L'UE doit-elle faire la révolution du Made in Europe ? | 28 minutes | ARTE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Produire et acheter européens. Une idée fixe pour Stéphane Séjourné. Le vice-président de la Commission européenne chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle vient de publier une tribune dans le journal Leschos.
Avec plus de 1000 dirigeants d'entreprise, il appelle à établir une véritable préférence européenne pour sécuriser l'emploi et la production. Les Chinois ont le made in China, les Américains ont le by American. Alors pourquoi pas nous développer le Made in Europe.
Voilà des mois que le commissaire européen invite les 27 à un sursaut pour réindustrialiser l'Europe. L'Europe doit être forte, lucide et prête à se défendre. Une partie de notre industrie a été torpillée par des pratiques très agressives.
Stéphane Séjourné dénonce une concurrence internationale desloyales à coup de subvention massive, de violation de la propriété intellectuelle et de droits de douane record dont se félicite chaque jour Donald Trump. La question de la compétitivité de l'Europe sera au menu d'une réunion en Belgique dans 10 jours. Mario Dragy, y sera invité.
Surnommé Super Mario, depuis qu'il a sauvé l'euro de la crise de la dette grecque en 2012, l'ancien patron de la Banque centrale européenne n'a de cesse de mettre en garde contre le décrochage économique. Voulons-nous rester un simple grand marché ? Soumis aux priorités des autres, ou voulons-nous prendre les mesures nécessaires pour devenir une seule et même puissance ?
Alors, face au protectionnisme chinois et américain, les 27 doivent-ils promouvoir le made in Europe ? Cette préférence européenne risquerait-elle de contrevenir à l'un des fondements de l'UE, à savoir la défense du libre échange ? Les trois participants à notre débat.
Sylvain Bersinger, bonsoir. Vous êtes économiste fondateur du cabinet d'étude Beringer Co. Et selon vous, défendre la préférence européenne n'est pas la bonne approche.
Au lieu de dire qu'il faut privilégier les produits européens et bien il faudrait faire en sorte qu'ils deviennent au moins aussi bons que les autres pour que le monde ait envie de les acheter. À côté de vous, Olivier Louci, bonsoir. Vous êtes professeur au Knam, ancien conseiller industriel Élysée.
Ça c'était entre 2012 et 2014. Vous avez publié euh un essai réindustrialiser le défi d'une génération. Et selon vous, la préférence européenne fait clairement partie de la solution.
C'est même incontournable. Sans cette préférence, on ne pourra pas maintenir le socle industriel nécessaire à notre souveraineté. Souveraineté à l'échelle européenne.
Et à côté de vous, Anaïs Voigilis, bonsoir. Géographe, spécialiste des enjeux industriels en Europe. Dernier essai pour une révolution industrielle.
Vous considérez que l'Europe est en train de perdre des parts de marché à l'échelle mondiale. Elle paye notamment le manque de clarté stratégique, son manque de clarté stratégique. Un exemple sur les véhicules électriques.
Un coup on y va, un coup on revient en arrière. Vous ajoutez c'est un peu ératique. Et on démarre avec la déclaration du jour.
Elle est signé Stéphane Séjourné le vice-président de la Commission européenne. Regardez, nous risquons de laisser notre continent dégénérer progressivement en une simple chaîne de montage pour puissances extérieur met-il en garde dans une tribune publiée dans les Échos et signée donc par des centaines de personnalités du monde de l'entreprise et des affaires. Anaïs Voilis, on risque vraiment de devenir en quelque sorte l'atelier du monde à notre tour comme le fut par exemple la Chine autrefois.
Alors, est-ce que vous me permettez déjà de commencer un commentaire sur la tribune ? Parce que moi je pense qu'il faut saluer le fait d'avoir rassemblé plus de 1000 chefs d'entre dans les échos donc et dans une vingtaine de journals en Europe. Par contre, il y a il y a deux commentaires qui sont frappants.
C'est un une tribune qui est floue. Qu'est-ce qu'on prône derrière ça ? On dit la préférence européenne mais qu'est-ce qu'on met derrière ?
Et une deuxième chose et je pense qu'avec cette deuxième chose, je vais pas me faire que des amis ce soir, mais j'aimerais que les 1100 dirigeants appliquent la préférence européenne aussi dans leurs achats. C'està-dire pas uniquement demander à l'Europe d'appliquer la préférence européenne, mais que eux quand ils ont des stratégies d'achat privilégie le tissu productif européen parce que on est tous dans le même bateau. Donc jouer collectif.
Et pour répondre à votre question plus plus précisément, oui, aujourd'hui l'Europe est en train de perdre des parts de marché très rapidement dans tous les secteurs. L'Asie est dans une situation avec une Chine qui n'a pas de demande, enfin une demande qui est en train de s'affaiblir. Donc il cherche des nouveaux relais de croissance avec des surcapacités de production.
Donc elle vient naturellement vers l'Europe avec le marché américain qui se ferme à la fois les mesures qui ont été prises depuis Obama euh sur des mesures antidumping mais aussi avec les mesures qui ont été prises par Biden puis par Donald Trump pas avec la même agressivité et donc l'Europe est très très passive face à ça. Elle répond avec prenez l'ouverture mais finalement des règles positives mais du passé. Oui, Lou, on vous partagez euh si on a bien compris ce constat pessimiste, vous dites que l'industrie européenne n'a plus d'avantage concurrentiel décisif pour produire sur son sol.
C'est pas excessif. Ah non, je pense pas. Euh je pense que l'industrie européenne était beaucoup fondée sur l'industrie allemande, hein.
Ça fait un moment que la France est industrialisé. C'est quelque chose qui est maintenant consensuel. On va pas refaire le débat ici.
Euh et l'industrie allemande, elle fonctionnait sur une capacité d'exportation notamment en Chine. C'est un marché qui est en train de se fermer progressivement. Et puis son 2e énorme avantage, c'était du gaz russe pas cher euh qui a permis à cette industrie d'être relativement compétitive et de tenir dans un marché mondial qui était ouvert.
Avec la crise en Ukraine, ce gaz russe s'arrête et à ce moment-là, on commence à voir une des industrialisations en Allemagne qui est très marquée et très rapide et qui est en train d'entraîner avec elle l'ensemble du tissu industriel européen. Ce n'est pas les pays d'Europe de l'Est où j'ai eu l'occasion de travailler pendant presque 10 ans qui en fait alimentent l'industrie allemande qui vont résister à ce déclin de l'industrie allemande. Donc oui, on est en phase de déclin et ce gaz russe pas cher était le dernier facteur véritablement de compétitivité qu'on avait.
Et donc il va falloir trouver d'autres choses. On peut aller chercher de la compétitivité mais en face de déclin Sylvain Bersinger. Alors je je je crois qu'en fait est-ce qu'on a été naïf à ce point ?
Euh je crois qu'il y a plusieurs choses. Peut-être un constat, une analyse plutôt plus structurelle, une analyse plus conjonctuelle. Vous avez tout à fait raison.
L'industrie allemande a pris un gros gros coup sur la tête euh parce qu'elle était dépendante du gaz russe. Donc c'estes ces coûts ont explosé dans dans dans la chimie, dans la métallurgie euh et dans l'automobile qui était une grosse base industrielle. C'est plus l'agression euh contre l'Ukraine.
C'est ça. C'est autre chose mais c'est qu'ils ont raté le vis le virage électrique et que les Chinois sont globalement passés devant. Après, globalement, malgré tout, euh on est oui, il y a eu une crise de l'industrie.
Euh je crois pas non plus qu'on est en train de devenir une simple chaîne d'assemblage mondial. Euh les les exportations européennes industrielles, alors oui, elles vont un petit peu baisser, voilà, 2022 2023, mais globalement elles se sont pas effondrées vers les États-Unis. Elles elles ont même pas baissé malgré les droits de douane.
Donc le l'Europe reste et l'Allemagne, oui, il y a une crise conjoncturelle de son industrie, c'est évident, mais il y a il y a des bases industrielles extrêmement solides. Donc, on est pas en train de devenir une chaîne d'assemblage. Il faut pas non plus, je crois que c'est exagéré.
Oui, donc pour vous la la solution c'est la préférence européenne, c'estàdire du protectionnisme. Alors nous qui avons été les apôtres du du libre échange. Vous avez parlé de Mario Dragy qui a fait l'essentiel de son rapport sur la compétitivité.
Donc oui, on peut être plus compétitif en Europe. On a un modèle de société, on a des ambitions environnementales, un modèle social. Ça peut être mis en œuvre avec moins de règles et plus d'efficacité, donc d'un gain de compétitivité sans renier nos valeurs.
Ça c'est le première chose. Mais quoi qu'il arrive, queles que soient les manières dont on va mettre en œuvre ces valeurs, on va rester plus cher. Avoir un modèle social des ambitions environnementales, c'est imposer des contraintes sur une production, c'est créer des coûts supplémentaires que non pas les autres.
Et donc à un moment donné, oui, il va falloir se décider de protéger notre marché. Vous avez sorti le mot euh très le gros mot de protectionnisme. Non, je ne suis pas pour du protectionnisme, mais oui, pour de la protection.
J'appelle ça faire du protectionnisme en dentelle, c'est-à-dire choisir nos combats, choisir les catégories de produits sur lesquelles on a décidé de se protéger afin de garder une puissance productive sur ces produits. Pas pour vous. Alors oui, non mais je ni en dentelle ni en sabot.
Alors non, je je suis pas forcément parti du libre échange à tout craint. On peut trouver des exceptions mais je trouve en fait que le le terme du débat posé peut-être par Stéphanné n'est pas forcément le bon. Si on dit il faut se protéger dire qu'on part du principe que quoi qu'il arrive de toute façon on ne pourra pas être compétitif, on ne pourra pas pas avoir des produits qui pourront concurrencer les produits chinois, américains ou japonais ou que sais-je.
Donc je trouve que si on commence par là en fait on dit déjà on a perdu quoi qu'il arrive de toute façon on ne pourra pas avoir des produits compétitifs. On a perdu dans les règles d'avant qui étaient celles de l'OMC. C'est un peu différent.
Est-ce qu'on a perdu des Non mais alors monsieur il y a plusieurs choses déjà un, l'Allemagne, elle est structurellement en désindustrialisation depuis 2016. C'est pas que depuis la crise en Ukraine. Et par ailleurs, ça se voit peut-être pas forcément en terme de chiffre sur les fermetures d'usine.
Bien qu'aujourd'hui, on ferme plus d'usine qu'on en ouvre notamment en France, mais vous avez toute la chimie européenne qui fonctionne pas à pleine capacité. Euh vous avez euh les acteurs du verre euh qui les producteurs de verre donc euh les fenêtres, les verrs dans lequels on boit qui arrêtent des lignes de production faute de demande. Je veux dire la le la l'industrie européenne est sous pression.
C'est très clair. Après la préférence européenne qu'est-ce que c'est ? C'est pas du protectionnisme forcément c'est de dire sur les marchés publics européens privilégion des produits fabriqués en Europe au regard de normes sociales, de normes environnementales et cetera.
Donc c'est par exemple considérer une intensité carbone d'un produit. C'est dire que de l'aluminium ou de l'acier qui est fait en Europe va être mieux disons sur le plan environnemental que enfin du fait on va fermer les marchés. Non, on va pas forcément on va pas forcément les fermer.
Par ailleurs, je vous donner autre chose, c'est que la Chine fait un dumping extrêmement agressif. Vous avez aujourd'hui des producteurs européens qui ont des usines en Chine, donc qui connaissent les coûts de production en Chine, qui voient les produits chinois arriver sur le marché européen à des prix inférieurs à leur coût de production en Chine. Donc vous voyez bien qu'il y a un problème dans l'équation.
La question c'est pas du protectionnisme, la question c'est de la réciprocité. Et comment on demande aux autres de s'aligner sur nos normes ? Et ben alors justement à propos de réciprocité, je vous propose de regarder une archive.
Ça remonte à 2005. Airbus accepte de construire une usine d'assemblage en Chine. Vous vous en souvenez sur le principe de la réciprocité.
On appelle ça le donnant donnant. Regardez, une commande historique pour l'avion européen. Il ne manquait plus que la signature pour la rendre officielle.
Elle a été apposée cet après-midi à Matignon par le président d'Airbus et celui de la compagnie d'aviation chinoise. Mais dans le contrat, une contrepartie. Le Premier ministre chinois en a parlé hier à Toulouse avec les responsables d'Airbus.
La Chine veut une usine pour assembler localement des Airbus sur son territoire. Déjà, elle fabrique des pièces d'Airbus et elle voudrait aller plus loin dans sa collaboration. Une situation gagnant gagnant.
Pour autant, Airbus ne veut pas parler de transfert de technologie mais de coopération. Je peux vous dire d'une manière certaine que si nous ne pratiquions pas ce type d'approche, nous serions mis en position seconde et pas en position première sur un marché comme celui de la Chine. Euh Sylvain Bersinger, est-ce qu'il faut pas faire la même chose sur les transferts de technologie ?
Les Chinois nous en ont demandé. Est-ce qu'on doit pas aussi leur faire cette requête-là ? Alors éventuellement, je pense que dans notre débat, quand on parle de l'Europe vis-à-vis du reste du monde, il y a le reste du monde versus la Chine et peut-être les États-Unis depuis que Trump fait n'importe quoi.
En fait, la Chine, c'est vrai et extrêmement agressive. Je je rejoins ce que disait madame avec des stratégies tout point de vue sur les salaires, sur le taux de change, sur les subventions, sur plein de choses, ils sont extrêmement agressifs. Le reste du monde c'est très différent.
Donc je pense que on a parfois dans dans ce qu'on entend dans les médias ou Stéphane SJ sur ce plateau, on on a peu l'impression que l'ensemble du reste du monde, c'est la Chine en terme de concurrence. Oui, mais c'est vrai quand on voit le déficit commercial de l'Union européenne avec la Chine, on est impressionné. 284 milliards d'euros en leur faveur.
Oui. Alors, il y a il y a plusieurs choses, hein. La la Chine effectivement a une stratégie clairement, c'est c'est ce que vous disiez, n'a plus de demande intérieure ou plus assez et donc pousse à tout craint l'exportation parce que c'est le c'est leur seule demande qui leur reste.
Ça veut pas dire que le l'Union européenne dans son ensemble a un déficit commercial hein. Alors, ça dépend des années sur les prix de l'énergie, mais on arrive à maintenir une base industrielle et un seul commercial. Alors, pas la France, hein, mais euh nos voisins.
Mais oui, clairement, je pense qu'il faut distinguer la Chine qui est qui est une stratégie très agressive et vis-à-vis de laquelle des mesures contraignantes euh sur les voitures électriques d'obligation de transfert, technologie et autres sont à mon avis légitimes parce que c'est vrai qu'il y a des pratiques complètement anticoncurrencielles de la part de la Chine, mais il faut pas mettre l'ensemble du reste du monde dans le dans le panier chinois et avoir la même attitude vis-à-vis du Brésil, de l'Inde et de plein de pays que vis-à-vis de la Chine. La la préférence nationale, c'est quand même quelque chose dans les marchés publics qui est appliqué par un ensemble d'États. Je veux dire, la Chine a des choses, elle ferme des marchés publics.
Les États-Unis ont le Buy American Act. La Corée du Sud fait aussi de la préférence coréenne. Donc c'est pas quelque chose d'incongru, c'est quelque chose qui existe à peu près dans tous les pays du monde.
Ça veut dire qu'il faudrait subventionner les entreprises ou certains secteurs pour justement se protéger. On est sur l'achat public. On est sur l'achat public.
Par exemple, si on prend le cas américain aujourd'hui, si vous proposez à un service public américain le même bien, il est considéré comme équivalent si même si le prix de bien américain est 20 % plus cher dans les usages civils et 50 % plus cher dans les dans les usages militaires. Donc si vous avez deux prix différents, ils sont considérés comme équivalents vu de l'administration américaine. C'est une préférence qui est donnée.
Il y a pas de subvention. C'est la préférence nationale. C'est ça.
Préférence nationale. Et derrière ça, ce qu'on a le calcul qu'on fait très rarement, c'est que si vous achetez un bien américain aux États-Unis ou un bien français en France, vous avez des emplois, de la TVA, des impôts, des gens au chômage en moins et ça vous fait un retour sur investissement sur la puissance publique. Et on a calculé sur une demi-douzaine de catégories de produits, il n'existe pas d'études exhaustives que ça rapporte à la puissance publique plus que ça ne lui coûte en achetant du made in France.
Voilà, typiquement un genre d'approche un peu global qui permet à la fois de faire du développement économique et de la protection de notre outil productif. On a perdu du temps là-dessus. Moi, je suis favorable effectivement à ça, cette préférence nationale des achats publics dans certains secteurs stratégiques.
Lesquels ? Alors, ça peut être la défense, ça peut être le numérique, ça peut être voilà des secteurs qu'on certain de la santé. Après, ce qu'il faut voir c'est ce que ce que vous dites est exact, mais ça dans le fond ça revient à une subvention puisque l'État paye ou le pouvoir public paye plus cher un produit qu'il l'aurait payé.
Sinon donc alors c'est pas vraiment ça s'appelle pas une subvention déguisée quoi mais voilà c'est c'est quand même de de l'argent public qui est émis donc dans les secteurs stratégiques qui est récupéré après en forme de taxe d'emploi d'activité d'emploi induit non mentionner du chômage je suis d'accord alors après il y a il y a il y a il y a un autre problème c'est que si vous faites un protectionnisme massif le problème c'est que d'autres vont faire ce même protectionnisme aussi donc après c'est toujours le c'est toujours le même problème de si vous dites ben moi je verrouille tous mes marchés vos voisins dit moi je verrouille tous mes marchés et tout le monde verrouille marché il va y avoir cette réciprocité Tu es là aussi naï en fait je pense qu'il y a de la différence il y a de la nuance mais déjà mais les autres sont fermés en terme de de marché public en fait le taux d'ouverture des marchés publics européens est l'un des plus élevés du monde. Heureusement 2022 on a progressé en mettant de la réciprocité sur la l'accès au marchés au marché public. Euh pour rappel hein, les marchés publics, c'est 15 points de PIB en Europe.
Alors bien sûr, il y a déjà des choses qui servent euh des acteurs euh européens, mais surtout c'est aussi un moyen de mettre en cohérence la politique industrielle avec la politique environnementale. Se dire que bah si vous voulez privilégier par exemple le développement euh d'acier bas carbone, d'hydrogène bas carbone et cetera, il faut que via les achats publics ou infrapublique et bien vous l'encouragiez par des critères carbones. Et là vous êtes pas dans de la subvention.
Vous êtes juste mettre en cohérence vos politiques face à des acteurs qui sont agressifs. Alors, on parle beaucoup de la Chine certes, mais l'Inde ne va pas nous faire de cadeaux. Je veux dire, le monde a changé et l'Europe veut rester ouverte dans un monde qui s'assoit complètement sur notre naïveté et qui nous crache limite dessus.
Alors, quelqu'un avait alerté, c'était il y a plusieurs mois, 16 mois, un an, c'était Mario Dragy avec un rapport qui disait "Il faut sauver l'Europe de l'agonie. Où est-ce qu'on en est un an après Bien donc c'était le 9 septembre 2024. Mario Dragui, ancien président de la Banque centrale européenne tentait de réveiller une Europe endormie trop lente à se transformer avec une recommandation choc notamment investir 800 milliards d'euros pour relancer la compétitivité face aux mastodontes chinois et américains.
Un an plus tard, le groupe de réflexion européenne policycil a créé un observatoire drag pour évaluer l'avancée de chacune de ces mesures et le constat est sans appel. Seules 40 mesures sur les 383 du rapport ont été mises en œuvre. C'est l'équivalent à peu près d'une mesure sur 10.
Alors certes, l'Europe a avancé sur l'industrie de défense avec notamment le lancement du plan Safe, le programme doté de 150 milliards d'euros qui est censé créer un grand marché d'achat d'armement commun, avancer aussi sur la simplification des normes pour les entreprises sur l'environnement notamment. Quant à la diversification des échanges commerciaux, l'Union européenne s'est plutôt félicité de la signature des accords récents avec le Mercosur et l'Inde. Mais pour tout le reste, et vous en parliez tout à l'heure, le coût élevé de l'énergie, la relance de l'industrie automobile, la fuite des cerveaux et la dépendance aux terres rares.
Les intentions politiques existent mais ce qui pose problème, ce qui fait défaut, c'est la détermination des États à passer à l'action. C'est un sujet qui sera d'ailleurs au menu de la Réunion informelle sur la compétitivité qui est prévue en Belgique le 12 février entre les chefs d'état des 27 pays et à laquelle est convié Mario Dragi. Alors Olivier Louzi, est-ce que la principale difficulté en fait ce n'est pas d'arriver à se mettre d'accord quand on est 27 et et justement à passer à l'action concrètement ?
Si, tout à fait. Enfin on a la la diversité des positions européennes. La préférence européenne par exemple est défendue par le gouvernement français.
Mais il faut savoir qu'avant de prendre cet arbitrage, cette position, il y a eu des débats très importants et il y a une partie des administrations et du gouvernement qui n'était pas favorable à ce qui peut nous paraître en tous les cas ce qui me paraît une évidence. Et si vous élargissez au niveau européen, oui, il y a des États qui ne sont pas convaincus de ça pour des fois des bonnes raisons. Si vous prenez par exemple l'Allemagne, euh vous avez des entreprises comme BASF ou Volkswagen qui ont fait de la Chine leur 2e maison productive, le modèle qu'ils ont envisagé pour eux, c'est de produire en Chine à des coûts chinois pour réexporter sur le marché européen. quand il voi arriver ce type de dynamique là, et ben il se heurent à leur modèle et à leur stratégie et donc il poussent auprès du chancelier pour éviter des formes de protection ou de préférence européenne.
Et donc on sent bien cette tension. Petite parenthèse, en Allemagne, les grands groupes ont plutôt cette position. Le middle stand dont on parle beaucoup hein, ces entreprises de taille intermédiaire, elles elles sont beaucoup plus sur des sujets de préférence européenne proche de la position française.
Sylvinberinger, est-ce que vous avez l'impression que justement ce projet est trop trop tardif celui de de Dragy ou sur le fond vous n'êtes pas d'accord ? En en fait, je pense qu'on mélange peut-être deux sujets parce que le rapport Dragy, alors il y a plein de choses dans le rapport Dragy, mais le cœur du rapport Dragiy c'est pas l'industrie, c'est le numérique. Le cœur du rapport de Ragy, c'est de dire on a décroché voilà dépendance numérique et là on est plus sur les services numériques.
Le le le rapport Dragy, il dit en gros on a décroché en terme de productivité même si c'est débattu parce que c'est très dur de de mesurer les écarts de productivité parce que on a un rapport en gros on a pas on n pas les gafas pour pour faire simple. Euh donc le grand groupes hein comme Amazon, comme voilà donc le cœur du rapport Dragy, c'est de dire les Américains on ont développé une industrie du numérique de l'IA et cetera que nous on n' pas et ça crée un écart de compétitivité. Donc euh c'est le le cœur du rapport d'Aguin n'est pas industriel en fait.
Donc je sais pas si on mélange pas un peu peut-être deux sujets qui sont tous les deux très importants mais notre dépendance et et nos faiblesses sont bien plus dans le numérique où là pour le coup on est vraiment largué par rapport aux Américains que dans l'industrie et elles sont aussi nos faiblesses Anaï vois sur par exemple sur les terres rares. Comment on fait pour faire jouer la préférence européenne quand sur les terres rares qui font nos téléphones portables et tout ça c'est indispensable c'est la Chine qui les possède. Alors déjà la Chine ne les possède pas forcément.
Les ter rares, elles sont situées à différents endroits dans le globe. Et il est vrai que la Chine avec sa stratégie des nouvelles routes de la soie a acquis des positions de force en terme d'extration et de raffinage de ces matières premières critiques. Mais rien ne nous empêche en terme de diplomatie d'aller travailler pour avoir nous aussi un approvisionnement en terre rare et donc en travaillant sur les chaînes de valeur et peut-être sur la remontée des chaînes de valeur des États qui les possèdent.
Ce qui est en train d'essayer de faire l'Indonésie. La deuxième chose, c'est que nous avons aussi des richesses dans notre sous-sol et la question qui se pose, c'est est-ce que nous avons envie de les accepter ? Oui, mais à un moment, on peut pas déléguer en même temps, vous disiez tout à l'heure que pour des considérations environnementales, on va pas le faire.
Donc oui, mais donc mais vous acceptez de déléguer votre responsabilité environnementale à des autres et donc de faire peser les conséquences de vos choix à d'autres. Donc en terme humaniste et philosophique, ça se discute. La troisième chose, c'est qu'il y a une vraie réflexion sur ce qu'on a envie de construire en tant que société et mettre l'intensité l'intensité technologique là où elle est nécessaire.
On n pas tous besoin de montre connectée, on n pas besoin de frigo connecté. Donc utiliser à bonne écience ses ressources parce que la sobriété c'est un le premier levier de souveraineté et après il y a l'économie circulaire, c'est-à-dire toutes les ressources qui sont sur nos étagères, les produits non vendus qui contiennent des matières premières critiques et qu'on doit absolument conserver et remettre dans le circuit pour les revaloriser. Or aujourd'hui beaucoup de choses partent à l'étranger et échappent à la réutilisation en Europe.
Olivier Lanc, vous vous êtes incroyablement pertoire lapidaire. dit, il faut qu'on ait la lucidité et l'humilité d'adopter la stratégie d'un pays émergent. Mais ça veut dire quoi ?
Ben, on a parlé de la du de l'écart technologique qu'on avait sur le numérique. Je suis pas sûr que le rapport Dragy ne parle que du numérique, mais c'est une vérité et ça on le constate tous les jours. Si vous allez un peu de l'autre côté euh du miroir et vous regardez des technologies de production, dans ces cas-là, on a une ou deux générations de technologies de retard vis-à-vis de la Chine et on le voit aujourd'hui par exemple sur les véhicules électriques où c'est quelque chose qui a été constaté mais qui est à peu près vrai dans toutes les chaînes de valeur.
Et donc la position de l'Europe aujourd'hui à cause d'un son, c'est que nous avons une ou deux générations de retard sur toutes les technologies numérique ou productive par rapport une fois qu'on fait ce constat là qui peut choquer mais qui est je dirais un constat dans ces cas c'est qu'est-ce qu'on fait et je reprends parce que ça veut dire payer au niveau de de ça veut dire une dép technologique ça veut dire qu'on a pas les gains de productivité qui vont avec et cetera et qu'est-ce qu'on fait ? Et ben, il y a des pays qui ont trouvé une technique, la Chine, la Corée du Sud en son temps, l'Inde, le Brésil qui est dire "J'ai un marché, vous voulez accéder à mon marché, vous faites du transfert de technologie et sur la voiture électrique par exemple, c'est quelque chose qui pourrait se faire." Oui, vous avez deux générations d'avance sur nous technologie, très bien, vous voulez rentrer dans le marché européen, parfait.
On va pas vous fermer parce que la concurrence quand même, ça permet de stimuler l'innovation. C'est quand même notre mode de vie, notre mode économique. Donc il faut pas se fermer à la concurrence.
Mais il y a une condition, c'est que vous faites du transfert de technologie comme l'Inde l'a fait sur les rafales, comme le Brésil l'a fait sur les sous-marins ou bien comme vous l'avez montré, la Chine l'a fait sur les avions. Bon et ben on verra plus tard si c'est un vœux pieux ou si c'était la bonne voie. Merci à tous les trois d'être venus débattre ce soir.
Stéphane Séjourné