Marche du 8-Mars, terrorisme, menace russe... L'interview de Laurent Nunez en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir Laurent Nunez, merci d'être avec nous dans Newsbox, vous êtes le préfet de police de Paris. Bilan de la manifestation parisienne d'abord, qui s'achève en ce moment même ? Elle est en cours, elle est encore en cours, elle s'achève.
J'ai quitté la préfecture de police, donc on avait les derniers carrés qui arrivaient sur la place de la Nation, parce que c'est une manifestation qui allait de la République à la Nation, et qui a réunis, selon le comptage de la préfecture de police, 47 000 personnes pour cette manifestation consacrée à la journée internationale du droit des femmes.
Les organisateurs, eux, estiment qu'il y avait 120 000 participants. Vous annoncez, vous, 47 000 manifestants, marcheurs et marcheuses. La présence, M. Nunez, d'un collectif identitaire d'extrême droite, Nemesis, a été unanimement dénoncé par les associations féministes. Des tensions ont éclaté vers la fin de la manifestation ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
En début de manifestation ? Il y a une déclaration de manifestation, il y a des organisateurs, il y avait de nombreux collectifs qui appelaient à cette manifestation, et d'autres groupes peuvent évidemment venir s'y agréger. Je crois qu'il y a effectivement un collectif d'extrême droite qui posait difficulté, le groupe des Némesis. Mais attention, vous aviez aussi le collectif des « Nous vivrons », des femmes juives qui ont constitué un collectif après l'attaque terroriste du 7 octobre 2023. Et qui se dit engagée dans une lutte contre l'antisémitisme. Je crois que ce n'était pas forcément souhaité.
Bienvenue dans ce cortège, de sorte que nous avons dû effectivement, en début de manifestation, assurer la protection de ces deux groupes pour qu'ils puissent ensuite rejoindre le cortège et pouvoir défiler normalement pour cette journée de manifestation et qu'ils ne soient pas attaqués, embêtés, empêchés. Et donc c'est ce que les forces de sécurité intérieure ont réussi à faire aujourd'hui. Donc ces deux groupes ont pu également manifester.
Ces deux collectifs ont pu manifester sous haute sécurité, encadrés par des forces de l'ordre.
Oui, il a fallu les protéger parce que sinon il y aurait eu des incidents, des troubles à l'ordre public. Oui, effectivement, comme chaque fois qu'un groupe, quel que soit l'objet de la manifestation, sur la voie publique, chaque fois qu'un groupe de manifestants est menacé d'être pris à partie par d'autres, évidemment nous intervenons. Et je vous rappelle que nous avions, dans les jours qui précèdent cette manifestation, des appels clairs, clairs qui ont été postés, notamment sur les réseaux sociaux, de collectifs comme Urgence Palestine, le groupe Samy Doud, qui appelaient à s'en prendre aux collectifs de femmes « Nous vivrons très directement », à les empêcher de manifester.
Évidemment, il était de ma responsabilité, sous l'autorité du ministre d'État, ministre de l'Intérieur, de concevoir un dispositif qui permette à tous les groupes qui souhaitaient manifester aujourd'hui pour la Journée internationale des droits des femmes de pouvoir le faire.
Vous diriez que la manifestation parisienne s'est donc aujourd'hui bien passée ?
En tout cas, tous les groupes ont pu défiler. Il a fallu parfois qu'on s'interpose entre certaines, notamment protéger certains groupes pour qu'ils ne soient pas attaqués. Mais la manifestation a pu se dérouler, en ce sens qu'elle est arrivée à son terme, et que toutes les personnes qui ont voulu souhaiter s'exprimer sur la voie publique ont pu le faire aujourd'hui.
Parlons aussi, Laurent Nunez, de la manifestation d'hier soir que vous aviez interdite, qui a finalement été autorisée par la justice administrative. Plusieurs milliers de personnes ont participé hier soir à une marche féministe radicale, selon les termes des organisateurs eux-mêmes. Est-ce que d'abord vous nous confirmez, monsieur le préfet de police de Paris, que des appels à l'intifada, ça veut dire soulèvement en arabe, ont été lancés pendant cette marche d'hier soir ?
Je vous le confirme, je ne suis pas vraiment surpris. C'est pour ça que je l'avais interdite. Je ne suis pas surpris. Aujourd'hui, c'était une manifestation déclarée par le collectif national des droits des femmes, avec plusieurs dizaines de structures qui appelaient à cette manifestation. Hier, on était sur un appel qui était exprimé de manière un peu plus radicale. On était sur un appel qui a été exprimé de manière un peu plus radicale, avec des groupes d'ultra-gauche, des groupes pro-palestiniens, Urgence Palestine, Samidoun, qui avaient appelé à cette manifestation avec des affiches qui étaient très explicites.
Donc très explicites en termes de soutien à la cause pro-palestinienne et la cause radicale.
Est-ce que le fait d'être pro-palestinien est un problème en soi, aux yeux des autorités ?
Évidemment non, ce n'est pas un problème. Mais quand vous flirtez avec eux, ou quand vous êtes dans l'apologie du terrorisme, c'en est un.
Qu'est-ce qui constitue l'apologie du terrorisme ?
Urgence Palestine, d'un collectif par exemple, dont plusieurs des militants de nombreuses reprises ont salué le Hamas et ont considéré que l'attaque du 7 octobre 2023 était un acte de résistance. Bon, ce qui n'est pas acceptable, ça, ça s'appelle de l'apologie du terrorisme. Et d'ailleurs, le juge judiciaire l'a déjà jugé, ce point est tranché. Hier soir, effectivement, l'appel à manifester, donc pour cette manifestation du 7 mars, comportait des slogans de la sorte. J'ai cru bon l'interdire parce qu'il me semblait qu'il y avait là un trouble à l'ordre public, au sens, une atteinte à la dignité humaine, parce qu'il y avait, c'est de l'incitation à la violence et de l'incitation à la haine.
Malheureusement, je n'ai pas été suivi par le juge administratif. Moi, je prends acte des décisions, je les respecte. Et je vous confirme, effectivement, que pendant cette manifestation, à de nombreuses reprises, il y a eu des appels à l'intifada qui ont été prononcés, mais à de nombreuses reprises. Est-ce que des poursuites sont envisagées ? On va évidemment travailler à saisir le procureur de la République, faire des articles 40 du Code de procédure pénale, comme on dit dans notre jargon.
Vous dites « on va travailler à », vous ne saisissez pas le profil du procureur.
Oui, bien sûr, on va travailler sur la vidéo et essayer d'identifier les individus. Je préférais que cette manifestation soit interdite. Voilà, bon, j'ai été suspendu, je respecte la décision du tribunal administratif, mais elle s'est un peu déroulée, comme nous le prévoyons, et c'est pour ça, d'ailleurs, que j'avais pris cette décision. Encore une fois, elle a été suspendue, moi, je le respecte. Il a été considéré que l'atteinte que j'apportais à la liberté d'expression était disproportionnée. Voilà, moi, je suis droit dans mes bottes.
Quand j'ai entendu ce que j'ai entendu hier et quand j'ai vu aussi les nombreuses tentatives de dégradation qui ont empêché les forces de sécurité intérieure placées sous mon autorité, je me dis que c'est vrai que cette manifestation aurait pu aussi ne pas se dérouler. Elle s'est déroulée, c'est le cas, je le respecte, et tant mieux.
Hier soir, également, des journalistes de BFM TV, notamment, ont été chassés de la manifestation après avoir été pris à partie, intimidés, finalement, exfiltrés. Votre réaction ?
Ma réaction, c'est la même que celle que je viens d'avoir. Vous savez, quand je dis tant mieux, cette manifestation s'est déroulée, ce n'est pas par rapport au fait que la manifestation s'est déroulée. C'est-à-dire qu'il y a eu une décision de justice qui a considéré que mon arrêté d'interdiction était illégal. Moi, je respecte l'état de droit, c'est comme ça. Que des journalistes soient exfiltrés et exfiltrés de ce type de manifestation, ça ne m'étonne pas. C'est assez fréquent que des journalistes, des chaînes d'information continue ou des médias indépendants qui veulent couvrir un événement soient chassés par ceux qui considèrent qu'ils ne vont pas porter leur cause. Voilà.
Donc, c'est évidemment déplorable. Et encore une fois, c'est pour ça que nous sommes très attentifs. Vous savez... Vous respectez la décision de la justice administrative, mais vous n'en pensez pas moins. Je respecte la décision de la justice administrative, mais il faut aussi comprendre que quand un préfet de la République prend un arrêté d'interdiction, il a conscience qu'il va empêcher quelque part de s'exprimer la liberté d'expression et de manifestation. Et s'il le fait, c'est parce qu'il a des éléments graves et concordants, des indices graves et concordants, qui le laissent à penser que la manifestation ne va pas bien se dérouler.
Je crois que ce qui s'est passé hier soir ne me donne pas tout à fait tort.
Est-ce que vous avez des informations, des éléments précis sur les personnes qui ont scandé des appels à l'INCIFADA ? Vous avez des profils à...
C'est pour ça que j'avais interdit cette manifestation. Elle a été déclarée par un collectif, mais ceux qui appelaient réellement à cette manifestation étaient le collectif Urgence Palestine, le groupe Samidoun, considéré comme une organisation terroriste dans certains États, qui, dans les slogans, dans les appels à cette manifestation, comportaient des propos qui, à mes yeux, étaient clairement apologiques. Je rappelle que nous avons interpellé le 8 février dernier lors d'une manifestation, un manifestant d'Urgence Palestine, qui a demandé très clairement, se demander qui n'avait pas pleuré de joie le soir du 7 octobre 2023. Donc voilà, Urgence Palestine, c'est ça.
C'est un collectif qui flirte et qui est même dans l'apologie du terrorisme. Et donc, il me semblait normal d'interdire cette manifestation. Mais je vous rassure, cet individu qui se demandait qu'il n'avait pas pleuré de joie le soir du 7 octobre, nous l'avons évidemment poursuivi en justice et d'ailleurs, il a été interpellé et il est placé sous contrôle judiciaire.
Autre sujet important, Laurent Nunez, cette semaine, Emmanuel Macron a explicitement présenté la Russie comme une menace, en employant le terme. Se matérialise-t-elle actuellement, en Ile-de-France notamment, puisque vous êtes préfet de police de Paris, mais bonne partie de l'Ile-de-France, et si oui, de quelle manière ?
– Comme préfet de police, je suis assez mal placé pour parler de cette question. Le président faisait allusion au théâtre géopolitique, à la relation entre la France et la Russie, mais comme vous le savez, cette menace, elle s'est aussi matérialisée, elle se matérialise aussi par des formes d'ingérence, que nous connaissons bien, la désinformation, etc. – Des opérations de déstabilisation aussi ? – C'est plutôt comme ça qu'elle se manifeste, à Paris, en région Ile-de-France, mais pas de menace physique directe, bien évidemment.
– La guerre, la guerre, elle peut prendre plusieurs formes, elle peut être hybride, numérique, mais vous, en tant que préfet de police de Paris, au regard de cette menace explicitement présentée comme telle par le président de la République il y a de cela trois jours, vous êtes quoi, inquiet, vigilant ?
– Je suis préfet de police, donc je ne suis pas, je ne suis plus, j'ai été à la tête de service de renseignement, j'ai eu ces sujets très directement, je ne le suis plus, je ne dirais ni inquiet ni vigilant, nous sommes vigilants sur les tentatives de déstabilisation, vous savez que nous avons eu au moment, enfin il y a encore quelques mois, oui quelques mois, des campagnes qui ont été menées dans les rues de Paris, des campagnes de tag, on avait la position de toutes ces mains rouges sur de nombreuses façades de la capitale, puis ensuite ça a été l'étoile de David qui a été reproduit à de nombreux endroits, on a pu interpeller les auteurs, on soupçonne évidemment des actions d'ingérence de pays et étrangers, ce sont les services spécialisés qui sont en charge de ça, et puisque vous me demandez si je suis vigilant, oui on est très vigilant quand il y a ce type d'action, on essaie tout de suite de retrouver les auteurs pour pouvoir ensuite informer les services de renseignement spécialisé, et le cas échéant détecter des ingérences étrangères.
– Il peut y avoir aussi des opérations de déstabilisation,
on en parlait, et des cyberattaques Paris peut apparaître comme étant une cible prioritaire de pays comme la Russie, de hackers russes, des attaques informatiques par exemple, la préfecture de police de Paris, est-ce qu'elle renforce sa sécurité très concrètement ?
– Tous les services, toutes les grandes administrations d'État ont renforcé leur système de sécurité informatique, leur système d'information, ça a été fait, ça a été lancé avant les Jeux Olympiques, puisque nous craignions, à juste titre d'ailleurs, qu'il y ait de nombreuses attaques cyber, et donc toutes les grandes administrations ont renforcé leur système d'information, et la préfecture de police évidemment n'a pas échappé à cela.
– Marine Le Pen, après François Fillon cette semaine, estime que le fondamentalisme islamiste reste la première des menaces, niant le fait que la Russie en soit une, en tout cas soit la principale. Quel est l'état des lieux actuels sur ce point précis du fondamentalisme islamiste et de la menace surtout ?
– Oui, l'état de la menace, on reste évidemment très concentré sur le terrorisme islamiste, évidemment, donc ça c'est une chose. Il y a le séparatisme aussi qui est important, c'est-à-dire tous ceux qui prônent et qui prêchent le fait que la loi de Dieu puisse être supérieure à la loi de la République, et qui en déduisent un certain nombre d'illégalités, de non-respect des règles françaises. Et puis il y a ce qu'on a appelé, ce qu'on appelle aussi ce que le ministre des Etats, le ministre de l'Intérieur a appelé l'entrisme, c'est cette diffusion progressive dans la société française de cette idée qu'on pourrait aussi un jour appliquer la charia.
Voilà, c'est ce qu'il faut combattre, c'est un entrisme qui est moins visible, qui nous préoccupe et qui mobilise l'ensemble des services, et notamment des services de renseignement, mais pas que. Qui les mobilise au quotidien, parce que certes on n'en parle pas tous les jours,
la sphère médiatique n'en fait pas état tous les jours, mais vous, vous restez très concentré sur cette mission, notamment qui est la sécurité des Français, des Franciliens, en l'espèce du point de vue du danger, de la menace majeure se représente.
Bien sûr, comme l'ensemble des services de sécurité français, la préfecture de police a une direction du renseignement à la préfecture de police, et puis il y a l'ensemble des services de renseignement, à commencer par la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, on reste très concentré sur l'ensemble de ce champ de menaces qui va finalement du terrorisme au séparatisme, on reste très attentif, et tout en ayant évidemment à l'esprit que ça ne concerne qu'une minorité de nos compatriotes et des musulmans qui vivent sur le territoire national. Évidemment, évidemment.
Votre préoccupation numéro un au quotidien pour les Franciliens, les Parisiens, – Mais ça reste le terrorisme, évidemment. – C'est le terrorisme.
– Ça reste le terrorisme, évidemment, évidemment.
– Merci Laurent Nunez. Merci d'avoir accepté l'invitation de Newsbox.
– Et j'en profite évidemment pour remercier l'ensemble des forces de sécurité intérieure qui étaient très mobilisées hier sur les manifs dont nous avons parlé, et qui ont réussi à faire en sorte qu'il n'y ait pas de débordement et que tout le monde puisse exprimer son opinion, notamment aujourd'hui, voilà, c'est la grandeur et la force des services du ministère de l'Intérieur et de la préfecture de police de faire en sorte que tout le monde puisse s'exprimer. Voilà, on est dans un pays de liberté, et il faut admettre que pour des causes aussi importantes que celles des droits des femmes, tout le monde puisse avoir le droit à la parole.
– Merci d'avoir été avec nous.
Laurent Nuñez