Congrès FNSEA 2024 | Discours d'ouverture de Xavier Bertrand Président de la Région Hauts de France
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il paraît que j'ai dix minutes. Arnaud, je te le dis tout de suite, ne viens pas à côté de moi, on va s'apercevoir qu'on n'est pas tout à fait de la même taille. Il a beaucoup été question de l'agriculture dans les Hauts-de-France, et je ne vais donc pas passer ces dix minutes à vous parler de l'accueil dans la région et de vous dire la fierté qui est la nôtre de vous accueillir. Et pourtant c'est le cas. Parce que je sais que je prends la parole lors d'un congrès qui n'est pas un congrès comme les autres.
Et que même si encore une fois vous montrez qu'on peut faire les choses très sérieusement et vouloir les choses très sérieusement sans forcément se prendre tout le temps 24h sur 24 au sérieux, je sais que l'heure est grave dans les têtes et c'est aussi ce qui animera vos débats dès ce soir et demain. Et que vous aurez aussi à rendre des comptes. A rendre des comptes à ceux qui ne seront pas à ce congrès, qui l'auront suivi certainement à distance, mais qui auront besoin que vous leur parliez de ce qui aura été décidé. Et ce que je veux vous dire aujourd'hui c'est que le Conseil régional des Hauts-de-France est à vos côtés.
Si je suis ici ce soir au congrès de la FNSEA, ce n'est pas par hasard, ce n'est pas par voie protocolaire et ce n'est pas seulement pour un mot d'accueil. C'est que je suis et je l'assume résolument aux côtés de la FNSEA dans son combat au quotidien et dans la crise que nous traversons. Cela peut déplaire à certains, mais je le dis, les corps intermédiaires j'y crois. Et il vaut mieux avoir à traiter avec des syndicats des corps intermédiaires en chair et en os, plutôt qu'un jour avoir à discuter avec des coordinations qui n'en sont pas et à discuter avec les plus contestataires et les plus radicaux. Il vaut mieux avoir des interlocuteurs solides.
C'est comme ça que se construit le dialogue, c'est comme ça que se construisent les solutions. Et je ne dis pas cela uniquement parce que j'ai été ministre des Affaires sociales. Alors c'est vrai que je suis aussi au congrès du syndicat agricole qui a été le plus critiqué cet an dernier. C'est normal, vous êtes les premiers. C'est normal aussi, et je le dis Arnaud, sois fier. Sois fier de ton engagement d'agriculteur. Sois fier de tes mandats d'administrateur parce que c'est pour la cause agricole. Et sois fier de ce que tu fais à la tête de la FNSEA.
Et je voudrais, si je peux me le permettre, vous dire qu'en tant que président de région, je n'ai pas seulement en charge les responsabilités de celles du conseil régional, mais que je suis aussi un acteur politique, vous le savez. Et je voudrais vous dire que sur un certain nombre de niveaux, voilà les combats auxquels je veux m'associer, qui sont, j'en suis à peu près persuadé, les vôtres. Déjà c'est au niveau européen, et nous le savons bien. Tu l'as dit, je suis comme toi. Nous avons besoin de l'Europe, et nous voulons l'Europe, mais nous voulons aussi plus de France en Europe, et que les intérêts de la France soient davantage défendus en Europe.
Alors cela passe clairement par un des sujets, les premiers, le Mercosur. Le Mercosur, aujourd'hui on nous dit que tout le monde est contre, mais entendons-nous bien, rentrons dans le détail. Parce qu'on peut très bien être contre le Mercosur. Et puis une fois que les élections européennes seront passées, une fois qu'une nouvelle commission sera installée, on dira, mais nous étions contre le Mercosur. Mais vous savez comment ça se passe ? On n'a pas pu éviter que ce Mercosur ne s'applique.
Et le rôle de la France, d'un grand pays comme la France, ce n'est pas seulement d'être contre le Mercosur, c'est d'aller se chercher des alliés en Europe, pour s'opposer au Mercosur, aujourd'hui, demain et après-demain. Voilà ce que j'attends de mon pays. De la même façon sur le Green Deal, il ne s'agit pas aujourd'hui d'obtenir, allez, des légères améliorations à la tentation écologique qui était celle du Green Deal. Non. Le Green Deal, pour ma part, était déjà inadapté avant la guerre en Ukraine. Après la guerre en Ukraine, les choses sont évidentes. Ce Green Deal ne peut pas être appliqué comme il était prévu. Il faut complètement le remettre à plat.
Et vous avez l'occasion, avec les élections européennes, de demander clairement et par écrit à toutes les formations politiques, quelle est leur position ? Est-ce qu'on continue dans la voie folle de la décroissance ou est-ce que, clairement, on décide de produire et on croit à la croissance agricole ? De la même façon, et excusez-moi de rentrer dans le détail, je vous demande aussi d'obtenir des engagements des différents candidats. Je vois Anne qui est là. La règle des déminimistes, aujourd'hui, nous bloque.
La règle des déminimistes nous empêche, notamment, quand on veut aider les agriculteurs, en plus de ce que fait l'État, notamment au moment des inondations, de trouver des solutions pour que, sur nos passes agrées, on puisse intervenir à ce niveau-là pour ne pas être bloqué par la règle des minimistes. Ces règles, aujourd'hui, n'ont plus lieu d'être. Il nous faut aussi revoir cela en profondeur. Et en matière agricole, également, nous le savons bien, le pas d'interdiction sans solution se pose aussi à Bruxelles, à Strasbourg et pas seulement au niveau national.
Tout ce que je vous dis aujourd'hui, cela semble être du bon sens, et pourtant, vous savez que vous avez besoin de vous battre pour ça. Alors, ce que je vous propose, c'est que nous nous battions à vos côtés, comme au niveau national. Au niveau national, on se demande pourquoi autant de décisions, de décisions de bon sens, ne sont pas clairement appliquées. Il faut dire la vérité. C'est qu'au final, ce que vous êtes, vous, c'est des lanceurs d'alerte d'une crise beaucoup plus profonde. Pourquoi, aujourd'hui, tant de décisions vous sont défavorables ?
C'est que cela fait des années que les tenants de la décroissance, sous couvert de respect de l'environnement, que les tenants de la décroissance monopolisent ou plutôt prennent la tête de beaucoup de décideurs politiques. Elle est là, la vérité. Il y a des lobbies qui sont des lobbies très puissants, mais qui sont des lobbies qui se cachent, mais qui, aujourd'hui, ont une surreprésentation dans les décisions politiques qui n'a rien à voir, rien à voir avec la représentation dans la population française. Voilà la vérité.
Et c'est cela qu'on écoute, et c'est cela qui, effectivement, font prendre des décisions qui sont totalement contraires au bon sens et qui nous amènent dans la voie de la décroissance. J'ai eu l'occasion de le dire dans différents médias. Quand on nous dit, mais les agriculteurs et l'environnement, qui peut imaginer que les agriculteurs, le soir, vont empoisonner leurs légumes ou empoisonner la terre ? Parce que ce qu'ils donnent aux Français, c'est aussi très clairement ce qu'ils donnent à leur famille et c'est ce qu'ils donnent à leurs enfants.
Alors j'en ai marre et je l'assume et je le dis, et je sais pertinemment que ça ne plaira pas en dehors de cette enceinte, oui, les agriculteurs sont des écologistes, mais ce sont les vrais écologistes, car ce sont des écologistes de bon sens. Voilà ma conviction profonde. Et je n'en changerai pas. Alors on nous dit aussi, mais il y a quand même aujourd'hui un problème de finance, de financement. Alors je vais vous donner quelques exemples et vous m'expliquerez si, oui ou non, ce sont des problèmes de financement qui se posent. Quand vous avez aujourd'hui des interdictions sur des produits, cela a été dit, notamment qui nous pénalisent, la betterave, la chicorée, l'endive.
Ce n'est pas une question de finance, c'est tout simplement d'autoriser ce qui est autorisé dans les autres pays. Vous auriez pu parler de ces choux de Bruxelles, des choumettes, qui sont plus verts et plus gros de l'autre côté de la frontière, la Belgique. L'accent belge n'a rien à y voir, la météo c'est la même, mais c'est tout simplement qu'ils autorisent des produits que nous n'autorisons pas ici. Et pourtant c'est la même Europe. Ce sont des décisions franco-françaises. Nous sommes en République et pourtant nous sommes plus royalistes que le roi, en permanence, et qui est pénalisé ? Ce n'est pas vous seulement, c'est nous qui sommes pénalisés au final.
De la même façon, est-ce que c'est une question d'argent, de crédit budgétaire, quand vous avez des contrôles qui peuvent être effectués par l'OFB avec des agents de l'OFB qui sont armés ? Est-ce que vous êtes dangereux ? Est-ce que vous êtes des délinquants ? Certainement pas. Je ne comprends pas pourquoi ces règnes perdurent et qu'il faut les changer. De la même façon, là c'est franco-français aujourd'hui, le CETA, vous avez vu la position qui est celle du Sénat. Mais alors pourquoi est-ce que la décision de l'Assemblée nationale ne sera prise qu'après les élections européennes ? On doit connaître la vérité et la position des uns et des autres au grand jour, bien avant les élections.
Et Arnaud, je le sais, cette idée de considérer que c'est un intérêt général national que l'agriculture aura des conséquences, notamment sur l'eau, et bien je le sais aussi, c'est que nous sommes dans une région où parfois il y a trop d'eau et notamment sur les inondations, j'aurais remetté les pendules à l'heure. Dans les agriculteurs, ce n'est pas le problème qui a créé les inondations. Les agriculteurs sont une bonne partie de la solution aux inondations. Mais il ne faut pas les prendre pour des boucs émissaires et il faut les associer à toutes les décisions qui seront prises.
C'est comme ça que nous travaillons avec le préfet et c'est comme ça que nous trouverons aussi la solution aux inondations de l'amont à l'aval, mais certainement pas en désignant injustement les agriculteurs comme les responsables de nos problèmes. À bon entendeur. Cela a été dit aussi par Patrick Valois, mais sur la question du ZAN, je voudrais m'en expliquer. Je suis, comme tout le monde l'est, pas favorable à cette loi qui est certainement beaucoup trop contraignante. Mais je sais une chose, je sais une chose, c'est qu'on ne peut plus continuer à artificialiser comme on l'a fait.
Et on ne peut pas vous dire qu'on aime l'agriculture et qu'on aime les paysans et continuer à la première occasion à prendre les terres agricoles et parfois les meilleures terres agricoles. Certains peuvent m'en faire des témoignages ici. Charlotte, Laurent, Jean-Yves, à la tête du Saint-Quantinois, quand j'étais en fonction, j'ai toujours veillé à ce qu'on ne prenne pas les terres agricoles et qu'on puisse justement avoir le meilleur équilibre possible entre le développement agriffriel économique et la préservation des terres agricoles. On ne peut pas dire qu'il faut produire pour nourrir et à la première occasion vous prendre ces terres.
C'est vrai, bien évidemment, dans le Dunkerquois et avec le préfet de région, on est en train de réfléchir à des solutions qui nous éviteraient de vous pénaliser. Mais je préfère, et je le dis encore une fois, clairement faire le choix de la dépollution des sites industriels plutôt que de continuer à prendre les terres agricoles à la première occasion. J'ai fait la preuve de ce que je suis en train de dire. Il y a aussi un autre sujet sur lequel j'ai saisi le ministre. Je ne sais pas s'il apportera une réponse demain. Elle est liée aussi à l'une des compétences de la région.
Et là aussi, je le sais, l'occasion de cette crise a été le moment avec les représentants agricoles, avec les GIA que je veux saluer, de bien voir que j'ai aussi à balayer devant ma porte. À balayer devant ma porte pour qu'on puisse améliorer les choses au maximum. C'est la raison pour laquelle la question de la transmission, du renouvellement des générations est la clé et qu'on va donc augmenter la des GIA qui est devenue maintenant la GIA. On va passer de 30 000 à 38 000 euros en moyenne, mais ce n'est pas tout. C'est que je voudrais accélérer les dossiers. Les dossiers, quand ils nous ont été transférés, voilà moins d'un an, il y en avait près de 800.
Aujourd'hui, la moitié ont déjà été réglées. J'invite les uns et les autres à venir voir, comme j'ai eu l'occasion de le regarder, à passer une journée entière avec les agents pour voir ce que nous devons remplir. Vous allez me dire, vous le savez, parce que vous avez dû fournir ces pièces. Mais nous avons à refaire le travail. Alors je demande tout simplement qu'on me laisse, dès le début, dès la réception des dossiers, verser l'intégralité des sommes et ensuite, quand le dossier sera agréé, que ce soit moi qui me fasse rembourser. Mais je ne veux pas que vous soyez vous, le banquier, ou que ce soit votre banquier qui le fasse, je suis prêt à le faire. J'attends qu'on me donne le feu vert.
J'attends aussi que la règle de déchéance des 5 ans, elle saute, parce que vous savez pertinemment que cette course contre la montre, c'est vous qu'elle pénalise en premier. C'est ce que j'ai demandé à Marc Fénaud. J'aimerais qu'il m'apporte la réponse ou qu'il vous la donne demain, cette réponse. De la même façon, nous savons aussi pertinemment que nous aurons à accélérer les procédures en permanence. C'est ce que je veux faire au niveau national, c'est ce que je veux faire au niveau européen. Et encore une fois, c'est par ce dialogue, ah oui, tiens, avec un corps intermédiaire que nous sommes à même de trouver clairement les meilleures solutions.
Voilà quelques-uns des points que je voulais évoquer avec vous. Mais je voudrais aussi indiquer à ceux qui ne connaissent pas l'agriculture qu'ils ne se rendent pas compte que l'agriculture a toujours accompagné les mutations de notre pays. Non, pardon. Elle a toujours répondu à la demande de la société. Avec la guerre de 14-18, on a demandé de quitter les exploitations pour aller faire la guerre. Après la libération, quand il y a eu l'industrialisation et la FNSEA a accompagné ce mouvement parce que c'était important de répondre à cette demande. On a dit, il faut des bras pour les industries. Et beaucoup ont quitté la Terre alors que c'était leur passion pour aller industrialiser la France.
À un autre moment, on vous a dit, attendez, on a vraiment besoin de produire parce qu'il faut nourrir très largement. Alors il faut que vous épousiez aussi cette transformation. Et vous l'avez fait aussitôt parce que c'était la demande de la société. Et là, aujourd'hui, on vous dit, mais maintenant, il faut respecter l'environnement. Et vous le faites. Et vous l'avez fait. Mais on vous demande de le faire dans des conditions impossibles à atteindre parce que certains, bien évidemment, veulent votre disparition. Ils sont avec une loupe sur votre dos pour voir comment vous produisez.
Mais quand les mêmes produits viennent du bout de l'Europe ou du bout du monde sans respecter aucune de vos contraintes, là, ils regardent ailleurs, ils détournent le regard. Ça, c'est aussi une injustice de plus. Alors, ce que je voudrais vous dire, c'est qu'aujourd'hui, vous êtes aussi le symbole de ce que nous vivons. Bien évidemment, la question des contrôles, bien évidemment, cette phrase de Georges Pompidou. Mais vous êtes aussi la marque d'un pays dans lequel on cherche à contrôler parce qu'on ne fait pas confiance. Vous êtes aussi la marque d'une inversion des valeurs. On vous traite de pollueur alors que vous ne l'êtes pas.
Je me souviens, Laurent, de ce que tu m'as dit un jour alors que tu étais dans un champ en train d'épendre, que quelqu'un s'est arrêté à baisser la vitre et t'a traiter de pollueur. Je sais aussi comment vous êtes nombreux à ne plus supporter la gribashing et à voir que pendant l'hiver, quand il y a des événements neigeux, qu'on est bien content de venir vous trouver avec votre tracteur pour sortir les gens de l'ornière à tout point de vue, que certains oublient. Mais par contre, ce qui s'est passé avec cette crise est différent.
Vous vous êtes rendu compte et à ceux à qui je le disais en disant que c'était une infime minorité qui ne vous aimait peut-être pas, mais que l'immense majorité des Français vous suivaient et vous étiez un peu circonspect. Il dit ça pour nous faire plaisir. Vous avez vu avec le soutien qui a été celui de toute la population française pendant cette crise qui n'est pas terminée, que les Français étaient massivement derrière vous et ça montre aussi une chose, c'est qu'au final, ceux qui ne vous aiment pas sont ceux qui de toute façon n'aiment pas la vie dans notre société. Et ceux-là, ils sont ultra minoritaires.
Mais les Français ont manifesté au-delà de leur participation au Salon de l'agriculture par le soutien à la crise agricole et aux organisations agricoles qu'ils étaient avec vous. Et pourquoi ? Parce qu'ils ont compris une chose, c'est que vous ne vous battez pas pour vous, vous vous battez pour nous. Vous vous battez pour nous parce que vous êtes sur l'une des fonctions les plus importantes de l'humanité. il y a protégé, il y a soigné, il y a éduqué, mais il y a nourrir bon sang.
Et que si c'est plus vous qui produisez sur place avec votre savoir-faire, alors on mangera n'importe quoi pour ne pas être grossier quand je dis ça, parce que si, je l'ai dit une fois, le jour où c'est plus vous qui produirez, on mangera de la merde. Et je n'ai pas envie qu'on donne autre chose que de la qualité à mes enfants. Voilà pourquoi je suis aussi à vos côtés et voilà pourquoi je vous soutiens dans votre combat. Et au-delà de nourrir les Français, il y a aussi autre chose. C'est que l'agriculture, c'est la France et c'est aussi la ruralité.
Je suis le président d'une région où il y a des formidables métropoles, Dunkerque, bien évidemment, Lille, Amiens, mais j'ai aussi des territoires ruraux et je marche bien sur deux jambes. Et si vous voulez avancer, il faut qu'il y ait ce pôle métropolitain urbain et il faut qu'il y ait la ruralité. Et c'est tout simplement parce que l'agriculture symbolise tout cela que je suis à vos côtés et ce depuis des années et des années. Alors bien évidemment, j'ai mes fonctions de président de région mais je te le redis, Arnaud, dans tous les combats que vous portez, je continuerai à être à vos côtés.
Soyez fiers de ce que vous êtes, soyez fiers de ce que vous faites, soyez fiers à la FNSEA d'être les premiers, peut-être même d'être une cible, mais d'être les premiers parce que grâce à vous, nous sommes fiers de notre agriculture et nous continuerons à être fiers de notre pays. Merci à vous, très bon congrès.
Xavier Bertrand