Agriculture : la guerre en Ukraine va provoquer "un déséquilibre à long terme" sur le marché des semences
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C'est une conséquence méconnue de la guerre en Ukraine, la déstabilisation du marché des semences.
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Et pour ça aussi, l'Ukraine est un pays structurant de ce marché ?
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Et donc, quel est le poids de l'Ukraine dans la production de semences ?
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Et on a déjà une idée de l'impact de la guerre ? Est-ce qu'on a déjà estimé, quantifié la baisse attendue ?
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Donc, ça va créer des déséquilibres à long terme, c'est ça en fait ?
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Donc, ça veut dire que, même si la guerre en Ukraine s'arrêtait maintenant, les effets se feraient sentir encore pendant plusieurs années ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Alors, ce qui se passe, c'est que l'Ukraine produit sur place deux tiers de ses semences. »
- 1:19Invité politiqueChiffre
« Le plan de production tel que nous l'avons aujourd'hui, tel qu'il nous revient aujourd'hui, serait en baisse d'à peu près 40%. »
- 2:22Invité politiqueFait
« La France est un pays exportateur. C'est le premier exportateur mondial, c'est le premier producteur européen. »
- 2:36Invité politiqueChiffre
« Et ça représente un chiffre d'affaires important, puisque l'Ukraine est le deuxième pays destinataire des semences françaises hors Union européenne. »
- 5:11Invité politiqueChiffre
« le plan de production de tournesol, par exemple, souhaitait être positionné à 20 000 hectares en semences, et on n'a plus en position en France que 15 000 à peu près. »
- 6:03Invité politiquePromesse
« nous sommes actuellement en discussion avec le gouvernement, pour qu'il y ait un véritable plan de soutenir la fédère de production en France en 2023. »
- 7:48Invité politiquePromesse
« la production de semences soit préservée lors des arrêtés de restriction d'irrigation. »
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C'est une conséquence méconnue de la guerre en Ukraine, la déstabilisation du marché des semences. Bonjour Didier Nury. Bonjour. Vous êtes vice-président de l'Union française des semenciers. On a beaucoup parlé des perturbations dans la production des céréales, le blé pour faire la farine ou le tournesol pour l'huile. Là, il s'agit de la production de céréales pour faire des graines destinées à être semées. Et pour ça aussi, l'Ukraine est un pays structurant de ce marché ?
Tout à fait, oui. Alors, d'abord, pour bien que vos auditeurs comprennent, il faut préciser de quoi on parle quand on parle de semences. Quand on s'aime une production de maïs, de blé, de tournesol, et que la récolte sert à faire de la farine, du pain, on parle de commodités. Ce dont on parle aujourd'hui, ce sont des productions qui seront destinées à être ressemées l'an prochain pour produire les commodités et les productions agricoles des années 2022, 2023, 2024.
Et donc, quel est le poids de l'Ukraine dans la production de semences ?
Alors, le poids de l'Ukraine est assez important, mais il y a surtout un effet ricochet. C'est un grand pays agricole. Donc, les semences qui sont produites pour ces pays seront extrêmement impactantes, surtout en fond des marchés.
Et on a déjà une idée de l'impact de la guerre ? Est-ce qu'on a déjà estimé, quantifié la baisse attendue ?
Alors, ce qui se passe, c'est que l'Ukraine produit sur place deux tiers de ses semences. Le plan de production tel que nous l'avons aujourd'hui, tel qu'il nous revient aujourd'hui, serait en baisse d'à peu près 40%. Ce manque de semences va impacter le disponible en semences de l'année prochaine. Donc, par effet ricochet, il va y avoir un effet sur les pays limitrophes et sur le disponibilissement sur l'ensemble des pays européens.
Donc, ça va créer des déséquilibres à long terme, c'est ça en fait ?
Ça va créer des déséquilibres à long terme.
Donc, ça veut dire que, par exemple, même si la guerre en Ukraine s'arrêtait maintenant, les effets se feraient sentir encore pendant plusieurs années ?
Pour les années 2023, 2024, 2025.
Est-ce qu'il y a un risque de pénurie ?
Il n'y a pas de risque de pénurie en France, qu'on soit clair. Par contre, il y a un risque de tension sur l'ensemble du marché européen, parce qu'effectivement, à l'échelle européenne, il y aura une baisse du disponible en semences.
Alors, moi, je voudrais comprendre le lien avec la France. Est-ce que la France reçoit des semences qui viennent d'Ukraine, ou est-ce qu'on lui envoie des semences destinées à être plantées ?
Alors, non, la France est un pays exportateur. C'est le premier exportateur mondial, c'est le premier producteur européen. Et donc, la France exporte dans l'ensemble du monde, et en particulier en Ukraine.
Et il y a des sociétés françaises qui sont implantées en Ukraine pour faire ça ?
Il y a à peu près 17 sociétés françaises qui sont implantées, 1 700 sarariés localement. Et ça représente un chiffre d'affaires important, puisque l'Ukraine est le deuxième pays destinataire des semences françaises hors Union européenne.
Et comment se fait l'approvisionnement ? Est-ce qu'aujourd'hui, les groupes français arrivent à envoyer leurs semences en Ukraine ?
Alors, les semences qui ont été semées ce printemps sont arrivées localement, effectivement. Il y a eu, par contre, au déclenchement de la guerre, il y a eu un problème de mise à disposition. Les semences arrivaient dans le pays, mais n'allaient pas forcément jusque chez l'agriculteur. Après, ça s'est amélioré. Par contre, effectivement, on sait que 40% du temps de production n'a pas pu être semé et manquera donc l'an prochain et dans deux ans.
Alors ça, c'est juste la quantité de graines qui manque, de semences qui manquent. Mais ça veut dire qu'en plus, avec les difficultés liées à la guerre, donc le manque de bras, puisque les ouvriers agricoles sont partis au front, avec les bombardements, le manque de carburant pour les tracteurs, etc. Ça veut dire que non seulement il manque des semences, mais qu'en plus, ces semences qui sont disponibles, elles ne sont pas sûres de tout être plantées et tout être récoltées.
Exactement, c'est-à-dire qu'il y aura des surfaces en moins, mais en plus, on ne sait pas si ça arrivera au bout. Et les rendements ne seront sûrement pas au niveau attendu, puisque les cultures ne pourront pas être suivies de manière attentionnée pour les mener comme il faut.
L'autre effet collatéral de la guerre en Ukraine, c'est aussi également l'envolée des cours des matières premières, qui fait qu'en plus du manque de semences produites localement, il est de plus en plus difficile aussi de produire des semences en France, parce que le différentiel de rémunération est de moins en moins attractif pour les producteurs, et donc le plan de semences français, lui-même, n'est pas forcément au niveau attendu.
Ça veut dire que, prenons un exemple concret, il est plus intéressant aujourd'hui de cultiver du tournesol destiné à la fabrication d'huile, que du tournesol pour les semences ?
Alors, c'est un bon exemple, il n'est pas plus intéressant de cultiver pour l'huile, par contre, le différentiel sur l'esprit, et donc, comme c'est une culture beaucoup plus technique, c'est moins attractif.
Pourquoi c'est plus technique ? C'est plus compliqué de faire du tournesol pour les semences que pour l'huile ?
Oui, ça demande un travail supplémentaire, ça demande une ténicité supplémentaire, ça demande un suivi au champ, des épurations, ça demande de l'irrigation, que le tournesol pour l'huile n'a pas forcément besoin, donc ça demande vraiment un travail supplémentaire qui est rémunéré aux producteurs en banque hôtel.
Oui, c'est pour ça que c'est mieux payé en temps normal, et donc là, ça se réduit. Et vous le constatez déjà dans les champs en France, des agriculteurs qui changent et qui passent, on parlait du tournesol, mais peut-être d'autres exemples, et qui arrêtent les semences ?
On l'a constaté dès ce printemps, puisque le plan de production de tournesol, par exemple, souhaitait être positionné à 20 000 hectares en semences, et on n'a plus en position en France que 15 000 à peu près.
Et est-ce que les entreprises françaises qui envoient des semences en Ukraine, on l'a dit, difficilement, parce qu'il faut déjà réussir, on passe la frontière, il y a des combats, il y a des bombardements, en plus après, il faut les livrer dans les fermes, et c'est encore plus compliqué, mais est-ce qu'elles arrivent tout de même à être payées ?
Alors, c'est une autre difficulté, effectivement, d'être payées. Alors, notre inquiétude n'est pas tant pour cette année, mais elle va être pour l'année prochaine, c'est-à-dire que si les agriculteurs ukrainiens n'arrivent pas à vendre leur récolte, ils n'auront pas la trésorerie pour payer les semences, effectivement, françaises. Donc, c'est une vraie préoccupation, être capable de se faire payer, tout à fait.
Est-ce qu'il existe une alternative ? Est-ce qu'il y a une autre région du monde qui pourrait prendre le relais ?
Alors, la France pourrait en partie prendre le relais si on dépassait le problème que j'évoquais tout à l'heure, c'est pour ça que nous sommes actuellement en discussion avec le gouvernement, pour qu'il y ait un véritable plan de soutenir la fédère de production en France en 2023. Après, d'autres régions sont productrices, l'Argentine, l'Amérique du Nord, mais ça pose des problèmes logistiques qui sont tout autres et qui sont différents.
Oui, parce que c'est des régions qui sont beaucoup plus éloignées de nous.
Exactement, tout à fait.
Et donc, les discussions avec les autorités, vous en êtes où ? D'abord, c'est autorité française uniquement ou ça se passe aussi à l'échelle européenne ?
Française uniquement, on en est au début, on a eu une bonne écoute et on est en train de préparer un plan qu'on va leur soumettre dans les semaines qui viennent.
Un plan qui aurait quoi ? Qu'est-ce que vous réclamez ?
On ne réclame pas, on propose des solutions qui pourraient permettre de déverrouiller un petit peu la production de semences, des aménagements techniques, des aménagements réglementaires, pour faire preuve d'innovation pendant deux ou trois ans pour déverrouiller cette production.
Vous avez un exemple concret ? Parce que là, je ne suis pas sûre d'avoir tout bien compris.
Ça serait un petit peu technique, l'exemple concret. Par exemple, il y a une obligation de rotation sur les productions de semences de tournesol. On pourrait, pendant un an ou deux, baisser un petit peu cette obligation de rotation. C'est-à-dire qu'au lieu de faire un tournesol tous les trois ans, on pourrait le faire tous les deux ans en production de semences. Par exemple, ça permettrait de libérer quelques hectares de plus pour 2023.
Pour le moment, il n'y a aucune mesure spécifique qui a été prise ? Parce qu'on se souvient qu'en mars, Emmanuel Macron avait défendu l'idée d'un plan d'urgence pour la sécurité alimentaire. Pour le moment, il n'y a rien de concret. Pour les semences, je parle bien des semences.
Il y a eu quelques propositions, mais pour lesquelles il est un peu difficile de s'insérer dans le dispositif. Une autre solution, par exemple, ça serait... On a un gros problème qui vient se rajouter à tout le reste, c'est le problème de la sécheresse. Une proposition, ça pourrait être de dire que la production de semences soit préservée lors des arrêtés de restriction d'irrigation. Ça serait de dire que la production de semences, en tant que culture spécialisée, soit préservée de ces arrêtés. Ça permettrait de dynamiser la production pour 2023 également.
Merci beaucoup pour vos explications. Didier Nury, vice-président de l'Union française des semenciers, et vous étiez l'invité du 5-7.