Interview "Découverte" : La FNSEA veut soutenir la souveraineté alimentaire - 05/06
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:21OuverteRéponse directe
Les Pays-Bas, d'habitude très libéraux, votent contre le Mercosur. Est-ce un signal ?
- 1:02OuverteRéponse directe
Le Président a évoqué la souveraineté alimentaire. Faut-il l'envisager au niveau européen ?
- 3:48OuverteRéponse directe
Les grandes surfaces vendent plus de produits français pendant la crise. Est-ce que ça continue ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:39PrésentateurFait
« Le Mercosur, en l'état, n'est pas acceptable. »
- 2:30PrésentateurChiffre
« Les Français ont acheté plus de produits français pendant la crise. »
- 4:10PrésentateurChiffre
« Nous importons 50% de nos tomates. »
- 4:20PrésentateurFait
« Pour avoir des prix bas, l'approvisionnement s'est fait en Espagne plutôt. »
Temps de parole
- Présentateur75 %
- Invité politique25 %
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Vous écoutez RMC.
Christiane Lambert, bonjour. Vous connaissez bien les accords commerciaux internationaux. Tiens, à propos d'accords commerciaux, le Mercosur est en mauvaise posture, l'accord entre l'Union Européenne et les pays d'Amérique du Sud. En mauvaise posture parce que les députés néerlandais ont voté contre cet accord.
Alors ça, c'est un scoop, parce que les Pays-Bas sont d'habitude un pays qui est extrêmement libéral, toujours très volontaire pour faire des accords, en désaccord avec nous, assez souvent d'ailleurs. Et là, ce sont les Pays-Bas qui, les premiers, donnent ce signal. Alors, nous avons eu, nous, l'expression du Président de la République l'année dernière. Le Mercosur, en l'état, n'est pas acceptable. Mais là, c'est un vote des députés. Est-ce que c'est un signal ? Vous savez qu'il y a aux Pays-Bas, en ce moment, énormément de remises en question, un alignement sur des règles environnementales qu'ils ne respectent pas et qu'ils vont devoir respecter maintenant.
Mais peut-être certains pays tirent plus vite les enseignements de cette crise Covid où on a dit qu'on ne pouvait plus aller se fournir aux quatre coins du monde pour des raisons sanitaires, notamment pour l'alimentaire.
Alors, justement, le Président de la République que vous avez rencontré hier vous a parlé de souveraineté alimentaire nationale. Donc, on ne va pas aller passer des accords commerciaux avec le Brésil, avec la Nouvelle-Zélande, avec le Mexique ou autre, alors qu'on prône la souveraineté alimentaire nationale.
Alors, oui, le Président a dit à plusieurs reprises, le 12 mars, le 13 avril, la souveraineté alimentaire. Il faut l'envisager, pour nous, au niveau européen. France, bien sûr, produire tout ce que l'on peut en France, sauver toutes les entreprises que l'on peut sauver, parce que certaines sont en vraie difficulté, y compris en agriculture, parce qu'elles ont eu des grosses méventes. Les horticulteurs, les pommes de terre industrie pour faire des frites, le cidre, la bière, le vin, qui souffrent énormément, le canard, le pigeon, les cailles, ces produits qu'on mange au restaurant, mais qu'on ne mange pas à la maison.
On a des surstocks aujourd'hui, donc on a besoin d'un plan d'aide et on doit être dans le plan de relance. Mais produire en France, ça veut dire avoir les éléments de compétitivité. J'entends la question de compétitivité, mais c'est la France qui a créé des charges, des normes, des délais qui nous rendent non compétitifs. On n'est pas plus mauvais que les autres pays européens, nous les producteurs et les industriels. Mais ces charges qui sont arrivées, par ailleurs, pour financer ici YZ, ou pour se distinguer, nous mettent en distorsion. Alors, la crise a montré que l'agriculture française avait tenu, diversifiée, organisée, agile, robuste, résiliente. Nous avons fait tout ça.
Nous ne pouvons pas être oubliés du plan de relance. Il faut s'appuyer sur cette richesse. Et les Français ont été présents. Les Français ont acheté plus de produits français pendant la crise. Alors, les mêmes Français ont tout de suite pris leur voiture pour aller acheter des cigarettes espagnoles ou à la frontière, vous l'avez vu. C'est-à-dire que la force au prix bas, il ne faut pas se raconter l'histoire, elle durera. Donc, il faut que l'État français relocalise ou garde en France un certain nombre de produits, mais nous donne la possibilité de ne pas être surtaxé de partout pour être plus cher que les autres. Si les masques français sont plus chers, pourquoi ?
Parce que nous avons des coûts sociaux plus élevés. C'est un choix. Mais on ne peut pas avoir un niveau de vie premium et acheter low cost. Si on achète tous nos produits low cost à 3 francs 6 sous, eh bien, on tue l'emploi français. Vos emplettes sont vos emplois. Ce que l'on achète fait notre économie. Sinon, on a un pays de consommateurs, chômeurs.
Oui, oui, oui. Vous avez bien résumé la situation, Christiane Lambert. C'est formidable. Mais c'est vrai.
C'est tellement vrai. Sauver l'emploi, c'est sauver les entreprises. Sauver l'agriculture française, dont chacun plébiscite la qualité à l'international. Mais nous, ce que nous souhaitons, c'est que nos produits, les beaux animaux limousins comme ceux que je vois derrière vous, ne soient pas mis en concurrence avec des animaux d'Amérique du Sud. Ils ont changé la race de ce côté. Je fasse attention. Ne soient pas mis en concurrence avec des animaux qui viennent d'autres continents et qui ne respectent absolument rien. Donc, nous, nous faisons des efforts...
Alors, aujourd'hui, la grande surface... Il faut penser aux grands distributeurs, à l'agroalimentaire. Les grandes surfaces nous disent qu'on vend plus de produits français. Ça a été vrai pendant le confinement. Est-ce que ça continue à être vrai ou pas ?
Ils l'ont fait pendant la crise, parce qu'ils étaient réunis toutes les semaines par le maire qui leur disait « Soyez sérieux, je surveille. » Et il y aura des contrôles. On va voir maintenant ce qui se passe. Mais ce qu'il faut dire aussi, c'est que nous importons 50% de nos tomates. Nous importons 50% de nos fraises. Pourquoi ? Parce que depuis 20 ans, pour avoir des prix bas, l'approvisionnement s'est fait en Espagne plutôt. Parce que nos agriculteurs ne gagnaient pas leur vie, ils ont fait faillite en vendant trop peu cher. Et maintenant, on est dépendant de l'Espagne pour les fraises, de la Hollande pour les courgettes, etc.
Relocaliser en France, ça veut dire contractualiser maintenant sur des volumes et des prix rémunérateurs les mêmes que cette année.
Ça doit servir à cela, le plan de relance, en partie.
Oui, et je l'ai dit au moment des réunions à Bercy, pendant la crise. Vous savez, il faut dire les choses pendant la crise, parce qu'après, beaucoup de gens oublient vite. Un certain nombre de distributeurs se sont engagés à dire, je contractualise le même volume, le même prix que cette année, pour l'année prochaine. Eh bien, mes producteurs, s'ils ont un contrat avec volume et prix, comme cette année, ils peuvent aller voir leurs banquiers, ils peuvent faire une nouvelle serre, et ils auront le débouché. Il faut que les consommateurs soient au rendez-vous aussi. C'est-à-dire que les consommateurs français, nous, nous voulons leur dire, choisissez longtemps les produits français.
Vos emplettes sont vos emplois, pour qu'il y ait du travail dans l'industrie agroalimentaire, pour qu'on continue à avoir 35 000 jeunes apprentis, chez nous, qui viennent à prendre le geste en agriculture et dans les industries, pour qu'on continue à avoir des entreprises qui fonctionnent. Et cet approvisionnement qualitatif, c'est un tout cohérent. Production durable, nous, nous faisons tout pour produire dans le meilleur respect de la planète, mais il faut une consommation durable et responsable, une consommation équitable.
Et le commerce équitable, ce n'est pas que pour le café de Colombie et pour les petits producteurs, c'est aussi pour les producteurs français, à qui il est demandé plein d'efforts. Nous avons écrit un manifeste qui s'appelle Une alimentation pour tous, dans le respect de la planète, où nous parlons de souveraineté alimentaire, de souveraineté industrielle, de souveraineté sanitaire et technologique. Et l'industrie agroalimentaire française a besoin d'être soutenue aussi, et nous portons, dans le plan de relance, un volet agricole.
Eh bien, merci, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, j'ai retenu votre slogan, vos emplettes sont vos emplois. Merci, Christiane Lambert.