Valérie Pécresse
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Valérie Pécresse. Dans un peu plus de deux heures, vous serez élue présidente de la région Île-de-France. Vous avez fait beaucoup de promesses pendant cette campagne régionale. Laquelle allez-vous appliquer en premier, là, au plus vite, pour les habitants de la région parisienne ?
Je vais mettre en place ce qu'on a appelé le bouclier de sécurité, c'est-à-dire un fonds d'urgence pour la sécurité. Vous savez que la région n'a pas toutes les clés, évidemment, en matière de politique de sécurité, mais elle en a quelques-unes, et je compte bien les utiliser. Nous avons un budget sécurité qui a été divisé par cinq par la gauche en dix ans, et nous avons une convention avec le ministère de l'Intérieur qui nous permet de co-financer des équipements pour les forces de sécurité, pour les polices municipales, pour les gendarmes, la police nationale, mais aussi des portiques de sécurité dans les salles de spectacle, ou de clôturer les lycées ou les universités.
Le bouclier de sécurité, on a l'impression que ça sort de Star Wars, mais pratiquement...
Mais écoutez, c'est d'actualité, la force sera peut-être avec nous.
Ah bon ? Oui, alors, pratiquement, des dispositifs, des portiques...
Non, en réalité, nous avons des demandes qui ne sont aujourd'hui pas satisfaites. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce tragique témoignage sur les attentats du Bataclan, où certains policiers n'ont pas pu rentrer dans le Bataclan parce qu'ils n'avaient pas de gilet pare-balles. Donc, on a des vrais sujets sur l'équipement des forces de sécurité et nous pouvons co-financer ces équipements. On a un autre sujet avec les enseignants. Vous savez que les enseignants sont particulièrement visés aujourd'hui. Nous avons un audit de sécurité des lycées en Ile-de-France qui n'a jamais été, j'allais dire, transmis à l'opposition.
Je sais qu'il y a des problèmes de sécurité dans les lycées, donc nous allons nous attaquer à mettre en œuvre les préconisations de cet audit. Et puis, nous avons aussi les universités qui ont dit qu'elles avaient des besoins financiers pour se sécuriser. Et je crois que l'État, pour l'instant, leur a opposé une fin de non-recevoir. Donc, nous, nous allons remettre en place le budget sécurité et nous allons examiner les demandes, j'allais dire, avec celles qui sont les plus urgentes et les plus prioritaires.
Pour les lycées, est-ce que ça peut être systématique ? Est-ce qu'il peut y avoir des contrôles systématiques à la porte des lycées ? Et si c'est pour les lycées, pourquoi ne pas les tendre dans ce cas-là au collège, aux écoles ?
Non, ce n'est pas ce que je vous ai dit, M. Cohen. Je vous ai dit qu'il y avait eu un audit de sécurité des lycées d'Île-de-France qui a été ordonné il y a quelques années. Cet audit n'a jamais été communiqué à l'opposition alors que nous l'avions demandé. Et je sais, pour en avoir discuté avec les proviseurs, qu'un certain nombre d'établissements ne sont pas suffisamment protégés, notamment pas suffisamment clos vis-à-vis de l'extérieur et d'un certain nombre d'endroits qui sont sensibles, avec des dealers, avec des trafiquants, et éventuellement des risques d'intrusion.
Dans quel esprit allez-vous présider la région ? Allez-vous travailler avec le gouvernement en bonne intelligence ? Vous avez eu un coup de fil de Manuel Valls dès le soir de votre victoire. Que vous vous dites avec le Premier ministre ?
Bien évidemment, moi je vais faire passer l'intérêt des franciliens avant les réflexes partisans. Je veux être la présidente de tous les franciliens et puis je veux surtout mettre en œuvre le projet, vous l'avez dit, très ambitieux, pour lequel j'ai été élue. Donc Manuel Valls m'a appelée. Moi, évidemment, je suis prête à travailler avec le gouvernement, mais les régions ne sont pas là pour être les fers-valoirs de l'action gouvernementale. Elles sont là aujourd'hui pour appliquer des projets pour lesquels elles sont mandatées par le suffrage universel. Donc moi, c'est très simple.
Je vais lever un certain nombre de blocages régionaux sur l'emploi, sur la sécurité, et j'attends de l'État qu'il lève de son côté les blocages étatiques. Je vous prends un exemple sur l'emploi. Je vais travailler à refondre toute la formation professionnelle parce qu'il y a 100 000 emplois non pourvus en Ile-de-France et qu'il n'y a pas les formations qui vont en face. Je vais refondre cette formation professionnelle, mais j'attends de l'autre côté de l'État qu'il infléchisse sa politique économique en baissant les charges sociales, en relevant les seuils sociaux qui paralysent l'entreprise et en menant à bien la réforme du droit du travail.
Sur la sécurité, j'ai besoin que l'État m'aide à créer, une police régionale des transports qui couvre non seulement la SNCF et la RATP, mais aussi les bus. Puisque vous savez qu'il y a des tragiques accidents qui se produisent dans les bus parce qu'eux n'ont pas le droit à ces forces de sécurité qu'ont la SNCF et la RATP.
Dans l'Assemblée régionale, tout à l'heure, vous ne trouverez pas votre adversaire, Claude Barthelonne, qui a choisi de ne pas siéger à l'Assemblée régionale, de ne pas accomplir son mandat régional pour rester président de l'Assemblée nationale et conseiller municipal. C'est dommage ?
C'est son choix. Moi, je crois que les franciliens veulent des élus qui s'engagent. Et en tout cas, ce que je peux dire, c'est qu'aucun de mes colistiers ne démissionnera. Tous mes colistiers, eux, siégeront.
Vous avez choisi de ne pas cumuler, vous, un autre mandat ? Vous allez vous démettre de votre mandat de députée ?
Oui, je vais démissionner. Je vais démissionner d'ici la fin de l'année.
C'est un choix qui est également celui de Xavier Bertrand, pas celui de Laurent Wauquiez ou d'autres qui ont choisi de cumuler des mandats ?
Moi, je ne donne de leçons à personne. Mais ce que je dis simplement, c'est que je ne peux pas imaginer un seul instant qu'on puisse résoudre les problèmes des 685 000 chômeurs d'Île-de-France, les problèmes de transport, les problèmes de logement, les problèmes de pollution, les problèmes d'inégalité, en étant à mi-temps. Voilà, donc je ne peux pas... Moi, je suis une femme entière. Je crois que les Franciliens ont appris à me connaître. Je suis une femme entière et je me donne entièrement et je m'engage entièrement. Et je pense, vous savez, M.
Cohen, que si j'ai gagné en Île-de-France après 17 ans de gestion de gauche, c'est aussi à cause de l'authenticité de cet engagement qui a sans doute fait bouger des lignes par mon travail, par l'authenticité de mon engagement et un peu aussi par un sursaut de républicains de deuxième tour contre tous les communautarismes.
Contre les communautarismes, c'est-à-dire contre la petite phrase de Claude Bartholone sur Versailles et la race blanche, c'est ça ? Vous pensez que ça a pesé dans votre élection ?
Mais M. Cohen, ça n'était pas une petite phrase, c'était un propos abject, c'était un propos blessant, blessant pour moi, blessant pour ma famille et mes proches, blessant pour tous ceux qui m'ont soutenu. Vous savez, la politique, c'est dur, mais on a aussi des enfants, on a aussi une famille. Moi, j'ai une petite fille de 12 ans qui a lu dans la presse, qui a entendu à la radio que sa mère était raciste. Donc il y a un moment, la politique n'excuse pas tout. D'autant plus que cette petite phrase, comme vous dites, n'était pas une petite phrase, ce n'était pas un dérapage, c'était une stratégie politique calculée.
Une stratégie politique calculée de communautariser le vote à un mois des attentats qui ont endeuillé la France. Eh bien, je vous le dis, cette stratégie politique, elle était irresponsable, elle est dangereuse et il y a eu un sursaut républicain contre elle. Et c'est pour ça qu'on a fait bouger les lignes. Et moi, je me retrouve, je suis heureuse et fière d'avoir à la fois permis que certains électeurs se détournent du Front National, mais je suis aussi très heureuse et très fière d'avoir vu Philippe Esnol, sénateur radical, Leïla Haïchi, sénatrice Europe Écologie Les Verts, venir me soutenir parce que justement, ils voulaient un sursaut républicain.
Des électeurs qui se sont détournés du Front National, on peut aussi dire qu'ils ont choisi de voter utile au second tour puisque Valrande Saint-Just n'avait pas de chance d'être élu à la présidence de la région. Donc, vous avez bénéficié au second tour d'électeurs du Front National du premier tour. Valérie Pérez, est-ce que vous allez d'une façon ou d'une autre en tenir compte ?
Mais attendez, M. Cohen, moi, j'ai été cohérente du début jusqu'à la fin. Je me suis présentée au premier tour et au deuxième tour avec la même équipe, le même projet. Il n'a pas bougé d'un iota. Il n'a pas bougé après les attentats. J'avais des adversaires qui ont découvert le problème de la sécurité au lendemain des attentats.
Vous l'avez mis au-dessus de la pile quand même, la question de la sécurité.
Mais je l'ai toujours mis au-dessus de la pile, enfin, M. Cohen, pardon, reliser ma profession de fois de premier tour. Mais le sujet est simple. Le sujet est simple. Moi, aujourd'hui, ce que je veux, c'est rassembler pour mettre en place un vrai projet pour l'emploi, la sécurité, les transports. Parce que ce seront, évidemment, mes trois priorités. Mais il faut être vraiment très conscient que cette élection, elle a fait bouger les lignes. Cette élection, j'ai eu 660 000 voix de plus au deuxième tour sans aucune réserve de voix.
Donc là encore, je pense que les Franciliens se sont reconnus dans le travail, dans l'authenticité de mon engagement et aussi dans une certaine vision intransigeante de la République que je défendais contre tous les communautarismes qui peuvent exister et les tentations qui peuvent exister en France. Et de ce point de vue, malheureusement, on voit que ça peut arriver dans toutes les régions.
Est-ce que vous diriez, comme l'ont dit chacun à leur manière, Xavier Bertrand et Christian Estrosi, que cette campagne vous a transformé ?
Je dirais que vous savez, ça fait 5 ans que je me prépare à ce mandat, ça fait 5 ans que je travaille. Et effectivement, moi je dirais plutôt que c'est un beau chemin. C'est-à-dire que j'ai échoué, j'ai échoué en 2010, j'ai appris de mon échec, j'ai travaillé pour devenir meilleure et pour proposer aux Franciliens un projet dans lequel ils puissent tous se retrouver. Et c'est ça que j'ai voulu construire. Et je pense que c'est ça qui a été sanctionné positivement dans les urnes.
Valérie Pécresse, nouvelle présidente de la région Île-de-France, avec nous jusqu'à 9h. Vos questions d'auditeurs 01, 45, 24, 7000 sur les questions régionales mais aussi sur la politique nationale. On va y venir et je crois on va y venir tout de suite avec la revue de presse. Il est 8h31.
Valérie Pécresse