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InterviewC dans l'air (sur YouTube)· 3 septembre 2016 65 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileEurope & internationalInstitutions & électionsTravail & emploi

Marine Le Pen entre en campagne #cdanslair 03-09-2016

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 26 %Attaque 50 %Défensif 24 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:11OuverteRéponse directe

    Marine Le Pen a-t-elle changé ? Peut-elle gagner la présidentielle ?

  • 2:39OuverteRéponse directe

    Pourquoi Marine Le Pen était-elle si discrète ces derniers mois ?

  • 4:31OuverteRéponse directe

    Marine Le Pen veut-elle se placer au-dessus de la mêlée ?

  • 6:28OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a un climat politique qui va dans le sens de Marine Le Pen ?

  • 8:09FerméeRéponse partielle

    Est-ce que sa cote de popularité reste basse ?

  • 9:22OuverteRéponse directe

    Marine Le Pen a-t-elle intérêt à rester silencieuse pendant la campagne ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:38IntervenantFait
    « Le Front National faisait encore peur à une majorité d'électeurs. »
  • 22:12IntervenantFait
    « Début août, Nicolas Sarkozy a fait un déplacement secret au Maroc pour rencontrer le roi d'Arabie Saoudite. »
  • 29:11IntervenantFait
    « Plus les magasins et les services publics ferment dans les campagnes, plus le FN gagne des voix. »
  • 46:09IntervenantChiffre
    « il décide d'en créer une avec les fonds municipaux et investit 180 000 euros »
  • 45:49IntervenantChiffre
    « Sur 160 exploitations, il n'en reste plus que 15 aujourd'hui »
  • 51:52IntervenantChiffre
    « les communes rurales bretonnes, il n'y en a que un quart d'entre elles, 25%, qui n'ont plus aucun des neufs services ou commerces vitaux en leur sein »
  • 52:06IntervenantChiffre
    « Dans les territoires de l'Est de la France, Picardie, Grand Est, Brachet, on est à 50%, voire plus de communes qui sont complètement dévitalisées »
  • 55:23IntervenantChiffre
    « C'est la dernière enquête de la Soffraise »
  • 57:07IntervenantChiffre
    « C'est de manière récurrente les 35-49 ans »
  • 1:02:08IntervenantChiffre
    « le Front National avec un peu moins de 10% en 1986, proportionnel intégral départemental, si ma mémoire est bonne, avait eu 35 députés »

Temps de parole

  • Présentateur27 %
  • Intervenant20 %
  • Intervenant 219 %
  • Intervenant 319 %
  • Intervenant 411 %

1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:12
Présentateur

Bonsoir à tous, bienvenue dans C'est dans l'air et merci d'être avec nous pour ce nouveau rendez-vous en direct le samedi désormais. Le samedi, nous sommes ensemble donc 6 jours par semaine pour C'est dans l'air. C'est l'événement politique du week-end, la rentrée de Marine Le Pen. La patronne du Front National a pris la parole pendant 3 quarts d'heure environ à la mi-journée pour lancer sa campagne présidentielle. Un discours offensif solennel qui marque aussi un changement de stratégie.

Voilà une Marine Le Pen, New Look, qui a gommé le logo du Front National, vous savez la fameuse petite flamme bleu-blanc-rouge, et qui se dit libre, libre par rapport au bilan d'une classe politique qu'elle fustige. La présidente du FN entre en campagne, à la campagne, et ce n'est pas un hasard. Elle a choisi un petit bourg de Haute-Marne pour prononcer ce discours, comme pour mieux parler à son électorat préféré, ce qu'elle appelle les oubliés, ces Français des territoires ruraux. C'est laissé pour compte. Alors Marine Le Pen a-t-elle changé ? Peut-elle gagner la présidentielle ? Pourquoi la France des campagnes, la France rurale, est-elle si sensible aux arguments du Front National ?

Et est-ce la clé de l'élection l'an prochain ? Pour répondre à ces questions et à toutes vos questions, SMS et Internet, voici nos invités. Pascal Perrineau, vous êtes politologue et auteur de nombreux ouvrages sur le Front National. Le dernier, La France au Front, a été publié chez Fayard. Béatrice Souchard, vous êtes journaliste quotidien L'Opinion, où vous suivez l'actualité du Front National. Jérôme Fourquet, vous êtes sondeur, directeur du département d'opinion de l'IFOP et auteur d'une étude sur le vote FN en milieu rural. On va en parler dans quelques instants. Gaël Brustier, vous êtes politologue et membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès.

Bonsoir à tous les quatre, merci de participer à cette émission. Savez-vous où se trouve Brachet ? Je m'adresse à vous et à vous qui nous regardez ce soir. Ce n'est pas facile, parce que c'est un minuscule village de Haute-Marne. Il y a 60 habitants, on est entre Saint-Dizier et Chaumont, à quelques encablures de Colombel et deux églises. C'est un tout petit bourg, mais qui est aujourd'hui un symbole. C'est celui du vote FN. 75% des voix pour Marine Le Pen au premier tour en 2012. La présidente du FN se sent donc un peu chez elle à Brachet. Et depuis quatre ans, elle y fait sa rentrée politique. Alors on va entendre dans quelques instants des extraits de son intervention.

Mais après des semaines de silence, de diète médiatique, elle fait son retour, des semaines, des mois, pourquoi Pascale Perrineau était-elle si discrète ?

2:49
Intervenant

Jusqu'ici. Elle était discrète depuis de très nombreux mois. Ce n'est pas uniquement l'été. Elle était discrète depuis de nombreux mois. Pourquoi ? J'y vois, moi, deux raisons essentielles. Tout d'abord, elle considère, et de nombreux dirigeants du FN considèrent que les faits parlent pour le FN, l'actualité. Le FN avait imaginé une réalité. Et aujourd'hui, la réalité du terrorisme, de l'islam radical, semble rencontrer les pires des anticipations du FN. C'est un premier élément. Ils n'ont pas besoin de faire campagne parce que quelque part, tous les jours, l'agenda leur est favorable. Et puis, il y a un deuxième élément.

Le silence, ça vous permet d'exister par rapport à ceux qui font énormément de bruit. Et même un bruit politique qui peut s'apparenter à la cacophonie. Et là, nous sommes servis. La droite est dans un processus de primaire. La primaire, par définition, s'appelle pendant un temps la cacophonie. On a de multiples leaders qui s'affrontent, qui sont dans le délice du jeu des petites différences. Et puis, la gauche, alors là, c'est l'hyper-cacophonie. On a une gauche qui est en train de se déliter, de se défaire, bien au-delà, d'ailleurs, du seul PS, et qui est rentrée dans une phase de cacophonie qui va durer, et peut-être ça ira au-delà, d'ailleurs, jusqu'à la primaire de janvier prochain.

Donc, par rapport à une droite et une gauche en pleine cacophonie, le silence du Front National peut être compris comme, vous voyez, non seulement le fait d'être différent, mais le fait de prendre de la hauteur, d'avoir une certaine distance. Marine Le Pen se permet d'avoir de la distance.

4:31
Présentateur

C'est intéressant ce que vous nous dites sur la force du silence, parce qu'en effet, Béatrice Houchard, lorsqu'on écoute le discours de Marine Le Pen aujourd'hui, on a le sentiment qu'elle veut se placer au-dessus de la mêlée. Comme si elle laissait tout le monde se battre, et elle se voit au-dessus.

4:48
Intervenant

Oui, je crois qu'il y a deux raisons qui complètent tout à fait celle de Pascal Perrineau. D'une part, une qui est peut-être plus prosaïque, mais qui tient à ce qui s'est passé au moment des élections régionales, l'année dernière, au mois de décembre, où elle a terminé cette campagne un peu au bout du rouleau, fatiguée, déçue sans doute de ne pas avoir gagné au moins une région, parce que symboliquement, ça n'aurait pas été rien quand même de dire, vous voyez, on peut gagner, y compris si c'est un duel au second tour, on est capable, nous aussi, de gagner une région comme les deux autres grands partis. Donc beaucoup de...

Certains ont dit de déprime, je n'en sais rien, mais en tout cas beaucoup de lassitude, et l'idée de ne pas recommencer ce type de comportement électoral à répondre à peu près à tout, tout le temps, sur les chaînes d'info ou autres, tous les jours, et puis de se dire, la campagne présidentielle, c'est un long marathon, c'est très long, et pour, effectivement, c'est la deuxième raison, prendre un peu de hauteur et se forger une stature présidentielle, laisser Florian Philippot, Nicolas Bé, Val-Rant de Saint-Just et les autres aller sur les chaînes d'info pour réagir au buzz, ne pas être dans le buzz, voilà, répéter ça tout le temps, et se donner, effectivement, c'est un peu la stratégie Jacques Pilan auprès de François Mitterrand, créer l'attente de discours par, effectivement, alors pas un silence total, elle a donné trop quatre interviews, pas s'écrit.

5:58
Présentateur

Oui, elle a dû faire un 20h cet été.

6:00
Intervenant

Elle a dû faire un 20h le 27 juillet sur France 2 pour réagir notamment aux attentats, où elle est apparue très en retrait par rapport notamment à Nicolas Sarkozy sur un certain nombre de réponses aux attentats. On est sur CNN, aussi, il n'a pas longtemps. CNN avant-hier, où elle a dit tout le mal qu'elle pensait à Hillary Clinton.

6:16
Présentateur

Voilà. Là, c'est quoi ? C'est pour essayer de se donner une dimension internationale. Et on a un lien lié à la candidature présidentielle. Mais je reviens quand même à l'idée de cette période politique qui pourrait lui profiter. Vous êtes d'accord avec ça, Jérôme Fourquet ? Est-ce qu'effectivement, il y a un climat qui va dans son sens ?

6:35
Intervenant

Tout à fait, Pascal Perrineau a raison. Donc si on met bout à bout la multiplication des attentats, la thématique récurrente avec de nombreux avatars sur la place de l'islam dans notre société, le burkini cet été, les menus de substitution dans les cantines, ce qui s'est passé en Corse à Cisco, les tensions communautaires, comme on appelle cela. Donc tout ça amène de l'eau au moulin du Front National. Les enquêtes d'opinion de l'IFOP avaient montré par exemple que dans le sillage des attentats de novembre dernier, novembre 2015, le Front National avait progressé de deux ou trois points dans les intentions de vote à la veille des élections régionales.

Donc les faits parlent pour elle et on engrange des soutiens. On vient bétonner sa base électorale parce que tous ceux qui étaient déjà plus ou moins convaincus ont fini d'être complètement persuadés de la justesse de la grille d'analyse. Je rajouterai un point au silence relatif de Marine Le Pen. Suite au régional, il y a eu un séminaire des principaux cadres du mouvement qui était organisé et ils ont donc retiré la conclusion que le Front National faisait encore peur à une majorité d'électeurs qui, y compris pour une élection qui n'était pas majeure, comme une élection régionale, étaient capables de se mobiliser pour faire barrage au Front National.

Donc il fallait absolument rassurer et gommer les côtés les plus inquiétants et menaçants de l'image de Marine Le Pen. D'où la stratégie de silence et de ne pas surajouter la peur à la peur au lendemain des attentats où, encore une fois, les éléments parlaient et plaidaient pour elle. C'est si efficace que ça ? Ce silence, parce qu'on a un chiffre là. Je n'ai pas dit que c'était efficace, j'ai dit que c'était...

8:09
Présentateur

Moi je vous pose la question, est-ce que sa cote de popularité reste quand même basse ? Environ 25%, ça c'est une source Ipsos pour août 2007. On ne parle pas d'attention de vote, c'est la cote de popularité. Attention de vote, on est à peu près au même niveau. Elle était quand même beaucoup plus haute en l'été 2015 et l'été 2014, entre 30 et 31%.

8:30
Intervenant

La cote de popularité, dans différents instituts de sondage, a connu un tassement au lendemain des régionales parce qu'il y a eu un effet déceptif, y compris dans l'électorat frontiste, qui s'est dit décidément on n'y arrivera jamais, la route nous est barrée. Et donc il y a eu un peu de désarroi, peut-être même un peu de fatigue physique. Et donc aujourd'hui, le Front National a décidé de se mettre un peu en retrait, mais encore une fois, les événements lui permettent cette stratégie de discrétion et de prise de hauteur par rapport aux autres. Après, est-ce que ce sera rentable ? On ne sait pas.

Ce qu'on mesure, nous, dans les intentions de vote, c'est qu'elle est toujours à un niveau très élevé et que d'après les enquêtes dont on dispose, elle serait qualifiée haut la main pour le second tour de la présidentielle. Donc ce n'est quand même pas un petit élément, voire même souvent ou parfois en capacité d'être en tête du premier tour.

9:17
Présentateur

On va aller à Brachet dans un tout petit instant, là où a eu lieu cette rentrée politique de Marine Le Pen. Gaëlle Brustier, finalement, on se dit qu'elle n'a peut-être pas intérêt à faire campagne. Elle va rester comme ça dans son silence quand on voit les scores. C'est vrai qu'elle est très souvent en tête au premier tour, en effet. Mais enfin, ça ne peut pas marcher quand même. Elle ne peut pas rester silencieuse pendant toute la campagne.

9:40
Intervenant

Effectivement, il y a un paradoxe en fait avec le Front National. C'est-à-dire que tout ce qui est la machine infernale idéologique qui est à l'œuvre en Europe, en fait, elle le porte très très haut comme il porte un certain nombre de ses partis frères très très haut dans les intentions de vote. Le problème de Marine Le Pen, c'est qu'un certain nombre de Français, et notamment de Français qui appartiennent à cette vaste famille du peuple de droite ou d'extrême droite, doute des capacités qu'a le Front National de changer concrètement les choses en France, c'est-à-dire de traduire des idées auxquelles ils adhèrent en des actes politiques.

Et c'est aussi un des freins au sein même d'un électorat potentiel pour Marine Le Pen à son ascension au moment des élections présidentielles. Il n'est pas du tout dit d'ailleurs l'arrivée très très haut de Marine Le Pen. Rien n'est écrit dans cette élection présidentielle. Et sa stratégie d'absence et aussi de rareté de la parole est aussi une stratégie risquée.

10:31
Présentateur

Alors, c'est la campagne de vérité pour Marine Le Pen. On va voir jusqu'où elle peut aller dans les votes, dans les voix, dans cette campagne présidentielle. Et ça a commencé aujourd'hui à Brachet, donc à la mi-journée, où il faisait plutôt beau comme sur l'ensemble du pays. Environ 700 partisans étaient réunis pour écouter la présidente du Front National. Pas de grande surprise dans son discours, mais elle a fixé le cap pour 2017. Reportage sur place, Julien Lennet, Elisa Coudray et Stéphane Lopez.

11:05
Intervenant

Depuis trois ans, c'est un rituel pour la candidate Marine Le Pen. Brachet, 60 habitants, meilleur score du parti aux dernières présidentielles. Un village devenu aujourd'hui le symbole de ce monde rural que rêve de conquérir le FN. Un choix stratégique pour une rentrée politique. Je peux m'adresser au peuple tout entier pour dire mon attachement à la France rurale, la France de nos terroirs. La vie est pourtant généreuse et travailleuse. Celle qui n'encombre pas les titres du 20h, celle qui souffre en silence, celle qui paye sans rien dire, celle qui subit sans casser, mais reste fière et n'abdique pas.

12:00
Invité

On est fiers parce que ça montre un peu de résistance française. Aujourd'hui, la France est en péril et les grosses villes sont débordées et se laissent faire. Nous, en campagne, on ne peut pas cesser de faire.

12:13
Intervenant

Lancement rural d'une année de campagne électorale. Premier grand rendez-vous aussi après des mois de diète médiatique. Objectif revendiqué de Marine Le Pen, prendre de la hauteur. Sur ses affiches, pas de logo FN, pas de flammes bleu blanc rouge, pas de patronyme non plus. Marine, la candidate, se rêve en rassembleuse.

12:35
Invité

Il ne s'agit pas d'effacer quoi que ce soit, il s'agit simplement de s'adapter à ce qu'est une campagne présidentielle. Et il ne s'agit pas d'élire un parti, il s'agit d'élire, en l'occurrence, une femme qui incarne un renouveau et une alternative.

12:49
Présentateur

Pendant que les autres s'agitent, fabriquent des petites phrases, font dans la pacotille médiatique, elle a montré qu'elle a mûri un projet, qu'elle a pris la distance nécessaire à toute réflexion digne d'un chef d'Etat.

13:01
Intervenant

Une stratégie à double tranchant. Côté sondage, depuis juillet, la candidate plafonne à 25% d'opinions favorables. Et côté militants, beaucoup restent encore très attachés aux fondamentaux. Les t-shirts, donc, allons enfants de la patrie, et puis on a des petits fils, la flamme, du front national. Elle a voulu un peu, bon, plus trop axer sur la flamme, bon, c'est une stratégie dans la présidentielle, mais bon, nous, ça ne nous empêche pas de vendre les produits de la boutique, la flamme. Pour moi, la flamme, c'est quand même le symbole du front national, donc voilà. Alors attention à ne pas trop bousculer les troupes. À la tribune, si le ton est plus polissé, le fond ne change pas.

Marine Le Pen reste fidèle à ses thèmes de prédilection. Patriotisme économique, critique virulente des partis du gouvernement, un discours anti-immigration, anti-communautarisme, anti-mondialisation, anti-Europe. Il faut croire en la politique, croire en l'état-nation. Regardez les Britanniques, ils ont eu ce courage. Contre tous les prophètes de malheur, ils ont choisi leur destin. Ce référendum sur notre appartenance à l'Union Européenne, je le ferai en France. Parce que le défi existait entre primaire républicaine et bataille au sein de la majorité. Marine Le Pen a maintenant huit mois pour convaincre. Prochain rendez-vous mi-septembre, les universités d'été du parti.

14:51
Présentateur

Voilà donc pour ce discours, cette intervention, cette rentrée politique de Marine Le Pen à Brachet, donc il y a quelques heures. Première question SMS de cette émission. Alors vous allez voir, nos téléspectateurs sont attentifs et malins. Le slogan du FN, la France apaisée, est-il inspiré de la force tranquille de Mitterrand ? On va regarder ensemble les deux... Vous allez me dire ce que vous en pensez, mais il y a quelque chose, non ? Ce regard de Marine Le Pen, bien sûr, et ce décor rural. Et l'affiche de 81, dont on dit qu'elle a beaucoup contribué, un peu beaucoup contribué à la victoire de François Mitterrand en 81. Vous êtes d'accord avec ça, Béatrice Ouchar ?

Est-ce que le slogan est inspiré de la force tranquille de Mitterrand ?

15:36
Intervenant

Il manque l'église sur celle de Marine Le Pen, par rapport à celle de François Mitterrand. Je crois qu'il revendiquait, y compris eux-mêmes tout à fait, de s'en être inspiré. C'est effectivement dans la même, dans la lignée de la force tranquille. Alors ça n'est pas l'affiche de l'élection présidentielle, ça ne sera pas l'affiche, ni le slogan de l'élection présidentielle. Ça, ça sera dévoilé plus tard, j'imagine. Mais voilà, le slogan sera dévoilé un peu plus tard. Juste sur la flamme, en 2012, sur l'affiche de Marine Le Pen, il n'y a pas marqué Front National et il n'y a pas la flamme du Front National. Ça n'est pas une nouveauté sur la campagne de 2017.

On revient à ce qu'on disait tout à l'heure, le côté au-dessus des partis, le dialogue entre un candidat, une candidate en l'occurrence, et le peuple.

16:09
Présentateur

Voilà, j'en profite pour vous inviter, vous qui nous regardez aujourd'hui, pour la première fois, un samedi, dans ces dans l'air, à nous envoyer vos questions. Vous connaissez le principe, SMS, Internet, et puis tous les réseaux sociaux, bien sûr, pour relayer vos questions. Nous y répondrons, comme, c'est la même formule, comme chaque jour, en fin d'émission. Il y a une autre chose qui nous a frappés aujourd'hui, c'est le site Internet. Regardez, sur le podium, ça s'appelle marine2017.fr. Donc, il y a, non seulement le FN a disparu, mais Le Pen aussi a disparu, Pascal Perrino. C'est un hasard ?

16:43
Intervenant

Oui, c'est un hasard, parce que c'est vrai que le signifiant Le Pen, le moins qu'on puisse dire, c'était qu'avant l'été, ça servait avant tout à laver le lynchal familial. Et qu'il est peut-être nécessaire de faire oublier un instant, pour Marine Le Pen, qu'elle est la fille de son père. Ça, c'est un premier point. Le deuxième point, c'est qu'on voit que c'est un parti qui a une capacité à s'adapter aux nouveaux moyens de communication assez extraordinaires. Et cela depuis longtemps. Il n'y a pas de ringardise dans la communication du FN.

D'ailleurs, Marine Le Pen appelait à ce qu'on écoute son discours sur les réseaux sociaux, et que l'on contourne les médias traditionnels, télévision, radio, qui sont des médias considérés comme des médias peu favorables, et même des médias ennemis. Donc, il y a une certaine modernité. Mais pour revenir à ce que le téléspectateur disait tout à l'heure sur l'apaisement, et il comparaît ça à la force tranquille, je crois, s'il vous plaît, que quand on est un parti de rupture, et le FN est un parti qui se veut de rupture, et que l'on approche de l'échéance présidentielle, on a intérêt à envoyer les signes de l'apaisement. Parce que les partis de rupture, ça attire, mais ça fait peur.

Et en 1981, la gauche était et venait au pouvoir avec un programme qui était un programme de rupture avec le capitalisme. Donc, je crois que c'est lié à cela, si vous voulez. Quand un courant politique s'approche de la présidentielle, et que c'est un courant de rupture, il a intérêt, j'allais dire, à mettre un peu d'eau dans son vin.

18:27
Présentateur

Ce qui est intéressant, c'est que dans les mots qu'elle a utilisés, ce midi dans son discours, elle a utilisé le mot apaisement, mais elle a dit l'apaisement par l'autorité, Jérôme Fourquet. C'est-à-dire qu'il ne faut pas non plus qu'elle perde ses fondamentaux, Marine Le Pen.

18:43
Intervenant

Alors, de la même façon que sur l'adresse de son site internet, on ne précise pas Le Pen, mais Marine, tout le monde a compris. Et là, c'est pareil. Le Front National n'a pas besoin d'en rajouter sur l'autorité, sur... Donc, il y a juste des piqûres de rappel pour entretenir les fondamentaux. Et puis ensuite, on déploie un autre type d'argumentaire. Mais encore une fois, je voudrais revenir sur les régionales, qui ont constitué un vrai traumatisme dans l'appareil frontiste.

Il y avait eu les élections départementales, les anciennes cantonales, quelques mois avant, où là déjà, le Front National, sur la base des résultats du premier tour, espérait conquérir le conseil général du Vaucluse, celui de l'Aisne. Et ça ne s'est pas passé. On a dit, bon, c'est le poids des notables locaux. On n'a pas suffisamment de maires enracinées dans ces petites communes. Ce sera pour la prochaine fois. La prochaine fois, c'était les régionales. On a des scores en boulet de canon partout en France, mais en Pas-de-Calais et dans la nouvelle région, Nord-Pas-de-Calais-Picardie, avec 40% au premier tour.

On a en face un candidat de droite, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, qui ont campé sur des positions extrêmement droitières pendant toute la campagne. Les candidats socialistes se retirent. Et ce qu'on constate, c'est que la stratégie du Front républicain fonctionne à plein. On a environ 2 tiers à 70% de l'électorat de gauche qui va voter pour des candidats de droite très durs pour faire barrage au Front national, qui continue donc du coup à faire peur à une très large majorité de Français, encore une fois, même pour ne gérer ne serait-ce qu'un conseil régional. Et donc il faut absolument polir cette image.

Et toute la stratégie de Marine Le Pen maintenant dans la campagne, mais elle a des lieutenants qui pourront utilement l'aider, c'est de donner, faire passer cette image d'apaisement, un peu comme François Mitterrand en 81, tout en continuant, de manière subliminale ou non, Marion Maréchal-Le Pen de ce point de vue-là sera très utile, à parler à sa frange la plus dure en disant qu'ils n'ont rien abdiqué de leur conviction.

20:40
Présentateur

C'est ce qu'on a appelé le plafond de verre, et qui énerve tant d'ailleurs Marine Le Pen. C'est à chaque fois qu'on lui parle de ça, elle s'énerve tout de suite, parce qu'elle dit que ça n'existe pas. Gaëlle Brustier, finalement, on l'a vu en effet avec les régionales, et c'est ça qu'elle veut casser à l'occasion de cette présidentielle. Le plafond monte, oui.

20:58
Intervenant

Il monte, oui ? Oui, le plafond monte, et puis rien ne dit que le plafond continuera d'exister. C'est vrai que pour l'instant, comme d'autres partis nationaux populistes en Europe, le Front National est une excellente machine de premier tour, que ce n'est pas encore une machine de second tour. Et on l'a très bien vu, effectivement, Jean me l'a dit, mais il y a eu des votes de barrage qui ont empêché le Front National d'accéder à des présidences de région.

J'allais dire que ça le sert d'une certaine manière, parce que dans la mesure où vous avez 12 mairies ou 15 mairies en France Front National sur 36 000 communes, où vous n'avez pas de présidence de conseil général, pas de présidence de conseil régional, les bourdes qu'auraient pu faire les nouveaux élus frontistes ne vont pas desservir, en tout cas, Marine Le Pen, puisqu'ils sont tous dans l'opposition. Donc ils ne sont pas aux affaires. Il y a moins de risque, effectivement, d'avoir des affaires type, comme la grande époque, Toulon, Marignane, Vitrolles, etc.

21:47
Présentateur

Béatrice Souchard, j'aimerais qu'on revienne sur ce qui s'est passé à Brachet, sur les mots utilisés par Marine Le Pen. Alors, elle n'a cité qu'un seul adversaire, Nicolas Sarkozy. Ça veut dire qu'elle a peur de lui, en priorité ?

22:00
Intervenant

Ça veut dire qu'elle fait un peu une fixette sur lui, notamment quand il est question d'Arabie Saoudite et de Qatar.

22:05
Présentateur

Pour ceux qui nous regardent qui n'ont pas forcément vu le discours, elle dit « Début août, Nicolas Sarkozy a fait un déplacement secret au Maroc pour rencontrer le roi d'Arabie Saoudite et l'assurer de sa bienveillante amitié. Il se voudrait le champion médiatique de la lutte contre l'islamisme et il a été faire allégeance au promoteur mondial du wahhabisme. » C'est comme une attaque frontale.

22:27
Intervenant

C'est une attaque frontale, pas franchement nouvelle. Habituellement, c'est peut-être davantage Florian Philippot qui monte au créneau sur ces sujets-là. Elle, elle fait le pari qu'elle aura si elle est au second tour. On n'en est pas encore tout à fait là, même si effectivement tous les sondages la donnent au second tour qu'elle sera face à Alain Juppé. Mais elle aimerait bien aussi en découdre avec Nicolas Sarkozy.

22:47
Présentateur

Et quand elle dit qu'elle est libre, parce que c'est aussi le mot qui ressort beaucoup de son... Elle est si libre que ça, Béatrice Souchard ? Les liens avec l'Arabie Saoudite, elle n'a pas des liens avec la Russie, avec Vladimir Poutine ?

22:59
Intervenant

Oui, elle répondrait que c'est une banque privée et qu'elle va rembourser. Probablement, ça sera intéressant. D'autant qu'elle dit qu'elle recherche à nouveau des financements, soit auprès des banques russes, soit auprès des banques américaines. Puisque les banques françaises ont toujours un petit peu de mal à prêter... Non, je pense que quand elle dit libre, elle veut dire pas de primaire, pas de contestation en interne, en tout cas pas cette année, ni jusqu'au 7 mai, on va dire, pour être la candidate par opposition à Nicolas Sarkozy, à Alain Juppé, ou à ce qui se passe à gauche entre François Hollande, Arnaud Montebourg, et éventuellement Emmanuel Macron.

23:28
Présentateur

Pascal Pierrineau ?

23:29
Intervenant

Elle a la liberté du chef. Si vous voulez, le Front National, c'est le seul parti aujourd'hui qui a un chef, dont on sait que ce chef sera le candidat à l'élection présidentielle. Par rapport à ce qui se passe ailleurs, en effet, il y a là une forme de liberté pour ce chef candidat à l'élection présidentielle, pour développer la campagne présidentielle sans être encombrée par les primaires et les chicaillards permanents. Elle a tenu la recherche des 500 parrainages, qu'elle aura sans difficulté.

Mais sur Sarkozy, je crois qu'au-delà de cette affaire d'Arabie Saoudite, il y a le fait que le retour de Nicolas Sarkozy s'est traduit tout de même par une poussée sensible de Nicolas Sarkozy dans les intentions de vote pour les primaires. Elle se dit, attention, il y a là un signe. Les thèmes de Nicolas Sarkozy, qui parfois se rapprochent de manière très forte de ceux du Front National, même dans la manière de les aborder et de les délivrer, eh bien cela peut rencontrer un écho, pour l'instant, dans l'électorat de la droite, mais peut-être dans l'électorat de la droite de la droite, qui est l'électorat décisif de concurrence entre les Républicains et le Front National.

Donc elle préfère prévenir que guérir.

24:46
Présentateur

Il y aura un match dans le match, dans cette campagne présidentielle, selon vous, Jérôme Fourquet, entre Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy ?

24:52
Intervenant

De part et d'autre, Pascal l'a rappelé, et Nicolas Sarkozy a sain de détestation de Marine Le Pen et il serait très content de pouvoir lui faire mort de la poussière. Marine Le Pen se rappelle aussi du tour, entre guillemets, joué par Nicolas Sarkozy à son père, Jean-Marie Le Pen, en 2007, où il avait, comme on dit vulgairement, siphonné toute une partie de l'électorat frontiste. Tout ça, elle ne l'a pas oublié. Elle sait aussi que son électorat s'en souvient.

Et donc en 2012, pendant la campagne présidentielle, et depuis lors, elle ne cesse de rappeler cet électorat en disant « Attention, il y a les beaux parleurs, ceux qui vont prononcer les mots qui sont doux à vos oreilles, mais ne vous y trompez pas, ce prestigiateur vous a déjà fait le coup la fois d'avant et vous avez été déçus. » Donc c'est ça aussi qu'elle veut utiliser pour essayer non seulement de retenir à elle l'électorat qui serait tenté, mais peut-être aussi d'en arracher à Nicolas Sarkozy.

25:44
Présentateur

– Alors on va voir comment elle va essayer de capitaliser sur cet électorat rural, ce qui explique cette présence dans ce petit village d'Haute-Marne. Mais juste une toute petite question avant, question peut-être qui va paraître simple ou simpliste. Gaëlle Brussier, elle veut vraiment gagner ? – Ah oui ? – Elle veut vraiment gouverner ? – Oui, non mais… – Parce qu'on disait que vous savez que Jean-Marie Le Pen en 2002, lorsqu'il est arrivé le 21 avril, il n'était pas prêt, il était… – Elle, elle veut gagner.

26:14
Intervenant

– Jean-Marie Le Pen en avril 2002, il est avec un parti qui est en lambeau, c'est-à-dire que Bruno Maigret est parti avec tout l'appareil, il se retrouve au deuxième tour d'une élection, sans cadre, avec très très peu de militants, et effectivement, toute cette affaire lui fait probablement un peu peur. Mais le Jean-Marie Le Pen des débuts des années 80, celui du Premier Front National, était quelqu'un qui voulait arriver au pouvoir. Ensuite, très probablement, il en a fait une machine de show personnel, pour des raisons qui étaient liées à son infréquentabilité, liées à l'affaire du détail. Pour le reste, Marine Le Pen veut vraiment arriver au pouvoir.

Elle a des difficultés, c'est-à-dire que Premier Parti de France, certes, en termes de voix dans les élections, il est indéniable qu'elle a enregistré des scores particulièrement imposants, mais il y a d'autres critères qui font que le Front National ne peut pas être considéré comme le Premier Parti de France. L'absence de direction de grande collectivité territoriale, et puis une faiblesse aussi, malgré de gros efforts pour remonter un appareil, une faiblesse de l'encadrement militant, qui aussi pèse parce que, et on pourra en parler, mais dans les zones rurales, par exemple, vous avez deux manières d'aborder.

Soit elle progresse sur le vide, soit elle progresse, mais dans beaucoup moins de cas, sur l'investissement des lieux de sociabilité, ce qui existe déjà. Ça nécessite des cadres et des militants. Le Front National, comme les partis politiques français sont en général assez faibles, le FN n'est pas encore un parti de masse capable de diriger véritablement le pays.

27:31
Présentateur

Alors, ces zones rurales, Brachet, pourquoi Brachet ? On l'a dit, il y a eu ce score incroyable de 75% des voix pour Marine Le Pen dans ce tout petit village au premier tour en 2012, mais ce n'est pas un cas isolé. Une étude de l'Institut IFOP fait un constat très frappant. Dans les zones rurales, quand les commerces disparaissent, c'est le Front National qui progresse. On va regarder ensemble le détail de ce sondage avec Yacine Millie et Pierre Dehorne. La France des oubliés, la France rurale.

28:02
Invité

Le généticien Axel Kahn a voulu aller à sa rencontre. C'est le départ, en 2014, de la Pointe-du-Rat. Je suis au début de la longue marche qui va me mener de la Pointe-du-Rat jusqu'à Menton. Il me reste encore 2000 à 2100 kilomètres à faire. Et je pars bien couvert, j'arriverai en plus petite tenue.

28:26
Présentateur

4000 kilomètres à pied, du nord au sud de la France et des milliers de rencontres. Et à l'arrivée, le scientifique a constaté un sentiment de détresse dans de nombreux villages.

28:36
Invité

Ce qui faisait la Commune, c'est la fonction agora du centre-bourg. Or, justement, c'est ce centre-bourg qui disparaît, notamment dans ces petites cités. Et ça, c'est vraiment dramatique. Parce que ce que les gens retiennent de cette observation, c'est que leur monde est en train de se déliter. Que jadis il existait, qu'il n'existe plus. Et que demain, ça risque d'être pire encore.

29:04
Présentateur

Des centres-bourgs qui se vident, le phénomène est national et il profite au Front National. En effet, selon une étude de l'IFOP, plus les magasins et les services publics ferment dans les campagnes, plus le FN gagne des voix. Un terreau fertile qui, pour Joël Gombin, s'explique avant tout par un sentiment d'isolement. Lorsque ces services disparaissent, ferment, en particulier les services publics, il y a un sentiment d'abandon de la part des pouvoirs publics, de la part de l'État. Et avec souvent le sentiment que ce sont des élites parisiennes qui décident, qui n'ont absolument rien à faire des habitants, des villages ruraux, des territoires les plus isolés, etc.

Or, dans la mesure où la gauche, la droite ont été ou sont au pouvoir nationalement, vers qui on peut se tourner dans cette situation-là, certains ont tendance à se tourner vers le grand parti qui n'a pas été au pouvoir, qui est le Front National. En France, un village sur deux n'a plus aucun commerce. Et pour le FN, le calcul est simple. Là où il n'y a plus aucun commerce ou service, le parti de Marine Le Pen enregistre des scores moyens de près de 31%. Le chiffre tombe à 23,5% quand il reste au moins 6 établissements ouverts. C'est mathématique. Dans le détail, ce qui impacte le plus le vote Front National, c'est la disparition d'un bureau de poste, d'une épicerie ou encore d'un médecin.

Mais si le monde rural reste un enjeu majeur pour le FN, le parti doit ratisser plus large. Le FN ne peut pas jouer uniquement la carte du clivage territorial, parce que s'il se place uniquement du côté d'une France extrêmement isolée, etc., elle est en déclin démographique, elle pèse relativement peu. Et donc si le FN a une stratégie dans laquelle il veut être majoritaire, en tout cas avoir une vocation majoritaire, il lui faut aussi s'attaquer aux territoires qui sont les plus peuplés, c'est-à-dire les villes, les grandes métropoles, etc. Donc il lui faut tenir les deux bouts de la corde.

Si le FN continue de se salir les chaussures pour draguer les villages, les voies qui l'y engrangent ont surtout valeur de symbole. En France, les zones rurales ne représentent que 10% des électeurs. Alors on va prendre tout de suite une question SMS, et on va ensuite, avec Jérôme Fourquet, vous qui avez dirigé cette étude, essayer de comprendre ce qui se passe, et dans quelle mesure ça peut éventuellement faire basculer l'élection de 2017. C'est vrai que Marine Le Pen, voici la question, elle crie beaucoup, mais qu'est-ce qu'elle propose ? C'est la question, que propose Marine Le Pen pour ramener des services publics dans les campagnes ?

Et d'ailleurs, est-ce qu'il y a une solution, Jérôme Fourquet ?

31:43
Intervenant

Alors, c'est les services publics et les commerces, là c'est encore plus compliqué. Mais on est sur un discours à la fois d'énonciation de ce qui va mal, et d'explication. Ce qui est très important, c'est de dire pourquoi ça va mal. On va vous expliquer tous les tenants aboutissants. Elle mentionne souvent le retour du politique, donc c'est une conception très française, dans le politique, on peut encore faire les choses en France. Et on est un pays très politique. Quand Lionel Jospin avait dit que l'État ne peut pas tout, ça lui avait coûté très cher.

Donc elle est sur un discours assez incantatoire, en disant, voilà, notamment dans ces territoires ruraux, la France est oubliée, eh bien nous, on ne vous oubliera pas, vous comptez, vous êtes des citoyens, et elle prend en exemple le courage, dit-elle, du peuple britannique qui a su s'affranchir des Zoukaz, pour reprendre la terminologie consacrée, et des consignes et des ordres bruxellois, disons, on reprend la souveraineté, et à partir du moment où on va redéfinir un cadre, retour à la monnaie nationale, retour à nos frontières, on s'affranchit d'un certain nombre de contraintes européennes, par exemple la politique agricole commune, même si celle-ci a permis à de très nombreux agriculteurs de maintenir leur activité.

Mais donc elle dit, voilà, on change de paradigme, on change les règles du jeu, et c'est comme ça qu'on va réussir à remettre des services publics. Alors, c'est le cas pour les territoires ruraux, mais elle tiendrait exactement le même discours sur la présence policière dans un certain nombre de quartiers sensibles. Tout ça coûte très cher, mais elle n'est pas comptable, elle est libre par rapport à un bilan, et donc elle peut déployer toute sa rhétorique.

Mais ce qui est très important, plus que les solutions, c'est que quand on interroge ces électeurs de ces territoires ruraux, comme d'autres, beaucoup nous disent, un, c'est la seule qu'on comprend, et deux, c'est la seule qui nous comprend, ou qui parle de ce que nous vivons. Et ça, déjà, c'est un énorme avantage sur les autres, c'est d'être en empathie avec le public que vous visez, et dans ce cas-là, le public peut commencer à vous écouter, peu importe ensuite si les solutions sont plus ou moins tangibles.

33:45
Présentateur

À vous entendre, il y aurait une sorte de connexion entre Marine Le Pen et ces territoires ruraux. Est-ce que, Pascal Perrineau, est-ce que c'est nouveau ? Est-ce que c'est quelque chose qui date de ces dernières années, ou est-ce que ça remonte à, je ne sais pas, est-ce que c'est 2002, la fracture, comme certains le disent ?

34:03
Intervenant

Non, non, le processus est ancien, et d'ailleurs, Jérôme Fourquel l'avait montré. Sylvie, quand vous regardez les 30 dernières années de dynamique électorale du Front National, au début, pour être simple, le Front National est un phénomène urbain. Et puis, peu à peu, il est devenu un phénomène rural, il faut être prudent sur ce qu'on entend par rural, il est devenu un phénomène, comment on dit, urbain, c'est-à-dire de ces lisières du monde urbain et du monde rural qui accueillent une population déclassée, qui a de plus en plus de mal, très souvent, à vivre en centre-ville ou dans les premières périphéries urbaines.

Attention, très souvent, on a l'impression en France qu'on est dans une commune rurale, vous regardez les recensements, la population n'est plus une population rurale, c'est une population d'ouvriers, d'employés, de chômeurs, et pas forcément d'agriculteurs. Cependant, en parlant... Quand vous vous coupez, quand vous appelez les zones... Rue urbaine, c'est quoi ?

34:55
Présentateur

Ce sont ces zones qui sont au bout des lignes RER, par exemple ? Exactement. Ce sont ces endroits qui sont à 50 km d'une très grande ville ?

35:03
Intervenant

Ce sont toutes ces lisières du monde urbain, vous voyez qu'ils n'ont plus beaucoup d'identité, les communes n'ont plus d'identité, on ne sait plus si on est à la campagne ou en banlieue, très souvent, les gens sont là, mais ils n'ont plus le sentiment d'appartenance à la commune, et c'est sur ce terrain du délitement des appartenances que le discours très fort de Marine Le Pen sur l'appartenance nationale, eh bien, rencontre, oui, rencontre un véritable écho.

35:30
Présentateur

Il y a une autre étude, d'ailleurs, qui montrait que plus on s'éloigne de ces lignes SNCF et RER, plus le vote Front National progresse. Est-ce que c'est une des raisons pour lesquelles, par exemple, Béatrice Souchard, Marine Le Pen a été en pointe sur le dossier du prix de l'essence, par exemple ?

35:49
Intervenant

Oui, vous faites allusion à l'étude de l'IFOP également, sauf erreur, sur le département de l'Essonne, c'est ça ? C'est l'émarne. C'est l'émarne. C'est l'émarne. C'est l'émarne, ou plus, effectivement, là où on s'éloigne des transports. On est dans le rurur bain, comme on dirait. On est tout à fait dans le rurur bain. Dans le rurur bain. Elle a cette capacité à... C'est une de ses grandes qualités. Elle a du pif, j'allais dire, à sentir les sujets. Il y a une chose qui m'a frappée dans le discours à midi sur Brachet. Elle parle des déserts médicaux. Les déserts médicaux, vous allez rencontrer n'importe quel élu local en France actuellement. Il vous dit que c'est le sujet.

C'est un sujet explosif à 5 ans, 10 ans. Alors, ce n'est pas parce qu'elle en parle que ça va résoudre le sujet demain, mais elle a cette capacité à sentir, à voir les capteurs, pour sentir un certain nombre de sujets avant les autres. On entend... Si, localement, les élus en parlent. Ils sont assez schizophrènes, en fait. Quand ils sont localement dans leur commune, dans leur département, ils voient bien tout ça. Ils voient bien que dans les villes moyennes, les commerces ferment et qu'il faut aller très loin. Il faut aller uniquement au supermarché pour faire ses courses. Ils voient bien que la Poste a fermé dans le village.

Mais une fois qu'ils reviennent à Paris, j'ai l'impression qu'ils oublient tout ça. Ils oublient de lire la note, l'excellente note. Je la recommande. Non, mais elle est formidable. Non, mais elle est formidable, la note sur les 36 000 communes. Ce qui est vraiment... Elle est extraordinaire. Au-delà de ce qu'on parlait de la Poste, il y a quelque chose de symbolique très fort. Alors, Jérôme va me dire si je me trompe. Il me semble que même lorsqu'il y a un petit point Poste à l'épicerie, même là, ça ne se satisfait pas. C'est-à-dire qu'il y a un côté symbolique. On n'est même plus assez digne d'avoir un vrai bureau de Poste. C'est ça.

37:18
Présentateur

Alors, Gail Brustier, depuis 5 minutes, on parle de quoi ? On parle de déserts médicaux, de problèmes de transport éventuellement, de lignes SNCF. On parle d'absence de commerce.

37:29
Intervenant

Je peux juste faire un truc sur Brachet, pardon.

37:31
Présentateur

Oui.

37:31
Intervenant

À Brachet, moi, je n'y étais pas aujourd'hui et pour cause. J'y étais l'année dernière. Il n'y avait pas de Wi-Fi. Le Front National avait investi dans un truc Wi-Fi qui ne marchait pas. Et il n'y avait pas de 3G. Alors, quand on a fait nos articles avec les confrères, on a pris une voiture de location qu'avait l'un des leurs. Ça paraît anodin comme ça, mais je pense que ça ne l'est pas du tout. Et puis, on a cherché que les téléphones, comme ça, a essayé de voir où ça captait pour envoyer nos papiers. Les gens qui vivent là, pas de Wi-Fi, et donc pas d'entreprise qui vient de s'installer non plus.

37:54
Présentateur

J'ajoute à ma liste, donc, le Wi-Fi, l'absence de...

37:57
Intervenant

Ce qui nous paraît évident dans notre vie quotidienne ici.

38:00
Présentateur

On est loin, Gaël Brustier, c'est ma question, on est loin des thèmes historiques du Front National, immigration, insécurité. Ce n'est pas le sujet, là, dans tout ce qu'on raconte.

38:10
Intervenant

Oui et non, parce que, en fait, le Front National prospère où ? Il prospère dans une France, au contraire, d'ailleurs, des forces de gauche, du Parti Socialiste, etc., qui progressent au cœur, on va dire, des neuf métropoles qui sont connectées à la globalisation, à la mondialisation.

Le Front National, lui, prospère sur des territoires qui sont, effectivement, à la litière ou éloignés, et qui sont, en général, le territoire des bourgs industriels, par exemple, qui ont été désindustrialisés, où vous avez, par exemple, l'usine ferme, l'encadrement syndical disparaît, et puis vous avez une mutation, par exemple, de l'aménagement commercial, qui fait que les petits commerces quittent pour aller vers des zones industrielles qui sont sur les routes, autour de ronds-points, etc. Et donc, vous avez une espèce de France qui est devenue moche et qui ne se reconnaît plus, et qui tend les bras à Marine Le Pen.

C'est une des vérités de la ruralité, ça n'est pas toute la vérité de la ruralité, c'est-à-dire que vous avez d'autres ruralités où les gens innovent, où Marine Le Pen ne fait pas de gros corps, où vous avez une vie de village, une vie de bourg, une vie démocratique, et où vous avez une activité économique. Mais c'est vrai qu'elle s'adresse, il ne faut pas oublier que 60% des hommes actifs dans ces zones rurales sont des ouvriers. Et Marine Le Pen fait de très gros corps chez les ouvriers.

39:23
Présentateur

Ce qui est frappant, c'est le sentiment de relégation. Ça, c'est quelque chose qui est dans votre étude.

39:29
Intervenant

Qui est très fort, mais elle arrive à articuler avec les thèmes traditionnels, c'est-à-dire, ce que disait Gaël à l'instant, aujourd'hui, on a une espèce de grille de lecture, gagnant, perdant de la mondialisation. Est-ce que je suis du bon côté de la barrière ? On peut prendre comme critère, est-ce qu'il y a la 3G ou est-ce que je suis obligé de monter sur le toit de ma voiture pour avoir une connexion ? Tout ça, elle dit, dans ses discours précédents à Brachet, vous êtes les oubliés, vous êtes les sacrifiés, et moi, je suis la représentante de ces territoires et de ces populations oubliées.

Alors, ça marche dans les zones industrielles en crise, mais ça marche aussi dans ces territoires ruraux. Et, de manière plus ou moins subliminale, vous en avez passé un extrait tout à l'heure, il y a toujours la petite musique derrière, parce qu'elle dit, je m'adresse à tous ceux qui travaillent et qui ne cassent pas pour se faire entendre. Qui ne cassent pas pour se faire entendre, c'est l'opposition entre cette France blanche des campagnes et du périurbain versus la France des cités, et si on continue la métaphore, sur lesquelles on a déversé des milliards depuis des années, et qui ne nous l'ont pas rendu en bien. Donc, elle articule à la fois critique de la mondialisation.

Un des militants qui a été interviewé dans votre reportage dit, dans les villes, c'est fini, on ne sait plus se défendre, ici, on doit résister. C'est exactement ce qu'ont dit les Corses, cet été à Cisco, en disant, face au communautarisme, et donc on va employer les mots qui fâchent, face à la progression de l'islamisme, on se doit de se défendre. Donc, en permanence, à différents niveaux de discours, vous retrouvez les fondamentaux du Front National.

40:58
Présentateur

Au moment d'entrer en campagne pour cette présidentielle, Pascal Perrineau, est-ce que Marine Le Pen bénéficie d'une nouvelle géographie du vote ? Avant, il y avait quoi ? Il y avait le Nord-Pas-de-Calais, le Sud, Provence-Alpes-Côte d'Azur. Tout ça, ça a volé en éclats, ces dernières années ? Ou ça reste encore ?

41:16
Intervenant

Non, il reste des bastions qui sont des bastions historiques, mais le Front National n'était pas, au fond, un vrai parti national. Encore jusqu'à une date récente. Il l'est devenu. Depuis 2012, toutes les élections ont marqué une nationalisation du Front National qui est présent jusque dans des terres de mission, jadis, l'Ouest profond, le Sud-Ouest, les Charentes, etc. C'était vraiment des terres de mission. C'est terminé. Ils sont présents électoralement. Électoralement, littéralement, partout. Dans l'Ouest intérieur, dans le Sud-Ouest, c'est devenu une vraie force nationale. Même en Bretagne. Même en Bretagne.

C'est pourtant la région dans laquelle, en effet, le score est le moins bon, mais beaucoup de forces se contenteraient de ce que fait le Front National en Bretagne. Donc, on a affaire à un parti qui est devenu un vrai parti national et qui va, dans cette campagne, soutenir... Il ne faut pas oublier que l'élection présidentielle, c'est une élection nationale. Il faut avoir un parti et un enracinement électoral qui est un enracinement national. Le Front National a cela. Il lui reste, cependant, à gagner dans un système qui est celui de la Ve République. La Ve République, c'est une élection présidentielle à deux tours, au scrutin majoritaire. Et pour gagner, il faut un allié.

42:34
Présentateur

On va poser dans un instant la question. Est-ce qu'elle peut gagner ? On va la poser. On va la poser. Mais avant, je voudrais qu'on s'intéresse... Parce qu'on parle souvent de ces communes abandonnées qui n'ont plus de services publics, qui souffrent, qui n'ont plus de commerce, qui n'ont plus de médecins. Mais il y a aussi des villes, et elles sont nombreuses, qui ont décidé de se battre. C'est le cas de Sormac. On est à quelques kilomètres de Tulle, en Corrèze. 840 habitants et un maire qui s'est retroussé les manches pour redonner vie à son village. Reportage Sarah Sisman et Guillaume Biraud.

43:09
Intervenant

Sur le plateau des Millevaches, au beau milieu de la Corrèze, se dresse le petit village de Sornac et son clocher médiéval. Une population vieillissante de 840 âmes et des commerces qui peinent à survivre. Dans la seule supérette du village, Nadine Morel sert depuis 37 ans ses clients avec une attention toute particulière. On se connaît beaucoup. On est bien amis. On connaît tout le monde. On connaît la vie de tout le monde. Mais ses clients se sont faits de plus en plus rares au fil des années. Ça a été surtout... enfin déserté de plus en plus, quoi. C'est vrai qu'il y a 30 ans, c'était vivant. Il y avait du monde. Il y avait, voilà, beaucoup de maisons ouvertes.

Mais la commune est vieillissante et ça ne se renouvelle pas comme ça se renouvelait il y a 20 ans. C'est surtout pour l'avenir. On se pose des questions. On se demande combien de temps ça va durer. 11,99. C'est important qu'il y ait ces petits commerces. Comme vous dites, parce que quand il n'en aura plus, ce ne sera pas évident. S'il n'y a pas ça, oui, la commune meurt, quoi. Mais bon, voilà, on a le maire qui est très actif et toutes les personnes aussi, voilà, qui sont de bonne volonté pour faire vivre ces commerces, quoi. Le maire, justement, un fidèle chiracien exploitant agricole qui se bat depuis des années contre la dévitalisation de son centre-ville.

44:58
Invité

Eh bien là, vous avez un ancien hôtel-restaurant qui avait beaucoup de monde dans les années 50, il y en a beaucoup moins aujourd'hui. Et c'est là qu'on va faire la boucherie.

45:11
Intervenant

Quand le boucher du village a mis la clé sous la porte il y a un an, la mairie a racheté cet hôtel espérant susciter des vocations. Mais un an plus tard, le rez-de-chaussée est toujours vide.

45:23
Invité

Les conséquences, c'est que le consommateur, il va ailleurs. Il va ailleurs pour la boucherie, mais malheureusement, il va ailleurs pour beaucoup d'autres choses. C'est un combat pour le maire pour essayer de garder une dynamique et d'essayer de faire venir de nouvelles familles et que les familles qui y sont soient bien.

45:44
Intervenant

Une dynamique qui s'est effritée avec l'exode de la population agricole dans les années 50. Sur 160 exploitations, il n'en reste plus que 15 aujourd'hui et les jeunes préfèrent la ville. C'est en 2008 que Jean-François Loge, tout juste élu, décide de réagir.

46:01
Invité

On est à l'entrée du village et de la station de service.

46:04
Intervenant

Pour éviter que sa commune ne perde son unique station-service, il décide d'en créer une avec les fonds municipaux et investit 180 000 euros. La station tourne 24 heures sur 24, l'essence y est même un peu moins chère qu'ailleurs.

46:21
Invité

Le privé ne prend plus le risque. Pour apporter ce service, c'est la commune qui est au-dessus.

46:25
Intervenant

C'est la commune qui se substitue au privé ?

46:27
Invité

Bien sûr, tout à fait. Et malheureusement, pour beaucoup d'autres choses. Et même à l'État, elle se substitue, notamment pour la petite enfance et un service comme nous, la Poste, qui est devenue agence postale avec l'aide bien sûr de la Poste, mais c'est la commune qui gère l'agence postale.

46:48
Intervenant

Les services de la Poste, gérés ici par une employée municipale, encore un moyen que Jean-François Loge a trouvé pour éviter l'isolement de sa commune et maintenir du lien social.

47:01
Présentateur

Voilà pour ce reportage en Corrèze à Sornac. On avait envie de vous montrer l'exemple de ce village pour montrer que ce n'est pas forcément une fatalité et qu'il y a des tas de gens qui se battent pour essayer de sortir de l'isolement ces communes. Il y a les villages et il y a aussi tout un tas d'initiatives d'ailleurs. Regardez la question. Il y a beaucoup de gens qui se dressent contre le Front National, comme on dit, qui essayent de multiplier les initiatives. La question suivante, que devient le collectif Bleu-Blanc-Zèbre qui avait été créé par Alexandre Jardin qui s'affichait ouvertement ? Quelqu'un sait ça ? Est-ce que quelqu'un

47:42
Intervenant

continue son action ? Oui, il cherche à promouvoir une primaire citoyenne. Donc, il reste très actif sur le plan politique et sur le plan civique. Parce que derrière l'exemple de cette commune de Sornac, on voit quand une société se prend en main en dépit des difficultés démographiques, économiques, eh bien voilà, on arrive à s'en tirer. Mais je veux dire, c'est tout à fait symptomatique aussi de la nécessité en France de la stratégie du changement. Les Français sont, qu'ils soient de droite, de gauche ou d'ailleurs, très dépendants à l'État central. Il y a une culture de dépendance vis-à-vis de l'État.

Or, on le voit sous la gauche, on l'a vu sous la droite, cet État qu'on appelle l'État-providence ne cesse de se retirer, de se recomposer, de maigrir, déficit public oblige. Et ce retrait de l'État, on le voit bien dans de multiples territoires français, crée un profond désarroi et une profonde colère. Et le Front National a su s'adapter, il a beaucoup changé son message sur l'État. Avant, il montrait du doigt l'État, toutes ses difficultés, toutes ses tares. Aujourd'hui, Marine Le Pen régulièrement pratique une véritable ode au service public, à l'État, au petit peuple. L'État-providence ? Oui, bien sûr, l'État-providence, le petit peuple des fonctionnaires, etc.

Donc, elle a bien compris ce qui se passait et cette culture de dépendance à l'État qui existe en France. Mais on voit qu'il y a d'autres stratégies de changement. On peut se défaire de cette culture de dépendance à l'État et il y a des stratégies du changement à partir des collectivités locales de la société civile. C'est ce qui se passe

49:24
Présentateur

dans ce village de Corrèze. Quand on entend à longueur de journée ces politiques de gauche et de droite qui disent qu'ils veulent lutter contre la montée du Front National, on ne devrait pas les envoyer faire un stage à Sornac, Béatrice Ouchar. Essayer d'avoir des solutions concrètes.

49:41
Intervenant

Oui, après, c'est un peu ce que je disais tout à l'heure. En même temps, ceux qui sont élus puisque jusqu'à Nouvelle-Orde, il y a du cumul des mandats au moins jusqu'à l'année prochaine, ils savent tout ça. Mais les soirs d'élections, quand tout le monde fait « Oh là là, mon Dieu, quelle horreur, le Front National a progressé comme en 1983, 88, 95, etc. » On ne parle plus d'aménagement du territoire ni de... Voilà, on repart sur la condamnation morale qui sans doute... Plus rien ne sera comme avant. On ne changera. Voilà, plus rien ne sera comme avant. Nous avons entendu le message des électeurs, plus rien ne sera comme avant. Cette fois, cette fois, on a entendu.

La condamnation morale qui est sans doute très bien. Mais voilà. Et puis le lundi matin, tout le monde repart.

50:17
Présentateur

Ils savent, ils ont toujours le même discours et ça ne change rien.

50:22
Intervenant

C'est pourquoi, d'une certaine manière, je choquais beaucoup de gens en disant ça, ça aurait peut-être été bien qu'ils gagnent une région. Parce que le lendemain des régionales, au fond, il y a eu une espèce de soulagement. Une fois de plus, ils ont perdu. Donc au fond, il n'y a pas de problème. C'est effectivement un parti de premier tour qui ne gagne jamais. Pour secouer un peu les autres, ça aurait peut-être été bien. Jérôme Fourquet. Ce qu'on voit aussi, c'est que, Pascal Perrineau le sait bien, lors de l'émergence du Front National, on s'est interrogé sur est-ce qu'on était sur un excès de fièvre passager, un feu de paille ou quelque chose qui allait s'inscrire dans la durée.

On a dit, bon, c'est peut-être comme le poujadisme des années 50. Donc les débuts du Front National électoraux, c'est 1984. On est 32 ans après. 32 ans après. Donc des générations sont passées. Et on a toujours un Front National très élevé, plus élevé qu'à l'époque, qui s'ancre dans des territoires et qui s'ancre aussi avec un discours qui mute, mais sur les failles de notre société. On le voit dans certains territoires urbains, on le voit dans certains territoires ruraux. Et donc, pour revenir à votre question, ce n'est pas qu'une question de discours ou de mesures ponctuelles qui vont enrayer le Front National. Il y a des causes profondes qu'il faut traiter, mais ça prendra du temps.

Vous avez été en reportage en Corrèze. On pourrait regarder, Pascal Perrino parlait tout à l'heure, de la Bretagne. La Bretagne, si vous regardez sur la carte, le Front National a beaucoup progressé par rapport à il y a quelques années, mais c'est une des régions en régionale où le Front National fait le moins bon score, notamment en zone rurale. Dans l'étude que vous avez citée tout à l'heure de l'IFOP, les communes rurales bretonnes, il n'y en a que un quart d'entre elles, 25%, qui n'ont plus aucun des neufs services ou commerces vitaux en leur sein.

Dans les territoires de l'Est de la France, Picardie, Grand Est, Brachet, on est à 50%, voire plus de communes qui sont complètement dévitalisées. Et donc tout ça, ça ne se recrée pas d'un coup de baguette magique, mais ces abandons ou ces tendances de fonds qui se sont mises en place progressivement, le prix à payer électoral, c'est un Front National à un très haut niveau. Et donc si on veut lutter contre, de mon point de vue, c'est tout ça qu'il faut remettre à plat. Mais encore une fois, ça fait 30 ans que ça dure et donc ce phénomène-là ne s'inversera pas en quelques années seulement.

52:34
Présentateur

– Gaël Brustier, non seulement la situation est propice, on va dire, mais comme le disait à l'instant Jérôme Fourquet, mais enfin, les mots contre ses adversaires aujourd'hui, à Brachet, Marine Le Pen, des boutiquiers sans envergure, faute de donner un sens à l'action, le pays n'est pas gouverné et il est abandonné. Elle surfe là-dessus.

52:53
Intervenant

– Oui, Marine Le Pen, elle a une stratégie discursive qui consiste à articuler un peu tout et son contraire et à articuler des choses qui existent vraiment dans la société française. Elle parvient, c'est vrai, à tirer parti de l'aspiration égalitaire des Français sur le plan territorial, sur le plan social, puisqu'elle a même fait huer la loi El Khomri à Brachet. Et puis, dans le même temps, elle active un certain nombre de leviers qui sont identitaires, etc. Le problème, je crois, que ce n'est pas de répondre en vérité au Front National. C'est-à-dire que le Front National apporte, lui, par cette stratégie discursive, des réponses à la crise qu'on connaît, crise qui est protéiforme.

Le problème, c'est que les forces politiques qui sont en face n'apportent pas de réponses véritablement plus convaincantes. Et en plus, il y a un phénomène, et c'est pour ça que c'est très intéressant tout ce qui se passe dans les zones rurales, c'est que si vous voulez lutter véritablement sur le plan politique et avoir une dynamique de long terme, vous implanter sur 20 ou 30 ans, il faut effectivement faire un travail quotidien, un travail dans les pratiques sociales, dans des réseaux de solidarité, dans des lieux de sociabilité. Et ça, le Parti communiste le faisait, par exemple, à une période, ne le fait beaucoup moins.

Le Parti socialiste, bon, n'en parlons pas maintenant parce qu'il est absent de grandes parties du territoire. Et la droite, ça, je le mettais trop son truc. Et donc, le Front National a le champ libre à la fois, j'allais dire, quand il se fond dans le costume de certains partis dans certaines zones comme Hénin-Beaumont ou alors quand il prospère sur le vide, c'est-à-dire le vide laissé par les autres.

54:11
Présentateur

Le Front National a le champ libre, nous dit Gaëlle Brustier. Alors moi, je vous pose la question, Pascal Perrineau, et je vous la pose d'ailleurs presque avec une certaine gravité parce qu'au fond, c'est une question qui a été récurrente. Je pense dans les discussions cet été en famille, entre amis, dans les déjeuners, les dîners, on se dit est-ce qu'elle peut gagner la présidentielle ?

54:31
Intervenant

Alors, le champ libre, il faut faire attention, le champ à demi-libre parce qu'il y a des ressorts sociaux dans la société française, ces fameuses fractures sociales. Oui, ça aide le Front National. Il y a une demande culturelle, demande d'autorité, demande d'identité nationale, c'est favorable au Front National. Mais une élection, c'est aussi de la politique. Et donc, il faut avoir une crédibilité politique. Et là, le Front National a encore du chemin à faire. C'est un parti qui reste dans la perception, à tort ou à raison, comme un parti hors système. Et quand on veut devenir président de la République française, eh bien, il faut un peu intégrer le système.

Et là, le parti de Marine Le Pen reste un parti isolé, un parti qui est considéré encore par une majorité de Français comme étant une menace pour la démocratie. C'est la dernière enquête de la Soffraise. Donc, il y a encore, vous voyez, du travail politique à faire. Si ce travail politique n'est pas fait, Marine Le Pen ne peut pas gagner le second tour de l'élection présidentielle. Pour l'instant, aucun, mais on est loin du second tour de l'élection présidentielle, pour l'instant, aucun sondage d'intention de vote de second tour ne donne Marine Le Pen capable de gagner le deuxième tour. Cependant, attention, elle est maintenant très haut, beaucoup plus haut que son père en 2002.

Et donc là, il peut y avoir un effet de conjoncture, un attentat particulièrement dramatique. Enfin, on peut imaginer différents éléments conjoncturels qui bouleverseront ce rapport de force. Je note que vous

56:08
Présentateur

ne me dites pas un non. Non, non, non. Bien sûr, je ne vous dis pas. J'ai donc bien compris votre réponse. Voici vos questions SMS, Internet et réseaux sociaux. Béatrice Fouchard, la première question est pour vous. Un de vos invités dans une précédente émission voyait plus d'avenir à Marion Maréchal-Le Pen qu'à Marine Le Pen. Vous êtes d'accord avec ça ?

56:31
Intervenant

Écoutez, pour l'année prochaine, chaque chose en son temps. Pour l'année prochaine, Marine Le Pen est la leader incontestée du Front National. Qu'est-ce qui se passe si elle est au second tour mais que le score est moyen et que derrière... Il compte beaucoup sur les élections législatives, peut-être même plus sur les législatives que sur l'élection présidentielle. Avoir beaucoup de députés, faire un groupe à l'Assemblée nationale, peser ensuite pendant 5 ans dans la vie politique. Si ces résultats-là étaient très moyens, on va dire, il n'est pas impossible qu'il y ait un problème interne.

56:59
Présentateur

Question suivante, elle est pour vous, Jérôme Fourquet de l'IFOP. Quelle est la tranche d'âge la plus favorable au vote Front National ?

57:07
Intervenant

C'est de manière récurrente les 35-49 ans. Pourquoi ça ? On peut y voir un parallèle générationnel avec Marine Le Pen. C'est une explication, mais elle est un peu courte, je pense. L'autre explication, c'est la tranche d'âge qui concentre le plus d'actifs quand on est à moins de 35 ans, notamment dans les enquêtes de 18-24 ans on a encore pas mal d'étudiants. Plus de 49 ans, 50 ans et plus, on commence à avoir des retraités ou des pré-retraités. Donc le cœur de la France active est situé entre 35 et 49 ans. Ce sont aussi des publics qui ont un certain nombre de fragilités ou difficultés à gérer, c'est-à-dire mené de front de carrière, on est encore loin de la retraite.

Souvent des enfants à charge, souvent aussi parfois des emprunts immobiliers. Donc cette fameuse France qui se lève tôt. Donc c'est cette France-là qui vote le plus majoritairement et de manière assez récurrente pour le Front National. On pourrait ajouter aussi que sur les plus âgés, l'idée de rupture fait peur. Et donc les 35-49 ans ne sont pas là-dedans. Et sur les plus jeunes, on a d'autres problématiques, même si elle est assez élevée également sur les moins de 35 ans.

58:19
Présentateur

Un peu de politique fiction. Si le FN gagnait en 2017, qui composerait son gouvernement ? Pascal Pérenos. Qui serait Premier ministre ?

58:27
Intervenant

Alors, Marine Le Pen, c'est le président qui décide sous la Vème République de son Premier ministre. Si elle gagne, il faudra qu'il y ait une coalition. Aucun parti n'a réussi à gagner à lui tout seul l'élection présidentielle. Même le général de Gaulle était dans un système de coalition. Donc Marine Le Pen, si on se place dans la politique fiction que vous me présentez, Marine Le Pen aura besoin d'alliés. Et à ce moment-là, on récompense en général au gouvernement et peut-être au poste de Premier ministre, celui ou celle qui s'est alliée avec vous.

59:06
Présentateur

Qui aurait appelé à voter pour elle. Encore une question de politique fiction. Un gouvernement de droite pourrait-il nommer Marine Le Pen ministre ? Béatrice Ouchar.

59:17
Intervenant

Si c'était la semaine prochaine ou demain matin, non.

59:19
Présentateur

Oui. Ça paraît improbable.

59:21
Intervenant

Oui.

59:22
Présentateur

Ça paraît improbable. Une question sur l'Europe. Marine Le Pen, peut-elle prôner pour la France une sortie de la zone euro et de l'UE avec ce que l'on sait du Brexit ? Gaël Broustier.

59:31
Intervenant

Ce que l'on sait du Brexit, pour l'instant, n'est pas si catastrophique pour le Royaume-Uni. Mais au-delà, il y a un paradoxe chez les Le Penis. C'est-à-dire que d'abord, il y a la fixation de Florian Philippot sur la question de l'euro qui est un peu un truc monomaniaque et un peu curieux. Mais après, l'hostilité à l'Union européenne des électeurs du Front National n'a jamais été leur première motivation dans le vote Front National. C'est-à-dire que, par exemple, en 1984, les 10% votent pour des listes qui, en fait, sont plutôt européistes. C'est le grand paradoxe. Il y a une évolution du Front National chemin faisant.

Et il y a un problème majeur, c'est que la société française n'aime pas trop le désordre et que s'ils n'aiment pas l'euro, ils ne sont pas forcément pour la sortie de l'euro qui est un facteur d'incertitude pour un grand nombre de gens qui sont déjà fragilisés socialement. D'où, en fait, la tentation d'une partie du Front National autour de Marion Maréchal, je crois, de mettre cette question légèrement de côté.

1:00:24
Présentateur

Jérôme Fourquet, les villes qui ont basculé vers le FN aux dernières élections s'en sortent-elles sans compromis ?

1:00:31
Intervenant

Alors, écoutez, là, il faut faire un travail objectif. Nous, en tant qu'institut de sondage, ce qu'on a fait, c'est qu'au bout d'un an d'élections, on est allé interroger des échantillons dans ces villes. Et ce qu'on a constaté, c'est que le niveau de satisfaction de la population locale par rapport au travail de l'exécutif local, de la mairie, de la municipalité, était plus élevé que dans la moyenne des villes françaises. D'ailleurs, ça s'est sanctionné quelques mois plus tard aux élections départementales et régionales.

Dans toutes les villes, notamment du Sud, que le FN a conquises aux municipales la dernière fois, les cantons, par une logique de domino, sont tombés dans l'escarcelle du FN. Et au régional, le FN a considérablement amplifié ses scores dans ces villes par rapport. Donc, pour l'instant, on n'est pas du tout dans le schéma que Gaël rappelait tout à l'heure de 1995 avec Orange, Vitrolles, Marignane et Toulon où les équipes municipales frontistes, hormis Orange, où Jacques Bompard est toujours présent, mais où elles avaient beaucoup déçus. Ça, c'était terminant, fiasco. Là, pour l'instant, c'est plutôt le schéma contraire.

Regardez Nimbomont, il y a six cantons qui sont tombés dans l'escarcelle du front derrière, dans le bassin minier. Donc, tout ça est pour l'instant positif et vient valider la stratégie d'enracinement local. Béatrice, vous nous parliez à l'instant

1:01:48
Présentateur

des législatives qui seraient le véritable objectif de Marine Le Pen. Vas-y, la question suivante. Où en est le scrutin proportionnel promis par François Hollande pour les législatives ?

1:01:59
Intervenant

Je pense que là, il est un peu tard pour changer le mode de scrutin étant donné qu'on est à huit mois des élections.

1:02:03
Présentateur

Ça ne sera pas

1:02:04
Intervenant

pour ce coup-ci. Ça ne changerait

1:02:05
Présentateur

complètement la physionomie

1:02:06
Intervenant

de l'Assemblée. Oui, le Front National avec un peu moins de 10% en 1986, proportionnel intégral départemental, si ma mémoire est bonne, avait eu 35 députés. Donc, vous imaginez avec ses scores d'aujourd'hui. Mais bon, ça n'est pas pour l'année prochaine.

1:02:19
Présentateur

Pascal Perrineau, comment est perçu le Front National de Marine Le Pen dans les autres pays ? On parlait de l'interview à CNN. Il y a eu un voyage au Québec qui ne s'était pas très bien passé.

1:02:29
Intervenant

Alors, si vous voulez, la respectabilité progresse, mais il y a encore du travail à faire. Quand on voit, par exemple, la réaction des Britanniques, la réaction des Nord-Américains, elle attire, elle fait de temps en temps, en effet, interviewée par CNN, ce n'est pas n'importe quoi, elle a fait la une de grands magazines du monde anglo-saxon, mais on voit bien encore que ce parti, à tort ou à raison, est identifié encore à l'idée de la xénophobie, du racisme et de l'antisémitisme, beaucoup pas l'étranger. C'est un parti encore qui dérange, qui fait peur.

Et donc, le travail, et c'est important dans la perspective d'une présidentielle, le travail pour rassurer sur ce créneau du racisme, de la xénophobie, pour rassurer les partenaires étrangers est un travail important. Des reports de voix

1:03:24
Présentateur

de l'extrême-gauche vers le Front National sont-ils possibles ?

1:03:29
Intervenant

Gaël Brustier. Non, ça c'est le... Il y a une vieille fable selon laquelle les deux extrêmes se rejoignent, etc. En vérité, il y a une très très faible... Jérôme Fourquet me contredira peut-être, mais je crois qu'il y a une très faible attirance de l'électeur Front de Gauche par exemple ou d'extrême-gauche pour le Front National pour une raison assez simple, c'est que ce sont des électeurs très politiques qui ont une vision du monde très ferme et qui sont donc beaucoup moins susceptibles que d'autres secteurs électoraux de pencher du côté du Front National. Après, vous avez toujours des destins.

L'histoire de France est pleine de destins individuels du type d'Oriot, passer du parti communiste mais ça, c'est des cas, on va dire, beaucoup plus particuliers.

1:04:09
Présentateur

La dernière question, Béatrice, la faiblesse du Front National n'est-elle pas surtout dans ses propositions économiques ?

1:04:17
Intervenant

Oui, en grande partie et surtout dans sa crédibilité économique, c'est-à-dire que le discours économique qui consiste à dire on sort de l'euro et tout ira bien par un coup de baguette magique, personne n'y croit. Donc, il y a un gros travail au moins de pédagogie et pour étoffer le programme économique.

1:04:33
Présentateur

Merci beaucoup à tous les quatre. Merci d'avoir participé à cette émission, cette première émission du samedi pour C'est dans l'air. Merci à toute l'équipe qui a préparé l'émission. Lundi, vous retrouvez bien sûr Caroline Roux et dans un instant, la toute première, c'est la journée des nouveautés, la toute première de C'est l'Ebdo. Vous avez rendez-vous avec Anne-Elisabeth Lemoyne et toute son équipe. Ne manquez pas cette nouvelle émission. Je salue et souhaite bonne chance à Anne-Elisabeth. Très bonne soirée sur France 5. Merci.

1:05:02
Locuteur

Merci. Merci. Merci.