Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 7 décembre 2025 10 min

Budget 2026 : «Si le budget n'est pas voté ce mardi, la Sécurité sociale sera en déficit de 30 milliards d'euros», déclare Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

6h-9h, Alexis Delaflécher. 8h12 sur Europe 1, il est l'heure d'accueillir l'invité actu de cette matinale. Alexis Delaflécher, vous recevez le sénateur Patrick Cannaire, président du groupe socialiste au Sénat. Bonjour Patrick Cannaire. Bonjour Monsieur Delaflécher. On va parler évidemment ensemble, c'est notre sujet du jour, du budget 2026. Mais d'abord Patrick Cannaire, je voulais une réaction sur ce qui s'est passé à Lyon. Hier soir à la fête des Lumières, c'est une fête populaire, une belle fête à Lyon. Et sur la façade du palais Saint-Pierre, place des Théros, a été projetée lors d'un show Lumière, des messages anti-flics, des messages anti-RN. On a pu lire notamment « La police tue ».

La fête forcément est un petit peu gâchée. Je voulais une réaction de votre part sur cette polémique qui enfle ce matin.

0:48
Patrick Kanner

Écoutez, c'est honteux. C'est honteux, il ne faut pas mélanger entre guillemets des initiatives politiques avec, comme vous dites, une fête très populaire que je connais bien. La fête des Lumières à Lyon. Et donc demain matin, vous savez, le hasard des dates, demain matin au Sénat, nous passons dans la partie du projet de loi de finances, la mission sécurité, donc le budget des policiers, des gendarmes, des pompiers. Je vais intervenir et j'exprimerai ma solidarité totale avec les forces de l'ordre du pays et dénoncer cette opération qui est scandaleuse.

1:23
Présentateur

Bien sûr, puisque les forces de l'ordre, dans leur immense majorité, sont là pour protéger les Français. Ils se sentent évidemment, on peut l'imaginer ce matin, humiliés de voir des millions de personnes dans les rues de Lyon qui assistent, qui sont là pour passer un bon moment. Ils ont le sourire, ils sont dans les rues. Ils assistent à un beau spectacle. et ils voient marqué, en gros, sur une façade, la police tue. La police tue ?

1:47
Patrick Kanner

Oui, oui, la police tue. Si vous voulez, il y a toujours eu ce qu'on peut appeler vulgairement des bavures policières qui sont d'ailleurs dénoncées, qui font l'objet d'enquêtes et qui font l'objet aussi de condamnations à caractère pénal. Mais ça fait mal ce matin quand même pour les forces de l'ordre. Mais bien sûr, bien sûr que ça fait mal, bien sûr que ça fait mal. Moi, j'ai toujours dénoncé cette phrase qui banalise finalement des gestes qui sont répréhensibles mais qui en aucun cas ne peuvent faire que la police de la République soit considérée comme étant assassine.

Donc, c'est une vraiment, je suis vraiment scandalisé par ce qui s'est passé hier et vraiment demain matin, si vous écoutez les débats au Sénat, vous verrez ma réaction.

2:29
Présentateur

On écoutera avec attention. Patrick Cannaire, cette fois nous sommes sur ce budget, dans la dernière ligne droite. La partie recette du projet de loi de finances de la Sécurité sociale a été adoptée à l'Assemblée nationale vendredi. Puis très vite, les députés ont largement adopté la réintroduction, la suspension de la réforme des retraites même si rien n'est joué, Patrick Cannaire. Il y aura un vote final et global sur ce PLFSS mardi prochain. En attendant, est-ce que le Parti Socialiste est plutôt satisfait des dernières avancées sur ce budget de la Sécu ?

2:56
Patrick Kanner

Nous avons toujours dit depuis le début de ce débat, M. de la Fléchère, que nous voulions un compromis. Par définition, un compromis, ce n'est pas la totalité des demandes des uns et la totalité des demandes des autres. Il faut faire un pas l'un vers l'autre. C'est ce que nous avons fait, notamment sur une des recettes, à savoir l'augmentation de la CSG, donc de la Contribution Sociale Généralisée, sur des produits de placement. Donc nous avons accepté de ne pas considérer l'assurance vie, les PEL, etc. dans l'assiette de cette augmentation, à la demande du gouvernement et aussi pour aboutir à un compromis avec les formations de droite au sein de l'Assemblée Nationale.

Donc ce compromis a eu lieu. Le vote des recettes s'est produit il y a trois jours maintenant. Mais vous savez, je sais compter. Il y avait une vingtaine de voix de différence en faveur de ce vote des recettes. Et tout le monde n'était pas là, loin de là, à l'Assemblée Nationale, ce soir-là. Donc qu'est-ce qui va se passer ? Eh bien là, j'en appelle à la responsabilité. Vous savez, je ne suis pas le Premier ministre, mais je reprends ces mots. C'est ce que dit le gouvernement.

3:58
Présentateur

Déjà, il dit qu'il y a un risque que le budget de la sécu ne soit plus sous contrôle, avec plus de 30 milliards s'il n'est pas voté mardi. Je le rappelle aux auditeurs d'Europe 1, mardi prochain, c'est un vote crucial.

4:09
Patrick Kanner

Alors le risque de 30 milliards n'est pas un risque, c'est une certitude. Donc qu'est-ce qu'on veut ? Est-ce qu'on veut plomber, couler le budget de la sécurité sociale et finalement donner raison à celles et ceux qui pensent qu'il faut tout privatiser, parce qu'il y a aussi ça dans notre pays ? Ou est-ce qu'on veut avoir un budget qui, certes, ne satisfera personne, mais qui nous permettra de tenir et surtout protéger le budget de la sécu ? C'est quoi, en fait ? C'est ce qui vous protège de la naissance à la mort.

C'est 670 milliards d'euros qui concernent les arrêts maladie, qui concernent les soins, qui concernent les retraites, bien sûr, la prise en charge de la dépendance des plus âgés, mais aussi des personnes handicapées. Donc nous, nous voulons aboutir.

4:54
Présentateur

Mais d'un autre côté, est-ce qu'on peut aussi comprendre des personnalités politiques, comme Édouard Philippe, par exemple, qui se sont battus pour la réforme des retraites, qui disent que le système n'est plus tenable, qu'il y a un gros, gros problème sur notre système des retraites, et qui se disent « mais je ne peux pas voter, je ne peux pas voter un budget » où on suspend cette réforme des retraites. Pour eux, ce n'est pas envisageable. Vous leur dites quoi ?

5:17
Patrick Kanner

Écoutez, de la même manière, nous, nous voulions avoir plus de recettes, nous voulions demander plus d'efforts aux plus aisés de nos concitoyens, et nous avons accepté qu'il y en ait moins. Donc oui, c'est un effort que nous leur demandons, comme nous, nous avons accepté de faire cet effort. Et tout ça pour avoir un budget qui ne sera pas parfait pour personne, on le sait bien, mais qui nous permettra de tenir, de tenir jusqu'à l'échéance majeure, qui est celle de 2027. Ce n'est pas une abrogation de la retraite, c'est une suspension. Est-ce que ceux-là peuvent comprendre que c'est l'intérêt du pays et non pas leur intérêt personnel en fonction de leur ambition électorale ?

C'est ça l'enjeu qu'il y a du mardi.

5:54
Présentateur

Éric Coquerel, lui, la France insoumise, un député LFI, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, est plus tranchant. Il dit qu'on ne préfère pas de budget du tout qu'un mauvais budget. L'air de dire, voilà, de toute façon, on ne votera pas, parce que c'est de se foutre de la gueule des Français. C'est ça qu'il dit, Éric Coquerel.

6:11
Patrick Kanner

Vous savez, les collègues de LFI, qu'est-ce qu'ils ont apporté dans le débat ? Ils sont toujours dans la même, je dirais, surenchère. Une surenchère qui consiste à dire, eh bien, nous voulons tout. Et le problème, c'est qu'en voulant tout et toujours plus, on finit par avoir rien et moins que rien. Donc, voilà, nous ne sommes pas, nous sommes, nous, un parti de gouvernement. Nous sommes gérés ce pays et nous pensons qu'il faut aboutir absolument à un accord mardi soir. C'est un élément majeur pour nous.

6:40
Présentateur

On a eu un tout petit souci de liaison, Patrick Caner. Le son était un peu étouffé. Mais j'en profite pour poursuivre, notamment, peut-être un dernier mot sur le budget. Je voudrais vous interroger aussi sur Jean-Luc Mélenchon qui était hier devant la commission d'enquête pour s'expliquer sur des potentiels liens entre son parti et le réseau islamiste. Mais juste un dernier mot sur le budget, M. Caner. Très concrètement, si mardi prochain, le budget est rejeté de la Sécurité sociale, qu'est-ce qui se passe ?

7:12
Patrick Kanner

Alors, tout d'abord, on aura l'obligation de passer par ordonnance pour donner un bout de budget au pays au 1er janvier 2026. Mais ce sera un budget écorné, un budget, j'ai envie de dire, mal ficelé et un budget qui fera déborder les finances de l'État. Donc, ce sera une situation catastrophique. Et politiquement, peut-être que ça amènera à la démission du Premier ministre. Est-ce que c'est ça que nous voulons ? Nous ne voulons pas le chaos. Et donc, je m'en appelle moi aussi à la responsabilité de mes collègues députés.

7:43
Présentateur

Eh bien, c'est très clair. Votre discours, on l'entend bien ce matin sur Europe 1. Un mot, je le disais, sur Jean-Luc Mélenchon qui a donc été interrogé hier devant la commission d'enquête sur les liens entre partis politiques et réseaux islamistes. Il a affirmé que son mouvement n'acceptera jamais l'entrisme religieux et qu'il ne le confond pas islamisme et terrorisme. Cependant, certains départs récents à la France insoumise comme celui de Cédric Brun qui dénonce un glissement idéologique au sein du parti. On a vu aussi les déclarations très limites de Rima Hassan par exemple. Est-ce que vous le croyez sincère, Jean-Luc Mélenchon ? Je ne sais pas si vous avez suivi hier ses explications.

8:19
Patrick Kanner

J'ai suivi une partie des explications. Écoutez, il a fait son show dans une commission qui a été faite sur mesure contre LFI, pour être très clair, par M. Wauquiez. C'est une démarche politicienne et je regrette qu'on instrumentalise l'Assemblée nationale.

8:34
Présentateur

Il fallait peut-être aussi une clarification sur certains sujets.

8:37
Patrick Kanner

Vous savez, je pense que M. Mélenchon ne cache pas le fait qu'il essentialise une partie de la population française. Et vous évoquiez Rima Hassan. Rima Hassan, c'est un coup de génie dans le cadre de la situation qui se déroulait et qui se déroule malheureusement toujours à Gaza. Donc voilà, on essaye de capter, on essaye de clientiser une partie de la population française. Je le regrette profondément. Cette commission finalement est un échec. Elle sera un échec dans ses conclusions. La vraie action qui se pose, c'est est-ce qu'il y a des partis politiques qui aujourd'hui jouent sur les peurs, jouent sur le sentiment de relégation ? La réponse est oui et je le regrette.

9:18
Présentateur

Patrick Caner, la France insoumise, il y a les élections municipales qui arrivent très vite. Est-ce qu'entre un candidat insoumis et un candidat, disons, plutôt macroniste, qu'est-ce que vous faites ? Comment se positionne le Parti Socialiste ?

9:32
Patrick Kanner

Écoutez, pour notre part, nous avons décidé de ne plus avoir d'accord avec les insoumissions. Au moins, c'est clair. Voilà, exactement. Et les municipales, nous nous compterons sur nos propres valeurs et surtout sur le bilan de tous nos sortants qui sont très nombreux. Et c'est cela l'enjeu des municipales qui sera le juge de paix pour préparer l'action des présidentielles de 2027.

9:53
Présentateur

Merci beaucoup Patrick Caner. Merci d'avoir été avec nous. Bon week-end à vous. Je rappelle que vous êtes président du groupe socialiste au Sénat.

Budget 2026 : «Si le budget n'est pas voté ce mardi, la Sécurité sociale sera en déficit de 30 milliards d'euros», déclare Patrick Kanner, président du groupe socialiste au Sénat — Patrick Kanner · Pourquijevote