Interview du Président Emmanuel Macron au 20h de TF1.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Monsieur le Président. Bonjour. Nous allons bien sûr parler dans un instant de réindustrialisation, de salaire, de pouvoir d'achat, peut-être de baisse d'impôt et de votre image aussi auprès des Français. Mais ici même hier soir, vous avez eu la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Vous lui avez promis des armes, des munitions. Est-ce qu'on peut savoir quel type d'armes, quel type de blindés, en quelle quantité et quelle somme cela représente ?
Alors en effet, le président Zelensky était à Paris une nouvelle fois, après la visite qu'il avait déjà effectuée en février. C'est d'abord un dialogue de confiance qui se noue et au fond la stratégie de la France est simple, aider l'Ukraine à résister, à organiser au moment où elle le choisira le contre-offensif pour pouvoir ramener tout le monde à la table des négociations et dans des conditions qu'elle aura choisi, bâtir une paix durable pour elle. Dans ce contexte-là, vous le savez, nous avons déjà livré beaucoup des canons, les fameux canons César, beaucoup de munitions, des véhicules blindés. Nous avons été les premiers à livrer des chars légers.
Et donc hier, nous avons fait le point avec le président Zelensky et son équipe des besoins qui étaient les siens. Je ne vais pas ici les détailler parce que depuis le début, je suis très précautionneux pour ne pas, si je puis dire, affaiblir nos amis ukrainiens. Mais nous avons décidé de livrer de nouvelles munitions. Nous avons décidé aussi et surtout maintenant de bâtir avec les Ukrainiens à l'est du pays des éléments pour former leurs troupes, former les bataillons qui seront en charge de mener la contre-offensive et de résister et de réparer les véhicules, les canons, parce que c'est aussi ça ce dont l'Ukraine a besoin.
Il vous a forcément demandé des avions de chasse, comme il le demande à tous les dirigeants occidentaux qu'il rencontre. Vous lui avez dit non, non pour aujourd'hui, non pour demain, non pour toujours ?
Nous avons ouvert la porte pour former des pilotes.
En France, pilotes ukrainiens en France.
Et ce, avec plusieurs autres pays européens qui y sont prêts. Je crois que des discussions sont en cours avec les Américains.
À partir de quand ? Sur des avions français, sur des Mirage 2000, on peut l'imaginer. Les formations peuvent commencer dès maintenant.
Donc il n'y a pas de tabou ? Il n'y a pas de tabou. Il y en a eu pendant plusieurs mois. Non, il y a toujours la même ligne. Et la France a toujours la même position. Aider l'Ukraine à résister, et maintenant se joue beaucoup. Parce que le succès de cette contre-offensive sera déterminant pour la capacité à bâtir une paix durable. La deuxième chose, c'est donc qu'on ne fasse pas la guerre à la Russie. On ne fait pas la guerre à la Russie. On aide l'Ukraine à résister face à l'assignement russe. Ce qui veut dire qu'on ne livre pas d'armes qui permettraient d'atteindre le sol russe ou d'attaquer la Russie. Et troisième chose, parfois on met des limites.
Et je suis obligé de dire, je ne peux plus vous en livrer, parce que nous avons besoin de continuer à protéger notre pays, nos sites sensibles. Et donc on n'affaiblit pas la capacité de la France à se défendre elle-même. Dans le cadre de ces limites, on continue d'avancer et d'aider l'Ukraine à résister. Et surtout, je crois pouvoir le dire, nous livrons des équipements efficaces, les canons César, les chars AMX-10RC. Et nous avons été à chaque fois ce qui déclenchait un mouvement plus large. Je crois qu'aujourd'hui, je vous le disais, la formation et la capacité à réparer, à mettre en condition opérationnelle les équipements qu'on a déjà livrés, c'est ce qui est déterminant.
En plus de ça, on va livrer d'autres matériels, d'autres munitions, d'autres missiles qui ont une portée qui permet à l'Ukraine de résister et de mener cette contre-offensive. Donc pour être tout à fait clair, la France va livrer des avions à l'Ukraine ? Non, je n'ai pas parlé d'avions, j'ai parlé de missiles et j'ai parlé de formation.
Donc vous allez former des membres de l'aviation ukrainienne, mais pas pour des avions ?
On commence pour le moment la formation, parce que de toute façon, ce serait un débat théorique. D'accord. On a besoin aujourd'hui de commencer à former, c'est l'accord qu'ont pris plusieurs pays européens.
Aujourd'hui, vous accueillez à Versailles 200 patrons étrangers investisseurs qui vont aider la France à se réindustrialiser. Ces grands patrons, ils ont regardé la télévision, ils ont vu ces images de la France, ces violences, ces manifestations, cette contestation, ce climat social plus qu'éruptif. Est-ce que vous avez eu du mal à les convaincre, de venir avec leurs chéquiers pour investir chez nous ?
Écoutez, d'abord, les résultats sont là. Pour la quatrième année consécutive, la France est le pays le plus attractif d'Europe. Pour la quatrième année consécutive. C'est le fruit de nos réformes, de notre travail, d'un engagement, des talents de la France, de la qualité de notre recherche, de notre innovation, de nos entreprises, de nos salariés. Et de notre agenda d'avenir. Ensuite, aujourd'hui, on annonce un nombre d'investissements étrangers record. 13 milliards d'euros investis, plus de 8 000 emplois sur le terrain. Les trois quarts de ces investissements et de ces emplois, ils sont hors Paris. C'est la France entière qui est ainsi changée.
J'étais à Dunkerque vendredi, vous voyez, pour ça, c'est cette petite batterie électrique qui est faite par Prologium. Et c'est 5 milliards 200 millions d'euros d'investissement qui se font à Dunkerque. Et c'est 3 000 emplois, rien que pour cet investissement. Donc, le calendrier est là, les choses avancent, on réindustrialise et on attire. Donc non, ça n'arrête pas parce que les investisseurs voient la force de ce qu'on a fait. La constance, c'est-à-dire même quand il y a des contestations, on ne change pas, on ne fait pas de tête à queue, on ne se dit pas d'un seul coup, on va augmenter massivement les impôts, on arrête les réformes, on avance.
Et qu'il y a une détermination, et puis derrière, une force, une qualité de la France. J'étais à Dunkerque, il y a un port qui fonctionne bien, qui ne fait pas grève. Il y a des avancées sociales, mais qui se font à travers le dialogue. Il y a des EPR qu'on a décidé de construire à Gravelines. Il y a un dialogue social de qualité, des entreprises qui sont là, anciennes et nouvelles. On a ArcelorMittal, on a Ascometal, on a aussi AstraZeneca avec de la pharmacie. Et donc il y a, si je puis dire, un écosystème, et puis un écosystème formidable de voitures dans toute la vallée électrique. Donc c'est pour ça que les investisseurs viennent. Après, ils voient les images à la télévision.
Ce matin, en effet, je voyais le patron de Pfizer, puis M. Musk. Ils ont vu les images. Je leur ai dit, oui, il y a de la violence. Il y a une violence, elle est intolérable. Il y a des manifestations, elles, elles se passent dans le calme. Il y a des grèves. Il y a des grèves, mais je leur ai dit, regardez les chiffres dans le secteur privé. Tous vos collègues, ils n'ont quasiment pas eu de grève. La réalité, elle est là. C'est qu'on regarde, on voudrait généraliser les choses au pays, mais moi je regarde nos entreprises privées, il y a eu très peu de grèves, quasiment pas. Il y a eu de la grève dans une partie du secteur public.
Il y a eu une opposition dans la rue, mais qui s'est faite dans le calme. Et il y a eu des violences menées par une extrême et des gens qui ne veulent pas de solution. Mais ce n'est pas ça, la France. Ça ne dit pas tout du pays. Et le pays avance, et le pays continue à créer. Il y a des commerçants, il y a des artisans, il y a des salariés du secteur privé, il y a des entrepreneurs et des entrepreneuses qui veulent continuer à avancer, à créer un avenir meilleur pour eux-mêmes et leurs enfants. Certes, vous dites toujours que la France est la première en termes d'attractivité en Europe. Mais c'est vrai, ce n'est pas moi qui le dis. C'est Ernst & Young, c'est un cabinet indépendant.
Bien sûr, et Ernst & Young dit également autre chose. Deuxième paragraphe. Nous ne sommes que 18e en Europe quand il s'agit de créer des emplois liés à ces investissements. Pourquoi ces investissements étrangers créent-ils si peu d'emplois chez nous ?
Alors, ça dépend en effet des secteurs. 33 par implantation, ce n'est pas beaucoup. Non, mais pourquoi ? Parce que nous, beaucoup de ces investissements, on part de zéro. Parce que notre problème, c'est que nous avons beaucoup plus désindustrialisé que nos voisins. Et le cœur du mal français, si je puis dire, c'est qu'au fond, on a plus désindustrialisé que tous nos voisins. Ce qui a fait quoi ? Qu'on a beaucoup de nos villes moyennes et de nos territoires qui ont perdu l'usine qu'elles connaissaient. Et donc, les investissements qui se font en France recréent totalement une usine. Là où, chez beaucoup de voisins, ces investissements viennent l'agrandir.
Donc, nous nous avons laissé trop désindustrialiser, ça nous a affaibli. Ce qui fait qu'aujourd'hui, la richesse créée par habitant en France, elle est 10 points en dessous de celle qu'on crée par habitant en Allemagne, 12 points de moins que celle qu'on crée par habitant aux Pays-Bas. Ça, c'est la désindustrialisation. Donc, vous m'entendez depuis 6 ans me battre, nous nous battons tous pour réindustrialiser. On a fait quoi ? On a baissé les impôts pour attirer les investisseurs et inciter chez nous à investir. On a baissé le coût du capital qui est nécessaire. Il n'y a pas d'usine, il n'y a pas d'impôt créé s'il n'y a pas un capital productif. On a baissé le coût du travail.
On a simplifié les règles du travail avec les ordonnances il y a 5 ans. On a travaillé sur l'énergie avec un plan structuré. On développe le renouvelable, on développe le nucléaire. C'est une énergie décarbonée à bas coût. Et puis, on a mené un train de réforme. Les chiffres sont là. Et malgré tout, là où la France désindustrialisée, elle recrée de l'emploi. Et donc, nous, ces 6 dernières années, nous avons créé 1 700 000 emplois, plus que nos voisins. Et nous avons créé des emplois industriels pour la première fois depuis 15 ans, plus de 90 000. Et vous savez, il y a un graphique très simple qui montre les choses. La France, entre 2008 et 2017, elle perd 600 sites industriels, 600 usines.
Elle en ferme. Depuis 2017, on en a déjà recréé 300. L'objectif, c'est qu'on ait complètement, à la fin du quinquennat, effacé l'effet de la crise.
Vous parlez d'emploi, on vous parle de salaire. Aujourd'hui, à l'heure à laquelle nous parlons, sur le site de Pôle emploi, il y a 1 million d'emplois non pourvus. Est-ce que ce n'est pas tout simplement, tout bêtement, parce que les salaires ne sont pas assez élevés aujourd'hui en France ?
Alors, il y a plusieurs facteurs. D'abord, le salaire minimum en France a monté. Et le SMIC a augmenté. Et la France est l'un des pays d'Europe où le salaire minimum est le plus élevé. Et elle a surtout la dynamique, quand il y a de l'inflation, la plus importante. Donc, on a monté de plus de 10 % le salaire.
Il y a des millions de Français qui sont tout près du SMIC.
On a monté de plus de 10 % et on a ajouté, vous vous en souvenez, la prime d'activité, c'est quasiment 100 euros par mois pour un travailleur qui est au SMIC. Donc, d'abord, on a des problèmes de formation. Pourquoi des gens ne vont pas chercher un emploi, même quand il est disponible ? Ils n'ont pas la qualification qui est là. C'est pour ça qu'on investit sur la formation des chômeurs et en particulier des chômeurs de longue durée. Parce qu'aujourd'hui, le chômage qui nous reste, c'est souvent un chômage de longue durée ou pour des personnes, nos compatriotes, qui n'ont pas les bonnes qualifications formées. La deuxième, c'est trouver des solutions.
Parce que parfois, on ne va pas chercher un emploi. Ce n'est pas vrai qu'on touche au chômage plus que l'emploi qu'on vous offre. C'est quasiment exceptionnel. Par contre, c'est les difficultés qu'on a à côté. Et c'est vrai de chômeurs, de chômeurs de longue durée, comme des bénéficiaires du RSA. C'est vous aider à trouver un logement adapté. C'est parfois vous aider sur le transport. C'est aussi vous aider pour garder les enfants. On a beaucoup de familles monoparentales, comme on dit aujourd'hui, qui sont dans une écrasante majorité des femmes seules qui élèvent leur enfant. Eh bien, retrouver un emploi, ça veut dire trouver une solution de garde.
S'il n'y a pas de solution de garde ou si la garde coûte aussi cher que la différence qu'il y a entre l'aide que vous avez sans travail et le travail, rien ne vous y incite. Et c'est pour ça que ce que nous allons réformer, changer et transformer, c'est aussi ces solutions concrètes, cet accompagnement, en plus du simple retour à l'emploi.
Mais vous avez rencontré ces Français depuis quelques semaines, même si c'est parfois agité.
Il y a quelques années même.
Mais précisément depuis quelques semaines. Ces gens qui travaillent depuis 10 ans et qui sont à 100, 150 euros au-dessus du SMIC. Est-ce que vous ne pouvez pas demander aux entreprises, écoutez, les entreprises du CAC 40, vous avez réalisé 150 milliards de bénéfices l'an dernier. Vous pourriez peut-être en donner un petit peu à vos salariés ?
Alors, ça, et c'est une bonne chose, ce n'est pas l'État, le gouvernement ni le président qui le décide. Mais les inciter... C'est le dialogue social. On a tout fait pour inciter les choses. Et d'ailleurs, vous vous en souvenez, c'était un de mes engagements de campagne, c'est passé dans la loi. La prime qui permet, quand une entreprise fait des bénéfices à une bonne année, de distribuer à ses salariés et de distribuer sans impôts ni charges. Cette prime exceptionnelle, on en a triplé le montant. Donc, on a tout fait pour faciliter cela. Donc, un, moi, j'encourage toutes les entreprises qui ont la possibilité de le faire, d'avoir ce dialogue.
Parce que, nous, ce qu'on veut créer, et l'industrie va dans ce sens, c'est créer des bons emplois. C'est-à-dire des emplois où les conditions de travail sont bonnes et où le salaire est bon pour qu'on vive bien de son travail. Mais ça, c'est du dialogue social. Le gouvernement a facilité les choses en défiscalisant et en augmentant cette prime qui peut être versée chaque année. Qui donc peut aller jusqu'à 6 000 euros dans certains cas, ce qui est très important. À côté de ça, nous allons soumettre un texte au Parlement sur le partage de la valeur.
qui est le fruit de la négociation entre les partenaires sociaux et qui va permettre d'aller plus loin et plus fort en termes d'intéressement et de participation. Parce qu'au fond, un salarié, on le rémunère de plusieurs façons. Il y a votre salaire courant. C'est le fruit du dialogue social et du dialogue entre l'employé et le salarié. Il y a les primes exceptionnelles. Là-dessus, on encourage les choses. Et puis, il y a l'intéressement et la participation qui vous permet aussi d'être intéressé à la vie de l'entreprise.
Et si elle va mieux, de pouvoir toucher davantage d'argent, de le mettre dans un compte ou de le toucher tout de suite, voire de rentrer au capital de votre entreprise et de faire que vous êtes partie prenante. Ça, c'est le partage de la valeur. Tout ça, c'est ce qu'il faut qu'on améliore encore dans notre pays. Ce qui est clair, c'est qu'on doit mieux gagner sa vie lorsqu'on travaille. Et donc, c'est l'effort qu'on va continuer de faire. Et c'est là-dessus qu'il faut que le gouvernement continue de se concentrer.
Et ça concerne en particulier les classes moyennes des millions de Français, qui gagnent un tout petit peu trop pour percevoir des aides et pas assez pour boucler leur fin de mois. Vous avez dit de manière pas encore très précise que vous alliez faire un effort pour eux, pour ces classes moyennes, et baisser leurs impôts. Quels impôts, quand et quel montant ?
D'abord, je veux dire que les baisses d'impôts qu'on a faites sur les ménages se sont concentrées sur ces classes moyennes. Quand on a baissé la cotisation salariale sur le chômage au premier quinquennat, c'est pour essentiellement ces classes moyennes. Quand on a supprimé la taxe d'habitation, c'est pour les classes moyennes. Quand on a baissé de 4 milliards d'euros l'impôt sur le revenu, ça a été sur les classes moyennes. Quand, en début de ce quinquennat, on a supprimé la redevance audiovisuelle, c'est pour les classes moyennes.
Et donc, nous avons dans notre trajectoire budgétaire, c'est-à-dire, vous savez, on a prévu jusqu'en 2027 des dépenses, des recettes, pour tenir aussi notre déficit et commencer à rembourser notre dette. Il y a 2 milliards de baisses d'impôts pour les ménages. Ces 2 milliards, j'ai demandé au gouvernement de me faire des propositions pour qu'ils se concentrent sur ces classes moyennes. Vous l'avez très bien dit. C'est-à-dire, les Françaises et les Français qui travaillent dur, qui veulent bien élever leurs enfants, et qui aujourd'hui, parce que le coût de la vie a monté, parce que la dynamique des salaires n'est pas toujours là, ont du mal à boucler la fin du mois.
Mais il faut qu'eux, on les aide en concentrant ces 2 milliards de baisses d'impôts sur ces Françaises et ces Françaises. Mais ce serait quand ? Dès 2024, 2025 ? Écoutez, quand la trajectoire budgétaire le permettra, dans ce quinquennat, dans cette mandature. Mais si vous voulez, c'est un ensemble. La première chose qu'il faut faire pour le pouvoir d'achat, c'est continuer de se battre pour le plein emploi. Avoir un salaire, c'est la meilleure chose. Et on a encore 7% de taux de chômage. Donc il faut créer de l'emploi, créer de l'emploi, former, accompagner ceux qui sont loin de l'emploi. La deuxième chose, c'est tenir cette dynamique des bas salaires qu'on a tenue.
La troisième, c'est utiliser à plein ce qu'on a déjà fait. La prime, exceptionnelle, et ce qu'on va passer pour l'intéressement à la participation. La quatrième chose, c'est le dialogue social. Je renvoie la responsabilité aux entreprises. Les entreprises, elles doivent animer ce dialogue social de manière pacifiée, si je puis dire, harmonieuse, dans leurs entreprises, au plus près du terrain, pour justement rester attractifs, garder les talents. Et donc ça, c'est au cas par cas. Et puis enfin, il y aura une baisse d'impôt dans ce quinquennat qui sera concentrée sur ces classes moyennes.
Juste un mot d'éclatissement. C'est 2 milliards, c'est 2 milliards de baisse d'impôt ou c'est un chiffre composite avec des baisses d'impôt, des baisses de charges, des allègements et des chèques. C'est 2 milliards d'euros de baisse d'impôt.
C'est 2 milliards d'euros de baisse d'impôt, tout à fait. Dans un mois sur le revenu, impôt sur le revenu, il n'y a plus de taxe d'habitation. Il y a plusieurs éléments qui permettent de toucher les classes moyennes. Il n'y a pas d'agenda caché, j'ai demandé au gouvernement d'y travailler. Mais je ne veux pas ici fermer des portes, parce qu'il peut y avoir des choses intelligentes à faire sur une partie des charges que vous payez, des cotisations que vous payez quand vous êtes salarié. Donc c'est ce qui va permettre à des gens qui travaillent, qui sont classe moyenne, d'avoir en quelque sorte un reste à vivre plus important pour eux.
Dans un mois, jour pour jour, le 15 juin va prendre fin le trimestre anti-inflation, qui a montré une certaine efficacité. Qu'est-ce qui va se passer après ? On a compris qu'il allait sans doute être prolongé. Si une entreprise d'agroalimentaire ne joue pas le jeu, une grande surface ne joue pas le jeu, vous leur tordez le bras, vous les dénoncez, vous donnez leur nom en public pour qu'ils s'alignent ?
D'abord, on voit que l'inflation alimentaire touche tous nos compatriotes, et en particulier les plus modestes. 15% par an. Oui, et tout ça, c'est des moyennes, il faut faire attention, parce que bien souvent, quand on regarde ce qu'on met dans le caddie, il y a des prix qui ont augmenté pour, je ne vais pas citer ici des marques ou des produits, mais les augmentations, elles sont de 30 ou de 40%. Donc quand on dit aux gens que c'est 10 ou 15%, ils se disent que ce n'est pas ce que je vois quand je vais à la caisse.
Donc, ce qui est vrai, on le constate, on a des gens qui n'arrivent plus, qui se privent, qui ont baissé la taille du caddie, qui se privent, qui se privent parfois du strict nécessaire ou des petits plaisirs qu'il y avait. Donc, on a agi. On a agi d'abord en mettant, vous le savez, des boucliers, ensuite avec ce bouclier qui a montré son efficacité. On va faire plusieurs choses. D'abord, si c'est nécessaire de le prolonger, il pourra l'être. Ensuite, on va rouvrir les négociations là où c'est nécessaire. Et donc, d'abord, mettre la pression sur des grands groupes de distribution quand on s'aperçoit qu'ils jouent un peu sur les marges.
Mais je trouve que tout le monde est quand même plutôt responsable. Ici, je ne suis pas là pour, je dirais, désigner un ennemi. Tout le monde s'est mis autour de la table. Et qu'est-ce qu'on veut faire ? On veut qu'il n'y ait pas de marge exceptionnelle qui soit faite dans ces années difficiles pour nos compatriotes. Donc, vous gagnez un peu plus, aidez-nous à baisser les prix pour nos compatriotes. Et puis, on a certains grands groupes de l'agroalimentaire. Je dis ça parce qu'il y a beaucoup de PME de l'agroalimentaire qui ont du mal, qui ne font quasiment pas de marge. On a des grands groupes sur certains produits. Ils ont vite répercuté la hausse. Ils ont moins vite répercuté la baisse.
Là, on va les faire revenir autour de la table en disant, regardez, les produits que vous utilisez pour faire ce que vous vendez dans le supermarché ont beaucoup baissé. Vous avez passé vos hausses. On va peut-être vous demander de passer les baisses plus vite. Donc, oui, on va remettre un peu tout le monde autour de la table pour essayer de baisser certains prix pour accompagner nos compatriotes. Et l'objectif, c'est qu'on absorbe en quelque sorte cette inflation d'ici à l'automne pour, j'espère, revenir dans des, je dirais, des terres plus connues et plus normales.
Il y a deux mois, vous, votre gouvernement, vous avez fait passer au Parlement par le 49-3, une réforme de retraite très impopulaire. On sent bien que vous voulez parler d'autre chose, avancer.
Non, j'avance, mais je peux en parler aussi.
Mais il y a des millions de Français, y compris vos propres électeurs, qui l'ont encore en travers de la gorge. Vous leur dites, allez, passons à autre chose, il y a d'autres sujets importants. Mais ça ne passe pas chez eux.
Non, mais je leur dis une chose simple. C'est un tout. C'est-à-dire que ce n'est pas vrai qu'on peut avancer et réussir si on ne fait pas à côté de ça des adaptations, des transformations, des efforts un peu collectifs. Là, on annonce 13 milliards d'euros, c'est formidable. On a annoncé la batterie, mais je peux vous dire, on va avoir des investissements dans le nucléaire de la part d'Italien. On a un investissement à Sargomin, terre qui a tant souffert des industrialisations. Une entreprise, Holosolis, va installer là aussi des milliers d'emplois pour faire quoi ? Des composantes de panneaux solaires. Je ne vous parle pas de ça. Je vais revenir aux retraites, mais je vous explique.
Formidable, on avait complètement perdu cette filière en Europe. On l'a fait revenir. Pourquoi ? Mais parce qu'on redevient compétitif. Donc il faut faire ces réformes. La réforme des retraites, qu'est-ce que c'est ? Ça ne fait plaisir à personne de travailler plus longtemps. C'est très impopulaire, oui. Je fais ce que j'ai dit. Vous n'avez pas toujours dit ça. Pardon ?
Non, en août 2019, dans une émission...
Mais oui, vous avez dit, jamais je ne le ferai parce que c'est injuste. En 2019, c'était un autre monde. Le Covid n'était pas là. La guerre n'était pas revenue en Europe. On peut me faire... Mais j'ai toujours été cohérent. En 2017, je suis élu avec un mandat. Une réforme systémique, pas d'efforts dans la durée. Les expertiser, il n'y a pas de problème. En 2019, on est encore dans cette époque. Je n'ai pas de mandat et les expertiser, il n'y a pas de problème. Qu'est-ce qui se passe entre-temps ? Une pandémie mondiale, on n'avait jamais vu ça. Une guerre qui revient en Europe. Les experts disent quoi ? On a un problème de déficit et il faut le combler.
Et moi, je vais devant les électeurs en 2022 en disant, je vais porter la retraite à 65 ans progressivement. On a amaudié cette réforme. Mais pourquoi elle est nécessaire ? Un, parce qu'on doit équilibrer notre système de retraite pour nos enfants. Vous et moi, peut-être qu'on aura une retraite. Nos enfants, si on ne fait pas cette réforme, à coup sûr. Ensuite, on l'équilibre. On ne va pas baisser les pensions. Nos retraités qui nous écoutent, ils ne vivent pas trop bien. Donc moi, je veux maintenir les pensions. On va même, grâce à cette réforme, augmenter les plus petites pensions. Deuxièmement, on ne va pas augmenter les cotisations qui sont des impôts.
Vous m'avez dit vous-même, il y a un problème de pouvoir d'achat. Et on ne va pas laisser filer le déficit qui serait en quelque sorte un fardeau qu'on laisse à nos enfants. Le seul moyen, c'est de travailler un peu plus longtemps. Et c'est logique, parce que quand on regarde la France par rapport à tous les autres, c'est les chiffres que je vous donnais tout à l'heure, ce qui nous caractérise, c'est qu'on travaille moins longtemps que nos voisins dans l'ensemble de notre vie. Donc cette réforme, elle est nécessaire pour ça. La deuxième chose, c'est qu'elle est nécessaire parce qu'elle crée plus de richesses. Tout le monde a oublié de le dire.
Mais par rapport à ceux qui vous promettent des monts et merveilles ou de revenir à la retraite à 60 ans, il n'y a pas de pays fort s'il ne crée pas sa propre richesse. On ne peut pas redistribuer de l'argent qu'on n'a pas produit nous-mêmes. Sinon, on va l'emprunter chez le banquier. Si on veut investir dans notre école, dans notre système de santé, dans notre réindustrialisation, dans notre défense, il faut produire de la richesse dans le pays. Et bien travailler plus longtemps, comme cette réforme le permet, c'est produire plus de richesses. Donc cette réforme, je l'assume. Ensuite, la méthode. Je vais vous dire, c'est simple. Comme elle est impopulaire, tout le monde s'est débiné.
Tout le monde s'est débiné. Y compris des gens qui, au Parlement, avaient fait campagne aux élections présidentielles, bravache derrière les 65 ans. Ils avaient tous fait campagne pour ça. Ils ont dit le contraire quand ils étaient au Parlement. Personne n'a voulu prendre ces responsabilités. Comme si, en quelque sorte, ils voulaient tous expliquer aux Français qu'ils vivaient dans un autre monde. Moi, j'ai essayé toujours de dire la vérité à nos compatriotes et d'agir à partir du réel pour produire un monde meilleur. Et bien cette réforme, elle s'inscrit dans cet agenda. Après, l'article 49.3 de notre Constitution, on en a fait des gorges chaudes.
Vous travaillez depuis plusieurs années sur une chaîne que nos Français aiment, qui a été privatisée. Parce qu'une loi l'a permis dans les années 80, elle est passée avec l'article 49.3.
C'est beaucoup moins important que de reculer la retraite de deux ans, M. le Président.
Une privatisation de chaîne, ce n'est pas peu important et ce n'est pas négligeable. Rappelez-vous des débats. La dissuasion nucléaire dans notre pays, elle a été décidée par le général de Gaulle, passée dans une loi avec l'article 49.3, parce qu'il n'y avait pas de majorité. La contribution sociale généralisée est passée dans notre pays, par une loi voulue par Michel Rocard, par l'article 49.3. Et contrairement à ce qu'on dit, quand on utilise cet article qui est constitutionnel, il y a un vote. Et donc, il y a eu un vote sur ce texte. C'est même que le gouvernement de la République a engagé sa responsabilité. Et ce vote, le gouvernement l'a emporté.
Ce qui veut dire qu'il n'y a pas eu de majorité pour le faire tomber. Pendant ce débat... Voilà, je vous explique où on en est, où on va. Donc je n'ai lu de rien. Je vous dis avec beaucoup de clarté et de force que c'est un tout.
Mais peut-être n'avez-vous pas su trouver le bon ton, mais ce qui frappe quand on questionne les Français de toutes opinions politiques, et quand on leur demande d'accoler un adjectif à Emmanuel Macron, ils disent, il est méprisant, il ne sait pas nous parler et il nous prend de haut. Vous l'avez entendu mille fois. Est-ce que ça a amené chez vous ? Non, pas un examen de conscience, mais est-ce que vous vous dites... Ils ont peut-être un peu raison.
Écoutez, je n'aime pas cet adjectif qu'on met à toutes les sauces.
Mais parce qu'il est cruel.
Non, mais c'est l'adjectif qu'ont eu les extrêmes à mon endroit, qui a été repris. Moi, je n'ai jamais vu quelqu'un qui me dit, vous êtes méprisant. Parfois, vous me dites, vous êtes trop dur, vous êtes trop décidé, trop pénérgique. Parfois, d'autres vous expliquent qu'on ne va pas assez loin. Mais l'adjectif méprisant. Je le récuse, parce qu'on ne va pas au contact comme je vais depuis que je suis engagé dans la vie politique Le vrai mépris, on s'en fiche. Le vrai mépris, c'est de mentir aux gens. Le vrai mépris, c'est ça.
Dans la position où je suis, si je méprisais vraiment les Françaises et les Français ou notre pays, je n'essaierais pas de parler à l'intelligence collective et de faire ce qui est bon pour le pays. Je penserais à ma pomme. Vous pensez que c'est bon pour ma pomme de faire ce qu'on fait sur les retraites, de porter des textes difficiles, de subir et d'accepter l'impopularité qui va avec ? J'ai toujours dit aux Françaises et aux Français la vérité, ce que je croyais et avec sincérité porter ces engagements. Je suis toujours allé au contact en discutant longuement. Et donc je suis parfois dur au mal. Oui, méprisant, je le récuse.
Mais après, vous savez, les réseaux sociaux, les oppositions, elles forgent vite des images. Les méprisants sont les gens qui ne veulent pas parler avec les autres. C'est les gens qui leur mentent et ceux-là sont en train de paver le chemin des extrêmes. Parce que sur le mensonge, les extrêmes sont bien meilleurs que les partis de gouvernement.
Un mot, un mot de votre première ministre. Demain, elle fêtera son premier anniversaire à Matignon. Est-ce qu'elle sera là encore à Matignon dans un an ? Elle, elle s'y verrait bien apparemment.
Ça, c'est la vie des institutions, la vie politique. Et la Constitution donne au président de la République la responsabilité de nommer un premier ministre ou une première ministre. Moi, je suis très fier d'avoir nommé Elisabeth Borne il y a un an. Mais vous la couvrez quand même rarement de louanges et d'encouragement. Mais écoutez, je ne suis pas dans le commentaire politique. Elle non plus, elle est dans l'action. Et je veux dire que ces gouvernements ont beaucoup fait en un an. Et la première ministre, Elisabeth Borne, depuis un an, a fait passer nombre de textes de loi qui étaient difficiles.
Pour les énergies renouvelables, pour le nucléaire, pour réformer l'assurance chômage, pour les retraites. Des textes financiers importants aussi. Et donc, nous avançons. Et nous avançons pour, en quelque sorte, permettre au pays d'être plus indépendant et plus juste. Et tout ce qui a été lancé sur l'école et la santé sont des chantiers essentiels pour la vie de nos compatriotes. Donc, on continue d'agir. Et à mes côtés, Elisabeth Borne agit. Avec force, détermination et courage. Merci, M. le Président, d'avoir répondu à nos questions et aux questions des Français. Merci à vous.
Emmanuel Macron