Défiance envers les politiques, France "en déclin" : ce que révèle la dernière étude "Fractures françaises" d'Ipsos
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Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Attaque 25 %Défensif 5 %
Temps de parole
- Invité69 %
- Présentateur31 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Il est 6h21. Intéressons-nous maintenant aux fractures françaises. C'est le nom d'une vaste enquête annuelle qui mesure l'état de l'opinion des Français, ce qu'ils pensent du monde politique. Une étude réalisée par l'Institut Ipsos pour le journal Le Monde, la Fondation Jean Jaurès, le Cévi-Pof et l'Institut Montaigne. 3000 personnes ont été interrogées pour cette nouvelle édition, la 13e. Bonjour Mathieu Gallard. Bonjour. Vous y avez participé en tant que directeur d'études chez Ipsos BVA. Alors le premier renseignement, c'est que les Français n'ont pas le moral, mais vraiment pas le moral.
Oui, effectivement, pour la première fois, on a 9 Français sur 10 qui nous disent que la France, leur pays, est en déclin. C'est du jamais vu. On a eu une progression assez nette cette année. Donc on voit effectivement que les Français sont extrêmement pessimistes sur la situation du pays. Et on a même presque un tiers des Français qui nous disent que non seulement la France est en déclin, mais en plus que les choses sont irréversibles. C'est-à-dire que la situation ne s'améliorera jamais. Donc on voit effectivement à quel point le moral des Français est dégradé et les choses ne s'améliorent pas d'année en année.
Et ils ne comptent pas sur les représentations politiques pour que ça s'améliore, puisque là, il y a une défiance généralisée, quasi généralisée.
Exactement. Exactement. Quand on les interroge sur les institutions politiques et sur les dirigeants politiques, on a une hausse de la défiance, alors qu'elle était déjà à des niveaux très élevés dans les années passées. Mais là, on a aussi des niveaux. On a à peine un Français sur cinq qui a confiance dans la présidence de la République, dans l'Assemblée nationale, dans les députés. Et on a seulement 10% des Français qui nous disent avoir confiance dans les partis politiques. On était à 14% l'an dernier. Mathieu Gallard, juste qu'on vous a perdu quelques secondes.
Je vous coupe, on vous a perdu quelques secondes. La liaison n'était pas bonne. Je vais juste redonner les chiffres que vous nous donniez. C'est seulement 20% de confiance pour les députés et 10% pour les partis. Je préfère les redonner parce que je ne suis pas sûre qu'on les ait bien entendus à cause de la liaison. Allez-y, je vous en prie.
Ce qui est intéressant de noter dans cette étude, c'est qu'on l'a réalisé en fait à cheval sur le moment de la démission de Sébastien Lecornu. Et on voit que cet épisode, ça a eu un effet vraiment parce que la confiance était encore plus basse auprès des personnes qu'on a interrogées par l'épisode-là. Donc on voit vraiment que l'instabilité politique, ça joue beaucoup sur l'état d'esprit des Français.
Alors il y a quand même un parti qui tire son épingle du jeu, c'est le Rassemblement National.
Oui, c'est le parti effectivement qui profite année à année après de la situation politique. On voit dans cette enquête que le Rassemblement National, les stigmates traditionnels qui pèsent sur lui, il recule peu à peu. C'est un parti qui est de moins en moins perçu comme un parti d'extrême droite, comme un parti autoritaire, comme un parti raciste ou xénophobe. Et au contraire, les éléments, on va dire, qui freinaient notamment des bons reports de voix entre les deux tours des électeurs de droite, et bien peu à peu, ils se dissolvent. Et par exemple, l'idée que le Rassemblement National, ça n'est pas un parti qui est capable de gouverner le pays, c'est un élément qui peu à peu recule.
On a désormais 47% des Français qui pensent que le RN est capable de gouverner le pays. On n'était que à 25% il y a une dizaine d'années. Donc on voit que les choses quand même changent assez rapidement de ce point de vue-là.
Et à l'autre bout du spectre politique, là aussi il y a une évolution spectaculaire, c'est pour la France Insoumise.
Effectivement, c'est un parti qui est perçu comme de plus en plus radical, de plus en plus dangereux aussi pour la démocratie. Désormais, il est perçu comme dangereux pour la démocratie par près de 50% pour le RN. Donc effectivement, les choses s'améliorent très fortement, se dégradent très fortement pour la France Insoumise, alors qu'elle s'améliore pour le RN.
Alors ce qui est intéressant, c'est que cette enquête, vous l'avez faite à 500 jours de la prochaine présidentielle de 2027, et qu'on peut comparer avec, finalement pas l'enquête de l'an dernier, mais la même enquête d'il y a 5 ans, à 500 jours avant la présidentielle de 2022. Est-ce qu'il y a de grandes différences ?
Oui, il y a une différence dans le sens où l'état d'esprit des Français s'est encore plus dégradé. C'est vrai qu'il y a 5 ans, par exemple, la confiance dans le pays, la confiance dans les institutions politiques et dans les dirigeants politiques, elle n'était pas bonne, mais elle était quand même sensiblement meilleure. Et on avait effectivement, il y a 5 ans, une image des partis politiques qui était différente, avec une image du RN qui était quand même beaucoup plus mauvaise auprès des Français. Donc oui, effectivement, on se situera dans un contexte politique, lors de l'élection présidentielle de 2027, qui sera assez différent, qui ne nous indique pas qu'il sera le gagnant.
Il peut se passer beaucoup de choses dans les campagnes. Voilà, tout peut changer encore. Exactement.
Mais voilà, c'est déjà quand même un enseignement très intéressant aussi, sur les préoccupations. On ne va pas avoir le temps d'aborder toute cette étude, parce que vraiment, elle est très fouillée, mais sur les préoccupations des Français, en numéro 1, c'est le pouvoir d'achat.
Exactement. Et ça, c'est une constante depuis plusieurs années. Le pouvoir d'achat, c'est la préoccupation la plus forte. C'est la seule préoccupation qui concerne un peu toutes les catégories de la population, en termes d'âge, en termes de catégorie sociale et en termes de préférences politiques. Derrière le pouvoir d'achat, on a des préoccupations qui sont beaucoup plus clivantes. On a par exemple la question de l'environnement, qui est beaucoup plus importante chez les électeurs de gauche. On a des questions qui sont liées à l'immigration, à l'insécurité, qui sont beaucoup plus importantes pour les électeurs de droite et d'extrême droite.
Le pouvoir d'achat, c'est la seule chose qui intéresse tous les Français, quelle que soit leur catégorie.
Fracture française, c'est le nom de cette vaste enquête annuelle, signée Ipsos BVA. Merci beaucoup Mathieu Gallard, vous étiez l'invité du 5-7. Merci beaucoup.