Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRadio J — L'interview politique· 20 décembre 2023 13 min

Pierre Jouvet - Le Barbier du matin du 20/12/23

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Pierre Jouvet, bonjour. Bonjour Christophe Barbier. Vous êtes secrétaire général et porte-parole du PS. On a vécu à l'Assemblée un feuilleton un peu fou hier. Et puis résultat, la loi sur l'immigration, une loi certes droitière, sortie de la CMP avec une majorité DLR, elle est votée. Et même sans compter les voix du RN, elle est votée. Victoire pour le gouvernement ou soulagement ?

0:26
Pierre Jouvet

Or, victoire pour Marine Le Pen. Voilà, on avait élu il y a deux ans un président de la République pour faire barrage à l'extrême droite. Il avait dit lui-même que ce vote l'engageait. Et il a hier fait franchir à sa majorité toutes les lignes rouges. Hier, la majorité parlementaire et plutôt la minorité parlementaire qui s'est affichée en vérité depuis plusieurs semaines. Et là, ça a atteint son paroxysme à allier à la fois la honte et le déshonneur. Moi, j'ai honte, Christophe Barbier, de cette majorité. J'ai honte de ce président de la République.

J'ai honte de cette première ministre qui, aujourd'hui, font de l'extrême droite les gagnants, les grands gagnants d'une loi contre les étrangers, d'une loi qui est contre les valeurs de notre République. C'est finalement le pire, le pire de ce que la République ait pu produire dans une loi sur l'immigration depuis 40 ans.

1:22
Présentateur

Alors, le RN y aura fait un coup en disant « Oui, bravo cette loi, c'est la priorité nationale, c'est une loi qui est un bon pas vers le pénisme ». Mais le matin, il disait « C'est une mauvaise loi ». Il y a quelques jours, il disait « Jamais on la votera parce qu'il y a des régularisations dedans ». Est-ce qu'ils n'ont pas fait un coup de bluff, finalement ? Ils vous font croire que c'est une loi le pénisme, mais elle n'est pas tant que ça.

1:39
Pierre Jouvet

dire la préférence nationale, dire à des étrangers qu'ils n'auraient pas les appels pendant 5 ans, rappeler à des gens qui sont en situation de sans-papiers dans ce pays qu'ils ne pourraient plus être dans des centres d'accueil. C'est franchement tout ce que nos valeurs nous défendaient jusqu'à présent de ne pas prendre en compte.

2:03
Présentateur

Alors tous ces droits, le RN voudrait les supprimer, et la loi finalement les maintient tout en durcissant les conditions d'accès, notamment les conditions de délai. Est-ce qu'il n'y a pas une différence de nature ? Est-ce que ce n'est pas une fausse préférence nationale ? Juste un avantage pour les Français ?

2:15
Pierre Jouvet

Vous savez, je crois que c'est le contexte général qui répond en réalité à ce qui vient de se produire hier. Quand on fait voter une loi comme celle-ci, quand j'entends le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, se féliciter de ces mesures-là, quand je vois Jordan Bardella hier matin dire que c'est une victoire idéologique du RN, ce que je crois surtout, c'est qu'on veut régler des problèmes de ce pays, qui sont des problèmes d'intégration, par une chasse aux étrangers.

Et quand on se dit progressiste comme le président de la République, comme Elisabeth Borne, comme un certain nombre de ministres de ce gouvernement qui se prétendaient être la jambe gauche de la Macronie, on ne transige pas avec les valeurs. La politique, Christophe Barbier, ce sont des valeurs. La politique, c'est aussi de tenir sur des lignes face au populisme, face à ce qui peut être l'esprit le plus sombre que nous avons dans une nation. Et hier, tout est tombé.

Et je le dis avec gravité et solennité, ce qui se passe depuis quelques heures, depuis que cette loi est votée, et ce qui va se produire dans les jours, dans les semaines et dans les mois qui viennent, va créer une fracture absolument terrible dans notre pays. Et moi, j'appelle ce matin l'ensemble des progressistes, l'ensemble des femmes et des hommes qui, dans ce pays, croient que l'intégration, croient que l'assimilation fait partie de ce qui a fondé les valeurs de notre République, à se mobiliser largement pour que cette loi ne soit jamais promulguée. Comment on peut se mobiliser pour empêcher une promulgation ? On peut se mobiliser massivement par des mobilisations citoyennes.

On peut se mobiliser en dénonçant les uns et les autres la réalité de ce qu'il y a dans ce texte. Une loi qui, finalement, ne produit que du recul, que du rejet, ne remet que de l'huile sur le feu dans un pays qui a besoin d'apaisement. Mais quand on regarde les sondages, une très grande partie de l'opinion est pour des mesures dures en ce moment. Cette loi va dans le sens du vent. Oui, c'est la facilité d'Emmanuel Macron. Cet homme, en fait, est un démagogue. Cet homme est un démagogue. Il est cynique et démagogue. Et donc, en fait, il va dans le sens du vent parce qu'il voit des sondages.

Si François Mitterrand avait gouverné avec les sondages, il y aurait encore la peine de mort dans ce pays. Voilà ce que c'est un homme d'État par rapport à un petit homme qui, aujourd'hui, fait reculer notre pays. Ce pays des lumières qui nous est si chère à toutes et à tous et qui, aujourd'hui, sombre dans cet aspect politique qui a été choisi par le président de la République.

4:57
Présentateur

Si ce texte a été voté hier, c'est aussi parce que la NUPES a fait adopter la semaine d'avant la motion de rejet. Est-ce que vous n'êtes pas un pyromane qui sait brûler les doigts, vous, la gauche ?

5:06
Pierre Jouvet

Non, parce que chaque texte, quand nous avons des désaccords, il y a historiquement, dans le débat parlementaire, des motions de rejet. Mais moi, je dis une chose simple, comme je le dis depuis plusieurs jours et depuis qu'il y a eu cette motion de rejet. Si Gérald Darmanin avait voulu faire un texte avec les voix de la gauche, il aurait pu le faire. A-t-il essayé ? Jamais. Il a fait des conciliabules avec Éric Ciotti. Le texte qui est sorti, la commission des lois, le premier, la droite disait, c'est un texte de gauche. Il a fait des conciliabules avec la droite. Il est allé servir sur un plateau l'extrême droite dans ses pires propositions. Et donc, il ne faut pas inverser le sujet.

Ceux qui ont la responsabilité aujourd'hui d'avoir présenté et fait voter ce texte, c'est la minorité présidentielle avec les voix de l'extrême droite et avec les voix de la droite. Et d'ailleurs, j'en profite pour dire que dans le décompte qui est fait, et avec les quelques abstentions et votes contre des députés macronistes, sans les voix du Rassemblement National, ce texte ne serait pas passé hier.

6:07
Présentateur

Alors, il y a 349 voix. Si on enlève le RN, on est quand même au-dessus des 196 voix contre. Alors, évidemment, si le RN avait voté contre, ça faisait beaucoup d'opposants en plus. Mais, évidemment, la majorité aurait voté comme en un seul bloc pour le oui. Je ne sais pas, en tout cas.

6:24
Pierre Jouvet

Les gens de la majorité n'auraient plus de raison de voter contre puisqu'il n'y avait plus le RN. Je ne sais pas. En tout cas, on a préféré aller chercher les voix du Rassemblement National et il suffisait d'observer Marine Le Pen hier dans l'hémicycle pour voir à quel point sa satisfaction était grande.

6:36
Présentateur

Quand Delphine Bateau, ancienne députée PS, dit que cette motion de rejet, c'était un jeu dangereux, vous ne l'entendez pas. Vous ne regrettez pas de ne pas avoir débattu pendant 15 jours d'un texte que vous auriez pu marquer encore plus à gauche ?

6:46
Pierre Jouvet

Mais qui aurait été sans doute avec un résultat le même ou peut-être un résultat encore plus dur. Le résultat, on le voit bien, c'est qu'on a face à nous un gouvernement et surtout, ce n'est pas tellement un gouvernement parce que vous savez, tous ces gens au gouvernement, en vérité, ne pèsent rien et ne décident de rien. On a une première ministre qui est une première ministre, Fantoche, qui va prendre ses ordres... Qui était pourtant issue de la gauche,

7:07
Présentateur

ancienne conseillère Jospin, mais qui a exécuté là

7:09
Pierre Jouvet

la volonté du président. Là, je vais vous dire, à partir d'aujourd'hui, et on va voir dans les heures qui viennent, celles et ceux qui, au gouvernement, resteront dans ce gouvernement et qui se diront encore de gauche, je ne sais pas comment ils feront pour se regarder dans un miroir. Aurélien Rousseau serait démissionnaire. J'entends. Et je le souhaite, en tout cas pour lui, pour sa conscience propre.

Mais moi, je le dis ce matin à tous les ministres qui se disent de l'aile gauche, si vous pensez être encore un peu d'aile gauche, si un jour dans votre vie, vous avez été de gauche, si un jour dans votre vie, vous avez été à nos côtés, au Parti Socialiste notamment, et que vous ne démissionnez pas dans la matinée, j'aurais vraiment honte pour vous. Et je vous dis, regardez-vous quand même dans un miroir un jour. Parce que la politique, sur du temps court, ça va, ça passe. Mais après, la vie c'est du temps long. Et tout ça, ça marque au fer rouge une carrière et une vie.

7:58
Présentateur

Allons plus loin, ces macronistes de gauche, parlementaires nombreux, quelques ministres. Est-ce que vous, Parti Socialiste, vous leur tendez la main pour refaire un bloc social-démocrate ? Vous-même, le PS, qui tend les filles pour aller vers ces macronistes de gauche ?

8:08
Pierre Jouvet

Moi, je tends la main à toutes les femmes et à tous les hommes sincères, toutes les femmes et tous les hommes de gauche, tous les progressistes dans ce pays qui aujourd'hui ne veulent pas voir l'arrivée inexorable de l'extrême droite en France. Vous savez ce qui s'est passé hier. C'est la première étape officielle d'une arrivée prochaine de Marine Le Pen. C'est ce que dit Marine Le Pen. C'est l'acte 1. C'est l'Elysée. C'est son acte 1. Et donc, face à cet acte 1, comment on évite l'acte 2 ? Comment est-ce qu'on évite que demain, Marine Le Pen soit présidente de la République, Jordan Bardella, Premier ministre ? Peut-être.

On le fera par une opposition politique et par un projet politique d'alternative dans ce pays. Et moi, je le dis aujourd'hui...

8:45
Présentateur

Pour le PS, en rompant avec les filles trop à gauche qui braquent les Français et en vous tournant vers votre droite, mais vers ce centre-gauche

8:52
Pierre Jouvet

qui existe. La vocation du Parti Socialiste, c'est de diriger la France. La vocation du Parti Socialiste, c'est de rassembler celles et ceux qui, derrière un projet commun et derrière un projet partagé avec une même ambition pour le pays, veulent s'unir pour ça. Et moi, je n'exclurai jamais personne. Ni à ma gauche, ni à ma droite. Et je crois qu'aujourd'hui, il est temps que tout le monde se réveille. Il est temps qu'on se dise que dans les intentions de vote aujourd'hui, Jordan Bardella et Marion Maréchal pour les élections européennes, ça fait 40% dans ce pays. Et moi, je ne suis pas un élu de la République dans un pays qui va donner les clés à l'extrême droite, au pouvoir.

Et donc, aujourd'hui, de cet acte 1, nous devons faire un acte de sursaut et un acte de mobilisation politique. Et donc, que chacun ait le courage politique nécessaire, la porte est ouverte à toutes et à tous pour construire

9:45
Présentateur

ce projet politique. Des européennes, avec peut-être une liste unique, parce que pour l'instant, la gauche est divisée. Une liste unique, ça monterait au-dessus de 20% peut-être.

9:53
Pierre Jouvet

Je ne suis pas certain. La question européenne, c'est aussi une élection à la proportionnelle. Et ce qui va se produire là, c'est aussi un enjeu pour les élections futures et notamment pour les élections présidentielles. Mais en tout cas, moi, je ne ferme évidemment aucune porte. Et vraiment, je crois qu'on se doit de construire pour 2027 une alternative politique. Parce que là, c'est un grand boulevard qui est ouvert et tout se passe comme est finalement prévu dans le plan de Marine Le Pen et Jordan Bardella.

Et on doit remettre les barrières, les digues, reparler à cette France populaire qui est inquiète, reparler à ces femmes et ces hommes dont vous parliez dans les sondages qui sont inquiets par la question migratoire mais qui en réalité ne sont pas inquiets par la question de l'immigration, qui sont inquiets par les questions liées à l'intégration, qui sont inquiets par des questions liées à la violence, à des formes d'insécurité, qui peuvent être inquiets aussi par le fait que la justice soit parfois trop lente pour traiter un certain nombre d'affaires. C'est ces réponses-là qu'on doit apporter.

Mais avec les valeurs humanistes et avec les valeurs de gauche qui fondent ce qui est notre engagement, celui de l'accueil, celui de l'intégration, celui du modèle de lutter contre la reproduction des inégalités d'une génération à l'autre, quel que soit l'endroit dans lequel on vit, quelle que soit son origine, sa culture, sa religion, c'est remettre cette concorde et ce lien national ensemble.

11:11
Présentateur

Quelques l'autres consolations quand même dans cette loi pour vous, pour l'intégration. Les mineurs ne seront plus en centre de rétention administrative. Il y aura des régularisations de sans-papier, c'est prévu. Ça, c'était pas le péniste du tout. Oui.

11:23
Pierre Jouvet

Vous prenez ça. Oui, je prends ce qu'il y a à prendre. Mais tout ça est évidemment à minima. Et on le sait. Vous savez, c'est comme faire croire que demain, il n'y aura plus d'immigration. Le mythe de l'immigration zéro. Tout ça est un leurre. On le voit bien. Et c'est là où je vous dis que le débat est totalement dévoyé. Quand vous voyez tout ce qui peut se dire, tout ce qui est raconté. Quand vous voyez Marine Le Pen, par exemple, qui saute sur son strapontin en expliquant qu'il n'y aura plus d'immigrés qui rentreront sur le territoire national demain si elle arrive en France. Sa partenaire en Italie, Giorgia Meloni, c'est combien cette année ? 450 000 permis de séjour.

450 000 permis de séjour. Bon. Donc, de qui se moque-t-on ? Le sujet, on le sait bien. On va faire quoi ? On va mettre des barbelés autour de ce pays. On va mettre des murs comme a voulu le faire Donald Trump. Mais tout ça n'existe pas. Les millions de femmes et d'hommes qui sont déplacés par des conditions climatiques, qui sont déplacés parce qu'il y a des guerres, qui sont déplacés dans les mouvements normaux comme c'est le cas, par exemple, pour des étudiants. On va leur dire non, désolé, la France, la France n'accueillera plus. La France ne sera plus là pour vous intégrer.

La France, ce ne sera pas ces femmes et ces hommes demain qui viennent par leur culture, par leur intégration, par ce qu'ils veulent apporter à notre pays, le faire grandir. Mais moi, je me refuse à avoir cette vision-là. C'est à l'inverse de ce qu'est l'essence même de notre nation.

12:45
Présentateur

Eh bien, le prochain épisode, c'est le Conseil constitutionnel, donc on aura l'occasion d'en reparler. Pierre Jouvet, merci, bonne journée. Merci, Christophe Barbier.

12:52
Pierre Jouvet

Demain, vous recevez le colonel Olivier Rafovitch, le porte-parole de Tzahal pour les francophones. À demain, Christophe.