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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 28 avril 2026 23 min

Rapport sur l'audiovisuel public : "Je ne me suis pas couché devant l’extrême droite", assure Jérémie Patrier-Leitus

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Nous recevons donc ce matin le président de la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public et député Horizon. Vos questions chers auditeurs au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Et bonjour Jérémy Patrier-Lettus. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter au lendemain du vote du rapport de Charles Aloncle par la commission que vous présidez. 12 voix pour, 10 voix contre, 8 abstentions, ce qui veut dire que ce rapport va pouvoir être publié la semaine prochaine malgré les critiques dont il fait l'objet.

On va entrer dans le détail de ces préconisations et du bilan que vous tirez de ces 6 mois de travail. Mais d'abord, ce rapport adopté de justesse, vous l'avez voté, Jérémy Patrier-Lettus, malgré, dites-vous, des différences politiques majeures et des différences de méthode fondamentale avec le rapporteur. Pourquoi alors ne pas avoir voté contre ou vous être abstenu ? Vous avez eu peur d'être accusé de censure ?

1:03
Jérémie Patrier-Leitus

Vous avez raison, je l'ai voté et j'ai été le seul à le dire avant d'avoir lu le rapport. Je me suis opposé aux rapporteurs, j'ai combattu ces méthodes tout au long de la commission d'enquête. Vous avez raison, les insinuations, les accusations sans preuve, les calomnies. J'ai même suspendu, les auditeurs le savent, la commission quand j'ai considéré qu'elle se transformait en tribunal politique. Mais contrairement à ce que j'ai lu, je ne me suis pas couché devant l'extrême droite. Je combats l'extrême droite, maintenant, plus que jamais. Mais je l'assume ici, dans ma lutte, dans mon combat contre l'extrême droite, je refuserai toujours d'utiliser leur méthode.

La censure, la remise en cause de la liberté d'expression, je leur laisse.

1:45
Invité

Moi, je défendrai la transparence. Ça aurait été de la censure, de simplement dire, si je suis en désaccord avec ce rapport, si je considère que ce rapport ne correspond pas au canon de ce que doit être un rapport de commission d'enquête, je vote contre ou je m'abstiens. Vous avez votre collègue, par exemple, Céline Calvez, une macroniste, qui s'est abstenue. Elle a dit, si nous votions pour ça, ça veut dire qu'on acceptait tout ce qu'il y avait dedans, même ses dérives. Est-ce que vous n'avez pas, Jérémy Patriatus, manqué d'une forme de courage politique en allant au bout de vos convictions ?

2:14
Jérémie Patrier-Leitus

Pendant six mois, je me suis opposé à ces méthodes. J'ai pris des coups quand j'ai suspendu les travaux de la commission d'enquête. Ce n'était pas anodin. C'est la première fois qu'un président d'une commission d'enquête suspend les auditions parce que je considérais que la commission se transformait en tribunal politique. Mais je fais le choix, dès le début, d'organiser cette commission devant les Français, de faire la transparence. J'ai refusé le huis clos parce que je souhaite la transparence.

Maintenant, c'est aux Français de juger des méthodes du rapporteur, aux Français qui nous écoutent, de juger des propositions du rapporteur, dont je vous le dis, je considère qu'elles fragiliseraient profondément le duel public. Mais c'est aux Français d'en juger.

2:49
Présentateur

On va y venir.

2:49
Jérémie Patrier-Leitus

Et moi, dans mon combat contre l'extrême droite, je n'utilise pas leurs armes. La censure et la remise en cause de la liberté d'expression, c'est important parce que le combat contre l'extrême droite, il ne doit pas nous faire renoncer à nos valeurs. La lutte contre la censure, la lutte contre la remise en cause de la liberté d'expression sont des combats importants.

3:05
Présentateur

Alors, on comprend que ces six mois de travaux ont été difficiles, mais le résultat, c'est-à-dire ce rapport, comment est-ce que vous, vous le qualifiez ? Certains ont parlé d'erreurs factuelles, de propos diffamatoires. Marc Fénaud, du Modem dont les élus se sont abstenus, dénonce un rapport à charge et sans analyse objective. Qu'est-ce que vous dites, vous, de ce rapport ? C'est-à-dire du rendu de ces six mois de travaux ?

3:28
Jérémie Patrier-Leitus

Je ne pensais pas que le rapporteur utiliserait dans son rapport la méthode qu'il avait utilisée tout au long de la commission d'enquête. Je penserais que le rapport serait l'occasion de prendre de la hauteur de vue. Je ne pensais pas que dans le rapport, il porterait, et ce n'est jamais vu, je crois, dans l'histoire d'un rapport parlementaire, des accusations contre la présidente de l'Assemblée nationale, contre l'institution, des accusations contre moi.

3:51
Invité

Mais c'est-à-dire concrètement, qu'est-ce qu'il dit ? Puisqu'il faut rappeler à nos auditeurs que ce rapport n'est toujours pas public et que vous avez eu la chance, comme tous les membres de cette commission d'enquête, de pouvoir le lire dans une salle, sans téléphone. Quand vous parlez d'accusation, qu'est-ce que vous voulez dire ?

4:05
Jérémie Patrier-Leitus

Je vous remercie de vos questions parce que ça montre bien qu'il est important que les Français puissent prendre connaissance de ce rapport, que vous puissiez vous aussi en juger par vous-même. Il y a des assinuations. Dans ce rapport, ils mettent en cause mon indépendance et mon intégrité. Il dit que la présidente de l'Assemblée nationale, il l'a redit d'ailleurs hier sur un plateau de télévision, a voulu entraver son travail parlementaire. Les mots sont forts. Il porte des insinuations contre les dirigeantes de l'audiovisuel public. Mais c'est pour cela que j'ai souhaité sa publication pour que les Français...

4:34
Invité

En disant quoi, j'ai l'impression que ce rapport sera publié le 4 mai. Vous parlez d'insinuations concrètement. Qu'est-ce qu'il y a dans ce rapport qui vous a choqué, qui justifie ce que vous dites ce matin ?

4:45
Jérémie Patrier-Leitus

Vous ne pouvez pas d'un côté me reprocher d'avoir été incohérent et d'avoir voulu la publication de ce rapport alors qu'il contient des insinuations et en même temps me demander de les révéler ici. Je vous dis que ce rapport contient des insinuations, qu'elle porte des accusations graves. Il n'y a qu'à regarder les vidéos de cette commission d'enquête. Les Français pourront en juger. Je vous le dis, les méthodes de l'extrême droite, je les combats. Et j'espère que les Français qui liront ce rapport pourront se forger un avis et une opinion sur les méthodes de l'extrême droite.

5:15
Présentateur

Ce qui est écrit dans ce rapport, ça relève de la diffamation ?

5:19
Jérémie Patrier-Leitus

C'est les personnes qui sont incriminées dans ce rapport...

5:22
Présentateur

Vous dites que vous-même êtes incriminé.

5:25
Jérémie Patrier-Leitus

Bien sûr, et ça pose la question de l'impunité parlementaire. Est-ce qu'on peut remettre en cause ce qui est écrit dans un rapport parlementaire ? Est-ce qu'on peut porter plainte contre des propos tenus dans un rapport parlementaire ? Ça pose beaucoup de questions et ça implique d'ailleurs, on en reparlera peut-être,

5:39
Invité

de revoir les règles de fonctionnement des commissions d'enquête. Et on va en parler encore un point très précis, Jérémy Patrilitus, puisque en sortant hier de cette réunion, où vous avez donc décidé de voter le rapport, il y a eu un certain nombre d'accusations, notamment un député La France Insoumise Aurélien Saint-Toulle, qui vous a accusé, vous, de vous être couché devant l'extrême droite. Et il prend un exemple. Il parle précisément de ce qui est écrit dans ce rapport, où Charles Aloncle a écrit, vous concernant, en dépit de sa participation au Conseil d'administration de France Télévisions, Jérémy Patrilitus a été élu président de cette commission d'enquête.

Visiblement, vous vous êtes élevé contre cette formule, formule qui finalement a été retirée du rapport. Et Aurélien Saint-Toulle dit, au fond, c'est pour cela qu'à la fin, il a voté le rapport. Est-ce que vous avez troqué votre vote pour, contre une faveur qu'a fini par vous faire le rapporteur Charles Aloncle ? Est-ce que vous avez topé avec lui sur ce point-là ?

6:29
Jérémie Patrier-Leitus

Je ne suis pas certain que la parole d'Aurélien Saint-Toulle et de LFI soit à prendre comme parole d'évangile, si vous me le permettez. J'ai dit très clairement, Benjamin Duhamel, je pense qu'on pourra passer à autre chose, dans la tribune dimanche. Je n'ai pris personne en traître. Je l'ai dit publiquement. J'ai été le seul, avant la lecture du rapport, à dire que par principe, je souhaitais sa publication par souci de transparence et par cohérence avec ma décision. J'ai souhaité... Donc quand il dit que vous avez changé d'avis au dernier moment sur votre vote hier, ce n'est pas vrai ? C'est faux. Je n'ai jamais dit que je voterais contre ce rapport.

J'ai dit que je ne m'opposerais jamais à sa publication. Vous auriez pu vous abtenir ? J'ai souhaité, Benjamin Duhamel, pendant toute la commission d'enquête, qu'elle puisse se dérouler devant le regard des Français. Que les Français puissent juger des méthodes de l'extrême droite. Que les Français puissent juger de la manière qu'un rapporteur d'extrême droite a de rédiger un rapport parlementaire. De la manière dont Charles Hallon, dans un rapport parlementaire insinu, porte des accusations graves. C'est aux Français de se faire un avis et d'en juger par eux-mêmes.

7:29
Présentateur

Alors, il faut qu'on rentre dans le fond des propositions de Charles Hallon. Fusion de France 2 et de France 5, suppression de France 4, fusion de France Info, France 24, suppression d'un orchestre à Radio France, baisse du budget de l'audiovisuel public d'un milliard d'euros, c'est-à-dire 25% de ses dotations. Est-ce que vous les cautionnez, ces propositions ?

7:49
Jérémie Patrier-Leitus

Non, je ne les cautionne pas. Et j'ai un différent profond avec Charles Hallon. C'est qu'il nous explique, il l'a encore dit hier, qu'il souhaitait sauver l'audiovisuel public. Et il essaye de se faire passer pour un cost killer, pardon pour cette terminologie anglaise, qui viendrait couper dans les dépenses de gestion. Mais qu'il assume son objectif politique. Quand on baisse d'un milliard d'euros, soit 25% le budget de l'audiovisuel public, c'est qu'on souhaite affaiblir l'audiovisuel public. Quand on décide de supprimer France 5, qui est le cœur des missions de service public, France 5, c'est l'incarnation de ce que doit être le service public.

Les documentaires, les reportages, les magazines d'information, il y a derrière un projet politique. Et ce que je regrette, c'est que Charles Hallon n'ait pas dit clairement quel était son objectif politique, d'où il parlait. Il est l'allié du Rassemblement National. Il souhaite voir Marine Le Pen ou Jordan Bardella, élu président de la République. Ils ont tous les deux dit qu'ils souhaitaient la privatisation de l'audiovisuel public.

8:49
Invité

C'est une sorte d'agenda caché de Charles Halloncle en disant en fait, baisser d'un milliard d'euros le budget de l'audiovisuel, ça revient à l'affaiblir considérablement. C'est quoi ? Un agenda caché, c'est ça ?

8:59
Jérémie Patrier-Leitus

Je me demande si Charles Halloncle, pardon, n'est pas le cheval de troie du Rassemblement National qui a souhaité avec cette commission d'enquête préparer les esprits à une privatisation de l'audiovisuel public. Il s'en défend, il dit qu'il veut sauver l'audiovisuel public. Quand on veut sauver l'audiovisuel public, on propose des efforts de gestion, j'en formulerai, mais on ne propose pas la baisse d'un milliard d'euros du budget de l'audiovisuel public. Ça, c'est un choix politique. Il doit l'assumer et accepter ses alliances politiques avec le Rassemblement National

9:30
Invité

qui veut la privatisation de l'audiovisuel public. On va parler de vos propositions dans un instant. Encore un mot sur ce qui est dans ce rapport, sur le mode de nomination des patrons de l'audiovisuel public, puisque Charles Halloncle souhaite revenir à ce qui prévalait sous le quinquennat Nicolas Sarkozy, c'est-à-dire une nomination en Conseil des ministres par le Président, pour les présidents de l'audiovisuel public. Est-ce que pour vous, validé par les assemblées, est-ce que pour vous ça, c'est un mode de désignation satisfaisant ? Est-ce qu'il faut revoir la désignation des patrons de l'audiovisuel public en considérant au fond que c'est au Président de la République d'en décider ?

10:02
Jérémie Patrier-Leitus

Cette proposition de Charles Halloncle, si j'en crois la presse, elle est dangereuse. Elle est dangereuse pour plusieurs raisons, Benjamin Duhamel. D'abord, parce que ce n'est pas au Président de la République de nommer les dirigeants de l'audiovisuel public. Charles Halloncle passe son rapport à expliquer les connivences entre les dirigeantes de l'audiovisuel public et les différents présidents de la République. Il insinue dans ce rapport, et vous le lirez, qu'il y a des proximités, des complicités, entre les dirigeantes de l'audiovisuel public et les présidents de la République.

Il a même indiqué, Charles Halloncle, publiquement, qu'il pensait que François Hollande était responsable, ou en tout cas avait souhaité la nomination de Delphine Ernotte. Pourquoi dénoncer dans son rapport des complicités complicité ou insinuer des collusions entre les dirigeants de l'audiovisuel public et les présidents de la République et vouloir revenir à une nomination des dirigeants de l'audiovisuel public par le président de la République ? C'est un retour en arrière. C'est une reprise en main politique dangereuse.

11:07
Présentateur

Donc, manifestement, vous ne partagez aucune des orientations de Charles Halloncle, ce qui peut déconcerter les auditeurs, puisque vous avez travaillé quand même ensemble pendant six mois. On a une question de Jean-Louis, au Standard de France Inter. Bienvenue, Jean-Louis. Oui, bonjour. Merci de prendre ma question. Donc, oui, je voulais poser la question à M. le Président de la Commission de savoir pourquoi, tout simplement, n'avait-il pas démissionné, puisque tout ce qu'il vient de proférer comme accusation auvers M. Halloncle, on l'a perçu très, très vite. Et donc, pourquoi n'a-t-il pas démissionné assez rapidement de la Commission ?

Je ne sais pas quelles conséquences ça aurait eues, mais au moins, ça aurait marqué sa désapprobation et le fait que cette Commission n'était qu'une mascarade.

11:40
Jérémie Patrier-Leitus

Merci, Jean-Louis. Je comprends votre question, parce que moi, je considère que quand un rapporteur souhaite affaiblir l'audiovisuel public, on doit mener le combat. Quand le rapporteur utilise des méthodes diffamatoires d'insinuation, vous avez vu les premières auditions de la Commission d'enquête, j'ai considéré qu'il fallait tenir le cap. Si j'avais démissionné, la Commission d'enquête se serait poursuivie. Et j'ai considéré que c'était mon rôle, que c'était ma responsabilité, je l'assume, d'aller au terme de cette Commission d'enquête.

12:09
Invité

Mais la question, Jérémy Patriatus, et je poursuis la question de Jean-Louis, est-ce qu'au fond, pendant ces six mois, vous n'avez pas été une forme de caution, de Charles à l'oncle, en continuant précisément ces auditions qui pourtant très rapidement avaient montré la couleur de ce que voulait faire le rapporteur ? Je vais vous citer cette phrase que vous aviez prononcée pour introduire les travaux au mois de novembre. Cette Commission ne sera pas le lieu de la politique spectacle où l'on vient chercher un quart d'heure de gloire médiatique. Voilà ce que vous aviez dit, Jérémy Patriatus.

Franchement, quand on voit les travaux de cette Commission pendant six mois, on se dit que vous étiez soit naïf, soit totalement à côté de la plaque. Est-ce que vous reconnaissez, de ce point de vue-là, que l'objectif que vous vous étiez fixé au mois de novembre, il n'a pas été tenu ?

12:47
Jérémie Patrier-Leitus

Je regrette, Benjamin Duhamel, que la Commission d'enquête se soit transformée, elle se soit dévoyée en lieu de la politique spectacle, parfois en tribunal politique. Je l'ai dit... Mais vous prenez votre part de responsabilité ? Bien sûr, et j'en prends ma part de responsabilité. Il m'est arrivé de perdre mon sang-froid quand j'ai été mis en cause. Je le regrette, car j'ai pu contribuer à ce moment-là à une spectacularisation de la vie politique. J'ai pu alimenter cette politique spectacle.

Mais je veux vous dire, quand un rapporteur de commission d'enquête utilise une commission d'enquête à des fins politiques et personnelles, quand il met en cause des acteurs de l'audiovisuel public, j'ai considéré que c'était mon rôle et ma responsabilité de porter le combat. Et contre l'extrême droite, non, je ne me coucherai jamais. Et oui, j'ai tenté, comme j'ai pu, de fixer des règles, de les faire respecter. Est-ce que je l'ai réussi à chaque instant ? Je ne le crois pas. Est-ce que je le regrette ? Oui. Est-ce que je referai ? Est-ce que je me représentais pour être président de cette commission d'enquête ?

13:43
Présentateur

Oui. Au-delà des critiques et de l'autocritique que vous faites en partie ce matin, qu'est-ce qu'il faut retenir de cette commission ? Une commission parlementaire, ça sert à révéler des dysfonctionnements caractérisés, à mettre en avant des éléments inconnus du grand public. Est-ce que les Français, grâce à cette commission, ont tout de même appris des choses qu'ils ignoraient sur le fonctionnement du service public audiovisuel ? Ou est-ce que tout est à jeter ? Parce que depuis le début de cet entretien, finalement, on a l'impression qu'il n'y a rien à retenir de ces six mois.

14:13
Jérémie Patrier-Leitus

Non, parce que j'ai souhaité être président de cette commission d'enquête parce que je considérais que contrôler l'audiovisuel public, c'était important. J'ai été administrateur de Radio France. J'ai mené ce travail de contrôle au sein du conseil d'administration de Radio France. Contrôler la manière dont 4 milliards d'euros d'argent public, la moitié du budget du ministère de la Culture, est utilisée, c'est important. Et ce travail de contrôle, je considérais qu'il était essentiel. Ce que je n'ai pas accepté, c'est la transformation de la commission d'enquête en justice des politiques. Une commission d'enquête, ce n'est pas la justice des politiques.

La commission d'enquête, elle a mis en lumière des dysfonctionnements et des manquements. La nécessité de renforcer les règles de pluralisme et d'impartialité. La nécessité, et j'aurai des propositions, de renforcer les règles en cadres et qui empêchent tout risque de conflit d'intérêts ou de mélange des genres. La commission d'enquête, elle a mis en lumière ce que la Cour des comptes avait révélé, c'est-à-dire des efforts de gestion à faire, à poursuivre au sein de France Télévisions. Mais contrairement à ce que disent certains médias et j'en termine, la commission d'enquête n'a pas mis en lumière un système mafieux.

Il y avait eu une commission d'enquête en 1972 sur l'audiovisuel public qui avait mis en lumière une corruption politico-médiatique généralisée. Ce n'est pas ce que la commission d'enquête a révélé sans minimiser

15:26
Invité

les dysfonctionnements et les manquements que nous avons mis en lumière. Une question encore rapide sur peut-être un examen de conscience. Quand le 31 mars vous recevez dans cette commission sans que vous vous y opposiez, Patrick Sébastien, le même Patrick Sébastien qui s'est illustré ces derniers jours avec une chanson, je ne sais même pas comment il faut la qualifier, sexiste à minima qui vise la présidente de France Télévisions Delphine Arnaute qui a d'ailleurs porté plainte contre lui. Est-ce que ça, si c'était à refaire, vous le referiez ? Est-ce que vous regrettez de ne pas vous être opposé à cette audition ?

15:50
Jérémie Patrier-Leitus

Toutes les auditions ont été approuvées par le bureau. Je n'ai pris aucune décision arbitraire. L'ensemble du bureau a approuvé ces auditions. Vous ne vous y êtes pas opposé ? Ce que je regrette, non je ne me suis pas opposé parce que je considérais que des figures de l'audiovisuel public pouvaient être entendues. Patrick Sébastien a été une figure du divertissement de l'audiovisuel public. Nous avons auditionné David Pujadas. J'ai considéré que les anciennes figures de l'audiovisuel public qui avaient incarné et porté l'audiovisuel public. Ce n'est pas moi qui ai recruté Patrick Sébastien pendant des années au sein de France Télévisions. Il a été une figure majeure de France Télévisions.

J'ai considéré que les anciennes figures de l'audiovisuel public pouvaient être auditionnées. Ce que je regrette en revanche, c'est que des accusations sans preuve aient été portées au sein de cette commission d'enquête. Jacques Cardoz, et c'est grave, a accusé France Télévisions de couvrir des déviances sexuelles. J'attends toujours les preuves des propos qu'il a tenus au sein de la commission d'enquête. C'est ça que je regrette. Que des accusations sans preuve aient été portées au sein de cette commission d'enquête.

16:49
Présentateur

Vous avez parlé de certains médias qui ont dénoncé un système mafieux, donc des mots sans nuance. On en vient à ces pressions présumées que vous avez pu subir puisque nos confrères du monde ont révélé que le groupe Lagardère qui détient Europe 1 et le JDD, groupe contrôlé par Vincent Bolloré, avait essayé de peser sur la commission en envoyant des listes de questions hostiles à l'audiovisuel public. Est-ce que vous, vous les avez reçues ces questions ?

17:18
Jérémie Patrier-Leitus

J'ai reçu un email au début de la commission d'enquête et j'ai immédiatement demandé que cela s'arrête considérant qu'il y avait un risque d'agérence. En revanche, j'ai appris en lisant Le Monde que le rapporteur avait reçu tout au long de la commission d'enquête des questionnaires, y compris pour les auditions de Delphine Ernaut et de Sibyl Veil. Et hier, lors de la réunion de la commission d'enquête, j'ai demandé, puisque le rapporteur a indiqué que des députés de droite auraient également reçu ces questionnaires. Les députés présents m'ont indiqué, lors d'une audition dont il y aura un compte-rendu, qu'ils n'avaient jamais reçu ces questions.

Donc, à ce stade, je ne peux pas vous dire si d'autres personnes, à part le rapporteur, ont reçu ces questionnaires. Mais la question, c'est est-ce que le rapporteur a été impartial et indépendant tout au long de cette commission d'enquête ? Est-ce qu'il a agi par consigne ou par commande ? C'est à lui de le dire.

18:14
Invité

Par consigne et par commande de qui ? Parce que là, vous en dites trop ou trop peu. Il y a effectivement ces mails envoyés de questions suggérées par Lagardère qui appartient au groupe de Vincent Bolloré. C'est quoi ? C'était la marionnette de Vincent Bolloré,

18:27
Jérémie Patrier-Leitus

Charles à l'oncle ? Peut-être... C'est vous qui le dites ?

18:29
Invité

Ah bah non, pardon, là, c'est ce que vous s'entendez, c'est une question que je vous pose.

18:33
Jérémie Patrier-Leitus

Peut-être de personnes qui veulent racheter l'audiovisuel public à vil prix ? Peut-être de personnes qui souhaitent voir l'audiovisuel public disparaître ? En tout cas, c'est la question que je vous pose.

18:44
Invité

Quand on porte des accusations comme celles que vous portez ce matin, soit on apporte des éléments concrets, soit ça apparaît comme étant une forme de procès d'intention voire de complotisme light. Qu'est-ce qui vous fait dire que Charles à l'oncle était peut-être manipulé par des gens qui veulent acheter l'audiovisuel public à vil prix ?

19:03
Jérémie Patrier-Leitus

Ce n'est pas ce que j'ai dit Benjamin Duhamel. J'ai dit, il a assumé dans Le Monde. Je ne fais pas de complotisme. Je le cite. Il a dit dans Le Monde avoir reçu des questionnaires y compris avec des propositions de questions. Moi, je ne sais pas s'il a refusé de les recevoir. S'il a dit à ce groupe qui lui envoyait des questions qu'il ne souhaitait plus recevoir. Je ne le sais pas. C'est à lui de le dire. Je constate qu'une presse et des médias et ses publics, ce n'est pas du complotisme très virulent à l'égard de l'audiovisuel public lui ont accordé une place importante. Donc, vous faites un lien. Je pose la question.

Entre la couverture de cette commission totalement indépendant et impartial, souhaitait-il réellement le contrôle de l'audiovisuel public ou avait-il un agenda politique ?

19:44
Invité

Ce ne sont pas des questions que vous posez, Gérime Patriotus. Parce que vous posez des questions. En réalité, c'est ce que vous dites ce matin. Il n'était pas impartial, Charles Aloncle, et il reprenait l'agenda du groupe Bolloré.

19:54
Jérémie Patrier-Leitus

Benjamin Duhamel, je pose la question. Je vous dis, je n'ai pas de preuve. Est-ce que j'ai la preuve qu'il a posé les questions qui lui ont été envoyées ? Je ne le sais pas. Je sais qu'il a reçu des questions. J'ai vu la couverture médiatique dont il a fait l'objet dans des médias qui souhaitent la privatisation de l'audiovisuel public ou en tout cas qui sont très critiques. Je pose la question et je le redis. La vraie question, c'est d'où parle-t-il et c'est ce qui devrait intéresser nos auditeurs. Est-ce que l'extrême droite dans ce pays souhaite la privatisation de l'audiovisuel public ?

Pour le dire plus clairement, est-ce que demain, Charles Aloncle, ministre de la Culture de Jordan Bardella ou de Marine Le Pen, mettra en oeuvre le programme de privatisation de l'audiovisuel public du Rassemblement National ?

20:33
Présentateur

Alors vous, ce n'est pas ce que vous souhaitez mais vous vous prononcez et c'est assez nouveau pour une fusion de Radio France et de France Télévisions alors que vous portiez un projet de holding. Vous étiez rapporteur d'un projet de loi sur la holding. Là, c'est une fusion. Qu'est-ce qui vous pousse à prendre cette position ? Pourquoi fusionner la radio et la télé publique ?

20:55
Jérémie Patrier-Leitus

Parce que je considère que face aux attaques dont fait l'objet l'audiovisuel public et on l'a vu dans cette commission d'enquête, face, vous en parlez souvent ici, à la concurrence des plateformes étrangères, à la montée des réseaux sociaux, je pense que l'audiovisuel public doit rassembler ses forces. Je pense que la fusion de l'audiovisuel public permettra de le renforcer. On le voit.

21:17
Invité

Ça veut dire une même entreprise.

21:18
Jérémie Patrier-Leitus

Ça veut dire une même entreprise. Ça veut dire, par exemple, ce qui se passe en Angleterre avec la BBC.

21:23
Invité

C'est-à-dire que le salarié d'Arte fait le même travail et fera et sera fondu dans le même ensemble qu'un salarié de France Inter

21:30
Jérémie Patrier-Leitus

ou de France Culture. C'est-à-dire une même entreprise avec trois missions principales recentrées sur des missions essentielles, offrir une information fiable pour un liste indépendante que vous faites ici à France Inter, garantir, soutenir la création artistique et audiovisuelle. C'est ça la raison même de l'audiovisuel public. 45% du financement des documentaires de la télévision, ce que cette commission d'enquête n'a pas assez dit. Et puis, permettre la souveraineté culturelle de notre pays. C'est ça l'audiovisuel public. Et je pense qu'il doit être réformé, mais renforcé.

22:00
Présentateur

Toute dernière question, parce que le temps presse et qu'on devrait avoir terminé normalement. Qu'est-ce que vous allez faire de ces propositions-là que vous faites ? Est-ce que vous allez en faire une proposition de loi ou est-ce que vous les laissez à Édouard Philippe pour qu'il les reprenne en tant que candidat à la prochaine élection présidentielle ?

22:16
Jérémie Patrier-Leitus

Moi, je souhaite que l'audiovisuel public soit puissant, souverain, indépendant, qu'il se réforme pour se renforcer. Et je ferai à Édouard Philippe des propositions ambitieuses. Je ne parle pas pour lui, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'à Horizon, nous sommes attachés à l'audiovisuel public, mais exigeants en termes de gestion budgétaire, en termes de gestion financière et en termes de respect du pluralisme et de l'impartialité. Mais on a besoin, et c'est sans doute la conclusion la plus importante de cette commission d'enquête, on a besoin d'un audiovisuel public puissant, fort et souverain dans le pays.

Aucune des personnes auditionnées, et ça devrait être l'enseignement majeur et j'en termine là de cette commission d'enquête, n'a appelé à la privatisation de l'audiovisuel public parce que les Français y sont attachés.

22:55
Présentateur

Merci Jérôme Patry et Letius d'avoir été au micro de France Inter ce matin. La revue 13 à suivre.