Interview d'Emmanuel Macron : «On a vu un Jupiter qui donnait plutôt le sentiment d'être en diffi
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Défensif 90 %
Questions et réponses
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D'abord, d'après vous, première question, c'était quoi l'objectif du Président avec cette émission, et pourquoi maintenant ?
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Mais alors, c'est vrai que clairement, on l'a senti jouer en défense hier, très clairement, en pratiquement toutes les missions.
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Est-ce suffisant, vous pensez, pour les Français, d'entendre cela de la part du président de la République ?
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Alors, est-ce qu'il n'est pas tombé dans un piège qu'il s'était lui-même tendu sur la question du dû ou des référendums, justement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On avait vu notre chef de l'État, au fond, principalement préoccupé, principalement, au fond, à la manœuvre sur les questions internationales, l'Ukraine en particulier. »
- 3:13InvitéFait
« Nous avons de mauvaises nouvelles économiques, le chômage qui redémarre, la croissance qui est revue à la baisse, nos déficits publics dans la Cour des comptes. »
- 3:23InvitéFait
« La Cour des comptes elle-même a dit qu'ils étaient en roue libre. »
- 3:55PrésentateurFait
« « je vous demanderai de trancher certains sujets déterminants en 2025 ». »
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« Et finalement, il nous a dit, l'immigration, ben non, c'est hors de question. Les retraites, c'est non. Les finances publiques, pourquoi pas ? »
Temps de parole
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7h-9h, Europe 1 Matin. Il est 7h11 sur Europe 1. Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le politologue et chercheur au Centre d'études de la vie politique française, Bruno Cotteres.
Oui, le Cévi-Pof. Bonjour Bruno Cotteres. Bonjour. Bienvenue sur Europe 1. Emmanuel Macron aura donc parlé pendant trois heures, et même un peu plus encore, aux Français qui l'ont regardé hier soir à la télévision. Émission XXL pour le Président, sur laquelle vous allez nous livrer votre sentiment ce matin, Bruno Cotteres. D'abord, d'après vous, première question, c'était quoi l'objectif du Président avec cette émission, et pourquoi maintenant ?
C'est vrai que rien n'obligeait le chef de l'État à se prêter à l'exercice. Il n'y avait pas d'enjeu particulier, il n'y avait pas de calendrier, il n'y avait pas d'urgence. Et donc l'idée, forcément, c'était que le chef de l'État voulait reprendre pied dans la vie politique nationale. Lui qui a été tellement sur le front, tellement sur la brèche, sur la dimension internationale de son action. On avait vu notre chef de l'État, au fond, principalement préoccupé, principalement, au fond, à la manœuvre sur les questions internationales, l'Ukraine en particulier. Donc l'idée, c'était pour Emmanuel Macron de montrer bien que le Macron réformateur de la France était toujours là.
C'était sans aucun doute ça l'idée. Ça s'est révélé plus compliqué, quand même, hier soir.
Ah bah oui, alors parce qu'effectivement, vous nous dites peut-être qu'il souhaitait conjurer l'image qu'il donne d'un président déraciné, contraint, finalement, à se limiter au champ international, ce qui en soit une vaste mission. Mais alors, c'est vrai que clairement, on l'a senti jouer en défense hier, très clairement, en pratiquement toutes les missions.
Oui, on a, je dirais même, on a assisté hier à quelque chose d'assez inédit. Nous qui pensions voir Jupiter revenir galvanisé par l'énergie, dont il a fait preuve au niveau international, eh bien, on a vu un Jupiter qui était plutôt, qui donnait plutôt le sentiment d'être mis en difficulté. Il y a plusieurs moments de l'émission où il a été un peu acculé dans ses retranchements, sous les coups de boutoir de Sophie Binet, la leader de la CGT, mais aussi d'Agnès Verdier-Moulinier, la spécialiste des finances publiques. Eh oui, notre signature en pain. Et voilà, et par Robert Ménard, le maire de Béziers, qui l'a régulièrement mis en difficulté sur le thème.
Alors, vous êtes un président puissant, vous êtes là depuis huit ans, mais pourquoi vous n'avez pas fait tout ça avant ? Donc, c'était ça l'un des paradoxes de cette émission. Forcément, au bout de huit ans de mandat, avec deux ans de mandat qui lui restent à effectuer, le chef de l'État était beaucoup plus sur la défensive, dans la défense de son bilan. Par exemple, en termes économiques, sur les créations d'emplois notamment, il était beaucoup plus sur la défensive, et fatalement, comme il ne lui reste que deux ans de pouvoir, il était beaucoup plus en difficulté sur le fait de s'exonérer de ses responsabilités.
C'est ça, parce qu'aussi, il faut le dire, là nous sommes le mercredi 14 mai, on est entré dans la huitième année de pouvoir quand même d'Emmanuel Macron. Et alors, on peut dire qu'il y a une constante tout au long de la soirée, on leur a entendu dire en substance, oui, mon bilan est sans doute meilleur que vous ne le pensez, et j'aurais toujours essayé de faire de mon mieux. Est-ce suffisant, vous pensez, pour les Français, d'entendre cela de la part du président de la République ?
Non, bien évidemment, ça n'est pas suffisant, parce que les problèmes s'accumulent. Nous avons de mauvaises nouvelles économiques, le chômage qui redémarre, la croissance qui est revue à la baisse, nos déficits publics dans la Cour des comptes. La Cour des comptes elle-même a dit qu'ils étaient en roue libre. Et donc, effectivement, c'était compliqué pour le chef de l'État de défendre son bilan sur le thème « ça aurait pu être mieux, mais ça aurait pu être pire ». Et donc, effectivement, il a été régulièrement, de ce point de vue-là, acculé et mis en difficulté.
Alors, est-ce qu'il n'est pas tombé dans un piège qu'il s'était lui-même tendu sur la question du dû ou des référendums, justement, Bruno Cotteres ? Parce que, rappelons qu'Emmanuel Macron avait suggéré cette idée de consulter les Français. Il l'avait fait lors de ses voeux, le 31 décembre dernier, « je vous demanderai de trancher certains sujets déterminants en 2025 ». Voilà ce qu'avait dit Emmanuel Macron. Et donc, on l'attendait sur ce terrain-là du ou des référendums. Et finalement, il nous a dit, l'immigration, ben non, c'est hors de question. Les retraites, c'est non. Les finances publiques, pourquoi pas ? Finalement, beaucoup de bruit pour pas grand-chose à ce stade, Bruno Cotteres.
Oui, pour pas grand-chose. C'est vrai que c'était attendu un petit peu comme le clou de la soirée hier. On devait être hier, vraiment, tout le monde s'attendait à une annonce du chef de l'État. Bon, à sa décharge, si le chef de l'État devait annoncer un référendum, c'est pas dans le format de cette émission, c'est une allocution officielle, bien évidemment. Mais on aurait pu avoir un chef de l'État qui prolonge le message du 31 décembre, lorsqu'il avait dit, vous l'avez rappelé, qu'il amènerait les Françaises. Et les Français a tranché. Et puis finalement, ça a un peu fait pchit quand même hier soir.
C'est-à-dire que le chef de l'État, dans un premier temps, a dit, oui, il y aura peut-être des référendums avec plusieurs sujets. Et puis finalement, sous le feu roulant des questions de Gilles Boulot, le journaliste qui lui disait, mais alors, quel thème, par exemple, est-ce que ça pourrait être sur les déficits publics, comme le Premier ministre vous l'a demandé ? Ben non, pas la proportionnelle, pas les retraites, pas l'immigration. Et timidement, le chef de l'État a dit que si jamais le Parlement ne se mettait pas d'accord sur le projet de loi fin de vie, alors à ce moment-là, ça serait tranché par référendum.
Il a vaguement esquissé que ça pourrait être aussi sur des projets de réforme sociale ou économique du gouvernement. Mais vous savez, Dimitri, le calendrier est en train de jouer contre le chef de l'État parce que la fenêtre de tir pour organiser un référendum, elle devient de plus en plus étroite. C'est septembre, octobre, après on est dans la discussion parlementaire sur le budget, et 2026, après, on est dans les élections municipales. Donc on voit mal aujourd'hui le calendrier, le sujet précis d'un potentiel référendum.
Merci beaucoup Bruno Cotteres d'être venu ce matin sur l'antenne du Cevipov. Je rappelle que vous êtes chercheur au Centre d'études de la vie politique française, le Cevipov rattaché à Sciences Po. On poursuivra ce débrief de l'émission d'Emmanuel Macron tout à l'heure à 8h moins 10.