Masculinistes : le Sénat dénonce un poison pour la démocratie
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue. C'est Sens public, débat chronique, reportage, expertise de nos invités. C'est ce que l'on vous propose tous les jours, du lundi au jeudi, à A 18h et 22h sur Public Sénat.
Et voici le sommaire de ce 24 juin. Les mouvements masculinistes représentent une menace pour notre jeunesse et notre démocratie. C'est le message d'alarme du rapport sénatorial publié aujourd Aujourd'hui sur ce mouvement qui encourage la haine des femmes, plusieurs attentats ont été déjoués ces dernières années.
Il faut mettre en place rapidement une stratégie de lutte interministérielle, le constat d'une menace grandissante et des idées pour la combattre. C'est ce que l'on va détailler dans une minute. Et puis dans la seconde partie de notre émission, alors que 72 départements seront demain en vigilance rouge à la canicule, nous ferons un zoom sur les bouilloires thermiques des personnes suffoque dans des bouilloires thermique à plus de 30 degrés la nuit le plus souvent ce sont les personnes les moins favorisées vivant dans des logements mal isolé sans inertie thermique parfois sous les toits elles subissent deux pleins ces températures extrêmes.
Et vous, vous temporisez sur les logements classés F et G. Le gouvernement a effectivement dévoilé aujourd'hui son plan logement qui prévoit de remettre sur le marché locatif sous conditions, les habitations classées F ou G. Pourquoi une telle décision qui semble absurde ?
Peut-on massivement climatiser le pays ? On en débat dans trois quarts d'heure et comme tous les jours, vous pouvez participer à l'émission en scannant notre QR code. Par exemple, que pensez-vous de ce mouvement masculiniste avant d'en débattre ?
Clément Guillauneau répond à la question qui sont les masculin. Vous prenez son téléphone, si elle refuse de donner son téléphone, c'est une pute. Sur les réseaux sociaux, ces vidéos d'influenceurs dits masculinistes sont nombreuses.
Je suis un malin fort ! Respectez-moi ! Elle véhicule des propos sexistes et misogynes jusqu'aux appels à la haine.
L'objectif de ces contenus, contester l'émancipation des femmes et réaffirmer une dominance masculine jugée naturelle. La délégation aux droits des femmes du Sénat a rendu aujourd'hui les conclusions de son rapport sur ces mouvements. Premier constat, les formes de masculinisme sont multiples.
On a les incels qui sont les célibataires involontaire. Donc là, s'ils sont célibataires c'est parce que les femmes ne veulent pas d'eux mais on a aussi des coachs en séduction qui vont vous expliquer comment séduire une femme. Ils ont 20 ans ils n'en ont jamais croisé une ou à peine mais ils savent tout évidemment des femmes.
Ils vont vous expliquer quel est le mode de séduction. C'est vraiment toute une multitude de courants mais à la fin, quel que soit le courant, à la fin c'est quand même la haine des femmes qui prime. Il suffit pour un jeune homme de passer 26 minutes en ligne avant de se voir recommander des contenus masculinistes.
Pour la sénatrice Olivia Richard, co-rapporteur, les mécanismes utilisés sont inquiétants. « Ce sont des phrases très simplistes qui sont utilisées, des réponses toutes faites pour répondre au mal-être des adolescents et donc le problème c'est que ça prend, ça prend bien et ça prend vite et ça représente un vrai danger pour notre société, pour notre démocratie, pour les femmes. » En 2025, trois attentats masculinistes avaient été déjouées en France.
Les sénatrices ont formulé 24 recommandations avec un objectif, faire du masculinisme un enjeu majeur de politique publique. « Un enjeu majeur de politique publique, un poison pour notre jeunesse, pour notre démocratie ». C'est le thème de notre débat.
J'accueille Béatrice Gosselin. Bonjour, bienvenue. Vous êtes sénatrice apparentée à l'air de la Manche et vice-présidente de la délégation au droit des femmes à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes.
Alice Apostoli, bonsoir. Bienvenue. Vous êtes co-directrice, co-fondatrice de l'Institut du genre en géopolitique.
Laure Salmona, bonsoir. Et bienvenue à vous aussi, directrice, co-fondatrice de l'association Féministe contre le cyberharcèlement. Je signale votre livre Politiser les cyberviolences, qui vient de paraître en poche aux éditions du Cavalier Bleu et Jonathan Boucher-Pétersven.
Rebonsoir, rebonjour. Enfin, rebonjour, bonjour. Vous étiez déjà là hier.
Mais bonjour. On s'est quittés entre les deux. Voilà.
Voilà, éditorialiste à Libération et pour Sens Public. On va commencer par le constat tout simplement, Béatrice Gosselin. Que conclut ce rapport de la délégation des femmes sur le danger masculiniste en France – Ce qu'il conclut, c'est qu'il y a une publication massive de ces propos et de ces contenus masculinistes qui sont à l'égard de certaines personnes qui sont déjà entrées dans un système de refus de la femme, de violence ou de supériorité par rapport à la femme, mais qui aussi, et c'est dramatique, qui instille dans la tête de nos enfants un poison qui est quand même dramatiquement grave et et qui risquent de faire que ces jeunes soient complètement omnubilés et complètement entraînés dans un enfermement et qui ne va pas leur permettre d'avoir une vie sociale normale et une vie affective C'est un risque générationnel, on peut parler pour ces garçons.
Et on va essayer d'en évaluer les contours. Alice Apostoli, d'où il vient ce mouvement ? Quand est-il né ?
Alors tels qu'on les connaît aujourd'hui, c'est une mouvance ont été surtout construites dans les années 70-80 en réaction aux premières lois en Amérique du Nord qui garantissaient la pension élémentaire. Donc là, vous avez mentionné un risque générationnel. Je me permets de préciser que ces mouvances masculinistes, elles sont plurielles, qu'effectivement il y a un enjeu générationnel de par les réseaux sociaux, la communauté insale, etc.
Mais que parmi ces différentes mouvantes, il y a des offres qui ciblent les hommes d'âge plus mûr et aussi qui ciblent par exemple les mouvements des pères par exemple donc voilà ces mouvances là, elles ont en commun le fait qu'effectivement on vivrait aujourd'hui dans une société qui opprime les hommes. Chaque avancée pour les droits des femmes ou des personnes LGBTQIA +, c'est une attaque aux hommes. Et en en fait, ces mouvances-là se construisent toujours en réaction à quelconque avancée. – Oui, alors effectivement, j'attendais de vous que vous nous disiez que ça remonte à plusieurs décennies, mais il y a quand même une dimension nouvelle qui a été prise depuis un certain nombre de mois ou d'années, je ne sais pas d'ailleurs, Laure Salmona, avec le rôle des réseaux sociaux.
Il faut tout de suite pointer ça dans la propagation de ces contenus masculinistes. – Oui, les mouvements masculinistes ont très bien su utiliser finalement la viralité qu'il peut y avoir sur les réseaux sociaux et notamment monétiser ce contenu. C'est-à-dire que le masculinisme est devenu un vrai business qui permet de gagner de l'argent, qui va aussi finalement vendre un idéal d'un monde meilleur à certaines personnes, notamment des jeunes mais pas qu'eux, comme l'a dit Alice Apostoli.
Et le fonctionnement même des algorithmes de ces plateformes de réseaux sociaux va avoir tendance à privilégier, à mettre en avant ses contenus parce qu'ils sont outranciers, parce qu'ils sont polarisants. Et du coup, les plateformes ont une responsabilité réelle dans la diffusion de ces contenus masculinisques. Et les patrons de ces loups, les propriétaires de ces plateformes, Alice Apostoli, les Mark Zuckerberg et autres Elon Musk, est-ce qu qui sont en partie alignés avec cette, je ne sais pas s'il faut parler d'idéologie masculiniste ?
Ils ont… alors Elon Musk est ouvertement masculiniste. Il a tweeté à plusieurs reprises beaucoup de narratifs masculinistes, il a exprimé son soutien à beaucoup de deux deux comptes qui justement propage cette idéologie là en ce qui concerne max du kerbeck ce serait plus des signes des signes comment dire Il montre par exemple le fait qu'il fait du MMA, il va parler d'énergie masculine au sein de l'espace professionnel. Donc il ne se revendique pas aussi ouvertement qu'Elon Musk, mais effectivement il y a une des signes d'appartenance à ces idéologies-là, que ce soit les plateformes de réseaux sociaux ou les plateformes d'intelligence artificielle générative aussi.
Alors il y a une donnée qu'on a entendue dans notre sujet d'ouverture avec Clément Guillaumeau, c'est une étude de l'université de Dublin qui nous dit qu'il ne faut que 26 minutes. C'est le temps qu'il faut pour un jeune homme de se voir recommander en ligne des contenus masculinistes. C'est donc quand même l'éducation et le moyen de contrecarrer ces contenus qui nous réunit aujourd'hui.
Écoutez, tiens, ce psychologue qui manifestait à Paris contre les violences faites aux femmes, il parle de l'éducation des garçons. L'éducation des garçons, c'est quelque chose de très C'est quelque chose qu'on vient défendre ici et de dire qu'on ne veut pas de nouvelle génération de jeunes hommes qui seront masculinistes, qui seront sexistes. On veut des hommes qui viennent en manifestation mais on veut aussi les hommes qui au quotidien soutiennent ce genre de combat.
Alors, je vous rappelle que vous pouvez participer à l'émission, poser vos questions avec notre QR code. Je pense qu'il y a un certain nombre de parents ou de grands-parents qui nous regardent et qui se disent comment je peux détecter. Est-ce qu'il y a, madame la sénatrice, des signaux faibles, en quelque sorte.
Oui, mais ils sont parfois à peine perceptibles, mais parfois un peu anodins, donc on n'en prend pas conscience. Mais un enfant qui va dire à sa sœur, tu ne sors pas comme ça, tu ne ressembles à rien, par exemple, ou qui va dire à sa mère, qu'est-ce que tu fais à Tu devrais t'occuper de la maison et t'occuper des enfants. C'est des choses, c'est des propos qui doivent commencer à alerter les parents et dans le monde éducatif aussi, on pourra en reparler.
Mais je crois qu'il faut vraiment être à l'écoute de tout ça, ces enfants qui s'enferment dans leur chambre à ne regarder que des vidéos, que des contenus sur les réseaux sociaux, et ils sont emportés. Alors vous l'avez dit, c'est 26 minutes, mais pour un adolescent garçon de 11-12 ans, c'est même moins que 26 minutes, c'est quelques minutes. Tellement les algorithmes sont habitués à détecter et à tout de suite proposer des contenus.
C'est-à-dire que plus la personne qui est devant l'écran est dans la cible, c'est-à-dire entre 10 et 15 ans, c'est ça ? Plus on va rapidement lui proposer des contenus. Oui, exactement.
Ce qui est quand même incroyable. – On vient sur la responsabilité… – Tout à fait, totalement et entièrement. Alors vous avez parlé tout à l'heure de l'origine, il y a aussi le patriarcat, quelque chose de latent chez nous parfois, un petit peu de de comportement, oui la femme doit être protégée par l'homme mais voilà l'homme est supérieur à la femme sans être une féministe militante je n'en suis pas mais il y a des propos parfois qui continuent à être latents et qui parfois sont repris par c'est en disant oui mais là l'homme est fort l'homme doit être fort et ils proposent tout un tas d'exercices de problèmes de coaching d'éducation physique, de musculation, de stéréoïdes.
On peut aussi avoir, dans certains cas extrêmes, on casse la mâchoire pour avoir une mâchoire carré qui corresponde à l'homme alpha, etc. Donc on a vraiment une hiérarchie énorme et très rapidement, même si entre deux il y a la monétisation et il faut payer parce que c'est aussi très cher quand on veut participer et rentrer dans ces circuits Dieu sait que je préférais qu'il n'y en ait pas qui rentrent mais ça coûte très cher quand même aux gens mais bien sûr que les plateformes en profitent largement effectivement avec différents degrés c'est ce qu'on comprend bien dans cet engagement et cette violence parce que si ça nous intéresse c'est aussi parce qu'il y a un certain nombre d'attentats de tentatives d'attentats des joueurs en France ou d'attentats dans d'autres pays Jonathan Juste quelques remarques, ce qu'on décrit et d'ailleurs c'est le parallèle effet dans pas mal d'études dans des processus de radicalisation. Ce sont des mécaniques qu'on retrouve ailleurs, c'est-à-dire l'isolement quand même, la bulle informationnelle, le contenu unique qui finit par donner des explications simples à une réalité complexe, la capacité à canaliser le le ressentiment, la frustration, dans une réponse qui est assez simpliste et assez prête à penser.
Ça s'inscrit évidemment, on l'a évoqué à demi-mot, dans une dynamique de backlash plus large, évidemment. C'est comme un peu dans tous les domaines. Backlash, retour de bâtons, sur un certain nombre d'avancées.
Notamment sur l'avancée d'un certain nombre de sujets qui concernent l'égalité femmes-hommes, il y a une intériorisation que ce qui est gagné par les uns est perdu par les autres. Ça c'est vraiment un discours qu'on entend beaucoup et comme si la La conquête des droits, c'était aussi ce qu'on entendait au moment du mariage pour tous, sur dire est-ce que les hétéros étaient lésés parce que des homos pouvaient se marier. Il y a toujours cette espèce de tension-là, sur la question de climat, on a aussi cette tension-là.
Donc voilà, et je pense que c'est très Ça ne vient pas se greffer sur rien. Notre société reste aussi largement sexiste, le patriarcat reste largement structurant, l'image de l'homme dans la fiction, dans l'imaginaire collectif, même dans des endroits qui ne sont pas du tout masculinistes, des fictions de bonne alloi, de bonne foi. On reste quand même dans ce récit collectif qu'un homme il est performant quand il est protecteur.
Ça ne veut pas dire que la femme doit être soumise. Après, il y a des bascules qui sont évidemment de l'ordre de l'extrémisme. – Ça fait partie d'une sorte de fond d'écran. – Et l'enjeu du récit collectif, il est important.
Si on parle des contenus Lorsalmona, ce n'est pas forcément ou directement...
On a vu des extraits qui sont particulièrement choquants, c'est même inquiétant sur la santé mentale des jeunes qui tiennent ces propos. Mais ça peut être plus insidieux ? C'est ça qui est intéressant aussi à décrypter, à comprendre.
Bien sûr, c'est souvent très insidieux. En fait, si on s'intéresse à des sujets qui peuvent être aussi divers que la séduction, la finance, le sport, le fitness, mais aussi la philosophie. Ces derniers temps, il y a des comptes qui parlent plus ou moins d'autre chose, ce qui va souvent camoufler les propos et finalement les normaliser.
Et je pense que ça fait quand même maintenant depuis le début des années 2000 qu'il y a aussi une responsabilité, que ce soit des médias même traditionnels, des politiques, à avoir mis sur le même plan des discours masculinistes et des discours féministes comme si c'était symétrique, comme s'il n'y en avait pas un qui prenait finalement la misogynie, la haine des femmes et l'autre l'avancée pour l'égalité des droits. Et ça, je pense que ça crée aujourd'hui l'écosystème aussi dans lequel on est. – Première réaction Sylvie qui nous écrit de Nantes, même si le masculinisme reste un mouvement marginal, j'ai l'impression que les idées infusent dans toute la société.
C'est ça qui est réellement inquiétant. Merci de participer à l émission. Il y a aussi les attaques ou les attentats.
Je ne sais pas quels mots il faut employer. Par exemple, il y a deux jours, un Montréal, trois morts dont l'auteur de l'attaque qui a laissé derrière lui un manifeste anti femme. Alice Apostoli, est-ce que vous employez le terme de terrorisme ?
Ou est-ce qu'il faut faire attention à ne pas le mettre à toutes les sauces ce terme ? – Écoutez, ce sont des attaques revendiquées et qui se rallient à une idéologie masculiniste. À mon sens, on peut parler de terrorisme.
D'ailleurs, les tentatives d'attentats masculinistes représentent 10 à 20 pour cent des attaques liées à l'extrême droite qui sont identifiés par la DGSI. Donc c'est un problème de sécurité nationale. En soi, on peut parler de terrorisme.
C'est une partie infime des pourcentages de tentatives d'attentats. Mais c'est quand même pas rien, une tentative d'attentat. Et un autre élément qui me paraît aussi important en ce qui concerne la sécurité, c'est que quand bien même...
On parle beaucoup de de tueries de masse, on parle beaucoup d'attentats incels, etc. Ce serait intéressant aussi de se pencher sur la question des féminicides qui sont causés par la radicalisation de leurs partenaires, en fait. Et qui, cette radicalisation va permettre le passage à l'acte sur une compagne ou une ex-compagne, comme c'était le cas en 2020, comme ça a été le cas du double féminicide plus tôt cette année.
Oui, mais alors malheureusement, et on les combat suffisamment et on a consacré suffisamment de débats ici, les féminicides, ça fait des décennies qu'il y en a. Donc ce mouvement masculiniste, on l'a compris, il existe depuis longtemps, mais dans cette forme-là violente, comment faire le lien entre ce masculinisme et les féminicides ? Je pense qu'il y a un mécanisme de radicalisation en ligne qui pourrait être intéressant.
On a par exemple l'épreuve dans les deux féminicides que j'ai mentionnées. En 2020, l'auteur est un un coach de la mouvance « Men who go their own way », donc la même mouvance masculiniste qu'Andrew Tate, qu'on rallie beaucoup, qu'on lie beaucoup à la communauté incel, mais à la base, c'est...
Alors il faut rappeler, les incels, c'est célibataire – Un volontaire, c'est comme ça qu'on peut traduire. – Exactement, et en ce qui concerne le double féminicide de cette année, c'est une personne qui a été radicalisée en ligne dans des sphères de de pères militants masculines. Est-ce que vous employez le mot terrorisme dans votre rapport ?
Alors oui, on l'emploie justement quand on est sur ces bases-là. C'est-à-dire que l'attentat qui a eu lieu à à Montréal, ce monsieur a bien fait ce manifeste en disant « ça haine contre les femmes ». Monsieur Prison qui est toujours, bien sûr, ce jugement n'est pas fait.
Mais derrière, il a tué sa femme et son ex femmes. Derrière, il y a eu, bien sûr, et c'est comme ça que les choses sont vues, ce n'est pas forcément considéré comme un attentat terroriste parce que c'est une sphère qu'il connaît, donc ce n'est pas la haine des femmes en général, c'est ciblées sur les deux femmes qui l'ont côtoyée, derrière il y a quand même, d'après ce qu'il a pu regarder sur les réseaux sociaux, cette haine des femmes, notamment en tant que père qui se revendiquait de la garde de son enfant. Donc voilà.
Alors parfois, le monde juridique vous dit que c'est moins facile de vraiment stéréotyper en disant que c'est vraiment une haine contre les femmes, donc du terrorisme. On vous dit qu'on va juger parfois sur des actes qui vont être autres, par exemple la violence qui est due à une ébriété de quelqu'un qui va être violent contre une femme, l'ébriété ou un problème mental, parce qu'il est plus facile et rapidement de distinguer. Mais ce qui est dommage dans ce cas-là, c'est qu'on nomme pas le fait que ce soit vraiment la haine des femmes qui a vraiment engendré ce geste.
Autre réaction Noémie qui nous écrit d'Annecy, « La plupart des personnes qui suivent les influenceurs masculinistes sont aussi des victimes qui ont subi du harcèlement et qui souffrent en tant qu'adolescents. Comment les accompagner ? » Alors effectivement, il y a cette dimension-là, Laure Salmona, sur les leviers ou les outils qu'on peut mettre en œuvre, si on est parent, grand-parent, pour dire à son gamin « Mais attention, tu ne te rends pas compte de ce que tu es en train de voir, de lire ou de faire. » Je pense que déjà, il faut laisser de la place à la parole des femmes qu'on entend peu, qu'on entend peu dans les médias, sur les réseaux sociaux, etc., qu'il faut montrer l'exemple aussi au niveau, finalement, essayer d'éviter d'avoir des réflexes qui soient sexistes, pouvoir ouvrir une ligne de dialogue, pouvoir informer sur la manière dont fonctionnent ces plateformes, dont fonctionnent ces algorithmes, sur comment les influenceurs monétisent ces contenus et font de l'argent avec ces contenus.
Il faut pouvoir déconstruire tout l l'écosystème qui permet la diffusion et la normalisation surtout de ces idées-là. Et on peut agir là-dessus. Et je pense qu'il y a aussi des actions qui sont à prendre en matière de responsabilisation des plateformes de réseaux sociaux.
Il y a eu là, le 16 juin, un arrêt qui est assez historique de la Cour de justice de l'Union européenne, qui dit et qui fait jurisprudence du coup, qui dit que les plateformes, à partir du moment où elles organisent leur contenu avec l'aide d'algorithmes, elles vont en privilégier certains ont montré certains plus que d'autres doivent être considérés comme des éditeurs de contenu et donc toujours considéré que c'était des tuyaux et qu'elle n'était pas responsable de ce qui était diffusé sur le sur sur les réseaux sociaux, ça peut ouvrir une brèche très importante sur des procédures judiciaires et donc sur le retour ou la mise en place d'une vraie modération dans les réseaux sociaux dont on parle. Alors si on vient, il se trouve qu qui hier ont consacré un débat sur ce plateau à l'EVARS, donc l'éducation affective et sexuelle à l'école. Alice Apostoli, ça peut être un outil pour combattre les mascus ? – Alors oui, ça peut être un outil dans le sens où on va créer une culture de l'égalité et on va donner quand même une certaine connaissance de base qui va contrer la désinformation qu'il peut y avoir en ligne, notamment ce qui concerne la vie affective et sexuelle.
Je pense que c'est un bon outil de sensibilisation, mais qui doit être couplé aussi avec un soutien à la société civile féministe LGBTQIA +, qui a quand même tiré la sonnette d'alarme il y a une décennie maintenant et qui est au premier rang en fait, qui est au front face à cette vague de haine et qui en plus sont victimes aussi de cyberviolence par rapport à ça et de harcèlement. Donc il y a aussi C'est aussi un enjeu de formation à l'esprit critique. Non seulement donner des valeurs, mais aussi donner les outils à tout le monde, jeunes et moins jeunes, à comment distinguer une vraie information et d'une fausse, comment chercher les sources de ce qu'on peut lire en ligne. – Qu'est-ce que vous proposez ?
Il y a beaucoup de propositions dans ce rapport sénatorial. Qu'est-ce que vous proposez dans la matière ? – Pour reprendre vos propos, je pense que sur le plan d'éducation et justement au niveau des formations, des les professeurs et des encadrants éducatifs.
Il faut vraiment qu'on ait cette écoute, déjà, savoir découvrir et distinguer les différents signaux, mais derrière, qu'on ait une éducation, une éducation Evars, bien sûr, que l'on connaît qui est mise en place de trois jours obligatoires pour les écoles. – Donc c'est l'éducation à la vie affective et sexuelle dont je parlais. – Effective, sexuelle et affective.
Mais il faut aussi penser à savoir décrypter, c'est-à-dire qu'une éducation au milieu des médias, c'est-à-dire que connaître, avoir un esprit critique, développer l'esprit critique chez nos enfants. Ça vaut pour tout ce qu'on lit sur les réseaux sociaux d'ailleurs. Ça vaut pour tout et ça vaut dans toutes les disciplines.
Mais qu'il y ait une formation ou des enseignants, qu'elle soit initiale ou qu'elle soit continue, pour pour justement utiliser tous ces outils où il faut développer l'esprit critique de l'enfant et de savoir ce qui peut être bien, mais aussi quelle est l'autre position et comment on peut se faire son opinion et non pas absorber d d'emblée, d'une opinion qui, généralement, est très directive, très simple. Et quand on a des jeunes qui sont en perdition, ils ont besoin d'une réponse, ils la trouvent tout de suite et ils sont enfermés. C'est binaire et donc ça peut être séduisant, Jonathan.
C'est séduisant et c'est – C'est valorisé quand même dans un univers qui échappe largement au regard des parents, parce que certes il y a les émetteurs traditionnels, mais ils ont rarement été très prescripteurs sur l'école d'une époque, à l'école notamment, et on voit que ça déborde sur un certain nombre de télé-réalités par par exemple. Évidemment que cette figure, et ça passe par du soft, en fait, avant d'être dans le dur et de l'appel à la violence, on est dans la glorification quand même. Ce qu'on disait au début de l'émission, on a un certain nombre de physiques, on le voit derrière vous, on le constate sur les plages, il y a des normes qui évoluent, il y a cette cette stigmatisation du fragile, quel qu'il soit.
Et c'est vrai que pour vous poser la question tout à l'heure sur un certain nombre de jeunes publics qui ne se trouvent pas en situation de force dans la sociabilisation qui est parfois compliquée au collège ou au et qui trouve dans ces cadres-là une espèce de dimension un peu meute, un peu rassurante, qui est malheureusement très séduisante. L'enjeu c'est comment stigmatiser les émetteurs, considérer qu'un certain nombre d'enfants qui se font prendre dans ces filets sont aussi des victimes. La simple culpabilisation de « tu te rends compte que ce que tu fais c'est mal » est évidemment le meilleur moyen pour que ces gens-là s'enferment et soient hermétiques au moindre discours.
Et on se rend compte que dans tous les domaines de la radicalisation, c'est comment trouver le moyen de ne pas perdre la porte d'entrée pour le dialogue. Autre question, Olivier qui nous écrit de Reims, est-ce qu'il existe des centres de déradicalisation au masculinisme en France ? Je crois qu'on est beaucoup trop tôt pour proposer ce type de service.
C'est aussi un enjeu de santé mentale des adolescents ? Est-ce que vous diriez ça ? Une personne saine d'esprit ne tomberait pas aussi facilement dans ce genre de discours, mais je mettrais peut-être une petite vigilance à cet enjeu de médicalisation du problème.
La santé mentale des jeunes filles s'aggrave depuis des décennies. Aujourd'hui, les taux d'admission en optique psychiatrique, par exemple, des adolescentes explosent. On se retrouve pas avec des attentats.
Donc je pense que vouloir médicaliser le problème, je pense, serait une erreur. Qu'on crée des espaces et qu'on propose d'autres types de masculinité, beaucoup plus saines. Ça me paraît indispensable.
Que ce soit porté par des hommes, parce que de toute évidence, c'est pas une femme qui arrivera à les atteindre. En tout cas, le message ne les atteindra pas de la même manière. Oui, c'est important, c'est indispensable.
C'est pour ça aussi, pardon d'interrompre, qu'on a mis derrière vous cette photo d'un manifestant et Mascu, votre vérité nous fait honte. C'est vous les fragiles, si je me souviens bien, de la photo qu'on a choisi. C'est vrai que souvent dans les manifestations contre les violences sexuelles faites aux femmes, il n'y a pas beaucoup ou pas assez d'hommes.
C'est aussi un constat qu'on doit faire. Et dans l'éducation, on parlait de l'éducation avec la mère, mais les relations avec le père sont essentielles aussi parce que c'est quand même l ce que le papa peut enchaîner, enclencher une discussion et des échanges qui vont aussi être bénéfiques. Alors on va ouvrir un chapitre sur les liens entre les masculinistes et l'extrême droite et je me tourne vers vous Jonathan.
Alors on va commencer par l'analyser en se tournant vers les Etats-Unis. Oui, on pense assez spontanément à la figure de Donald Trump qui est quand même une figure majeure d'ailleurs de la culture mondiale. Donc Donald Trump qui a participé quand il était candidat à plusieurs podcasts d'influenceurs, virilistes, misogynes, absolument avérés.
C'est l'émetteur le plus puissant de cette masculinité toxique, il le fait sans complexe, on l'a constaté en nombreuses occasions, que ce soit en se posant, en mal dominant, même dans sa façon d'être avec les autres chefs d'Etat, la tenue de propos misogides, homophobes, stigmatisant les minorités. Et puis sans tomber dans la caricature, ça a été une élection particulièrement genrée la dernière fois aux Etats-Unis. Il a été élu par une majorité d'hommes et d'abord par une majorité Et puis alors il y a les connexions qui existent notamment aux Etats-Unis entre ces discours masculinistes et d'autres formes de radicalité politique violente Oui parce qu'aujourd'hui ce sont des discours qui débordent largement de ce qu'on a tendance à de circonscrire comme la manosphère et qui est très diverse comme vous le rappeliez et en fait il constitue même des portes d'entrée vers d'autres discours radicaux comme notamment le suprémacisme blanc parce que le masculinisme se résume alors dans ce cas -là en fait se résume à la défense du mal blanc chrétien qui perdrait de son pouvoir au profit de toutes les minorités et toujours dans ce genre de circonstances les femmes sont pointées comme étant des minorités ce qui est déjà questionnable en soi avec cette misogynie plus ou moins violente en fait les masculinistes jouent un un rôle fédérateur car en présentant le féminisme comme un adversaire commun ils permettent à des groupes divers nationalistes identitaires conservateurs religieux libertariens ont cité le cas d'elon musk il y a quelque temps antisémite aussi de se retrouver autour d'un même combat contre ce qui est différents regards qu'ils portent sur la décadence.
En fait, ils surfent sur le ressentiment et la frustration et le masculinisme sert de langage politique minimal mais encore une fois très fédérateur. Et alors, qu'est-ce qu'on peut en dire en France de ces liens. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Des liens existent entre les masculinistes et certaines sphères de l'extrême droite, à commencer par les groupuscules de l'extrême droite violente qui défendent le réveil d'un homme blanc dominant prêts au combat face aux immigrés. Et on voit, cette figure, elle pourrait tout à fait être celle d'un clip du bloc identitaire à l'époque. Donc on pense aussi au groupe Némésis qui revendique un féminisme identitaire mais qui est d'abord anti-musulman et qui, en fait, comme les masculinistes, contribuent à avoir pour cible commune le mouvement féministe.
Il y a un autre cas intéressant, et ça faisait écho à ce que vous disiez sur le fait que certains se cachent comme des cochons en séduction avec une fresque d'image un peu dondie. C'est le cas de Julien Rochdy. Julien Rochdy Il était patron du Front National de la Jeunesse au début des années 2010, 2012-2014.
Après, il a pris des distances quand Florian Philippot est devenu le numéro 2 du RN en stigmatisant les petits mecs fragiles qu'il y avait autour de Florian en philippon, on comprend bien ce que ça veut dire, et sous un vernis faussement intellectuel, comme je le disais, un peu dandy, un peu old-fashioned, en prenant soin de jamais prôner directement la violence, lui, il défend l'idée qu'un homme doit être un homme alpha, un homme puissant, un un homme fort physiquement. Et d'ailleurs, il l'avait même lancé, parce que ça se monétise, on le dit, des formations en ligne pour rééduquer les jeunes hommes. – Et puis alors politiquement, il y a une figure, c'est celle d'Éric Zemmour qui s'inscrit dans cette mouvance. – Oui, Éric Zemmour, avant même d'arriver dans la scène politique l'essayiste Éric Zemmour.
Il s'est posé et il se pose depuis des années en défenseur de l'homme blanc martyrisé, certes par l'immigration c'est son principal créneau sur la scène politique, mais au moins autant par la féminisation de la société et la dictature des minorités. Il en a fait plusieurs romans. Il a été beaucoup invité à l'époque.
Rochdy, Zemmour veulent une société qui reste dominée par les hommes et ils défendent le retour à la différenciation des sexes avec d'un côté un homme fort, une femme en gros réduite à son rôle de mer et des féminismes dépeintes, aux surprises, en dangereuses castratrices. Merci beaucoup Jonathan. J'apporte pour appuyer votre éditorial le témoignage d'un journaliste qui a enquêté, il s'appelle Paul Conge, il a infiltré ses groupes masculinistes pour écrire son livre-enquête qui s'appelle « Les grands remplacés ».
Et ce n'est pas un hasard si au sein de ces communautés de la séduction, on retrouve des références extrêmes droite, on retrouve des… on sait que les bibles du genre, ce sont les livres d'Alain Soral qui est un idéologue de la drague virile, d'Éric Zemmour qui était le candidat le plus à l'extrême droite de l'élection présidentielle de l'année dernière et qui a toute une œuvre en fait sur le masculinisme et contre la féminisation de la société. On voit bien qu'il y a une forme de perméabilité d'un côté entre la communauté de la séduction et la mouvance d'extrême droite. – La enquête, vous l'avez compris, qui datait de l'année 2023.
Est-ce que vous parlez, Alice Apostoli, en France mais peut-être dans d'autres pays aussi, d'un vivier électoral Alors oui, vous parlez des élections genrées aux Etats-Unis. C'est également le cas en Corée du Sud avec l'ancien président sud-coréen et qui a réussi à avoir beaucoup de votants qui sont notamment des jeunes hommes. Donc la Corée du Sud, ça reste quand même le pays où les inégalités salariales sont les plus graves de l'OCDE, où les taux de féminicides et de violences conjugales explosent.
Et pourtant, le message électoral, c'était de dire que le féminisme est allé trop loin, que la bataille contre les violences basées sur le genre prenne trop de place dans le débat public. Et donc du coup, proposait de fermer le ministère de la femme et de la famille qui notamment luttait contre les violences basées sur le genre facilitées par la technologie. Donc, c'était un argument de campagne.
Et on retrouve ces dynamiques-là un peu partout dans le monde. On parlait de Trump, on parle de la Corée du Il y a aussi l'Amérique latine, bien sûr. Et en fait, cette haine des femmes et du féminisme, c'est aussi la haine du progressisme, puisqu'il y a une perméabilité entre les différentes luttes sociales et elle s'est déclinée dans différents pays avec la même le même objectif c'est de garder un soi-disant enfin rétablir un ordre naturel en fait qui est surtout soutenu en fonction des régions par soit le suprématisme blanc, soit la religion, comme c'est notamment le cas en Europe.
C'est surtout des associations ou des acteurs chrétiens qui poussent cet agenda-là, contre l'égalité des genres, contre les droits à l'GBTQA +, et spécifiquement contre l'avortement. – Béatrice Gosselin, que dit votre rapport sur cette porosité entre masculinisme et extrême droite ? – Eh bien c'est vrai qu'elle existe, je pense qu'il y a aussi d'autres mouvements qui apportent aussi à la radicalisation, qui sont peut-être un tout petit peu moins évidents, mais qui existent aussi.
Je crois que c'est vraiment la porte ouverte à toute radicalisation et quand on a parlé tout à l'heure d'antisémitisme, c'est du racisme aussi parce que c'est la suprématie de l'homme blanc et c'est très diffus à la fois avec toute cette convergence de vouloir avoir une hiérarchisation et une domination de la femme. Donc je crois que voilà, je ne peux pas dire que ce soit uniquement d'ultra droite il y a de l'ultra droite évidemment mais il n'y a pas que. Le simple fait d'être une femme, Laure Salmona, il faut quand même le rappeler dans ce débat, ça vous expose sur les réseaux sociaux.
Quel que soit son secteur d'activité, sa notoriété, le nombre de personnes qui vous suivent. Alors le simple fait d'être une femme en ligne d et d'occuper l'espace public numérique va effectivement susciter trop souvent des violences, encore plus si on est une journaliste, une femme politique, une militante qui sera un peu plus exposée médiatiquement. Et ce qu'il faut bien comprendre...
Plus que pour les hommes qui sont dans la même situation ou dans la même exposition, on est bien d'accord. Plus que pour les hommes et d'ailleurs on le voit avec des femmes politiques qui sont obligées de se retirer de la vie parce qu'elles subissent trop de violences, parce que leurs enfants sont menacés, parce que finalement le prix à payer est trop élevé pour elles. Elles ne sont pas forcément protégées par leur parti politique.
Et ce qu'il faut bien comprendre c'est que ces cyber-violences qui visent 82 à 84 % de femmes, ce ne sont pas que des violences interpersonnelles, individuelles. Ce sont des armes qui ont pour but de réduire au silence les femmes, les minorités dans l'espace numérique. C'est-à-dire que, puisqu'Internet est un endroit où finalement on peut s'exprimer, tout le monde peut s exprimer sans avoir à passer par le filtre des médias traditionnels et donc exposer ses vues, qu'il y a pu y avoir des hashtags comme MeToo qui ont mis un coup de projecteur sur les violences que pouvaient subir les femmes.
En fait cet espace, s'il est investi par les femmes et les minorités, ça devient dangereux pour les groupes qui sont conservateurs, qui sont réactionnaires. Et ces groupes-là s'organisent et ils s'organisent très très bien depuis très longtemps. Ça avait même été théorisés par l'extrême -droite en France à la fin des années 90.
Ils appelaient ça le « Gramschisme technologique ». Ils s'organisent pour occuper l'espace, pour ne pas laisser de place surtout à un discours qui serait autre que le leur. Et l'idée, c'est de faire régner un régime de terreur pour ces femmes, pour ces groupes minorés, pour les intimider et pour leur faire mesurer le prix de leur rébellion contre l'Ordre – Question de François qui nous écrit de Verdelay, la jeunesse actuelle doit-elle faire face à plus de frustration qu'auparavant ?
Je voudrais qu'on a ouvert ce débat en essayant de comprendre ce qu'était ce mouvement. d'où il venait, je ne voudrais pas non plus qu'on donne l'impression que tous les ados français sont masculinistes. Vous voyez ce que je veux dire ?
Mais c'est très difficile de comptabiliser, madame la sénatrice. Oui, alors c'est vrai que c'est très compliqué de comptabiliser puisque s'il Il y a différents degrés d'emprise vers ce masculinisme. Donc là où pour les enfants, ce qui est vrai, c'est que dans les collèges, et c'est surtout les collégiens qui sont les plus touchés, il faut vraiment avoir une grande vigilance au niveau éducatif pour que l'on puisse déceler ces différents signaux, mais aussi pour apporter ces réponses que je vous parlais tout à l'heure de l'éducation aux médias, etc.
Et et puis et puis il faudrait aussi qu'on arrive à ce que les plateformes soient tout de même sanctionnées quand elles proposent ce genre de contenu alors vous l' avez dit c'est ce que nous demande Thomas de Strasbourg on va mettre sa question et je vous Je vous laisse conclure, pardon, mais j'apporte certains points à cet élément. Quand est-ce que le législateur envisagera d'interdire les réseaux sociaux qui sont ou deviennent clairement nocifs ? Alors ces réseaux, bien sûr, sont de plus en plus nocifs, en tout cas quand ils ont ces contenus, mais il faudrait que les plateformes acceptent, et c'est vrai que cet arrêt de la Cour de justice européenne du 16 juin est vraiment une porte ouverte et il faut vraiment qu'on continue.
Le le DSA, le Digital Services Act, aussi travaille. Mais ça va se faire au niveau européen, on ne pourra pas le faire simplement au niveau français. Donc il y a vraiment un travail de fait, mais il faut qu'il soit conforté et que les plateformes aient dans leur condition d'existence, qu'ils respectent et qu'elles soient condamnées financièrement ou par une fermeture des contenus, une invisibilité des contenus, parce que c'est vrai qu'il n'y a comme ça qu'on arrivera Il y a des contenus qui sont explicitement condamnables parce que ce sont des appels à la haine.
Ce qui est très compliqué, c'est le fond de sauce qui crée la porosité face à tout d'un coup la mise en...
Oui, et puis Et ceux qui en font un business, vous le disiez, ils font très attention à flirter avec la limite. – Et ils n'ont même pas forcément besoin de flirter avec la limite, parce que là on a vu depuis janvier 2025 sur méta ça n'est plus contraire au standard de la communauté de comparer une femme par exemple à une propriété ou à un objet c'est considéré comme quelque chose qui est ok sur la plateforme ça c C'est depuis que Mark Zuckerberg a renoncé. Il n'y avait pas beaucoup de contenus modérés auparavant, mais il y en avait un peu.
Il a carrément renoncé à cette modération. C'est de pire en pire. Il y a des choix de modérations qui sont Il y a aussi du sous-texte, des langages adaptés aux réseaux sociaux qui vont être utilisés par ces influenceurs pour ne pas voir leur compte sauter.
Et puis il y a ce problème, il faut que ce contenu soit signalé. Quand vous avez dans une vidéo d'une heure 10 minutes de haine à l'encontre des femmes, il faut pouvoir prendre le temps de le regarder, de le signaler pour que ça soit enlever par la plateforme. Mais aujourd'hui, grâce au règlement européen sur les services numériques ou le DSA, ces plateformes peuvent être condamnées à des amendes qui peuvent aller jusqu'à 6 % de leur chiffre d'affaires mondiales si elles ne luttent pas contre les risques systémiques qu'elles induisent.
Et cette radicalisation masculiniste est un risque systémique réel. – Alors, on parlait de la réponse du législateur. On peut se poser aussi la question de la réponse de l'État, du gouvernement, de l'administration.
Écoutez la porte-parole de l'association Oser le féminisme, violine de Philippi Sabaté. On assiste à ce qu'on appelle un backlash, c'est-à-dire finalement un regain des mouvements masculinistes qui prône cette idée de la femme objet, notamment dans les vidéos de coaching en séduction. Donc pour nous, oui, c'est un phénomène très inquiétant et qui n'est pas assez pris en compte par les pouvoirs publics. – Sous estimation par les pouvoirs publics, on peut considérer que le rapport que vous publiez aujourd'hui est déjà une Une première étape, vous prenez une stratégie de lutte interministérielle.
Pourquoi la transversalité est importante ? Tout simplement parce qu'il existe déjà au ministère de l'Intérieur des recherches, des surveillances, de la Il y a des GSI à des cas, il y a eu une personne arrêtée qui a été condamnée pour attentat. Mais il y a d'autres personnes qui sont encore dans les radars, qui sont sous le feu de leur surveillance.
Donc ça reste en silo, vous avez les chercheurs d'un côté qui voient un petit peu comment ça bouge et c'est très fluctuant. Donc il y a vraiment toujours besoin de se mettre entre guillemets à la page des nouvelles, des nouveaux codes, des nouvelles façons de distiller ce Et puis vous avez le monde éducatif, le monde de la justice, vous avez le monde de la santé. Donc il faudrait qu'on ait vraiment quelque chose qui regroupe l l'ensemble, en Espagne, c'est déjà le cas.
Et ça fonctionne mieux parce qu'il y a vraiment un pilote dans l'avion qui coordonne tous les actes. – C'est l'enjeu de la loi intégrale. – Exactement. – Mais on se rend bien compte qu'il y a quand même une vraie – La loi intégrale sur les violences contre les enfants et les femmes.
On revient sur les mêmes publics, les mêmes gens qui sont mobilisés sur ces questions-là, la même inertie quand même, même si là on parle quand même de la délégation aux droits des femmes du sénat le conseiller à l'égalité voilà à quand des phrases des mots des actes dont je sais pas les voeux du 14 juillet dans le discours de politique générale dans les moments les plus symboliques et les plus forts de notre vie politique on a comme encore le sentiment que ça passe au second plan pour la majorité des gens qui sont censés guider et faire émerger de nouvelles sociétés dans ce pays d'ailleurs c'est le titre qu'on a choisi un poison pour pour la démocratie c'est le symptôme d'une démocratie malade alice apostoli bah écoutez on a des dynamiques d'exclusion de l'espace numérique où justement se jouent énormément de débats et de discussions de l'actualité énormément de désinformations genrées pour les femmes visibles politiques journalistes, etc., qui font partie du débat public également. Et l'ambition, non seulement d'un retour en arrière, puisque censément c'est au nom des traditions qu'on est contre le progrès, le féminisme, etc., voire voir des enjeux réactionnaires et illibérales.
Et se marient beaucoup des personnes libertariennes aussi, tout le mouvement libertarien. – Et les tradouilles aussi ? – Voilà, et les tradouilles, c'est effectivement l Il y a vraiment toute une narrative de retour en arrière qui, en fait, n'est pas vraiment un retour en arrière.
Quand on parle des tradwives, les femmes, historiquement, ont toujours travaillé. Donc, tradwife, ça veut C'est l'esthétique de la femme traditionnelle des classes aisées aux Etats-Unis des années 50-60. Ce n'est clairement pas la majorité des femmes.
La majorité des femmes travaillait en tant qu'institutrice, courturien, on n'a jamais arrêté de travailler. Donc ce n'est vraiment pas un retour en arrière, c'est un imaginaire... – Une nostalgie d'un groupe qui n'a jamais existé. – Voilà, qui ne veut pas le voir exister au détriment du bas de la démocratie, puisqu'il est question aujourd'hui de retirer le droit de vote aux femmes aux Etats-Unis et dans des conférences de Tradwif, elles sont OK à l'idée qu'on leur retire le droit de vote.
Alors il y a une question qui s'affiche en ce moment, est-ce qu'il y a des femmes masculinistes ? Elles sont ultra minoritaires. Est-ce que vous, dans les contenus que vous surveillez sur les réseaux sociaux, vous voyez aussi des femmes qui relaient ou qui portent cette idéologie ?
Forcément, il y a des femmes qui adhèrent à ces idéologies, tout simplement parce qu'elles les ont intégrées, parce qu'on a été tous et toutes élevés dans une société patriarcale qui a tendance à normaliser certaines normes de genre. Il y a des personnes qui vont y adhérer plus ou moins, notamment parce qu'elles veulent défendre justement cet idéal d'un monde conservateur qu'elles peuvent avoir. Mais je pense... – Le dernier mot, c'est la fin du débat. – Oui. – En tout cas, je pense que pour lutter contre ces problématiques, il y a des choses qui sont très importantes à mettre en place.
Aujourd'hui, on a un observatoire de la haine en ligne en France dans lequel il n'y a aucune organisation féministes ou travaillant sur les violences de genre, c'est-à-dire que la misogynie n'est pas prise en compte par cet observatoire. Je pense que c'est assez scandaleux et que c'est quelque chose qu'il faudrait changer. Le message est passé, ce sera le dernier message de ce débat, merci beaucoup merci à toutes d'y avoir participé votre livre Politiser les cyber-violences il sort en poche aux éditions Cavalier Bleu à bientôt sur Public Sénat
Béatrice Gosselin