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InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 15 juillet 2025 15 minComplaisantFond programmatiqueBudget & impôtsÉconomie & entreprisesSolidarités & familleInstitutions & élections

Avec son plan, François Bayrou répond-il au bien commun ?

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:47OuverteRéponse directe

    François Bayrou a-t-il satisfait aux exigences du bien commun, selon vous ?

  • 3:28OuverteRéponse directe

    En vertu de quels critères peut-on juger ce que propose François Bayrou pour redresser les finances publiques ?

  • 4:43OuverteRéponse directe

    Le bien commun n'est-il pas l'addition des intérêts particuliers ?

  • 5:06OuverteRéponse directe

    Quelle appréciation portez-vous sur les propositions de François Bayrou, en qualité d'économiste ?

  • 8:12OuverteRéponse directe

    Que pensez-vous de la suppression des deux jours fériés suggérés par François Bayrou ?

  • 10:13OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'esprit du plan global de François Bayrou est de demander toujours plus à ceux qui ont peu ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:10InvitéFait
    « la suppression de deux jours fériés et le gel des prestations sociales et des retraites, ce qu'on appelle une année blanche »
  • 1:20InvitéFait
    « François Bayrou a ciblé le lundi de Pâques, affirmant qu'il n'a aucune signification religieuse »
  • 3:07PrésentateurFait
    « la lutte contre cette dette invraisemblable que nous transmettons aux générations suivantes »
  • 5:42PrésentateurFait
    « le seul paiement des intérêts va devenir bientôt le premier poste du budget, plus que l'éducation nationale »
  • 5:49PrésentateurChiffre
    « on est le pays qui a le plus fort taux, non seulement de dépenses publiques, mais de prélèvements obligatoires »
  • 11:16PrésentateurFait
    « les marchés font confiance à la capacité de remboursement de la France, mais même là, le taux d'intérêt est plus élevé qu'en Allemagne »
  • 12:07PrésentateurChiffre
    « nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques et nous sommes aussi le pays le plus pessimiste du monde »
  • 12:21PrésentateurFait
    « on a les plus fortes dépenses publiques, les plus fortes dépenses sociales, la situation la meilleure sur le plan de l'éducation, de la santé »

Temps de parole

  • Présentateur73 %
  • Invité25 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Avec Louis Dufresne et son invité aujourd'hui, Jean-Yves Naudet, économiste autour de la question du bien commun, cette notion dont a parlé François Bayrou.

0:27
Invité

Oui, et en vertu de quels critères peut-on juger ce que propose François Bayrou pour redresser les finances publiques ? Il n'a pas directement parlé de bien commun, mais d'efforts collectifs. Le Premier ministre a présenté un plan global aux efforts répartis avec justice et justesse, a dit Marc Fénaud, président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée Nationale. Une intention contestée par les oppositions du RN et de LFI et aussi du PS. Boris Vallot pense que demander toujours plus à ceux qui ont peu et si peu à ceux qui ont beaucoup n'est ni sérieux, ni efficace, ni juste. Le chef du groupe socialiste au Palais Bourbon dénonce un budget brutal et inacceptable.

Alors au-delà des réactions et des postures éventuelles, la question de la cure budgétaire de 43,8 milliards d'euros pour 2026 passe par des mesures tout à fait concrètes comme la suppression de deux jours fériés et le gel des prestations sociales et des retraites, ce qu'on appelle une année blanche. La suppression de deux jours fériés est ce qui fait le plus réagir sur les réseaux sociaux. Outre le 8 mai, François Bayrou a ciblé le lundi de Pâques, affirmant qu'il n'a aucune signification religieuse. Mais le mot de Pâques n'est-il pas suffisamment explicite, même s'il s'agit de la survivance d'une octave ?

En tout cas, on va essayer de balayer un petit peu ce plan global, donc présenté avec justice et justesse, comme dit Marc Fénaud, avec Jean-Yves Naudet, qui est professeur honoraire d'économie à l'Université d'Aix-Marseille, président de l'Association des économistes catholiques. Bonjour Jean-Yves Naudet. Bonjour. François Bayrou a-t-il satisfait aux exigences du bien commun, selon vous ?

1:51
Présentateur

Alors il faut pour ça rappeler ce qu'est le bien commun et qui est souvent confondu avec d'autres notions comme l'intérêt général. Et l'intérêt général peut parfois conduire à sacrifier des personnes au nom de cet intérêt général. Alors pour comprendre le bien commun, il faut prendre la définition, me semble-t-il, la plus simple, qui est celle de Jean XXIII, dans Mater et Magistrat, car le bien commun, évidemment, appartient à la doctrine sociale de l'Église. Et ce qui est très intéressant, c'est que Jean XXIII commence par dire que les hommes politiques doivent avoir une claire notion du bien commun. Donc ça, c'est le point de départ. Et on donne ensuite la définition.

Et la définition est très simple, c'est l'ensemble des conditions sociales qui permettent à l'homme d'avoir son plein épanouissement. Autrement dit, c'est une notion, contrairement à l'intérêt général, car rien de collective ou encore moins de collectiviste, le but du bien commun, c'est le développement intégral, dirait l'Église, c'est-à-dire dans toutes ses dimensions, des personnes. Et donc, c'est difficile de juger un plan à l'aune de ce critère.

Mais quand on voit le point de départ, qui est la lutte contre cette dette invraisemblable que nous transmettons aux générations suivantes, il me semble qu'il y a là quand même un souci du bien commun, c'est-à-dire de toutes les personnes présentes comme des générations futures.

3:28
Invité

Cela signifie-t-il, Jean-Yves Naudet, que les expressions « effort collectif », par exemple, vous les récuser, vous estimez qu'en soi, ça n'est pas lié directement au bien commun, qui part d'une approche strictement individuelle de la chose ?

3:42
Présentateur

Ce n'est pas une approche strictement individuelle, car dès la phrase suivante, Jean-Paul II, pardon, Jean-23, mais Jean-Paul II aussi, Jean-23 dit bien qu'il faut tenir compte de tout ce qu'on appelle les corps intermédiaires, et d'abord de la famille, et donc ça n'a rien d'individualiste. Simplement, il y a un bien commun d'une famille, il y a un bien commun de Radio Notre-Dame, il y a un bien commun d'une entreprise, et puis il y a un bien commun du pays, et le rôle des politiques, c'est d'être responsable du bien commun au niveau le plus élevé.

Alors le mot « collectif » ou « effort collectif » ne me gêne pas, si ça veut dire un effort de tous, mais dans le but de créer les conditions sociales qui permettent un meilleur développement des personnes.

4:36
Invité

Mais ça veut dire que le bien commun n'est pas l'addition des intérêts particuliers, ce n'est pas la somme des intérêts individuels.

4:43
Présentateur

Non, c'est beaucoup plus que cela, c'est en même temps les intérêts individuels, il vaut mieux dire personnels, puisque la personne s'épanouit dans des communautés comme la famille, et en même temps l'intérêt du tout, du groupe, s'il s'agit d'une famille ou d'une entreprise, ou du pays. En l'occurrence, c'est le cas pour ce plan.

5:06
Invité

Quelle appréciation portez-vous sur les propositions de François Bayrou, en qualité d'économiste, Jean-Yves Naudet, et bien sûr en qualité de président de l'Association des économistes catholiques ?

5:16
Présentateur

Je trouve que le diagnostic est très juste et très pédagogique, il a bien expliqué les choses, on ne peut pas continuer comme ça, et on ne peut pas comprendre ce plan si on n'a pas le diagnostic en tête. On a une dette invraisemblable dont le seul paiement des intérêts va devenir bientôt le premier poste du budget, plus que l'éducation nationale, et alors on pourrait dire qu'il n'y a qu'à augmenter les impôts, les prélèvements obligatoires. Or, on est le pays qui a le plus fort taux, non seulement de dépenses publiques, mais de prélèvements obligatoires. Et cette histoire de dette est pour nous, pour les Français, une sorte d'addiction.

Il a bien expliqué que ça faisait 50 ans que nous étions en déficit et qu'on vivait à crédit. Or, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire payer pour l'État ou pour la sécurité sociale, les dépenses de fonctionnement à crédit, ce qui veut dire les faire payer par nos enfants et nos petits-enfants. De ce point de vue, il y a quelque chose de totalement intenable économiquement et de totalement immoral. Alors maintenant, sur les solutions concrètes, ce qui me semble positif, c'est qu'il explique que raboter quelques milliards ou dizaines de milliards n'a pas de sens s'il n'y a pas de réforme. Ça, c'est un élément positif. Il y a des choses qu'il faut réformer.

Et la deuxième chose qui me semble positive, c'est qu'il explique qu'on s'en sortira mieux si la croissance et donc la production sont plus fortes. Et c'est évident qu'un effort sur une base plus large est plus facile à supporter que sur une base plus étroite. Donc ces deux points me semblent positifs. Ce qui me semble plus discutable, c'est que, quoi qu'il est dit, il y a des augmentations d'impôts. La question, par exemple, des retraites, du remplacement, de la déduction, entre guillemets, pour frais professionnels de 10% par un forfait...

7:33
Invité

De 2 000 euros ?

7:35
Présentateur

De 2 000 euros, conduit pour les retraites moyennes, en tout cas supérieures, à une augmentation d'impôts. Le fait de faire une année blanche, qui peut se comprendre par certains côtés, conduit par exemple à ne pas revaloriser le barème de l'impôt sur le revenu, ce qui entraîne une hausse des impôts. Alors, on peut jouer sur les mots. Il n'y a pas de hausse du taux d'imposition, mais de facto, ça conduit à une hausse d'impôts. Or, on est déjà au maximum de tous les pays pour les prélèvements obligatoires.

8:12
Invité

Que pensez-vous de la suppression, Jean-Yves Naudet, des deux jours fériés suggérés par François Bayrou, qui a laissé ouverte la question de savoir quel jour serait supprimé, même s'il a clairement désigné le lundi de Pâques et le 8 mai ?

8:30
Présentateur

Alors, il est certain qu'il faut produire plus. Pour produire plus, il faut assouplir un certain nombre de règles économiques, ça il l'a dit. Et le fait de travailler plus longtemps est évidemment une piste. Mais ça n'est qu'une piste parmi d'autres. Parce qu'il explique par exemple, et ça va de pair avec le déplacement de l'âge de la retraite vers 64 ans, qu'il faudra travailler plus longtemps. Il a posé la question aussi du travail des plus jeunes, etc. Donc ces deux jours ne sont qu'un élément. Donc sur le principe, ça va dans la bonne direction, parce que ça permet de travailler plus. Mais les vraies questions, ce sera le travail des seniors entre 60 et 64 ans.

Alors sur ces deux jours, effectivement, si c'est la solution retenue, pour les chrétiens, le mot de Pâques, évidemment, peut faire sursauter. On sait bien qu'on a conservé la tradition de l'octave de Pâques. Mais à ce moment-là, il faudrait nous donner toute la semaine de congés, si on voulait entièrement le remplir. Mais sur le plan strictement religieux, aujourd'hui, on ne peut pas dire que le lundi de Pâques soit une fête, en tout cas ce n'est pas une fête d'obligation. Et donc c'est difficile de trouver d'autres dates. Les autres dates religieuses ne peuvent pas être supprimées, comme le jeudi de l'Ascension. Et il faut bien qu'il y ait une commémoration des fins de guerre.

Donc c'est le 11 novembre qui reste. La fête nationale, n'en parlons pas. Donc effectivement, si on en venait à cette solution, c'est peut-être les deux dates les moins mauvaises. Celle du 8 mai avait d'ailleurs été supprimée il y a quelques années.

10:13
Invité

Que pensez-vous de ce qu'a dit Boris Vallaud, que je citais tout à l'heure ? Demandez toujours plus à ceux qui ont peu et peu à ceux qui ont beaucoup. Est-ce que c'est ça l'esprit du plan global de François Bayrou ?

10:23
Présentateur

Non, je ne crois pas. Parce que, par exemple, pour les retraites, on a vu que ceux qui touchaient des retraites plus importantes allaient payer plus, alors qu'avec cette déduction, les petites retraites nettes risquent au contraire d'augmenter. Donc ça n'est pas vrai, d'autant plus qu'il a aussi envisagé, ce qui n'est pas forcément une bonne idée, mais en tout cas envisagé une taxe sur les revenus les plus élevés. Donc je ne crois pas qu'on puisse dire, on fait contribuer tout le monde. C'est une façon de faire comprendre pédagogiquement que c'est vraiment quelque chose d'urgent. Il a cité des cas comme l'Europe du Sud et a fortiori la Grèce. La situation peut se dégrader très rapidement.

Pour l'instant, les marchés font confiance à la capacité de remboursement de la France, mais même là, le taux d'intérêt est plus élevé qu'en Allemagne, par exemple, pour emprunter. Mais ça peut déraper très vite. Et si ça dérape très vite, c'est le FMI qui s'en mêle. Et à ce moment-là, le plan Bérou semblera fort doux par rapport aux mesures telles qu'elles ont été appliquées en Grèce ou ailleurs.

11:43
Invité

Je reviens à la notion de bien commun un instant et j'essaie de la rattacher à l'une de ses remarques dans son propos liminaire, Jean-Yves Naudet. Quand il dit « Nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques et nous sommes aussi le pays le plus pessimiste du monde », il ne semble pas, François Bérou fait un parallèle direct entre le montant de la dépense publique et le pessimisme d'un pays. Comment jugez-vous cette appréciation ?

12:07
Présentateur

Alors, c'est vrai qu'il y a un paradoxe français. On devrait avoir, puisqu'on a les plus fortes dépenses publiques, les plus fortes dépenses sociales, la situation la meilleure sur le plan de l'éducation, de la santé. Ça n'est pas le cas quand on se compare aux autres pays. Et donc, peut-être que les Français ont un sentiment très partagé en se disant « Au fond, on fait tous les efforts, on a les prélèvements les plus élevés et les résultats ne sont pas forcément là, parce qu'on voit bien que l'hôpital ne marche pas bien, que l'éducation a beaucoup de problèmes. » Et donc, la solution n'est pas forcément dans l'augmentation permanente des prélèvements ou des dépenses publiques.

Et c'est vrai qu'il y a un pessimisme français. Peut-être que les hommes politiques n'ont pas su, justement, montrer ce qu'est vraiment le bien commun et ce qu'est l'intérêt de l'ensemble des Français et des groupes.

13:10
Invité

Une question de principe, il nous reste un petit peu moins de deux minutes. Pourquoi ? Parce que c'est une question que beaucoup de gens peuvent se poser. Pourquoi les Français devraient-ils payer pour l'impéritie des gouvernants, en fait ? C'est-à-dire que ça retombe, les décisions, les mauvaises décisions de leurs chefs retombent sur eux, alors que beaucoup, en fait, n'ont pas nécessairement voulu créer cette situation dont ils héritent. Et beaucoup de gens le ressentent comme une injustice.

13:33
Présentateur

Alors, il est certain que la classe politique, dans son ensemble, est responsable, puisque ça fait 50 ans, on a eu toutes les couleurs, ou presque, de gouvernements possibles. Ça, c'est certain. Maintenant, dans la situation où on est, qui d'autre peut payer ? Les Français, qu'est-ce qu'il reste ? Les entreprises. Mais c'est évident que, dans un monde ouvert, et sans même parler de la mondialisation, dans l'Union européenne, si nos entreprises courent déjà avec des boulets au pied, avec les charges, les réglementations, dont les normes qui sont surimposées en France, etc., si on en rajoute, c'est le chômage qui va augmenter, c'est la croissance qui va diminuer.

Donc, malheureusement, oui, ce sont les ménages qui vont supporter 50 ans d'erreur. C'est pour cela qu'un des éléments qui me semble solide dans le plan, c'est d'avoir envisagé sur plusieurs années. Ce n'est pas en une année qu'on rattrape 50 ans d'erreur économique.

14:41
Invité

Merci beaucoup, Jean-Yves Naudet, d'avoir été des nôtres ce matin. Je rappelle que vous êtes professeur honoraire d'économie à l'Université d'Aix-Marseille et que vous présidez l'Association des économistes catholiques. Excellente journée. Et je vous dis à bientôt sur notre antenne. On aura l'occasion, bien sûr, de considérer un certain nombre d'aspects de ce plan global dans la durée, ainsi que vous l'avez dit, puisque les implications de ce plan sont tout à fait considérables et importantes pour le quotidien des Français. Merci beaucoup, Jean-Yves Naudet. Je vous souhaite une bonne journée. Merci à vous.

15:13
Présentateur

Merci, Louis Dauphren, votre invité de la matinale. Donc, Jean-Yves Naudet, économiste, un entretien à retrouver en podcast rcf.fr.