Trump de retour : des conséquences pour le monde entier - C à vous : l’intégral - 21/01/2024
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
... - A.-E.Lemoine: Bonsoir.
Très heureuse de vous retrouver. On est ensemble en direct avec toute l'équipe jusqu'à 21h. Emilie, Pierre, Patrick, Mohamed et Lorrain, bonsoir.
Emilie? - E.Tran Nguyen: Un mois après la fin du procès des viols de Mazan, un documentaire diffusé sur France 2 ce soir poursuit le combat pour que la honte change de camp en donnant la parole à plusieurs victimes de soumission chimique.
Ce documentaire est porté par la fille de G.Pelicot. - A.-E.Lemoine: On en parle avec l'un de ces témoins, Léa, aux côtés de la co-autrice et réalisatrice du documentaire, L.Bendali, qui veut mettre la lumière sur un phénomène ignoré en France. - A.-E.Lemoine: Patrick? - P.Cohen: Je vais vous faire la liste des 46 décrets signés par D.Trump avec ses gros feutres et sa grosse signature hier soir après son investiture à Washington.
C'est une révolution nationaliste et réactionnaire comme l'Amérique n'en a jamais connu, beaucoup plus forte que celle d'il y a 8 ans. - A.-E.Lemoine: La présidente de l'Assemblée nationale Y.Braun-Pivet a accepté notre invitation.
Merci. - Y.Braun-Pivet: Bonsoir. - A.-E.Lemoine: Lorrain? - L.Sénéchal: On va rendre hommage au réalisateur de "Tenue de soirée".
B.Blier nous a quittés à 85 ans. - A.-E.Lemoine: Pierre? - P.Lescure: B.Spears a aujourd'hui 43 ans et la vie devant elle, mais un documentaire extra raconte ses 40 premières années.
Elle était un peu comme la cobaye de la célébrité moderne. - A.-E.Lemoine: Et aussi victime de sexisme.
Nos invités après 20h, une romancière, L.de Luca. Son 1er roman parle d'adultère, de mensonges.
C'est une petite révolution au cinéma...
Pourquoi les Trois mousquetaires n'auraient pas été des femmes? Rien ne prouve le contraire. C'est l'idée extraordinaire de ce film, "Toutes pour une", qui réunit un quatuor d'artistes rayonnantes, S.Ouazani, O.Amamra, D.Lekumuena, D.Patakia.
On reçoit aussi S.Rotenberg. Tout de suite, l'édito de P.Cohen.
Trump tout-puissant dans la foulée de son investiture. - P.Cohen: Un déluge de décrets signés dans 3 lieux différents, dans une salle du Capitole, dans une salle de sport de Washington et enfin dans le bureau Ovale, dans une sorte de conférence de presse improvisée pendant plus de 3 quarts d'heure.
Je vous avais parlé hier soir d'une centaine de décrets à venir. Il y en a eu 46. Le 1er de ces textes a annulé 78 décrets signés par son prédécesseur.
Il y en a pour tous les goûts, du symbolique au dérisoire, de la pure vengeance contre ses adversaires aux décisions lourdes de conséquences. Si l'administration parvient à les mettre en oeuvre, 2 exemples...
L'un des décrets proclame que la bannière étoilée doit flotter au vent au début de sa présidence. - A.-E.Lemoine: D.Trump fait sortir les Etats-Unis pour la 2e fois des accords de Paris. - P.Cohen: C'était devant une foule de spectateurs extatiques. ... - P.Cohen: La foule qui applaudit, acclame.
C'est un désengagement qui devrait compromettre les objectifs des accords de Paris. Les experts disent que le coût est plus rude qu'en 2017. Même la Chine a réitéré aujourd'hui son soutien aux accords de Paris en exprimant sa préoccupation face aux décisions de Washington.
Trump a décrété un état d'urgence énergétique pour doper la production d'hydrocarbures aux Etats-Unis. Il donne un coup d'arrêt aux éoliennes et aux voitures électriques. - A.-E.Lemoine: Avec une expression "on va forer, bébé"... - P.Cohen: Qu'il avait lancée dans ses meetings de campagne.
C'est une marche arrière sans précédent dans la bataille pour le climat. Il a le soutien des magnats de la tech. Après avoir osé répéter dans l'enceinte du Capitole ce que les factieux hurlaient il y a 4 ans au même endroit, que l'élection lui avait été volée... ... - P.Cohen: Vous avez entendu, Trump parle de ces assaillants condamnés par la justice comme des otages.
Certains commentateurs pensaient qu'il ferait une exception pour ceux qui avaient agressé les forces de l'ordre. Il y avait eu 140 policiers blessés ce jour-là. Toutes les procédures en cours sont arrêtées.
C'est comme si la tentative de coup d'Etat n'avait jamais eu lieu. - A.-E.Lemoine: Est-ce que tous les décrets annoncés seront appliqués? - P.Cohen: Non, mais ce n'est pas fait pour.
C'est le show d'abord. Trump a fait mine de modifier le droit du sol...
Trump ne fait qu'ouvrir une longue bataille juridique qui devrait s'achever devant la Cour suprême. A la salle de sport, Trump a utilisé un feutre différent pour chaque décret signé. Qu'a-t-il fait à la fin?
Il a lancé ses stylos. Il a lancé les feutres dans la foule comme un tennisman le ferait pour ses balles après un match. - A.-E.Lemoine: Ou une rock star lancerait une chemise devant son public. - A.-E.Lemoine: Quels adjectifs pour définir Trump? - Y.Braun-Pivet: Ce que je trouve inquiétant et triste, c'est ces espèces de coups de balancier, où tout ce qu'a fait le prédécesseur doit être annihilé, supprimé.
On sent un esprit de revanche. Il dit que l'élection de J.Biden était illégitime, truquée.
Il y a une outrance dans le vocabulaire frappante. Quand on exerce des responsabilités de ce niveau, on doit avoir un vocabulaire plus mesuré... - A.-E.Lemoine: C'est tout sauf un homme apaisé. - Y.Braun-Pivet: Vous avez parlé de l'accord de Paris.
C'est aussi la sortie de l'OMS qui a été actée par Trump dans ce même mouvement. C'est inquiétant. Il remet en cause tout ce qui fait l'ordre mondial tel que nous essayons de le construire patiemment, difficilement.
C'est aussi ça qui est très grave. On a besoin des Etats-Unis comme partenaire, sur la scène internationale, mais qui pensent le monde. On a des Etats-Unis qui se replient sur leurs seuls intérêts propres.
Il imagine qu'il n'est pas de l'intérêt des Américains...
La vision du monde de Trump n'est pas la nôtre. Ca fait fi de la responsabilité des Etats-Unis dans la marche du monde aujourd'hui. Nous avons des enjeux qui nous dépassent.
Quand on parle de la santé, de la lutte contre le covid, on a besoin que tout le monde aille dans la même direction, la lutte pour le climat...
J'entendais aussi parler de reprendre des forages en Alaska. Il y a aussi ces volontés hégémoniques sur le Canada, le Groenland, le canal du Panama. C'est extrêmement préoccupant.
Il va falloir être très vigilants. - A.-E.Lemoine: Si nous ne faisons rien, nous allons être dominés, marginalisés...
C'est F.Bayrou qui lançait cette alerte. On réagit comment? - Y.Braun-Pivet: Je crois que face à ces menaces, il faut réagir en Européens.
Il ne faut pas oublier que si on regarde l'Europe, c'est un marché intérieur plus important que le marché américain. C'est des richesses, une histoire, une construction qui peut nous permettre de faire face. - A.-E.Lemoine: Des dirigeants européens, certains, qui étaient présents à l'investiture, comme G.Meloni. - Y.Braun-Pivet: Il y a l'image de l'extrême droite qui se met en place.
Ca doit nous préoccuper sur le plan des droits et libertés, et sur les plans fondamentaux et sur le plan des principes démocratiques. Je pense qu'il faut qu'on réponde sur le plan européen sans aucune naïveté. Il ne faut pas se laisser enfumer, impressionner. - E.Tran Nguyen: Aux côtés de D.Trump, il y a l'un des hommes les plus puissants et riches du monde, E.Musk.
Il a participé à un meeting. Pendant son discours, il y a eu un geste qui a pu choquer le monde entier, qui est commenté aujourd'hui. Geste répété 2 fois. ... - E.Tran Nguyen: C'est un geste qui a été analysé par des experts pour dire que c'était un geste nazi.
Lui répond que ceux qui voient en ce geste un salut nazi devraient trouver de meilleurs coups tordus. C'est sans aucune ambiguïté, non? - Y.Braun-Pivet: Je ne sais pas ce qu'il a voulu faire, mais j'ai été frappée...
J'ai regardé l'extrait. J'ai été frappée par son agitation. Il est très volubile dans ses gestes, ses propos.
Cela m'a un peu inquiétée, au-delà de ce geste, dont j'ai entendu les différentes interprétations, je m'attache surtout aux faits. - E.Tran Nguyen: Vous ne voyez pas un salut nazi? - Y.Braun-Pivet: En ce moment, il soutient l'AfD.
Pour le coup, c'est un parti résolument nazi. On a clairement une dérive d'E.Musk, de Trump et de son entourage qui doit nous préoccuper.
L'intervention d'E.Musk dans le débat public et les propos qu'il tient aux Etats-Unis, ce qu'il souhaite faire, et la façon dont il s'invite dans les débats européens, dans nos démocraties et les processus de vote...
Quand on voit tous nos processus électoraux qui sont soumis à des pressions extérieures, à des ingérences...
On voit ce qui s'est passé en Géorgie, en Moldavie, en Roumanie...
Je pense que le fait qu'un tel individu possède un tel réseau social est préoccupant. - P.Cohen: On parlait des graciés du 6-Janvier...
Parmi les 1500 qu'on a vus au Capitole, certains arboraient des croix gammées. - P.Lescure: C'est au tour du quotidien "Libération" d'annoncer qu'il quittait X, réseau d'E.Musk.
Il rejoint plusieurs autres médias. Dernier en date annoncé, "Challenges", médias français comme étrangers qui ont déjà dit au revoir à X. Y.Braun-Pivet, vous y êtes encore.
Vous avez l'intention d'y rester ou vous vous posez des questions? - Y.Braun-Pivet: Je suis une femme politique.
Je sais à quel point notre parole compte. Nous avons aussi besoin des réseaux sociaux. Je me pose des questions.
J'ai décidé de ne pas quitter X. Il ne faut pas abandonner le terrain. Je considère qu'il faut au contraire lutter partout, pied à pied et qu'il ne faut pas nécessairement aller sur des réseaux où on est entre nous.
Il faut mener le combat, la bataille des idées partout. Je continuerai à le faire. Mais évidemment que ça interroge.
Je comprends que certains aient fait d'autres choix. Ce n'est pas le mien aujourd'hui. - A.-E.Lemoine: Vous comprenez ce choix mais pour le déplorer, quand des grands médias d'information, des médias de référence quittent le terrain, c'est inquiétant? - Y.Braun-Pivet: C'est dommage.
Sur les réseaux sociaux, on s'enferme dans des bulles algorithmiques. On est abreuvés par des informations qui correspondent à ce que l'on pense peu ou prou et qui se réduisent petit à petit. Si, sur les réseaux sociaux, les émetteurs d'informations vérifiées, fiables, les désertent, on va renforcer ce phénomène de bulle algorithmique et d'enfermement.
Je pense que ce n'est pas une bonne réponse. On a une vraie problématique. Je pense qu'il y a une question de souveraineté européenne.
Nous devons impérativement développer des réseaux sociaux qui soient nativement européens, sur lesquels nous pourrons avoir de la modération telle que nous la souhaitons, où nous pourrons lutter contre les discours de haine qui se propagent sur ces réseaux et où nous pourront lutter contre le fait que les algorithmes ne soient pas transparents, pour permettre des règles du jeu connues de tous et de bonnes règles du jeu. C'est ce combat qu'il faut mener. Je ne crois pas qu'il faille aujourd'hui déserter ce terrain. - A.-E.Lemoine: On s'inquiète de la situation politique américaine et du retour de Trump à la Maison-Blanche.
En France, est-ce qu'on peut se rassurer de voir que la motion de censure contre F.Bayrou a été rejetée, notamment parce que le PS ne s'y est pas associé? Est-ce que ça veut dire que le gouvernement peut espérer un peu de stabilité?
Est-ce qu'il est encore très fragile? - Y.Braun-Pivet: C'est nécessairement très fragile.
Il faut être lucides. Nous sommes dans une Assemblée nationale qui ne dispose pas du tout de majorité. Il faut, à chaque instant, à chaque minute, rechercher des majorités, des compromis, dialoguer.
Ca sera fragile jusqu'en 2027, tant qu'il n'y a pas de majorité absolue. Je pense que c'est une chance historique, que nous avons la capacité de changer de mode de fonctionnement, de bâtir des coalitions, des compromis, de davantage dialoguer. C'est ce que fait le Premier ministre, le gouvernement.
Je suis plutôt très satisfaite de voir qu'une majorité des parlementaires dans l'Hémicycle est rentrée dans cette démarche de dialogue et de construction. C'est ce qu'a fait notamment le PS, mais pas seulement. Les Ecologistes et les communistes se sont rendus au pôle de Bercy pour réaliser un nouveau budget...
Je suis optimiste. Je pense qu'il y a un chemin dans cette Assemblée que je préside. On est en janvier.
On n'est plus en décembre. Le gouvernement Barnier est tombé. Nous avons abordé cette année 2025 sans budget.
Je suis convaincue qu'une majorité à l'Assemblée nationale est responsable et sait que nous ne pouvons pas priver les Français durablement d'un budget. - A.-E.Lemoine: Les propositions pour faire des économies et trouver de l'argent se multiplient.
La ministre du Travail propose de taxer les retraités au-dessus de 2000-2500 euros de pension. C.Vautrin relance les débats des 7 heures de travail supplémentaires dans l'année non rémunérées.
Est-ce que ces idées doivent être débattues? Il ne faut avoir aucun tabou? - Y.Braun-Pivet: Il faut avoir des convictions, suivre une ligne, mais pas de tabous.
Cette ligne doit être assez claire pour qu'elle soit compréhensible et qu'on puisse la tenir. C'est ça, faire de la politique. Il faut rechercher des économies, évidemment.
Je pense que pour ces économies, cette recherche, il ne faut pas avoir de tabous. Sur la taxation des retraités, il y avait d'autres propositions sur la table, notamment celle de supprimer l'abattement de 10 % pour frais professionnels dont bénéficient les retraités. Ca m'apparaît être une piste intéressante à suivre.
Discutons-en, débattons-en. Regardons ce qui est le plus adéquat. Il faut faire très attention au pouvoir d'achat de nos plus modestes retraités.
Je serais plutôt favorable à la suppression des 10 %, qui permettent d'être très respectueux et d'équilibrer l'effort entre les uns et les autres. - P.Cohen: On connaît votre engagement en faveur d'une législation sur la fin de vie et pour une aide active à mourir.
Ca avait été retenu par la convention citoyenne sur le sujet. La discussion de la loi avait été interrompue une semaine avant terme avec la dissolution. On a appris aujourd'hui que F.Bayrou souhaite scinder le projet de loi, qui reprendrait les débats du printemps dernier en 2 textes, l'importance des soins palliatifs et l'autre sur l'aide à mourir.
Est-ce que ce n'est pas une façon de porter un coup de grâce à un texte auquel le Premier ministre n'est pas favorable? - Y.Braun-Pivet: Je le crains.
Je suis opposée à cette scission, d'autant plus qu'il y a beaucoup de choses sur les soins palliatifs qui ne nécessitent pas de passer par une loi. On peut faire beaucoup par décrets. Il s'agit d'un engagement... - P.Cohen: En augmentant les moyens? - Y.Braun-Pivet: Oui, pour former les soignants aux soins palliatifs, pour pourvoir l'ensemble des départements en soins palliatifs.
Nous n'avons pas besoin d'une loi pour ceci. Pour développer les soins palliatifs, nous n'avons pas besoin d'attendre de légiférer. Il faut nous y attaquer dès aujourd'hui.
C'est ce qu'avaient fait les précédents gouvernements. S'agissant de l'aide active à mourir, je considère qu'il faut absolument légiférer, quitte à ce que le Parlement rejette l'idée de cette création d'une aide active à mourir. Les 577 parlementaires seront libres de leur vote. - P.Cohen: Vous pensez qu'il y a une majorité? - Y.Braun-Pivet: Je pense qu'il y a une majorité pour, mais c'est une conviction personnelle. - P.Cohen: 235 députés ont signé la proposition Falorni. - Y.Braun-Pivet: C'est presque une majorité absolue.
Je suis convaincue qu'il y a un chemin. Quand on regarde les différentes études d'opinion, je sais que les Français sont très largement favorables. Lorsqu'on regarde les travaux de la convention citoyenne, qui a travaillé pendant des mois sur ce sujet, elle a conclu au fait qu'il fallait ouvrir une aide active à mourir.
Je suis convaincue qu'il faut avancer dans cette direction et laisser le Parlement délibérer. Je pense qu'il est temps que nous nous en saisissions. Nous aurions dû voter ce texte le 18 juin 2024.
Nous sommes en janvier 2025 et nous n'avons toujours pas repris les débats sur ce sujet. Ce sont des débats qu'il faut mener tranquillement, sereinement. Si nous voulons terminer l'examen de ce texte avant la fin du quinquennat, c'est aujourd'hui qu'il faut commencer.
Je crois et j'attends que le gouvernement, le Premier ministre, réinscrivent le texte dans son ensemble à l'Assemblée nationale. - A.-E.Lemoine: Vous avez révélé avoir été diagnostiquée d'un cancer du sein il y a 3 ans au cours d'un examen auquel les femmes se soumettent régulièrement quand elles sont alertées sur cette question.
Aujourd'hui, vous êtes guérie. Pourquoi avoir choisi de le dire maintenant? - Y.Braun-Pivet: J'ai mis longtemps à me décider.
J'ai hésité à le révéler. Pendant la phase directe de lutte contre la maladie, c'est quelque chose que vous préférez garder pour vous. Vous menez votre combat et vous êtes concentrée dessus.
Il y a des moments, en tant que femme politique, je me sentais fausse. J'allais visiter tel hôpital qui soignait les femmes qui étaient victimes de cancer, j'allais rencontrer des associations, des associations qui aidaient les femmes ou qui s'occupaient de sport santé...
J'avais l'impression qu'il y avait 2 femmes, moi qui étais victime de ce cancer et la femme politique qui rencontrait ces femmes...
Ca me gênait. Je suis quelqu'un de très sincère. J'ai besoin d'être très vraie.
Je me suis dit qu'il était temps de reconnecter ces 2 femmes, la femme politique et la femme... - A.-E.Lemoine: La femme politique n'a jamais cessé ses fonctions alors qu'elle luttait contre un cancer. - Y.Braun-Pivet: Oui.
J'ai mené la bataille du perchoir en étant atteinte de ce cancer. Je me suis dit après, et vous l'avez rappelé...
J'avais un message à porter. Quand il vous arrive des choses dures, douloureuses...
En tout cas, je réagis comme ça. J'ai toujours besoin d'en faire des choses positives. Je me suis dit que comme j'avais une voix de femme politique, ça pouvait servir à quelque chose, alerter sur la prévention.
Il y a des campagnes nationales de dépistage, mais moins de 50 % des femmes en bénéficient. On a encore beaucoup de chemin à faire pour dire aux femmes d'aller faire ce dépistage. Ca ne fait pas mal.
Ca n'est pas invasif. Il suffit de prendre un rendez-vous. Ca dure quelques minutes.
Vous pouvez sauver votre vie. Un cancer du sein appris tôt, c'est 90 % de chances de guérison. Un cancer du sein appris tard...
Ce sont vraiment des vies qu'on peut sauver si on fait un diagnostic tôt. On sait qu'il y a des déserts médicaux, mais ce sont des examens que vous pouvez programmer longtemps à l'avance, jusqu'à 6 mois à l'avance. Je dis aux femmes de prendre rendez-vous, d'aller se faire dépister.
C'est une question vitale. Si la révélation de mon cancer peut avoir servi à sauver quelques femmes et à les emmener sur le chemin du dépistage, j'en serais très heureuse. - A.-E.Lemoine: Merci.
Vous restez avec nous. On a d'autres sujets d'actualité à vous soumettre. ... - M.Bouhafsi: C'est l'histoire de ceux qu'on surnommait les travailleurs de première ligne pendant le covid. 4 ans après, ils sont victimes des pires insultes racistes et d'incivilités.
Les coursiers de repas à domicile dénoncent des conditions particulièrement difficiles. Des conditions peu rémunératrices et un quotidien sous les menaces. Un homme a décidé d'arrêter. - Je suis arrivé chez la cliente.
Je l'ai appelée. Au lieu de me donner les informations nécessaires afin de que je lui remette le colis, elle m'a crié dessus. Je lui ai dit qu'elle n'avait pas besoin de me crier dessus.
Elle m'a dit: "Sale noir. J'ai commandé pour être livrée chez moi. Si tu ne peux pas le faire, c'est ton problème." Je lui ai dit qu'il y avait des manières de parler aux gens, que ce n'était pas un comportement correct vis-à-vis des coursiers.
Elle a continué à me crier dessus. Elle m'a craché dessus. - M.Bouhafsi: Ils sont plusieurs dizaines à signaler des incidents depuis plusieurs mois.
Face à la multiplication des cas, les syndicats ont décidé de hausser le ton et de révéler l'ampleur de la situation. - On a en moyenne un livreur par mois qui a été victime soit d'une agression physique, soit d'un acte de racisme. Le dernier en date, parce qu'il a décidé de ne pas livrer une commande dans l'immeuble puisque les conditions de sécurité n'étaient pas adéquates, s'est fait traiter de "sale arabe". "Sale cassos", "rentre chez toi", "il est temps que tu rentres dans ton pays"...
Ce sont des choses que l'on entend de plus en plus, à la fois auprès des clients et à la fois auprès des restaurateurs. Et ça de façon complètement décomplexée. - M.Bouhafsi: Les plateformes disent être très sensibles à ce sujet et avoir conclu un accord avec les représentants syndicaux, mais la situation reste complexe.
La plupart des livreurs voient leur compte se faire verrouiller après l'accusation d'un client. - Le livreur se retrouve devant un manager qui lui dit: "Ecoute, c'est ça ou la porte." Les livreurs se font souvent désactiver sans échange.
Il suffit que le client fasse un signalement, trouve des prétextes pour que le livreur se fasse désactiver de la plateforme. Il y a aussi des plateformes dans lesquelles il y a des pénalités financières en cas de désaccord avec un client. Le client a toujours raison.
Pour un livreur, Signaler un fait comme ça, c'est presque dangereux. On demande à ce que les livreurs aient un bouton sur l'application pour désactiver le client. - M.Bouhafsi: Ces incidents peuvent parfois frôler les violences civiques.
Un autre livreur est menacé de mort après une livraison. - Je suis dans la cage d'escalier en train de monter. Elle a un ton agressif.
Elle me dit que c'est au 3e étage. Elle parle mal. J'ai décidé de ne pas la livrer.
Elle m'a couru après. Elle a essayé de m'arracher la commande des mains. Je suis descendu.
Je suis redescendu. Elle m'a insulté de tous les noms à la fenêtre. Elle m'a menacé à plusieurs reprises. "Ca ne va pas se passer comme ça.
Tu ne vas pas repartir. Je vais te planter." Une cage d'escalier, c'est un endroit confiné.
C'était un endroit assez petit. On ne sait pas vraiment de quoi sont capables les clients réellement. - M.Bouhafsi: Ces coursiers préfèrent souvent se taire et ne veulent jamais porter plainte.
Certains sont en situation irrégulière et craignent de se faire expulser du territoire national. Ils acceptent alors en silence les pires brimades. Ces situations, on les retrouve dans le film "L'Histoire de Souleymane".
L'acteur interprétait un livreur alors qu'il n'était pas encore régularisé. Il évoquait sa situation administrative sur le plateau. - A.-E.Lemoine: Vous ressentez de la colère, de l'injustice, d'être dans cette situation? - A mon arrivée, ce n'était pas facile.
Administrativement, c'était compliqué. Le jour où j'ai mis un pied en France, j'ai quand même eu des personnes autour de moi qui m'ont aidé, des associations, des écoles. On ne m'a pas laissé tomber, mais administrativement, ça a été compliqué jusqu'à aujourd'hui. - M.Bouhafsi: Désormais, un client violent ou injurieux pourrait voir son compte désactivé.
Il y a une liste des métiers en tension dans lesquels les travailleurs sans papiers pourraient être régularisés. C'est un papier qui va remplacer la circulaire Valls. Le patronat dit qu'on a besoin de ces milliers de travailleurs dans les métiers en tension. - Y.Braun-Pivet: On en a besoin.
Je suis allée l'autre jour à Rungis, à 4h. On voit un certain nombre de travailleurs étrangers en situation régulière au niveau des carcasses de viande. C'est des métiers difficiles, pour lesquels on ne trouve pas forcément de main-d'oeuvre localement.
Je pense qu'on a besoin d'une population étrangère sur les métiers en tension. Il faut en discuter avec le patronat. C'est lui qui sait quels sont les besoins.
C'est une voie d'immigration que nous avons ouverte dans le dernier texte que nous avons voté à l'Assemblée nationale et au Sénat. Ne la refermons pas alors que nous venons à peine de l'ouvrir. - A.-E.Lemoine: On l'a qualifié de procès du siècle, par sa durée, 4 mois d'audience, le nombre des accusés, 51, par le courage d'une femme qui a renoncé au huis clos alors qu'elle en avait le droit, mais aussi par la nature des crimes commis...
Le viol par soumission chimique, un fléau sous-estimé, voire ignoré, dont la fille de G.Pelicot, C.Darian, veut dénoncer le caractère systémique. - Personne ne connaît le nombre de soumissions chimiques en France.
Beaucoup ne portent jamais plainte, découragés par la honte ou empêchés par l'amnésie. Il suffit d'éplucher la presse des 30 dernières années pour se rendre compte que le phénomène est massif et même systémique. "Le mécanicien violent avait drogué sa victime". "Il drogue sa femme avec une tatin pour la violer". "Il avait drogué sa compagne à son insu en saupoudrant sa gaufre de MDMA".
Jusque là, le terme de "soumission chimique" n'était pas arrivé dans l'opinion. Il faut une prise de conscience. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, L.Bendali.
Vous êtes la coréalisatrice de "Soumission chimique: pour que la honte change de camp". Vous y témoignez. Un documentaire porté par la voix de C.Darian qui, avec son association, a fait de cette cause son combat.
Le fait que personne n'avait fait ce lien entre ces différents faits divers communs à un même fléau, c'est parce que le terme de soumission chimique n'existe pas? Quand on n'a pas les mots pour dénoncer un phénomène, on ne le combat pas? - L.Bendali: On n'identifie pas un mode opératoire.
L'intuition de C.Darian, quand elle a découvert les atrocités qu'a commis son père sur sa mère, trouvé une cinquantaine d'hommes dans un département pour abuser de sa mère endormie, elle s'est dit: "Ce n'est pas possible. Il doit y avoir un mode opératoire plus vaste que ça.
Ce n'est pas un cas particulier." L'idée de cette revue de presse, en appelant une situation d'une banalité confondante avec un apéro avec un voisin où il drague sa voisine, le milieu professionnel... - A.-E.Lemoine: Ce que C.Darian appelle le "viol parfait", parce que ce sont des produits accessibles facilement...
Une victime qui est incapable de s'opposer et une simplicité de mode opératoire écoeurante. - L.Bendali: C'est les médicaments de l'armoire à pharmacie.
C'est du somnifère, de l'anxiolytique, de l'antidouleur, de l'antiallergique. Parfois, sans ordonnance. On a le cas de quelqu'un qui a été abusé pendant 3 ans par son père. - A.-E.Lemoine: Léa, vous aviez 19 ans.
Au début des vacances, 2 jeunes militaires vous offrent un verre. Vous dites que la soirée devient floue. Vous vous souvenez tout de même que vous décidez de rentrer.
Ces hommes vous proposent de vous accompagner. Ensuite, c'est le mot qu'on entend souvent, c'est le "black-out". Vous êtes inconsciente jusqu'à la première pénétration, votre premier viol. - Léa: Ca dépend.
Il peut y avoir...
Le black-out, il faut faire attention. Le black-out, c'est totalement...
Ca va être sur une période prédéfinie. Moi, c'est plus des trous noirs, des flashs. Je vais avoir des images très floues, très désordonnées.
J'ai quelques souvenirs, mais je vais reprendre possession de mon corps lors de la première pénétration. - A.-E.Lemoine: Vous dites que vous reprenez possession de votre corps, et que pourtant, vous êtes incapable de bouger.
Vous n'étiez pas en mesure de réagir physiquement à l'agression? - Léa: J'ai essayé de réagir. J'ai quand même dit "non".
On est plus spectateur de la scène. On est détaché de son corps. On est dans le coton.
On est dans un état où on a beau crier, essayer de se défendre...
J'avais la défense d'une petite fille de 5 ans. Je n'avais plus d'énergie. - A.-E.Lemoine: L'un des agresseurs vous donne son numéro de téléphone.
Une de vos amis l'a appelé. La conversation est enregistrée. ... - Je lui ai dit que j'avais enregistré l'appel, que ça ne servait à rien qu'il essaie de déformer, qu'on avait toutes les preuves. - A.-E.Lemoine: Vous avez porté plainte.
Vous avez été confrontée à vos agresseurs, mais ils ne sont pas mis en examen à ce jour. Votre consentement, malgré ces aveux, qui ne sont pas des aveux à demi-mot...
C'est votre consentement qui a été interrogé? - Léa: Tout à fait. Ils avouent les actes, mais le consentement est remis en question.
Malgré toute cette procédure, ça fait bientôt 3 ans que j'attends une mise en examen. - A.-E.Lemoine: On considère que vous étiez consentante? - Léa: On ne le considère pas, mais on le remet en question.
C'est important de le dire. Au-delà de ça, c'est ma parole contre la leur. - A.-E.Lemoine: Il y a l'histoire de Léa, mais aussi celle de Rénald, 48 ans, qui témoigne.
Il a subi un viol à 17 ans. Il s'est longtemps vu comme coupable parce qu'il avait accepté un verre au cours d'une soirée. - L.Bendali: Toutes les victimes ont ça, cette culpabilité qu'ont toutes les victimes portée par le regard que la société a sur elles.
C'est l'ancien "elle l'a bien cherché", "elle n'aurait pas dû sortir le soir". Quand aujourd'hui, il y a des bouchons qu'on met sur les verres en disant de se protéger, on envoie le mauvais message. Toutes ces sociétés qui se créent essayent de responsabiliser les victimes...
Ce n'est pas aux victimes de se responsabiliser. On ne peut pas avoir une vigilance extrême avec son verre. C'est la culture du viol.
Il faut s'attaquer à ça. C'est l'agresseur qui a un souci, pas la victime. - E.Tran Nguyen: Léa, vous avez quelques trous noir.
Il y a beaucoup de victimes qui ne se souviennent d'absolument rien. C'est le cas de G.Pelicot, et de Zoé, qui se retrouve presque nue dans un parc après la Fête de la musique à Niort, en 2006.
Elle était en seconde. - Je suis allongée, couverte de brindilles, de feuilles mortes. Je me rends compte que je suis dénudée.
Ma robe est relevée, à peu près jusqu'à ma poitrine. Mon soutien-gorge est dégrafé. Je l'ai toujours sur moi, mais il est relevé.
Je n'ai plus de culotte. Je me souviens qu'à ce moment-là, le seul truc que j'avais dans la tête, c'était qu'il fallait que je retrouve ma culotte. En regardant autour de moi, je comprends où je suis.
Je suis au Jardin des Plantes, à Niort. C'est à une dizaine de minutes de marche de l'endroit où j'ai mon dernier souvenir. C'est un endroit assez reculé.
Je me sens effrayée. Là, je suis vraiment un enfant perdu sans sa culotte. C'est vraiment ça que je suis. - E.Tran Nguyen: Elle ne sait pas combien d'agresseurs il y a eu.
C'est une question qui va la hanter, même si pendant longtemps, elle a préféré ne pas se souvenir. Quand on ne sait pas, on imagine le pire. C'est aussi le cas de C.Darian, persuadée que son père l'a aussi abusée sous soumission chimique.
C'est une incertitude qui la torture. - L.Bendali: Oui, comme dans le documentaire.
Cette amnésie, c'est un gouffre. Toutes les hypothèses sont possibles. Qu'est-ce qu'ils ont fait, avec qui?
Est-ce il y a des photos qui sont restées? C'est un gouffre parce que toutes les hypothèses sont possibles, en permanence. On n'arrive jamais à faire le deuil.
C'est ce qu'expliquait Zoé. On ne fait jamais le deuil de ces scénarios possibles, les pires, surtout. Ils sont là.
On imagine les atrocités. - A.-E.Lemoine: Il y a un examen qui permet à 100 % de prouver qu'il y a eu une soumission chimique, l'administration d'un produit, c'est une analyse des cheveux.
C'est ce qui a permis notamment de prouver la culpabilité du père de Lilwenn, qui témoigne. Vous l'avez appris un an et demi après votre viol, beaucoup trop tard. C'est fiable jusqu'à 6 mois après les faits.
Ca vous met en colère? - Léa: Oui, énormément. Si c'était juste un problème financier, on se serait débrouillés pour le payer.
On ne nous informe pas des droits auxquels on aurait normalement le droit. J'ai dû changer d'avocat pour pouvoir connaître mes propres droits. J'ai été mise trop tard aux informations. - L.Bendali: Il y a beaucoup de policiers et de gendarmes qui ne sont pas formés.
Léa est tombée dans un endroit où on ne savait pas qu'elle pouvait solliciter ça auprès du parquet. Aujourd'hui, il y a un problème de formation et de sensibilisation des personnels de justice. Les cheveux, c'est très important.
La victime de soumission chimique, dans les premiers temps, elle va mettre du temps avant de porter plainte. Si au bout de 3 jours, elle n'est pas allée, dans le sang et l'urine, on ne trouve plus rien. Les cheveux, c'est la possibilité de pallier à cette course contre la montre. - A.-E.Lemoine: Votre témoignage est à retrouver dans le documentaire "Soumission chimique: pour que la honte change de camp", qui sera suivi d'un débat.
C'est une question très large. Il faut s'emparer de ce fléau sous-estimé? - Y.Braun-Pivet: Evidemment.
Le procès de Mazan est un détonateur pour tout le monde dans l'opinion publique. Il y a une prise de conscience incroyable. Quand je disais qu'il faut toujours réussir à faire quelque chose de bien avec les horreurs qui nous arrivent, c'est maintenant notre devoir d'en faire quelque chose de bien, de permettre aux victimes de se sentir écoutées, accompagnées, crues.
Il faut qu'on continue à former davantage les policiers, gendarmes au recueil des témoignages, des preuves, de l'accompagnement. On sait qu'il y a des parties du territoire où on n'a pas d'urgences médicolégales et où le trajet peut être très long pour y aller. J'ai rencontré des femmes qui n'avaient pas les moyens de prendre le taxi sur des dizaines et des dizaines de kilomètres pour aller faire des constatations après un viol.
Là-dessus, il faut mettre les moyens. Après, il y a la question de la loi. Vous parliez du consentement et du fait que les auteurs des faits que vous avez subis n'ont pas été mis en examen parce qu'il y avait un problème de qualification juridique.
Comme vous le savez, il y a des travaux à l'Assemblée nationale qui sont menés par la délégation aux droits des femmes, des travaux transpartisans. Comme quoi, on fait des choses, majorité et opposition...
Une proposition de loi a été déposée qui met dans la définition du viol, sans lui retirer ce qui existait auparavant, la notion de consentement. Je leur ai indiqué que je saisissais le conseil d'Etat. On est en droit pénal.
Il faut faire les choses le plus scrupuleusement possible. J'ai saisi le Conseil d'Etat sur cette proposition de loi. Nous espérons que nous allons pouvoir l'inscrire à l'Assemblée nationale dans les semaines qui viennent.
Il ne faut pas traîner. Après, il y a les travaux menés par S.Josso à la demande du Premier ministre.
Il y a la question de la détection des médicaments. Il y a aussi des pistes qui pourraient faire en sorte qu'on mette dans ces médicaments des substances, des indicateurs qui permettent de se rendre compte qu'il y a quelque chose qui ne va pas. - A.-E.Lemoine: Il en est question dans le documentaire. - Y.Braun-Pivet: Il faut regarder ça de façon attentive.
C'est à ça que ça sert, vos témoignages. Bravo de le faire. On a besoin de tout le monde dans ces combats. - A.-E.Lemoine: Merci à vous.
C'est l'heure du 5/5 de L.Sénéchal. Vous rendez hommage à un des géants du cinéma français. - L.Sénéchal: B.Blier nous a quittés. 85 ans, cinéaste de la provocation.
Il a fait les plus gros contre-emplois. Depardieu, Dewaere, M.Blanc...
Il disait qu'il était un pessimiste gai. Je cite quelques-uns de ses films. "Buffet froid", "Les Valseuses", entre autres... - Paisible...
A la fraîche, décontractés du gland. On bandera quand on aura envie de bander. - L.Sénéchal: Ce duo choque à l'époque, peut-être encore plus aujourd'hui.
Voici comment B.Blier évoquait ces 2 personnages au moment du tournage en 1974. - B.Blier: Deux garçons...
On ne peut pas dire que ce sont deux jeunes. Leur âge est assez littéraire. C'est un âge en fonction des situations.
Ce sont des gamins complètement débiles...
Ce sont des personnages qui prennent les choses drôles au sérieux et les choses sérieuses avec humour. - L.Sénéchal: Ils ont fait le succès de Blier, à moins que ce ne soit l'inverse.
Ils ont eu ensemble l'Oscar du meilleur film étranger pour "Préparez vos mouchoirs", en 1979. Dans une de ses dernières interviews, il évoquait cette figure qui l'a façonné. - B.Blier: Mon père disait des choses...
Il disait: "Tu seras metteur en scène." J'avais un père pas fréquentable. - L.Sénéchal: Un père pas fréquentable, Bernard Blier, qui se revendiquait vulgaire et de mauvaise éducation.
Le voilà dans "C à vous". - P.Lescure: "Dans le catéchisme de mon père, il y avait la bouffe, le pinard"... - A.-E.Lemoine: Les flatulences!
Un culte des flatulences. - B.Blier: Quand il rentrait le soir, il se mettait contre une porte, et il disait: "Les enfants, venez, votre père va péter." - P.Lescure: Bernard Blier a joué pour son fils Bertrand. "Calmos" et "Buffet froid". - Les salopes!
Il paraît que ton appartement va bientôt être vacant. - Pourquoi? - Toi aussi, tu es une salope.
Tu m'as laissé tomber comme une vieille merde. Je vais te rayer de mon carnet d'adresses. Je viens de buter 5 musiciens.
Je vais bien me gratter pour un chômeur! - Rien ne vaut l'arme blanche! - Tu ne ferais pas ça? - Pourquoi pas?
Entre copains! - L.Sénéchal: Son tout premier film s'appelait "Hitler, connais pas".
Cette archive a circulé au moment de la mort de D.Lynch. - B.Blier: D.Lynch, c'est un mec...
Sur lequel je pompe. Quand je pompe, je pompe. Quand je ne sais pas comment faire un plan, je me demande comment ferait ce con de Lynch.
Il ferait ça comme ça... - L.Sénéchal: Parmi les réactions, la ministre de la Culture R.Dati a fait part de sa grande tristesse.
J.Balasko écrit ceci...
M.Blanc a obtenu grâce à lui le prix d'interprétation à Cannes avec "Tenue de soirée". - Tu l'emporteras pas au paradis, espèce de pouffiasse!
Je te souhaite bien du courage! - Je le savais, qu'elle allait se tirer. Je le sentais.
Ma petite Monique, pourquoi tu m'abandonnes? - Je suis là, moi. Je vais te consoler.
On sera bien, tous les deux. - Tu vas m'aimer, toi au moins? - Bien sûr. - Je vais faire de toi une reine. - L.Sénéchal: "Tenue de soirée", qui sera diffusé sur France 5.
Vous aussi, vous avez rendu hommage à B.Blier. - P.Lescure: J'aimais qu'il provoquait en permanence, avec une gouaille qu'il tenait de son père.
Il a écrit des choses merveilleuses dans son livre. Il a beaucoup écrit sur son père. Il a une plume extraordinaire.
Il faut lire ses scénarios, tous les commentaires qui accompagnent les dialogues...
Il vénérait D.Lynch. Il avait cette espèce de volonté de faire réagir.
Vous réalisez toujours au 1er et au 2e degré. Le 1er degré, c'est la blague. Bertrand Blier, il a éduqué ses enfants comme ça.
Bernard Blier a envie de nous éduquer. Quand il montre des personnages d'hommes qui en font trop, c'est aussi ce qu'il nous dit. J'adore cet homme parce que son émotion, il la montrait peu.
La provocation était aussi une arme. - A.-E.Lemoine: Merci beaucoup, Pierre.
Merci à tous.
Yaël Braun-Pivet