Un député-reporter à Mayotte !
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
C'est notre dernier jour à Mayotte. On va reprendre la barge pour nous amener à Petite Terre et aller reprendre l'avion vers La Réunion. Et comme on a vécu des belles journées de reportage, qu'est-ce que je suis heureux, moi, en reporter, juste à aller rencontrer les gens, à aller rencontrer les artisans du bâtiment, les habitants du Banga, les agriculteurs, les soignants, les magistrats et tout ça. Et donc on fait ça toujours très vite en courant d'un bout à l'autre de ville, en sortant de Mamoudzou. Et je voulais faire une synthèse.
Alors vous pouvez regarder si vous voulez, mais c'est aussi moi pour garder en mémoire ce que nous a évoqué, ces voix, ces vies, ces visages, mais aussi en quoi on fait le lien avec la politique, avec l'histoire, avec le moment dans lequel on se trouve. D'abord, Mayotte, 101e département français. Je ne sais pas si tu as vu, en sortant de la barge, il y a là des dames qui vendent dans des petites cahutes les souvenirs. Comme nous, on a les tours Eiffel, tu sais, avec la neige qui tombe. Bon, ben là, tu as des tapis ou des draps de bain avec Mayotte, 101e département français. Donc c'est dire la fierté qu'il y a d'être devenu un département comme les autres. Et je voudrais revenir là-dessus.
D'abord, revenir sur cette histoire. Comment on en est arrivé là ? Comment on en est arrivé à ce qu'un petit caillou au milieu de l'océan Indien se retrouve à 10 kilomètres de la France et étant quand même la France ? Qu'est-ce qui s'est passé ? D'abord, c'est un souhait des Maorais. C'est un souhait des Maorais, de l'élite maoraise, de ne pas être dominé par les Comoriens, par les Enjouannés, avoir la capitale dans les années 70-70, qui se déménager de Zaoudi vers Maoroni et à dire, voilà, quand c'était français, c'était chez nous qui était le centre et on ne veut pas devenir la périphérie. On ne veut pas se faire dominer par l'élite, mais aussi par ce qu'on a appelé les chatouilleuses.
Ce sont les femmes maoraises. Et les chatouilleuses, c'est quand même un sacré euphémisme parce qu'en vérité, elles n'étaient pas chatouilleuses. Elles étaient lanceuses de cailloux à l'ORTF, c'est-à-dire la télévision de l'époque. Elles étaient lanceuses de cailloux sur les autorités, sur les ministres. Elles menaient une forme de guérilla politique contre les serrer la main.
Les serrer la main, c'est ceux qui voulaient qu'il y ait un avenir commun avec les Comores et qu'il n'y ait pas une sécession parce que ce qui s'est produit, c'est une sécession et c'est contraire au droit des Nations Unies de dire qu'il y a une île qui fait sécession des trois autres et que par référendum, parce qu'à la fin, ça s'est déroulé par un référendum en 1974, deux tiers des maorais ont dit on veut rester français. Alors que toutes les îles autour, les trois autres îles des Comores, elles ont dit nous, on veut devenir indépendants à 97, 98%, enfin très, très, très largement. Et là, il y a un sort qui s'est dissocié. Trois îles d'un côté, une autre île de l'autre.
Ça s'est fait par volonté des maorais, mais ça s'est fait avec un appui d'une partie des dirigeants français. D'une partie parce que mon sentiment, quand je lis les documents de l'époque, c'est que c'est très partagé. D'un côté, tu as Valéry Giscard d'Estaing qui vient d'être élu et qui dit bon, écoutez, c'est un territoire qui doit rester avec les Comores et on ne va pas avoir une mainmise de la France dessus. Et puis, tu as les gaullistes et une partie de l'extrême droite qui disent non, non, il faut que ça reste français parce que la pensée du général de Gaulle, c'est OK, on a laissé Madagascar, mais les autres îles, il faut les garder pour avoir des grandes oreilles dans l'océan Indien.
Et le fait, dès notre arrivée, on sourit parce que je suis allé pour prendre une photo de grandes paraboles installées par les militaires à côté de Zahoudi. Et immédiatement, il y a un militaire qui est sorti pour me dire non, c'est interdit de photographier. C'est vrai, il y avait un panneau et je ne l'avais pas vu. Et donc, voilà, il fallait avoir des grandes oreilles pour écouter l'Afrique, des grandes oreilles dans le canal du Mozambique. Enfin, c'était un lieu stratégique et sans doute que ça l'est toujours. Et dès le départ, dès les années 60, 70, est réclamée la départementalisation. Et elle est finalement obtenue près de 50 ans plus tard, en 2011.
Mais je ne sais pas si tu te souviens, quand on allait en Corse, à la fois, ils parlaient beaucoup du statut et ils ne se demandaient pas trop ce qu'elles allaient en faire. Enfin, c'était le reproche qui était fait, y compris par des indépendantistes corse. Ils disaient oui, mais d'accord, mais qu'est-ce que c'est notre politique pour le logement ? Qu'est-ce que c'est notre politique pour les transports ? Qu'est-ce que c'est notre politique pour l'agriculture ? Et ce n'était pas tellement pensé parce que la question du statut, du statut, du statut était là. Là, je dirais que c'est un peu pareil. On a pensé la question du contenant.
Il nous faut la départementalisation, mais sans penser le contenu. Qu'est-ce qu'on veut faire de ça ? Avec ce qu'on perçoit une quinzaine d'années plus tard quand même comme une forme de déception relative. J'y reviendrai, une déception relative. Une déception déjà parce que la départementalisation, ça veut dire déjà des normes à la française, avec des règles, avec toutes les lois qui s'appliquent. Bon, et ça peut être un peu fatigant sur le bâtiment, sur l'agriculture, les feux en forêt ou même par exemple la justice. Quand on nous dit qu'il y a les enfants du juge, ça on ne comprenait pas au départ. Les enfants du juge, c'est quoi ?
C'est comme s'il y avait une ingérence de la loi à l'intérieur de la famille, voire à l'intérieur de la communauté. Avant, un gamin qui faisait une bêtise, on lui mettait des coups de ceinture et c'était normal, c'était comme ça. Et même, ce n'était pas forcément les parents, on nous explique que c'était tout le village, ils pouvaient mettre des coups de ceinture. Et quand le gamin est rentré à la maison, il avait des deuxièmes coups de ceinture de ses parents. Mais maintenant, si on met des coups de ceinture, c'est comme partout sur la République française. C'est un délit. Et le juge, il dit non, ça ne va pas.
Et donc à partir de ce moment-là, les parents disent bon, vous voulez vous en occuper ? Occupez-vous-en du gamin. Donc on voit quand même un basculement finalement d'une tradition qui a pu être là pendant très très très longtemps et qui est subitement coupée pour installer notre système, qui en plus ne s'installe pas complètement sur à peu près tout. Ce n'est pas un département comme les autres, ne serait-ce que pour l'eau courante. Quand on arrive ici, on a, et je pense qu'on est quand même bien lotis, on est dans le cœur de Mamoudzou. On vous remet un papier pour vous expliquer, ben voilà, pendant 36 heures, c'est en rouge, il n'y a pas d'eau.
Donc il y a des bassines partout dans la maison. Et puis après, il y a 36 heures, c'est en verre. Puis après, il y a encore 36 heures, c'est en rouge, 36 heures, c'est en verre. Donc en fait, tout le monde est condamné à acheter des bouteilles en plastique, qui en plus vaillent évidemment beaucoup plus cher qu'en métropole, puisqu'on est entre 8 et 10 euros le pack d'eau. J'y reviendrai plus lendemain, mais ce n'est pas un département comme les autres non plus sur l'éducation, encore moins sur l'immigration.
Depuis 15 ans, c'est comme s'il y avait des plans après plans, des promesses après promesses, des projets de loi après projet de loi, des engagements successifs, et qui est dans une espèce de fuite en avant de « oui, oui, vous allez devenir un département comme les autres » et ça n'arrive jamais. Donc ça produit là ce qu'on ressent comme une déception, une déception relative, je disais, parce qu'évidemment, on peut se sentir maltraité par l'Hexagone, par Paris, mais de l'autre côté, on voit ce qu'il en est des îles alentours, des Comores, et l'indépendance ne fait pas envie non plus.
Donc il y a, à mon sens, à trouver un autre chemin, plutôt que la départementalisation, c'est la différenciation, trouver sa voie propre. Le grand sujet qui vient tout de suite à Mayotte, quand on l'écoute depuis Paris, mais aussi ici, c'est l'immigration. Une scène, c'est quand on va faire un voulet, donc c'est une espèce de barbecue chez un artisan, un plombier, qui s'est installé à Kawény, qui dit « ben voilà, quand j'ai construit ma maison ici, je prenais mon café le matin, et face à moi, je respirais, j'avais des champs de bananiers. » Et maintenant, ce qu'il a, c'est un immense bidonville, avec des gens qui viennent jeter leurs déchets à côté de la benne qui est remplie.
Qu'est-ce qu'il a fait ? Il a installé une grille dans les deux sens, pour ne pas voir ça, pour ne pas être vu, et pour se sentir un peu en sécurité. Et donc, c'est une pression qui est ressentie comme ça constamment. Alors, ce sont les paysans qui racontent comment leurs terres, dès qu'ils s'absentent, elles peuvent être tentées d'être prises par les migrants qui viennent cultiver leurs fruits, pour ensuite les légumes, pour les vendre sur le bord de la route, et avec parfois des agressions à la machette. D'ailleurs, le plombier, il nous sort l'un de ses amis, qui s'est pris, non pas un coup de machette, mais un coup de verre, et hospitalisé à l'hôpital avec un gros bandage.
On devait aller visiter un banga hier, donc un bidonville à Tunzou, qui est le plus grand de Mayotte, mais on n'a pas pu, parce que des heures ont éclaté entre les communautés de Somaliens, d'Africains des Grands Lacs, parce qu'il y a ça aussi. Il y a l'immigration traditionnelle comorienne, et même le préfet nous disait, au fond, la frontière, je dois la faire respecter, mais ici, elle est floue. Il y a 70 km entre Anjouan et Mayotte. Il y a, pendant des siècles, on a fait des allers-retours, il y a des familles qui ont des liens, les gens viennent travailler et repartent avec de l'argent là-bas, donc bon, il y a ça.
Mais à cette immigration comorienne, s'ajoute une autre immigration qu'on a bien vue hier, puisqu'on est allé au secours catholique, et c'était beaucoup de Congolais qui étaient là. Qu'est-ce qui se passe ? Il y a des conflits au Congo, au Rwanda, les gens fuient leur pays, ils pensent qu'ils vont pouvoir s'installer alentour, par exemple en Tanzanie, et en Tanzanie, ça se passe mal aussi, et ils entendent parler qu'il y a une île dans l'océan Indien qu'ils n'avaient pas appris quand ils étaient enfants à l'école, l'écomore, et à l'intérieur Mayotte, qui est un département français. Eh bien, ça fait qu'ils se tracent un chemin pour atterrir ici, en espérant, je pense, aller en métropole.
Bon, et finalement, ils sont coincés ici. On a, sur une toute petite île, une pression démographique qui existe, parce que c'est le plus haut taux de fécondité de toute la France, Mayotte, et qui existe par l'immigration, par une immigration qui, en plus, se retrouve coincée. C'est-à-dire qu'à la place d'être un sas qui permet d'aller en métropole ou ailleurs, eh bien, ça devient une impasse, et tout le monde reste bloqué là, y compris des Comoriens qui ont pu naître à Mayotte. Pourquoi il y a cette immigration ? Alors, les dirigeants des Comoriens disent, c'est votre terre, Mayotte, allez-y, vous êtes chez vous, reprenez votre terre. Mais je ne pense pas que ce soit ça qui joue.
Je pense que ce qui joue, c'est le grand différentiel à 70 km d'écart, un rapport de 1 à 10 en PIB par habitant, et la promesse d'un avenir meilleur, en prenant un Quassa-Quassa, pour changer sa vie. Une scène m'a marqué. On rend visite à une docteure pédiatre, parce que la situation de l'enfance à Mayotte est plus que préoccupante dans le département le plus jeune de France. On entre chez elle, à Sada, et elle me dit, ah ben j'ai mes jeunes qui sont là.
Franchement, Mme Cao, elle est d'origine vietnamienne, d'ailleurs elle nous raconte son histoire, c'est sa mère, elle nous montre sa mère, puisqu'elle a emmené sa mère à Mayotte, elle est dans un lit en soins palliatifs, elle se réveille de temps en temps, mais elle n'arrive plus à parler, donc elle vient quand même nous présenter sa mère.
Elle est partie du Laos quand elle avait 9 ans, d'abord pour aller en Thaïlande en bateau, et puis prenant l'avion, ayant froid dans l'avion, et trouvant la France très gentille, parce qu'elle lui remet des plaides, étant bien accueillie en France, faisant des études en France, ayant une bourse en France, et voulant rendre à la France, et disant, bon, après avoir servi pendant très longtemps à Lyon, je vais terminer ma carrière à Mayotte. Elle est là, elle nous dit, ben voilà, il y a mes jeunes qui sont là, donc moi je crois d'abord que c'est ses enfants.
Et puis en fait, elle a noué des contrats intergénération avec un jeune qu'elle héberge pour s'occuper de sa mère entre autres, lui faire prendre la douche et tout ça. Par ailleurs, voilà, elle est devenue quasiment la maman de gamins qui sont perdus, qui sont à la zoo. Parmi eux, il y a Rijali, et qui nous explique comment il est arrivé à Mayotte. Simplement, un jour, il a 14 ans, sa mère lui pose un sac sur le dos, le met dans un quassa-quassa, et l'envoie à Mayotte en disant, fais de ton mieux, tu vivras mieux là-bas.
Ce n'est pas du tout quelque chose qui était préparé, mais il y avait simplement cette conscience chez sa mère qu'il y avait la possibilité là-bas d'un avenir meilleur pour son fils, et qui en partie se réalisera, puisque là, le gamin, après des péripéties dans des familles d'accueil, des foyers, l'arrivée chez Madame K.O., et tout ça étant très chaotique, eh bien, va obtenir son bac, là, être en classe préparatoire, espérer faire Sciences Po, et nous l'accueillerons volontiers à l'Assemblée. Évidemment, le moteur de tout ça, c'est les parents qui pensent que leurs enfants vont vivre au mieux à Mayotte.
Tu sais, quand tu as vu « America, America », je ne sais pas si tu as vu ce film d'Elia Kazan sur la grande immigration grecque vers les États-Unis. Tu as tout compris. Il y a juste l'espérance d'un avenir meilleur. Et avec ce contraste, je ne sais pas si tu le sens entre l'individu et le collectif.
Hier, au surcours catholique, une personne qui vient faire de la couture, une personne qui vient enseigner l'anglais, et qui font tout en se levant à 4h du matin pour échapper à la police aux frontières, pour tenter d'être utile à la société alors qu'on voudrait les rendre inutiles au monde aujourd'hui, mais qui, au fond, quand même, quand ça fait nombre, quand ça se compte par milliers, par dizaines de milliers, sur un petit caillou comme celui de Mayotte, devient un gros problème politique d'immigration.
Et on se retrouve avec même des gens de la France insoumise, qu'on voit, qui disent « Mais non, ce qu'il nous faut, c'est les jeunes, il faut les envoyer dans un espèce de service militaire permanent parce que l'école, ça ne peut plus marcher pour eux, donc ça doit être l'armée. Et il nous faut des bâtiments militaires pour tourner autour de l'île et empêcher d'être envahis. » Et c'est l'extrême gauche locale qui nous dit ça. Je pense qu'il y a deux sujets. Il y a les arrivées et il y a l'absence de débouchés. Pas de possibilité de sortie. À la fois pour les Mahorais, pour les gamins comoriens qui ont grandi ici, pour les réfugiés qui se retrouvent finalement bloqués sur l'île.
Et avec, potentiellement, tu sais, c'est comme une cocotte minute. Si jamais tu veux mettre le couvercle dessus et que tu ne laisses pas s'échapper des jets de vapeur avec des possibilités de partir ailleurs, eh bien, ça pète. Je crains que ça soit la même chose qui soit en train de se construire ici, à Mayotte. L'immigration, je voudrais le lier à l'éducation. Donc, je viens à l'éducation parce que finalement, jamais autant que sur cette île, on ne nous a parlé d'éducation dans tous nos déplacements.
Dès l'avion, la jeune femme installée à côté de moi, qui maintenant est directrice d'une agence bancaire en région parisienne, me raconte qu'elle était comorienne ici, qu'elle est allée jusqu'au bac, qu'elle a trouvé le moyen d'aller à Grenoble là-bas, qu'elle avait des gros, gros, gros soucis d'orthographe. Pourquoi ? Parce que le bac à Mayotte, ce n'est pas le bac de l'Hexagone. Ce n'est pas le même niveau. Et que pendant tout ce temps-là, à Grenoble, elle a fait choix de ne pas être naturalisée française. Elle dit, je ne veux pas être naturalisée. Pourquoi ? Parce que c'était comme une espèce de coup de pied au derrière.
Si jamais elle ratait ses épreuves dans les études qu'elle faisait, elle serait renvoyée à Mayotte, elle ne pourrait plus étudier. Donc c'était une espèce de menace d'épée de Damoclès qui pesait sur elle. Elle préférait avoir cette épée de Damoclès-là. Et c'est seulement quand elle a eu terminé ses études, quand elle les a réussies, qu'elle a demandé la naturalisation française qu'elle a obtenue. Elle avait la conscience, elle, que son seul chemin pour s'en sortir, c'était les études, les études, les études. en misant tout sur les études, en disant, voilà, nous, on a la niaque parce qu'on sait que c'est notre seule issue.
Je pense que la France, la République, devrait investir beaucoup plus massivement sur l'éducation à Mayotte. Là, on a une rotation. L'école normale à Mayotte, c'est une rotation. Les enfants qui viennent soit le matin, soit l'après-midi, parce qu'il manque 1200 écoles. Et après Chido, c'est pire que ça parce que c'est seulement deux demi-journées par semaine. On vient le mardi matin et le jeudi matin ou on vient le mardi après-midi et le jeudi après-midi.
Comment on peut penser que alors que souvent on a un entourage qui ne parle pas français ou mal français, qu'on soit comoréen ou maoré, on va accéder à la maîtrise de la langue plus des mathématiques, de l'histoire, de la géographie, de tout ça derrière et avoir une éducation normale alors que là, on est dans un sous-investissement. Normalement, on sait que dans les milieux populaires, il faut surinvestir pour obtenir un peu d'égalité. Alors hier, on avait des rencontres avec des cadres maorés et donc ces cadres maorés, qu'est-ce qu'ils disaient ? Ils disaient, nous, on veut que nos enfants, ils étudient bien et donc, on les met dans le privé.
Ça nous coûte 250 euros par mois parce que les écoles ne sont pas conventionnées alors que c'est des cadres progressistes qui disaient, qu'est-ce qu'on va faire ? Est-ce qu'on va les envoyer en métropole ? Mais si on les envoie en métropole, ils vont se retrouver dans les quartiers populaires parce qu'on est quand même loin d'être riches. Dans quel contexte ils vont être ? Ça nous inquiète. Est-ce qu'on va les mettre au lycée français de Madagascar ? C'est-à-dire qu'ils imaginent de les envoyer alors qu'ils sont français ici à Mayotte, de les imaginer dans un pays qui n'est pas français pour qu'ils aillent dans un lycée de qualité française.
Même quand on se balade dans un banga, donc dans un bidonville, il y a une obsession de l'éducation. L'eau, là-bas, c'est un tuyau pour 8000 personnes et il est percé de tous les côtés. Il doit y avoir trois groutes au bout du robinet. L'électricité, c'est un compteur pareil pour des milliers de personnes. Donc il n'y a pas de jus. Et pourtant, on nous arrête dans la rue, on nous attrape. C'est pour nous dire mais c'est quoi l'école française ? Nous, on attend pour nos enfants de l'éducation, de l'éducation, de l'éducation parce qu'en fin de compte, c'est pour ça qu'ils sont venus.
Et ça explique pourquoi en vérité, la France et le gouvernement n'investissent pas sur l'éducation parce qu'ils se disent que ça va être quelque chose qui va attirer, qui va faire de l'attraction parce qu'on peut hériter les Comoriens qui viennent ici. Ce n'est pas seulement pour bien vivre des allocations. Ce n'est pas ça le sujet. C'est pour but de mes enfants vivront mieux que moi. C'est l'obsession des parents, c'est l'éducation de leurs enfants. Quand on voit que dans le projet de loi Refondation Mayotte et je ne sais pas combien de guillemets il faudrait, l'école n'apparaît que dans les annexes et en disant la fin de la rotation en 2031. D'ici 2031, il y aura eu 10 gouvernements.
On sait qu'il y aura dix fois la possibilité de ne pas tenir cette très vague promesse. Quand la République s'est construite, après 1878, elle s'est construite sur les hussards noirs de la République. Elle s'est construite sur l'école républicaine. Si on veut aider Mayotte, le premier chemin pour aider Mayotte et d'autant plus avec une population qui est extrêmement jeune comme ici, c'est l'éducation, l'éducation, l'éducation et je dirais la formation aussi. C'est-à-dire, peut-être pas le bac pour tout le monde, peut-être pas un objectif de master pour chacun mais pourquoi les maisons ne sont pas réparées ? Pourquoi les bâtiments publics ne sont pas réparés ?
Parce qu'il n'y a pas les crédits. Oui, c'est vrai. Mais aussi parce qu'il n'y a pas les entrepreneurs pour le faire, il n'y a pas les artisans, il n'y a pas les savoir-faire. Il y a un manque de couvreurs, il y a un manque de maçons. Dès qu'on nous parle, on va dans un abattoir, qu'est-ce qui manque ? Les gens, il n'y a personne qui travaille. Le froid, là-dessus, il pourrait y avoir des filières de formation entières qui se développent ici à Mayotte. Tout à l'heure, je disais une cocotte minute, il faut qu'il y ait des jets de vapeur.
Moi, je pense que toutes les personnes qui arrivent au baccalauréat, qu'elles soient mahoraises ou comoriennes, les jeunes, ils aient la possibilité qu'on leur ouvre un avenir et qu'on leur ouvre un ailleurs et pas d'être coincés sur le caillou de Mayotte. On va pouvoir partir pour mieux revenir. Et là, au contraire, c'est coincé, l'horizon est coincé. Quand on a son baccalauréat, en fin de compte, ça produit une grande frustration parce qu'il n'y a pas la possibilité de poursuivre ses études ou de faire autre chose et de voir un peu le monde. Enfin, l'espoir, il y en a plein d'autres désespoirs, mais enfin, notre belle rencontre, notre coup de foudre, on va dire. C'est Aruna.
Aruna qui était le président des JA, des jeunes agriculteurs et qu'on a rencontré dans son élevage de volailles. Alors, il faut voir que c'est une exploitation agricole, mais ça fait un demi-hectare. En France, c'est dérisoire. Et là, il nous explique comment sa mère ne voulait surtout pas qu'il fasse agriculteur. Elle disait, mais il faut devenir fonctionnaire. Apparemment, le rêve des Mahorais, c'est de tous devenir fonctionnaires. Regarde ton frère, il a fait un agriculteur. Pourquoi toi, tu vas faire agriculteur ? Et lui, non, il s'est accroché, c'était son rêve. Et donc, il l'a fait et puis il s'est lancé dans la volaille. Il a commencé et puis avant, ce qu'il appelle au porte-à-porte.
En fait, ils passent des coups de fil de relation en relation et ils arrivent comme ça à placer leur poulet. Puis après, il s'est dit, peut-être qu'on peut faire mieux. On va se mettre à quelques-uns puisqu'il était président des jeunes agriculteurs et on va aller à l'abattoir de Coconi qui est dans le lycée agricole. On va découper nos poulet. On va commencer à les préparer. On va voir si on peut les vendre dans des magasins. Puis ils ont vu que ça marchait et là, ils se sont dit, bon, à la place de faire la guerre avec l'industriel qui nous fournit les aliments pour nos volailles, on peut peut-être aller discuter avec lui de voir si on ne pourrait pas fonder un abattoir.
Et donc, ils ont fondé un abattoir et là, ça y est, il y a une marque qui s'est lancée qui s'appelle Mon Pouletti. Lui, il est président de la société de l'abattoir. Il n'en est pas l'actionnaire principal mais il en est le président. Il a rassemblé 30 agriculteurs qui font du poulet. Lui, c'est un espèce de témoin de Jéhovah du poulet parce qu'il croise quelqu'un qui travaille dans l'informatique qui dit, toi, tu devrais faire du poulet. Il croise quelqu'un qui est dans la formation et il dit, toi, tu devrais faire du poulet. Et le gars, il est dans le bâtiment, toi, tu devrais faire du poulet. Et il recrute comme ça pour du poulet.
Il faut voir le courage de ces gens puisqu'ils étaient plusieurs à être là. En plus, Shido est passé, a quand même détruit tous leurs bâtiments qui s'étaient évertués à monter. Qu'est-ce qu'ils ont fait après un moment de découragement ? Et ils ont enlevé l'étoile parce qu'ils savaient souffler de tous les bignons-villes et l'étoile était venue chez lui. Tout était envolé. Les poussins, enfin, les volailles, plutôt les poulets, 80% étaient morts et les 20% qui survivaient, c'est les habitants des bignons-villes qui venaient prendre les poulets. Et lui, au fond, en humaniste, il le comprenait.
Et il a trouvé le courage, lui et les autres, de venir non seulement reconstruire, mais c'est-à-dire faisons de Shido une chance. On va faire nos bâtiments, on va les faire encore mieux pour progresser. Et en plus, lui a un discours politique au sens large de droite et de gauche, je m'en fiche. Mais de dire, voilà, moi, ce que je veux, c'est apporter davantage de souveraineté alimentaire à mon île, qu'on ait un peu de sécurité de ce côté-là, qu'on ne soit pas mis sous assistance, qu'on se développe. Et il a, voilà, je trouve qu'il porte un vrai projet pour son territoire. Et j'ai été, moi, séduit par Aruna.
dire comment on a rencontré Aruna aussi, comme ça, ça fait quand même le lien entre Mayotte et la Picardie à 10 000 km d'écart. Je jouais, je venais marquer un but en plus, un flic secours, ça ne m'arrive pas souvent. Oui, c'est très rare. Non, un tournoi de six, c'est un dimanche, j'entends, vive Ruffin, vas-y, Marc Ruffin, défends bien Ruffin dans les tribunes. Et je dois dire que c'est rare que ma popularité soit aussi manifeste dans ma circonscription, donc j'étais un peu surpris.
Je vais dire bonjour à ces supporters féminines qui étaient dans les tribunes et parmi elles, la capitaine, la coach, c'était Salimata qui me dit que, voilà, elle est originaire de Mayotte et donc du coup, je discute avec elle et je lui demande « Qu'est-ce que tu pourrais me faire rencontrer ? » Elle me dit « Voilà, moi, il y a quelqu'un qui nous a aidé à monter une équipe féminine de football à Mayotte, c'était Aruna, il faut que tu rencontres Aruna. » Ben voilà, comment la liaison s'est faite entre un agriculteur producteur de volailles à Mayotte et Salimata qui jouait au foot sur le terrain de flics secours.
Voilà, et maintenant, en route pour la barge qui nous mène à l'aéroport, qui nous mène à La Réunion. à la Réunion.
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