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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 16 avril 2024 36 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & famille

Iran : les mollah durcissent le ton

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 27 %Attaque 18 %Défensif 45 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:47OuverteRéponse directe

    Comment analysez-vous l'attaque d'Israël par l'Iran ?

  • 4:13OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que le 7 octobre a changé dans la dynamique régionale ?

  • 7:37OuverteRéponse directe

    Pourquoi les États-Unis ne changent-ils pas de stratégie face à Israël ?

  • 13:53OuverteRéponse directe

    Quel est votre regard sur la stratégie du pouvoir iranien aujourd'hui ?

  • 14:51OuverteRéponse directe

    Pourquoi une frappe aussi peu efficace ?

  • 15:49OuverteRéponse directe

    L'Iran était-il au courant de l'attaque du Hamas ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:30InvitéFait
    « Il y a une conséquence immédiate qui, je crois, continue à peser sur le Moyen-Orient, c'est qu'à cette occasion, Israël a montré qu'il n'était pas un État aussi invulnérable qu'on le dit. »
  • 5:51InvitéFait
    « La question palestinienne n'est plus sur notre agenda. Bon, maintenant, ça, c'est fini. Et le 7 octobre a définitivement remis la question palestinienne sur la table et en haut, sur l'agenda. »
  • 6:30InvitéFait
    « Les États-Unis n'ont cessé depuis quelques années d'être humiliés, humiliés au Moyen-Orient. »
  • 9:35InvitéFait
    « Les États-Unis ont investi dans un soutien absolu à l'État d'Israël pratiquement, enfin oui, pas plus que pratiquement, réellement depuis la création de celui-ci. »
  • 31:10Locuteur non identifiéChiffre
    « Lors des élections présidentielles de 2021, il y a eu un taux d'abstention record de plus de 51%. »
  • 33:30InvitéFait
    « qui a signé le traité sur le nucléaire iranien »
  • 33:58InvitéFait
    « le traité du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien »
  • 35:15Locuteur non identifiéFait
    « après que Trump sorte de l'accord nucléaire »
  • 35:44Locuteur non identifiéChiffre
    « c'est le 19 janvier 2023 »
  • 35:53Locuteur non identifiéFait
    « il y a une résolution qui a été votée à l'Union Européenne »
  • 36:01Locuteur non identifiéFait
    « le classement du corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes »

Temps de parole

  • Invité64 %
  • Locuteur non identifié21 %
  • Présentateur14 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Trois jours après l'attaque inédite menée contre Israël par l'Iran, le Moyen-Orient craint toujours une escalade du conflit au niveau régional alors que les pays arabes et occidentaux tentent de désamorcer une possible tentative de représailles de Benjamin Netanyahou contre les régimes des Mollahs. L'État hébreu a riposté hier contre des infrastructures du Hezbollah au Liban dans une volonté de réaffirmer ses capacités de dissuasion. Bonjour Bertrand Baddy. Bonjour. Vous êtes politologue, professeur des universités et méritent à Sciences Po. On vous doit notamment pour une approche subjective des relations internationales aux éditions Odile Jacob.

Tout d'abord peut-être revenir sur l'attaque d'Israël par l'Iran. De plus en plus, il est question d'une attaque qui aurait été millimétrée, disent les uns, orchestrée, disent les autres. Comment c'est-vous ?

1:03
Invité

Oui, je crois qu'on a assisté à un scénario quand même très étrange, digne d'un film qui aurait connu beaucoup de succès, c'est-à-dire du côté iranien faire la démonstration de force la plus spectaculaire et convaincante possible sans provoquer le moindre dégât, ou en tout cas le moins de dégâts possible. Et côté israélien, il s'agissait effectivement d'épargner le territoire et la population, de montrer la force de sa capacité défensive, mais en même temps de mettre en scène l'extrême gravité de l'affaire.

C'est-à-dire qu'on avait affaire en même temps à une logique croisée, il fallait faire du grand spectacle pour éviter en même temps les conséquences les plus dramatiques et les enchaînements dont on parlera tout à l'heure, et de ce point de vue-là, il y avait une sorte de consensus discret, enfin de consensus objectif plus exactement, entre les deux partenaires. Ils étaient d'accord l'un et l'autre pour montrer que c'était une attaque gravissime, d'une grande importance, et ils étaient d'accord aussi, bien entendu, pour qu'il n'y ait pas trop de dégâts matériels, ni surtout humains.

C'est quand même un scénario assez exceptionnel, mais ce que l'on ne voit peut-être pas, c'est que derrière ce duel, se jouent des parties d'une extraordinaire complexité. La première, qu'on n'a peut-être pas assez soulignée, c'est pour ça que je commence par cela, la volonté de l'un et l'autre de s'affirmer comme puissance régionale. L'obsession de l'Iran, en fait, même pas depuis 1979 la révolution islamiste, mais du temps du chat c'était la même chose, c'est de se faire reconnaître le statut de puissance régionale. Les grandes puissances ont horreur des puissances régionales parce que ça mord sur leur omnicompétence.

Du temps de la guerre froide, ça s'arrangeait, c'est-à-dire le chat était une puissance régionale liée contractuellement avec la puissance américaine. Ça ne posait pas trop de problèmes. Après, ça s'est brouillé, parce que quand il n'y a plus de bipolarité, il n'y a plus d'alignement, et donc les puissances régionales, on dit qu'on existe pour nous. Regardez la Turquie, c'est exactement la même chose. L'Iran veut ça aussi, et Israël, d'un certain point de vue, recherche la même chose sur un mode un peu différent. L'idée d'Israël, c'est de garder la prédominance en matière de puissance dans la région pour assurer sa propre sécurité.

Donc, il y a une grande bagarre à l'intérieur de l'espace Moyen-Oriental pour s'affirmer comme acteur, comme acteur incontournable, donc comme puissance régionale, et à l'extérieur du Moyen-Orient pour contenir cette volonté d'exister comme puissance régionale.

4:13
Présentateur

Qu'est-ce que le 7 octobre a changé dans tout cela, Bertrand Baddy ?

4:16
Invité

Alors, le 7 octobre, je crois qu'on n'en finit pas d'en voir les conséquences, et selon une formule célèbre, c'est peut-être dans 10 ans, dans 20 ans, ou dans 100 ans, qu'on saura exactement toutes ces conséquences. Il y a une conséquence immédiate qui, je crois, continue à peser sur le Moyen-Orient, c'est qu'à cette occasion, Israël a montré qu'il n'était pas un État aussi invulnérable qu'on le dit. Et ça, effectivement, pour un État qui construit sa politique étrangère, j'allais dire sa politique tout court, sur l'argument, sur le couple sécurité-puissance, c'était une grave entaille faite à une construction vieille de trois quarts de siècle. Ça, c'est un élément.

Et tout ce qui se passe depuis, c'est une volonté désespérée, et on l'a vu dans la fameuse nuit de vendredi à samedi, c'est aussi ce qui a déterminé la stratégie d'Israël, montré à l'occasion d'une attaque iranienne, que cette invulnérabilité est bien toujours là. Ça, c'est un premier élément. Le deuxième élément, c'est que, bien entendu, il ne faut quand même pas l'oublier, parce que là aussi, avec cet événement israélo-iranien, on l'a laissé de côté. C'est qu'on a rouvert de manière extrêmement grave, et peut-être cette fois-ci de manière définitive. C'est un terme que j'emploie rarement. La plaie palestinienne.

C'est-à-dire, vous savez que ces 25 dernières années, j'entendais encore un haut responsable français qui me disait, la question palestinienne n'est plus sur notre agenda. Bon, maintenant, ça, c'est fini. Et le 7 octobre, a définitivement remis la question palestinienne sur la table et en haut, sur l'agenda. Ça, c'est un deuxième élément. Le troisième élément, il y en a d'autres, mais on va s'arrêter au troisième. Le troisième élément, c'est le désastre diplomatique américain. Et là aussi, c'est important pour comprendre ce qui s'est passé ces derniers jours. Les États-Unis n'ont cessé depuis quelques années d'être humiliés, humiliés au Moyen-Orient.

Été 2022, Joe Biden se rend en Arabie Saoudite, MBS oublie d'aller le chercher à l'aéroport, il lui parle de manière effrontée. Bref, l'allié historique saoudien disparaît. Rappelez-vous la débâcle en Afghanistan, autre humiliation. On pourrait remonter jusqu'à la révolution de 79 en Iran qui était aussi une humiliation pour les États-Unis. Et puis surtout, depuis le 7 octobre, le secrétaire d'État Blinken va six fois dans la région, le président Biden lui-même une fois, il ne cesse l'un et l'autre d'être en contact téléphonique direct avec tel ou tel acteur clé de la région et toutes les recommandations suggérées par les États-Unis n'ont absolument aucun effet.

Et ça, c'est aussi peut-être la clé d'interprétation de ce qui s'est passé ces derniers jours.

7:37
Présentateur

Alors justement, parce que effectivement, on assiste aux tentatives américaines qui n'aboutissent pas véritablement à des résultats convaincants dans la région, par exemple, par rapport à Israël, pourquoi l'Amérique ne change-t-elle pas de stratégie par rapport à l'État hébreu, d'autant que les intérêts des deux pays sont évidemment divergents. L'intérêt de Benjamin Netanyahou n'est probablement pas d'aider Joe Biden non plus. Qu'en pensez-vous, Bertrand Baddy ?

8:07
Invité

Alors, c'est compliqué parce que c'est un phénomène à plusieurs niveaux et ça dépasse de beaucoup le cadre du Moyen-Orient. On est dans un temps que d'aucuns appellent post-hégémonique où les hégémonies ne s'exercent plus de façon aussi nette, c'est presque une tautologie, et du temps de la guerre froide où les alignements étaient parfaits.

Il y a eu, et il y a eu au Moyen-Orient plus tôt qu'ailleurs, si vous comparez la relation américano-israélienne et américano-européenne, le virus s'est développé beaucoup plus tôt en Israël, c'est-à-dire la volonté du petit frère de s'émanciper du grand frère pour s'exprimer ainsi, si vous voulez, et cette constante qui est antérieure à Netanyahou, qu'on retrouvait déjà chez Ehud Barak et Ehud Olmert et bien d'autres, cette volonté constante de dire nous décidons seuls. Ça fait partie de cette logique de puissance-sécurité dont je parlais tout à l'heure à propos d'Israël.

Donc, c'est une régression globale et qu'on retrouve en Asie et qu'on retrouve en Afrique, on vient d'en parler à propos du Niger et qu'on retrouve en Europe, même si les formes bien en est sont différentes. Deuxième élément, il faut comprendre une chose simple mais qu'on oublie, on oublie souvent les choses simples, c'est qu'on ne change pas une politique étrangère comme de chemise. Ce n'est pas si facile. Les États-Unis ont investi dans un soutien absolu à l'État d'Israël pratiquement, enfin oui, pas plus que pratiquement, réellement depuis la création de celui-ci.

Du temps où même sur le vote aux Nations Unies portant partage de la Palestine, les États-Unis faisaient pression sur le Libéria, sur les Philippines, etc., pour qu'ils votent en faveur de la création de l'État d'Israël. et une politique étrangère qui a 75 ans d'âge, vous ne pouvez pas, en vous levant un beau matin, dire, ben non, maintenant, on va faire le contraire. Ce n'est pas possible, pour des raisons, en même temps, de crédibilité internationale, d'investissement dans quantité de domaines, de liens qui se sont créés et qui se sont institutionnalisés.

Et donc, les États-Unis, en l'occurrence Joe Biden, se trouvent dans une situation absolument épouvantable parce que, si un État ne peut pas changer facilement sa politique étrangère, les sociétés, elles, peuvent changer de comportement collectif à vitesse grand V. Et ça, c'est l'une des données, l'un des paramètres de la crise Moyen-Orient, telle que nous la connaissons depuis le 7 octobre, c'est-à-dire une mutation extrêmement profonde de la société américaine. Il y a deux mutations de la société américaine. Il y a une montée anti-mondialisation qui a favorisé le trumpisme, le néo-souverainisme, le protectionnisme, etc.

Et une transformation du regard porté sur les différents, je dirais, champs de bataille du monde qui se traduit notamment par une inversion complète des orientations de la jeunesse américaine et singulièrement de la jeunesse démocrate et de l'aile gauche du parti démocrate. Biden en est l'otage. Il perd cet électorat même s'il ne fait que se réfugier de l'abstention et il perd les élections. Et en même temps, il ne peut pas modifier sa politique étrangère. Mettez-vous à sa place. Qu'est-ce qu'il peut faire ? Il parle. Vous savez, quand on ne peut rien faire, on parle.

Et la rhétorique Biden depuis le 7 octobre, c'est de dire mais il ne faut pas d'escalade, c'est une erreur d'attaquer Gaza, il faut prendre davantage soin des questions humanitaires à Gaza. Tout un tas de choses dont il espère uniquement que ça calmera cette jeunesse qui est en position pivot dans le jeu démocratique américain. Le gros problème, je dirais l'un des effets pervers de la nuit du 13 au 14 avril, c'est que toute cette rhétorique est en train de disparaître parce que on se dit mais un soutien si ferme apporté par les Etats-Unis avec des termes définitifs en direction d'Israël montre que le reste c'était une sorte de rhétorique superficielle.

12:43
Présentateur

Bertrand Baddy on se retrouve dans une vingtaine de minutes vous serez rejoint par la journaliste franco-iranienne Delphine Minoui on verra dans quelle mesure et bien la situation aujourd'hui avec la volonté israélienne de temporiser pour l'instant Benjamin Netanyahou n'a pas réagi à cette attaque iranienne pourrait susciter là aussi de nouveaux bouleversements dans la région 7h56 sur France Culture 6h39 les matins de France Culture Guillaume Erner et l'on évoque à nouveau la situation au Proche-Orient avec la menace aujourd'hui de représailles israéliennes nous sommes en compagnie de Bertrand Baddy politologue professeur des universités émérite à Sciences Po on vous doit notamment pour une approche subjective des relations internationales aux éditions Odile Jacob et nous voici en duplex avec la journaliste franco-iranienne Delphine Minoui bonjour Delphine bonjour on vous doit notamment l'alphabet du silence publié aux éditions de l'Iconoclast peut-être tout d'abord un mot votre regard sur la stratégie qui est suivie aujourd'hui par le pouvoir iranien

14:00
Locuteur non identifié

je pense que ce qui vient de se passer est sans précédent jusqu'ici l'Iran essayait de fragiliser Israël à travers ce qu'on appelle ses proxys les milices soutenues je pense au Houthis au Yémen je pense au Hezbollah au Liban je pense au Hamas évidemment en Palestine et là c'est la première fois qu'il y a une frappe directe on sent la volonté iranienne de riposter contre ce qu'ils considèrent et le disent ouvertement dans les discours un affront qui a touché le consulat d'Iran à Damas où se trouvait il faut le rappeler un des grands cerveaux de la force Rhodes la force des gardiens de la révolution l'armée idéologique du régime qui était notamment en charge de cette guerre asymétrique depuis toutes ces années alors

14:51
Présentateur

cette frappe donc vous l'expliquez ainsi pourquoi une frappe aussi peu efficace est-ce qu'elle a été justement calculée comme le disent beaucoup de commentateurs pour que celle-ci n'atteigne pas véritablement Israël

15:06
Locuteur non identifié

c'est avant tout un message je pense adressé par l'Iran pour faire comprendre que voilà de quoi nous sommes capables maintenant nous vous prévenons il s'agissait précisément des drones qui ont pris des heures pour atteindre Israël sachant que l'Iran est en possession de missiles beaucoup plus puissants qui pourraient toucher à l'avenir la région en quelques minutes donc là c'était la force de dissuasion qui a voulu activer l'Iran à ce moment-là

15:41
Présentateur

Bertrand Badi sur la stratégie poursuivie par le pouvoir iranien son attitude depuis l'attaque du Hamas une attaque qu'il a commandité une attaque avec laquelle il était en accord ou bien au contraire une attaque qui gêne le pouvoir iranien

15:59
Invité

alors d'abord il est difficile de répondre de manière absolument certaine et affirmative à cette question ou alors il faut être un agent très professionnel des renseignements moi je pense que le plus probable est que l'Iran n'était pas au courant d'abord je pense qu'il faut un peu nuancer cette formule des proxys que l'on entend beaucoup utiliser en ce moment il faut voir que nous sommes dans un jeu international où les acteurs non étatiques ont de plus en plus d'importance autrefois un acteur non étatique était nécessairement à la remorque de quelqu'un aujourd'hui par quantité de facteurs les acteurs non étatiques peuvent jouer un rôle extrêmement important et ont des avantages par rapport aux états c'est-à-dire souvent ils courent plus vite que les états ils ont moins de contraintes moins de lourdeur dans leur processus de décision donc il n'est pas du tout absurde de penser que l'Iran n'était pas au courant d'autant que n'oubliez pas une chose on dit que le Hamas est un proxy de l'Iran mais on dit souvent aussi que l'Iran c'est les chiites et les autres c'est les sunnites ou la majorité des autres c'est une division que je récuse totalement pourquoi ?

parce que c'est beaucoup plus compliqué que ça ce n'est pas la culture ou en tous les cas les sectes religieuses qui déterminent le jeu politique il faut savoir faire la distinction entre chiisme et sunnisme et les communautés chiites et les communautés sunnites dans les pays où il y a des communautés chiites minoritaires je pense au Liban je pense en Irak là effectivement les liens sont des liens de nature politique ce sont des communautés minoritaires qui veulent se défendre et qui choisissent le parrainage bien entendu d'état où ils sont majoritaires mais on voit bien que c'est un langage politique c'est un jeu politique qui s'avère c'est pas un jeu culturel ni encore moins théologique bon mais il reste que le Hamas est sunnite et donc les liens avec l'Iran ne sont pas forcément des liens extrêmement forts au contraire quand il y a quelque part dans le monde des acteurs non étatiques autonomes c'est parce que on est dans une situation de crise de crise du contrat social de crise de la communauté politique de ce qu'on appellerait entre guillemets de guerre civile potentielle et du coup ces acteurs là disposent d'une énorme autonomie et sont par définition parce que c'est leur survie qui se joue extrêmement proactif ils vont pas chercher leurs ordres ce ne sont pas des marionnettes le Hamas n'est pas une marionnette de l'Iran et même le Hezbollah qui est pourtant plus proche du régime iranien a tout un tas de ressources qui lui garantissent son autonomie par rapport à l'Iran et les Aussis c'est encore plus compliqué parce qu'il y a des distances encore beaucoup plus fortes donc soyons clairs de ce point de vue là il n'y a pas eu de manœuvre iranienne pour déclencher le 7 octobre que l'Iran se soit rallié à la cause du Hamas qu'il l'ait soutenu politiquement diplomatiquement et militairement c'est incontestable que ce soit une initiative iranienne non vous savez je disais tout à l'heure l'Iran veut avant tout se faire reconnaître comme puissance régionale et se faire reconnaître comme puissance régionale ça passe en même temps par l'affirmation et Dieu sait si on assiste à des affirmations en ce moment et une certaine retenue pour rester dans le jeu et pour ne pas en être exclu

19:38
Présentateur

Delphine Minoui et alors qu'en pense le peuple iranien

19:42
Locuteur non identifié

alors c'est intéressant parce qu'il faut vraiment distinguer d'un côté le pouvoir et de l'autre la population ça ça m'avait beaucoup marqué quand j'étais à Téhéran j'y ai vécu une dizaine d'années entre 97 et 2009 d'un côté on vous apprend à l'école à piétiner le drapeau israélien à le brûler pendant les commémorations pour célébrer l'anniversaire de la révolution islamique de 1979 on vous fait prier mort à Israël mort à l'Amérique à la grande prière hebdomadaire du vendredi et de l'autre vous avez une population qui sincèrement réclame la paix qui se désintéresse en grande majorité de la situation qui désapprouve le soutien du régime au Hamas et qui va s'éloigner de la cause palestinienne non pas parce qu'elle est pro-israélienne mais parce qu'elle considère que le pouvoir devrait se concentrer sur sa propre population plutôt qu'appuyer militairement et financièrement des leviers à l'étranger juste un exemple qui m'a toujours marqué au cours des différentes vagues de manifestations qu'a connues l'Iran ces dernières années il y a un slogan qui revient toujours dans les cortèges c'est le suivant c'est ni Gaza ni Liban je donne ma vie pour l'Iran et je pense que ce slogan il dit tout de la population iranienne dans sa grande majorité évidemment sachant qu'il y a toujours une minorité qui restera acquise à la cause du régime pour des raisons idéologiques ou économiques

21:14
Présentateur

ça veut dire qu'aujourd'hui cette population elle observe les événements avec crainte elle a envie donc qu'il y ait une solidarité plus forte avec la cause palestinienne que diriez-vous Delphine Minoui

21:29
Locuteur non identifié

alors en fait c'est vrai qu'aujourd'hui la population suit de très très près ce qui se passe parce qu'il y a une peur il y a une peur d'une nouvelle guerre évidemment il faut rappeler que les stigmates de la guerre Iran-Y qui a duré 8 ans de 80 à 88 sont encore dans les esprits en Iran et l'autre peur c'est l'isolement sur la scène internationale les sanctions renforcées sur le pays qui pourrait encore plus asphyxier l'économie qui va actuellement très très mal aujourd'hui en Iran

22:08
Présentateur

Qu'en pensez-vous

22:10
Invité

Bertrand Maddy ?

Oui je suis d'accord avec ce qui vient d'être dit je crois qu'il faut bien insister sur trois éléments d'abord sur la carte du monde aujourd'hui il n'y a pas d'exemple peut-être aussi fort d'une autonomisation très forte de la société civile par rapport au régime il y a une société civile en Iran extrêmement active extrêmement mondialisée informée réactive aux événements une société civile si active il n'y en a pas beaucoup dans le monde même le régime des Mullah est obligé d'en tenir compte ça c'est un premier élément le deuxième élément qu'il faut bien avoir en tête c'est que l'Iran le peuple iranien a beaucoup souffert de la guerre Iran-Irak qui avait fait énormément de morts près d'un million de morts c'était une guerre terrible peut-être en quelques mots nous rappeler cette guerre et bien c'était au lendemain de la révolution de 1979 Saddam Hussein un peu encouragé par les puissances occidentales pensait que la vulnérabilité de ce nouveau régime était telle qu'une action militaire permettait de le déstabiliser le renverser et éventuellement de construire des relations je dirais plus tranquilles avec un voisin plus accommodant c'était ça l'idée il y a eu une réaction nationaliste très très forte en Iran nationaliste ça surprenait parce que la mobilisation elle était islamiste et anti-absolutiste mais pas nationaliste mais celle-ci s'est réveillée c'est traduit par une mobilisation au front qui a été extrêmement forte et coûteuse en vie humaine et surtout par des bombardements incessants les Iraniens me racontaient comment toutes les nuits les sirènes étaient activées etc ça a laissé un souvenir extrêmement traumatisant et puis il y a un dernier élément qui est la fibre nationaliste l'Iran est une des plus vieilles civilisations la Perse comme vous le savez et qui toujours on le voit dans sa littérature la plus classique a le complexe obsidional c'est-à-dire le sentiment d'être entouré de peuples hostiles ou de peuples ennemis alors ça touche le monde arabe ça touche le monde turc ça tombe le monde russe le monde occidental à travers l'Angleterre qui était présente autrefois en Inde etc et donc cette fibre nationaliste elle se transforme au fil des âges mais elle perdure je pense qu'on a peut-être sous-estimé en tout cas en Occident de manière évidente ce que représentait le bombardement israélien sur l'ambassade de Damas le 1er avril dernier pourquoi ?

parce qu'une ambassade c'est le territoire national un bombardement une attaque sur une ambassade de l'Iran c'est une attaque sur l'Iran et ça c'est quelque chose qui d'une part obligeait le régime iranien à réagir parce qu'il fallait montrer qu'il était toujours cette puissance régionale dont je parlais tout à l'heure mais qui a touché d'un certain point de vue la fibre iranienne par la crainte que ça a réveillé mais aussi par ce sentiment d'agression donc évidemment je crois que le sentiment dominant c'est l'espoir de rester en dehors de cette conflagration mais il y a aussi un filtre nationaliste qui reste présent et qui risque de faire la différence au moment venu

25:43
Présentateur

Delphine Minouilly qu'en pensez-vous ? Delphine Minouilly n'est pas en... elle n'est pas effectivement en liaison avec nous Bertrand Baddy et il y a néanmoins eu un certain nombre de réactions expliquant que l'Iran et que les Mollah avaient mené une entreprise extrêmement hasardeuse en attaquant Israël bref qu'il y avait un pari fou qu'en pensez-vous ?

26:13
Invité

Je ne sais pas si c'est la bonne interprétation parce que le régime aurait pu avoir une réaction non contrôlée qui aurait conduit à de véritables catastrophes imaginez c'est ce que disait Delphine Minouilly avait raison l'usage d'armes de plus grande proximité à partir de bases iraniennes en Syrie une attaque massive à coups de missiles là on n'aurait pas eu 99% d'endiguement et donc ça aurait été beaucoup plus grave je crois que justement la réaction a été contrôlée maintenant vous savez c'est très difficile quand vous êtes dans un espace de grande conflictualité et profondément clivé que ce clivage est prolongé au niveau du système international tout entier qu'on est dans une situation d'être sanctionné et rejeté par une partie du monde affirmer sa puissance passe par des actes qui sont des actes d'escalade et effectivement la vraie question qui se pose c'est quel est le désir d'escalade des deux parties qui se font face il y a eu une retenue de part et d'autre mais est-ce que finalement le vieux projet israélien qui est d'anéantir le programme nucléaire iranien ne trouve pas une occasion favorable pour s'accomplir c'est en tous les cas ce qui est explicitement souhaité par l'aile la plus extrémiste du gouvernement Netanyahou ce n'est même pas caché comme intention donc c'est ça qu'il va falloir suivre attentivement ne pas se laisser berner par ce langage automatique qu'on entend aujourd'hui regarder la grande coalition qui a eu lieu autour d'Israël d'abord je ne suis pas sûr que ce soit une coalition je suis même sûr du contraire ce sont des connivences conjoncturelles ce qui est différent et qui n'ont pas libéré toutes les voies dans l'espace mondial je pense notamment aux pays du sud je pense à la Russie qui d'un certain point de vue peut hélas tirer les marrons du feu de cette situation ne parlons pas de la Chine le jeu est encore plus compliqué et dans cette bataille dans ce jeu extrêmement ouvert il faut faire très très attention au risque de mauvaise interprétation le risque il est là c'est à dire pour l'instant on a l'impression que les protagonistes comprennent bien ce que l'autre a voulu faire et imagine anticipe la réaction de l'autre en cas d'escalade mais il y a un moment où le malentendu peut s'installer et à ce moment là plus personne n'est plus rien ne contrôle

29:03
Présentateur

Delphine Minoui j'évoquais donc la stratégie des mollas il y a malgré tout une longue interrogation sur les raisons pour lesquelles les mollas maintiennent leur pouvoir en Iran alors que leur impopularité a priori n'a cessé de croître quel regard portez-vous là-dessus

29:24
Locuteur non identifié

c'est vrai c'est vrai que les mollas sont au pouvoir depuis plus de 40 ans maintenant et tiennent parce que tout simplement c'est aussi la force de la répression on sait que plus que jamais le régime est fragilisé à l'intérieur Bartram Baddy évoquait au tout début la force de la société civile iranienne on se souvient on a encore toutes ces images il y a un an et demi de ces manifestations colossales notamment menées par des femmes et des femmes très jeunes après la mort de cette jeune étudiante Massa Amini tuée dans la rue pour un voile mal porté tuée par la police des morts il y a un grand activisme chez les intellectuels chez les jeunes chez les femmes il y a des syndicats qui sont très actifs à travers le pays mais la répression est telle qu'à ce jour le régime n'est pas le régime est parvenu à maintenir sa force contre la population et je dirais peut-être aussi que malheureusement le régime bénéficie d'une certaine fragilité de l'opposition qui a du mal à s'organiser même s'il y a des tentatives et on dit toujours par ironie qu'aujourd'hui le futur gouvernement d'opposition iranien et bien il se retrouve derrière les barreaux c'est-à-dire dans la prison des vines où sont embastillés tous les grands dissidents iraniens

30:48
Présentateur

mais justement suite à ces manifestations monstres à ces images qui nous arrivent chaque jour Delphine Minoui comment imaginer que ce pouvoir perdure aujourd'hui en Iran

31:03
Locuteur non identifié

alors il y a quand même des signes sociodémographiques il faut rappeler que tout de même les élections l'ont prouvé le régime est de plus en plus fragilisé et même sa base ne cesse de s'effriter lors des élections présidentielles de 2021 il y a eu un taux d'abstention record de plus de 51% c'est sans précédent en Iran quand on sait aussi qu'on vérifie sur vos papiers d'identité que vous ayez bien le tampon du bureau de vote quand vous allez faire plus tard un achat ou que vous voulez voyager à l'étranger donc c'est très polissé le mois dernier il y a eu également un autre scrutin le scrutin législatif et la participation s'est de nouveau révélée très très faible donc tout ceci est très révélateur d'un régime en perte de vitesse un régime qui s'essouffle complètement et où la population va toujours saisir la moindre occasion pour ressortir dans la rue et à nouveau manifester

32:03
Invité

Bertrand Baddy qu'est-ce que vous en pensez ?

Oui moi je pense je suis d'accord avec ce qui vient d'être dit j'ajouterais peut-être deux éléments d'abord il y a une sorte de pacte fragile et tacite mais qui pour l'instant explique la relative stabilité qu'on connaît entre une société civile qu'on laisse faire ce qu'elle veut dès lors que ce n'est pas dans l'espace public il y a en Iran quantité de fêtes de parties où on boit où on danse où on chante où on joue de la musique etc et la société civile l'a gagné cette autonomie c'est en cela que le régime n'a pas réussi à passer le cap du totalitarisme ce qu'il ne faut pas faire c'est brandir des signes hostiles dans l'espace public donc il y a là peut-être un point d'équilibre qui est bien connu de la science politique c'est souvent comme ça que les régimes autoritaires quand ils sont astucieux arrivent à se maintenir le deuxième élément c'est que il faut aussi comprendre que ce système de la république islamique n'est pas monolithique il est extraordinairement complexe il y a des tendances différentes des tendances qui s'affrontent je veux dire le président Khatami ou le président Rouhani c'est pas Raïssi ou Ahmadinejad le ministre des affaires étrangères Zarif que l'occident connaît bien qui a fait toutes ses études aux Etats-Unis qui a signé le traité sur le nucléaire iranien ce n'est pas l'actuel ministre des affaires étrangères il faut tenir compte de ces nuances et là il peut y avoir une lézarde de demain mais qui a fait le gros cadeau à Khamenei qui a dû recevoir en échange quantité de boîtes de caviar et de tapis c'est monsieur Trump quand monsieur Trump a déchiré le traité du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien il a donné une prime formidable aux ultraconservateurs il a cassé et baïonné l'aile libérale et donc vous voyez aussi à quel point ce système politique dans sa stabilité dépend de la manière dont les autres le traitent et le reconnaissent c'est pour ça qu'il faut suivre très attentivement ce qui va se passer les jours suivants déjà en Iran on vous explique que lorsqu'il y a eu ce bombardement sur l'ambassade de Damas personne en Occident n'a bronché alors que là au contraire la réaction a été tonitruante si l'Iran a le sentiment d'un isolement confirmé alors à ce moment là je crains vraiment des réactions extrêmes

34:39
Présentateur

un mot de conclusion Delphine Mineoui

34:41
Locuteur non identifié

oui je pense que là les jours qui viennent vont être assez décisifs j'imagine que la balle est plutôt dans le clan de l'Occident on sent une des réclamations de nouvelles vagues de sanctions alors la question qui se pose c'est l'efficacité évidente des sanctions est-ce qu'elles marchent est-ce qu'elles ne risquent pas d'affecter plus la population en tout cas c'est le cas depuis les sanctions qui datent de 2013 qui ont été suspendues un certain temps et à nouveau remises à l'ordre du jour après que Trump sorte de l'accord nucléaire ce qu'il faut rappeler c'est que les sanctions actuelles elles touchent essentiellement le programme nucléaire iranien ce que demande la population iranienne aujourd'hui c'est des sanctions ciblées précisément contre le corps des gardiens de la révolution qui fait mal aujourd'hui au peuple parce que c'est une force qui agit à l'étranger mais c'est une force qui réprime sa population en interne il a juste une date à rappeler c'est le 19 janvier 2023 au parlement européen grâce à une grande mobilisation de la population iranienne mais aussi de la diaspora à l'étranger il y a une résolution qui a été votée à l'Union Européenne dans laquelle on demande le classement du corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes alors la résolution a été votée massivement mais elle n'est toujours pas passée dans le circuit exécutif donc je pense que ça peut faire partie des discussions à suivre

36:14
Présentateur

merci Delphine Minoui l'alphabet du silence c'est votre livre publié aux éditions l'Iconoclast Merci d'avoir regardé cette vidéo !

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Locuteur

Merci d'avoir regardé cette vidéo !

Iran : les mollah durcissent le ton · Pourquijevote