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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 13 janvier 2021 9 min

Bernard Jomier : "Tenir le calendrier de vaccination va demander un effort considérable"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Mathilde Munoz, le 5-7.

0:08
Bernard Jomier

Il est 6h19, Olivier Véran a auditionné hier sur la stratégie vaccinale du gouvernement. Le ministre de la Santé a passé environ une heure à l'Assemblée et une heure au Sénat. Bonjour Bernard Jomier, vous êtes sénateur écologiste à Parent TPS, vous êtes le rapporteur de la commission, co-rapporteur de la commission d'enquête du Sénat sur la gestion de l'épidémie et vous êtes médecin généraliste de formation. C'est vous qui aviez sollicité cette audition devant le Sénat. Le ministre vous a-t-il convaincu ?

0:35
Présentateur

Alors sur la stratégie en elle-même qui consiste à vacciner les personnes les plus vulnérables, celles qui sont susceptibles de faire des formes graves, d'être hospitalisées ou de mourir de la Covid, nous la partageons. Il n'y a pas de vraie question là-dessus.

0:49
Bernard Jomier

Parce que certains pays ont choisi d'autres personnes, par exemple les enseignants qui ont été prioritaires, pas chez nous. Nous c'est les EHPAD en priorité.

0:56
Présentateur

Ce n'est pas que les EHPAD, c'est les 14 millions de personnes qui actuellement, si elles attrapent le virus, risquent d'aller à l'hôpital, risquent d'aller en réanimation, risquent de mourir. Et je rappelle que c'est pour protéger l'hôpital de la saturation et pour protéger les vies de ces personnes que nous avons toutes ces mesures restrictives, les confinements, les arrêts d'activité.

1:14
Bernard Jomier

Donc ça, ça ne fait pas débat ?

1:15
Présentateur

Nous partageons cet objectif-là. La question, la vraie question, c'est celle du calendrier. Et si elle a surgi, c'est parce que, rappelez-vous, il y a une dizaine de jours, la lenteur avec laquelle a démarré la campagne de vaccination. Or, au mois de décembre, le gouvernement nous avait dit et avait écrit dans ses documents que l'objectif, c'était de vacciner ces 14 millions de personnes au premier trimestre. La question est donc, est-ce qu'à la fin du premier trimestre, nous aurons vacciné ces personnes vulnérables ? Et c'est très important pour tous les Français, parce que ça signifie, est-ce que ce sera la fin des mesures restrictives ?

1:48
Bernard Jomier

Vous avez posé la question au ministre, et qu'est-ce qu'il vous a répondu ?

1:51
Présentateur

Eh bien, la réponse n'est pas claire. La réponse n'est pas claire, et de ce qu'on comprend de ce que dit le ministre sur les doses de vaccins que nous pourrons obtenir, il est plus probable que nous parviendrons à cet objectif au second trimestre, et pas au premier trimestre. C'est-à-dire que nous allons devoir patienter un petit peu plus. Et donc, nous avons attiré l'attention du minier sur la nécessité d'accélérer, d'aller au plus vite pour protéger ces 14-15 millions de personnes.

2:16
Bernard Jomier

Mais c'est quoi le problème numéro un, justement ? C'est un problème de logistique, on n'a pas assez de personnes pour vacciner, on a un problème de matière première, on n'a pas assez de doses ?

2:26
Présentateur

Le démarrage de logistique de la campagne, tout le monde l'a vu, a été un échec. Ce n'est pas pour ça que cet échec est durable. Et en ce moment, il faut le noter, des mesures ont été prises pour corriger ces défauts logistiques. Et absolument, on voit qu'il y a une montée en charge, et donc on peut espérer qu'on va pouvoir vacciner 100 000, 200 000 personnes par jour dans notre pays. Ce n'est pas très difficile en termes logistiques. Est-ce que nous aurons les doses de vaccins ? Et là, c'est beaucoup plus flou. Nous aurons certainement une dizaine de millions de doses au premier trimestre. Plus, ça paraît compliqué, ça n'est pas acquis à l'heure actuelle.

D'où la nécessité d'être extrêmement vigilant sur les autres mesures qui permettent, en attendant, de contenir le virus.

3:09
Bernard Jomier

Mais comment le gouvernement aurait-il pu s'y prendre pour avoir davantage de doses ? Vous savez que ça s'est fait à l'échelle européenne, qu'il y a eu des commandes groupées, qui ont permis d'ailleurs de négocier les prix. Et que ça a été réparti après au prorata du nombre d'habitants de chaque pays. Il aurait fallu faire autrement ?

3:25
Présentateur

Vous savez, il faut faire feu de tout bois dans ce cas-là. Les Allemands travaillent à reconvertir des chaînes de production d'industriels, à leur demander de les reconvertir pour produire les vaccins.

3:36
Bernard Jomier

Actuellement, toutes les usines sont à flux tendu.

3:38
Présentateur

Ce que Sanofi a proposé aussi la semaine dernière de faire. Vous savez, quand vous voulez atteindre un objectif, il faut vous en donner les moyens. Je ne dis pas, personne ne dit que c'est simple. Personne ne le dit. Mais un calendrier avait été annoncé, il est légitime de poser la question, de savoir s'il va être tenu. Parce qu'encore une fois, c'est la vie quotidienne de tous les Français qui est impactée. Et oui, je pense que nous avons encore la possibilité d'y arriver. Mais ça doit être un effort considérable.

4:05
Bernard Jomier

À entendre l'opposition depuis quelques semaines, on a quand même l'impression que tout ce que fait le gouvernement s'est raté. Et qu'il s'y prend mal. On ne peut pas s'empêcher quand même de se dire qu'il y a des pensées électoralistes derrière un certain nombre d'attaques. Il y a des élections qui se rapprochent. Vous, je ne vais pas demander quelle note vous donnez au gouvernement. Mais tout est négatif ou pas ?

4:25
Présentateur

On vient de parler de la stratégie vaccinale. Et je viens de rappeler que mi-décembre, lors du débat au Sénat, nous avons soutenu, j'ai soutenu la stratégie vaccinale du gouvernement. Et je le redis, c'est la bonne stratégie de mettre à l'abri les personnes vulnérables. C'est la bonne stratégie pour elles. C'est la bonne stratégie pour l'ensemble de notre société. Pour nous permettre, pour que les restaurants rouvrent, que les théâtres rouvrent. Que la vie reprenne enfin. Donc il n'y a aucun désaccord là-dessus. Et sur la logistique, moi je constate simplement avec mes collègues que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Que c'est le même mode d'organisation qui nous a amené à cet échec sur les masques, à cet échec sur la stratégie des tests. Et là, à cet échec au démarrage. Et je dis bien au démarrage de la campagne.

5:09
Bernard Jomier

Et pourquoi il n'y a pas de vaccination possible par les médecins généralistes encore aujourd'hui ?

5:14
Présentateur

Parce que pour le moment, le vaccin Pfizer nécessite d'être conservé pendant une longue période à un niveau de température très bas, à moins 80 degrés. Donc là, c'est une logistique compliquée. Mais ça ne veut pas dire que les médecins généralistes ne vaccinent pas d'ores et déjà. Puisqu'il est fait appel à eux pour aller dans les centres de vaccination dédiés. Et dès que le vaccin Moderna est en train d'arriver, le vaccin d'AstraZeneca, on l'espère, va arriver en février-mars, cela pourra être pratiqué dans les cabinets de ville.

5:44
Bernard Jomier

Je le redis, vous êtes médecin, toujours en activité, partielle, mais toujours en activité. Vous avez plus de 25 ans, vous avez pu vous faire vacciner hier. Pourquoi en avoir fait un message sur Twitter ? C'est important de le dire ?

5:56
Présentateur

Oui, je crois que c'est important. Et puis mon message, il visait à dire aussi, dès qu'on vous proposera d'être vacciné, faites-vous vacciner. Parce que, vous savez, on a pour le moment comme outil pour lutter contre le virus et pour protéger la vie des plus vulnérables que ces mesures de confinement et de restriction d'activité. Or, on a un outil fantastique qui est apparu, c'est le vaccin. Les mesures de confinement, de restriction d'activité, c'est le Moyen-Âge. Le vaccin, c'est un outil moderne qui nous permet de reprendre notre vie sociale. Il ne faut pas hésiter.

6:25
Bernard Jomier

Vous avez pu prendre un rendez-vous facilement ?

6:27
Présentateur

Non, j'ai dû appeler plusieurs dizaines de fois au numéro réservé aux professionnels de santé, mais ça n'est pas très grave. L'essentiel est que j'ai été vacciné.

6:35
Bernard Jomier

A propos de ces prises de rendez-vous, justement, dans les prochains jours, les Français de personnes à risque vont pouvoir effectivement prendre rendez-vous via des plateformes privées comme Doctolib. Certains reprochent ce choix au gouvernement, vous aussi ?

6:49
Présentateur

Non, je ne le reproche pas, parce que, vous savez, quand vous n'avez pas les capacités de le faire vous-même, et clairement, les standards des hôpitaux n'ont pas les capacités, le pouvoir public n'ont pas les capacités, encore une fois, tout doit être mis en œuvre pour vacciner le plus rapidement possible au moins 15 millions de Français. Sinon, déjà, ça va être compliqué dans les semaines à venir, parce que le variant anglais conjugué à la reprise de l'école fait que l'épidémie va probablement progresser fortement dans notre pays. Si on ne vaccine pas très vite, massivement, la population, nous aurons encore des confinements en mars ou en avril.

7:24
Bernard Jomier

Vous parlez du variant anglais, justement, Olivier Véran, lors de cette audition, hier, a dit qu'il représentait 1% des tests positifs chez nous en France. Ça veut dire qu'au-delà de la vaccination, il faut aussi accroître la surveillance, reconfiner, avancer un couvre-feu à 18h partout, rallonger les vacances, je ne sais pas. Il y a plein de propositions, d'idées sur la table. Vous, quelle est votre option ?

7:45
Présentateur

Oui, il y a beaucoup de questions comme ça qui sont posées, parce que 1%, ça paraît faible, mais en fait, c'est énorme, déjà. Ça veut dire que chaque jour, il y a plusieurs centaines de cas avec ce variant. Or, on sait ce qui s'est passé en Grande-Bretagne, en Irlande, qui a confiné depuis plusieurs semaines et où l'épidémie continue de progresser. Et donc, c'est inquiétant. Il faut donc prendre des mesures fortes. Moi, j'étais d'avis de ne pas faire la rentrée scolaire, je sais que c'est difficile, je sais que c'est difficile pour les enfants, pour les parents, mais ce variant a une appétence particulière pour les enfants.

Et la situation actuelle dans les écoles, là, je le dis très tranquillement, est une forme de déni de la part du ministre de l'Éducation. Il faut absolument, absolument, prendre des mesures dès maintenant, sinon nous risquons d'être débordés.

8:27
Bernard Jomier

Merci Bernard Jaumier, sénateur écologiste apparent TPS, vous étiez l'invité du 5-7. Merci.