamment rare pour être souligné concernant cette affaire on voit bien que le président américain et son gouvernement sont sur la brèche sans arrêt et assez loin de ses considérations de politique intérieure

50:14
Invité

si vous voulez l'administration Biden donc on a vu à quel point elle était transformationnelle sur les questions d'économie et du rôle de l'état mais elle l'est également en matière de politique étrangère puisque on voit alors l'Ukraine a été un prétexte fantastique pour Biden elle a permis à son administration d'affirmer le retour des Etats-Unis sur la scène internationale on savait que sous Trump c'était pas du tout c'était pas du tout son genre de beauté de vouloir avoir un rôle moral dans le monde mais avec Biden c'est vraiment le retour de cette Amérique qui veut faire le bien et qui a une vision on dirait presque on pourrait presque dire manichéenne du monde entre démocratie d'un côté et dictature démocratie illibérale de l'autre et donc

51:06
Présentateur

pardon je vous interromps il y a eu le retrait catastrophique d'Afghanistan qui a quand même assombri le début de cette présidence Biden

51:17
Invité

oui mais il pourrait être lu comme la volonté de sortir d'une guerre sans fin parce que ça faisait déjà 20 ans qu'elle était en cours pour non pas ramener les boys à la maison mais au contraire les redéployer sur le théâtre indo-pacifique qui est vraiment l'un des théâtres sur lequel les Etats-Unis essayent de monter en puissance justement pour mieux cadrer la Chine se préparer à des hostilités plus vives d'ici quelques années je pense que ce retrait d'Afghanistan ne peut pas simplement être lu comme la volonté d'un retrait américain ou en tout cas si c'était ce que voulait faire Trump parce qu'en fait ce retrait d'Afghanistan avait été préparé sous Trump son exécution catastrophique je vous l'accorde sous Biden n'avait plus vraiment le même objectif il avait vraiment un objectif de redéploiement et sur cette histoire de Chine on voit que les choses sont effectivement assez compliquées parce qu'il y a cette histoire de ballons qui est presque incroyable parce que les Etats-Unis ont lu leur propre programme de ballons d'observation dans les années 50 parce qu'à l'époque ils n'avaient pas encore de satellites d'observation mais je m'interroge parce que la Chine à l'heure actuelle a des systèmes de satellites d'observation militaires c'est la série Yaogan qui sont sans doute très efficaces alors pourquoi diable aller lancer des ballons sur les Etats-Unis bon ça je pense que l'histoire nous le dira mais pour revenir aux relations sino-américaines elles sont quand même assez tendues on a eu il y a une dizaine de jours la fuite dans la presse américaine d'un mémo d'un général de l'armée de l'air américaine le général Minahan qui annonce à ses troupes c'est un mémo interne à l'origine qu'il faut se préparer à une guerre avec la Chine autour de la question de Taïwan bien sûr dès 2025 alors ça c'est très gênant pour l'administration Biden parce que c'est quand même un petit peu hostile mais enfin on voit que que les relations entre les deux pays ne vont pas du tout en s'arrangeant et donc est-ce qu'on doit s'attendre à ce qu'il y ait une Amérique présente sur deux théâtres celui de l'Ukraine alors ils ne sont pas co-belligérants ils ne font qu'envoyer du matériel comme nous donc un théâtre ukrainien et un théâtre chinois dans les années qui viennent c'est une perspective qui est vraiment extrêmement inquiétante

53:49
Présentateur

avec Laurence Nardon une surenchère évidemment côté républicain puisque c'est Donald Trump qui avait initié ce ce durcissement commercial d'abord vis-à-vis de la Chine l'administration Biden a suivi la même politique en la durcissant davantage encore et notamment sur la question des semi-conducteurs mais on voit bien qu'il y a un consensus bipartisan à condition que le gouvernement Biden prouve à l'opposition républicaine qu'elle est encore plus dure qu'il est encore plus dure en quelque sorte vis-à-vis de Pékin

54:29
Invité

oui la question chinoise est vraiment l'un des très très rares thèmes bipartisans à Washington aujourd'hui même encore plus que la question de l'Ukraine c'est-à-dire que cette vision d'une Chine qui est l'ennemi des Etats-Unis à la fois en termes géopolitiques dans sa présence en mer de Chine du Sud ses projets de route de la soie aussi sur la question des droits de l'homme puisque ça c'est vraiment l'apport de l'administration Biden par rapport à l'administration Trump et puis les questions commerciales et technologiques et là pour le coup il y a vraiment une continuité entre ce qu'a fait Trump et ce que fait Biden aujourd'hui c'est quelque chose sur lequel au Congrès quasiment personne ne s'oppose à ce que dit l'administration Biden aujourd'hui sur la question ukrainienne il y a plus il y a quand même quelque chose de bipartisan mais un petit peu moins puissant puisqu'on a cette aile Trumpiste dans lequel il y a un certain nombre d'élus qui tiennent des propos favorables à Poutine si vous voulez mais d'une manière générale sur les questions de politique étrangère aujourd'hui aux Etats-Unis il y a un consensus bipartisan je pense que ce qu'il faudrait opposer si on veut vraiment chercher les oppositions sur ces thèmes-là c'est une opposition qui se situe aux extrêmes par rapport à un vaste ensemble modéré aussi bien républicain que démocrate au milieu qui est favorable à l'intervention morale des Etats-Unis dans le monde pour reprendre l'expression que j'utilisais au début dans la façon

56:11
Présentateur

dont les deux camps nous considèrent nous voient l'Europe l'Europe alliée à un moment où l'alliance atlantique est plus soudée que jamais sous la pression de la guerre en Ukraine bien évidemment est-ce qu'il y a une différence ou est-ce que de toute façon les Etats-Unis quel que soit le camp au pouvoir considèrent que les Européens doivent suivre leur politique

56:41
Invité

leur politique à eux américains oui oui alors ça c'est toujours le cas et d'ailleurs un certain nombre de diplomates et d'officiels français se plaignaient lorsque l'administration Biden est arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2021 se plaignaient que les Américains Anthony Blinken et compagnie arrivent et sans aucun scrupule leur explique ce qu'ils devaient faire comme si la parenthèse Trump n'avait pas existé si vous voulez donc au moins dans le cas de Blinken c'est en français oui c'est vrai mais si vous voulez oui il y a cette idée que les Européens sont bien sympathiques mais il faut quand même qu'on les suive sans discuter et c'est pas toujours très facile et d'ailleurs aujourd'hui le gros sujet alors si on est globalement tous d'accord sur le soutien à l'Ukraine et l'inquiétude vis-à-vis de la Chine même si les Européens sont quand même un petit peu plus loin et un petit peu moins actifs sur cette question indo-pacifique le gros sujet de désaccord entre l'Union Européenne pour le coup j'exclus la Grande-Bretagne mais entre l'Union Européenne et les Etats-Unis c'est justement ce retour au protectionnisme des Etats-Unis qui est manifesté par cette loi Inflation Reduction Act qui met de l'aide aux Américains pour qu'ils achètent des voitures électriques à condition qu'elles soient fabriquées aux Etats-Unis bien sûr

58:10
Présentateur

et avec le danger évidemment que les industriels européens soient attirés aux Etats-Unis et bien ce sera évidemment sur cette notion des relations entre les Etats-Unis l'Europe et la Chine que se termine cette discussion je vous remercie tous les quatre Laurence Nardon vous signez la préface de la traduction du rapport de la commission d'enquête américaine sur les événements du 6 janvier 21 ce sera publié aux éditions Boucher-Chastel le 13 février prochain merci d'avoir été avec nous Laurie Kenton vous avez écrit l'Atlas historique des Etats-Unis aux éditions Autrement et aussi la fin du rêve américain avec un point d'interrogation chez Odile Jacob Corentin Sélin je recommande comme à chaque fois vos chroniques sur le média d'information les jours et je remercie bien sûr Florence Pisani qui a publié avec Anton Brander Économie de la dette aux éditions La Découverte et aussi un autre livre sur l'économie américaine en 2018 à la réalisation ce matin bien sûr Luc-Jean Reynaud à la technique Florent Bujon Merci à Nézik qui m'a aidé à préparer cette émission je remercie comme à chaque fois la documentation de Radio France nous sommes samedi voici Sous les radars avec Nora Amadi bon week-end et à samedi prochain Sous-titrage Société Radio France