Records d’investissements étrangers en France : une attractivité illusoire ? | 28 minutes | ARTE
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Il est l'un des principaux investisseurs mondiaux spécialisés dans les télécoms et l'IA et il a choisi la France. Président de SoftBank, le japonais Masayoshi Son a officialisé ce matin à l'Élysée un énorme projet de data center dans le nord de la France, un investissement record. L'annonce faite par SoftBank aujourd'hui est donc massive.
Ce sont 45 milliards d'euros d'investissement en France confirmés. La preuve concrète de l'attractivité de la France pour la 7e année consécutive, première destination des investissements étrangers en Europe. Satisfaction d'Emmanuel Macron qui présidait aujourd'hui son dernier sommet Choose France, créé en janvier 2018, peu après son arrivée à l'Élysée, ce rendez-vous est devenu le symbole de la politique pro-business du chef de l'État.
Je pense que sous le leadership Macron, la France peut être un modèle pour le monde. Depuis le 1er sommet, plus de 230 projets ont été annoncés. Cette année encore, dans le cadre somptueux du château de Versailles, les annonces d'investissements étrangers se sont enchaînées.
Mais derrière le faste de Choose France, des voix s'élèvent pour dénoncer une réindustrialisation en trompe-l'œil, à commencer par la numéro 1 de la CFDT. On a une véritable problématique de maintien de l'industrie en France. Les investissements qui sont annoncés, c'est une bonne nouvelle, mais le bilan de la CFDT n'est pas aussi réjouissant.
Vous avez les l'entreprise comme Michelin qui a annoncé 1500 suppressions d'emplois. Alors, fragilité ou ? Pourquoi la France peine-t-elle à se ?
Comment expliquer qu'elle séduise davantage les investisseurs étrangers que les entrepreneurs ? Notre 3e invité, Olivier Lluansi, bonsoir, professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, le CNAM, ancien conseiller industrie à l'Élysée, quelles années ? 2012-2014.
Voilà. Et votre livre, votre essai "Réindustrialiser le défi d'une génération" est paru aux éditions Les Déviations. Selon vous, ces chiffres d'investissement record annoncés par Emmanuel Emmanuel Macron, c'est du trompe-l'œil et vous ajoutez "Choose France masque l'immobilisme de la politique industrielle française depuis que vous ne conseillez plus", entre autres.
À côté de vous, Thierry Fabre, rédacteur en chef à Challenges. Selon vous, la politique d'Emmanuel Macron vis-à-vis des investisseurs étrangers est une réussite. "On a jamais eu", ajoutez-vous, "un président qui est allé autant chercher les investisseurs." Et à côté de vous, Anne-Sophie Mifsud.
Bonsoir, chef économiste chez BDO France, c'est un cabinet d'audit et de conseil. Vous êtes par ailleurs professeur d'économie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et vous estimez qu'un programme "Choose Europe" serait une excellente idée vu le déficit d'investissement sur notre continent et face, ajoutez-vous, à la Chine qui investit dans l'économie verte et aux États-Unis qui investissent massivement dans l'intelligence artificielle. On en parlera évidemment au cours du débat, mais d'abord, on démarre avec le record du jour. milliards d'euros d'investissements étrangers donc annoncés à ce nouveau sommet Choose France, un record selon l'Élysée, toutes éditions confondues, avec à la clé, toujours d'après une estimation officielle, 15000 emplois.
Ce record intègre les 45 milliards d'euros promis ce weekend d'ici à 2031 par le géant japonais de technologie SoftBank. Euh Thierry Fabre, définitivement, la France a plus que jamais la cote aujourd'hui. Alors oui, ça se confirme, c'est une une bonne nouvelle.
On n'a pas beaucoup de bonnes nouvelles, donc il faut les célébrer. Alors vous savez, c'est un rituel ce Choose France avec chaque année des annonces importantes d'investissements. Et on était ces dernières années assez sceptiques à Challenges sur ces annonces parce que souvent on affiche et puis les investissements n'arrivent pas, donc on est allé vérifier notamment auprès de la Banque de France qui est qui mesure les vrais flux, les vrais investissements, les vrais euros.
Et alors il s'est vraiment passé quelque chose depuis l'arrivée de Macron. C'est-à-dire que clairement, il y a une rupture, il y a plus d'investissements en France que dans les autres pays européens. On se porte donc plutôt bien grâce à ça.
Donc ce sont des vrais milliards d'investissements qui arrivent chez nous. Simplement, on va en parler peut-être tout à l'heure, mais c'est pas avec des investissements étrangers qu'on réindustrialise la France. C'est juste Il faut localiser la bonne nouvelle.
C'est une bonne nouvelle, je pense qu'il faut le le la célébrer, mais mais ne pas en attendre monts et merveilles, ce ne sont que des investissements étrangers et les et les investissements étrangers, c'est 15 % de l'investissement français. Ah, il faut bien le rappeler en effet. Molivier En même temps, tout ça est fragile puisque c'est 17 % de projets en moins sur 1 an.
Oui, notamment. Enfin alors si on commence à compter en projets, dans ces cas-là, on a un indicateur qui est fantastique en France, on est le premier d'Europe, c'est super. Puis après on regarde le nombre de gens employés par projet et là on est le dernier en Europe.
Donc il faut effectivement se tourner plutôt vers les vrais flux. Combien d'emplois, combien de millions d'euros investis et alors là on a un un graphique en nombre de projets et si on regarde par exemple la partie industrielle, dans ces cas-là, on est à peu près sur un rythme stable qui nous positionne en 2e ou 3e attracteur d'investissements en emplois ou en millions d'euros en Europe, ce qui est la position normale de la France. Ce qui fait vraiment rêver aujourd'hui, ce qui fait qu'on est là autour de cette table ce soir, c'est que il y a quelque chose de fantastique qui se passe autour des data centers et il faut isoler la partie industrielle, réindustrialisation qui a beaucoup été mise en avant, un peu trop à mon goût, pendant les années précédentes, les éditions précédentes, et puis la partie data center qui depuis 2 ans gonfle les chiffres énormément, encore une fois avec une analyse à faire derrière.
On va revenir à ça, mais pour finir ce panorama, quels sont les secteurs dans lesquels il y a des investissements à part les data ? Intelligence artificielle, ? Défense, l'agroalimentaire, la pharmacie, la santé, l'aéronautique.
Donc on a quand même des secteurs où on est encore très bon. Pourquoi les investisseurs le disent hein, qualité de la main d'oeuvre hein, la qualité des infrastructures et surtout une énergie décarbonée. Et donc ça c'est vraiment un élément important.
On parle tout le temps de la crise au Moyen-Orient, de la dépendance au pétrole. Aujourd'hui, la France est très bien placée dans cette énergie décarbonée. Donc c'est vraiment de l'or vert que nous avons et on voit aujourd'hui qu'on a un indicateur robuste qui mesure l'attractivité que ça présente.
Alors vous parlez, vous avez commencé à parler de nos atouts. Pourquoi choisir la ? Écoutez le directeur des opérations de Vorwerk, fabricant allemand du robot de cuisine Thermomix, qui a choisi l'Eure-et-Loir pour s'y installer et s'y développer.
Thierry Fabrice, ici on est quand même des adeptes nous Français de l'autodénigrement. On devrait davantage écouter nos voisins européens, non, qui nous disent tout le ? Non mais ça fait plaisir, ça montre qu'on a des atouts et et et qui ont été ces atouts mis en valeur par Emmanuel Macron.
Ce qu'il faut reconnaître, c'est que il a mouillé la chemise. Il en a fait cette opération certes de communication politique. On est d'accord, Versailles, le tapis rouge et cetera, mais il est allé chercher les patrons personnellement.
Et notamment le patron de SoftBank a a déclaré Oui. que si il a choisi la France pour ses dizaines de milliards d'investissements, c'est notamment grâce grâce à Emmanuel Macron. Bon, euh et il y a beaucoup de grands patrons étrangers et les patrons américains qui qui euh qui insistent là-dessus.
Donc il y a des atouts français qui étaient pas très connus, pas très mis en valeur. Alors l'art d'Emmanuel Macron, ça a été de les mettre en valeur et et et d'aller les chercher. Alors certes, mais Anne-Sophie Alsif on pensait que notre main d'œuvre était quand même un frein.
Et là on nous dit tout le contraire, on mais on on a une main d'œuvre qui reste chère nous en terme de charges notamment. Regardez en effet les statistiques hein au niveau européen, quand vous regardez le coût du travail notamment dans le secteur manufacturier, on est quasiment au même niveau de l'Allemagne. Donc en fait, c'est pas vraiment le coût de la main d'œuvre le grand problème, c'est la question de la désindustrialisation, c'est-à-dire que en effet, on a dans beaucoup de secteurs, on est positionné sur un niveau de gamme ou moyen, donc on se retrouve en compétition avec une concurrence internationale asiatique à un niveau de gamme très élevé et donc c'est là où on perd de la compétitivité.
Donc il faut pas regarder juste le coût de la main d'œuvre, mais vraiment regarder en entier hein où est créée la valeur ajoutée et comment la France se positionne sur l'échelle de valeur notamment en terme d'innovation. Et c'est ça la question. Olivier Lluansi vous qui êtes professeur au Cnam, et l'éducation aussi est pointée comme étant un élément positif, nous qui disons aussi que finalement notre système devrait être complètement revu.
On a un vivier d'ingénieurs, de gens qui sont très performants. Oui, très bien ça c'est c'est un premier point, on a un vivier d'ingénieurs de de bonne qualité qui a été reconnu. Aujourd'hui, il est quand même mis au défi des ingénieurs notamment du Maghreb, d'Inde ou ou de Chine.
Et puis on a eu des vraies compétences de techniciens qui se sont un peu perdus dans nos territoires. Encore une fois, vous faites pas tourner une usine qu'avec des ingénieurs, il faut aussi des responsables de ligne, des responsables de maintenance et là-dessus, on a un effort à faire sur sur la formation. Je voudrais revenir quand même sur ce qui a été dit.
Oui, on est capable d'aller vite par exemple, ça a été dit par le directeur général de cet investisseur en France. On a été vite, on a été capable de se mobiliser autour des investissements étrangers grâce à la mobilisation de l'État, grâce à la mobilisation du président de la République. Il y a beaucoup d'industriels français, c'est 85 % restant de l'investissement qui ont dit un peu et nous et nous et nous.
C'est-à-dire que pendant ces années de Choose France, on a beaucoup aidé l'investissement étranger avec des résultats, on peut les commenter, mais en terme de simplification de la vie des industriels français qui réinvestissent en France, il y a pas grand-chose qui s'est passé. Donc, il y a encore toute cette question de rééquilibrage. On a eu des politiques beaucoup sur l'innovation de rupture, beaucoup sur l'investissement étranger et et le reste de l'économie.
Et oui, et d'ailleurs Thierry Faure, les investisseurs français, ils préfèrent eux investir à l'étranger plutôt qu'en France. Alors, les les deux, mais c'est vrai qu'il y a aussi beaucoup d'investissements à l'étranger, c'est pas notamment, c'est pas absolument une mauvaise chose d'investir à l'étranger parce que ça permet de conquérir de nouveaux marchés. par exemple, il y a 500000 entreprises qui cherchent des repreneurs dans les 10 prochaines années.
Bon, bah elles trouvent pas repreneurs quoi, chez Oui, non, mais ça c'est c'est ici sur le territoire. C'est sans doute un problème. Mais ça ça me permet de dire un point, je pense assez fondamental, c'est que on est en train on peut se féliciter de l'annonce du jour, mais il faut pas masquer l'essentiel, c'est-à-dire que la bataille pour réindustrialiser la France, Emmanuel Macron avait déclaré en 2024 "C'est la mère des batailles." Et le problème, c'est qu'il est en train de la perdre globalement.
C'est-à-dire quand on voit, il avait stoppé l'hémorragie industrielle depuis son arrivée en terme d'emplois après les 2 millions d'emplois perdus, bon, c'était il en créait quelques dizaines de milliers. L'année dernière, 25000 suppressions et on voit que la part de l'industrie dans le PIB a chuté en dessous de 10 %. Donc, on est très loin de l'Allemagne, de la Suisse et donc, on est en train visiblement globalement de perdre la bataille même s'il y a des des bonnes nouvelles.
Et alors, on va évoquer justement avec vous trois le fait que l'industrie française Anna supprime des emplois. Oui, l'entreprise Michelin qui emploie 17000 personnes en France vient d'annoncer un nouveau plan de départs volontaires qui concernerait 1500 postes. Argument avancé par la direction, un coût du travail et de l'énergie élevée plus une pression fiscale parmi les plus fortes des pays industrialisés et cette annonce, elle intervient dans un contexte plus général, vous l'avez dit, de désindustrialisation.
En 2025, la France a fermé plus d'usines qu'elle n'en a ouvert, précisément 57 usines ont fermé dans le pays et 13100 emplois ont été détruits dans le secteur de l'industrie par rapport à l'année précédente. La réalité, c'est que créer des emplois, ça coûte cher. Selon Les Échos, durant la dernière décennie, pour créer un emploi, il fallait compter entre 100000 et 200000 euros d'investissement.
Aujourd'hui, ce montant atteint les 600000 euros. Il faut donc avoir les reins très solides et ça semble être le cas d'Amazon. Le géant américain de l'e-commerce a annoncé le mois dernier un investissement de 15 milliards d'euros sur 3 ans en France.
Amazon a aussi promis de créer 7000 emplois en CDI en Eure-et-Loir, dans le Rhône, l'Oise et le Haut-Rhin. Et puis ce matin, la direction a annoncé dans le cadre de ce sommet Choose France, la création de trois nouveaux sites logistiques avec 1000 nouveaux postes à créer en France. Je rappelle qu'Amazon est présent en France depuis 25 ans et qu'aujourd'hui elle emploie 25000 salariés en CDI.
Anne-Sophie Elsif, est-ce que ça aurait du sens de pousser par exemple les investisseurs étrangers à investir davantage en faveur de la réindustrialisation de notre ? Alors oui, tout à fait, mais je pense que c'est aussi avec les problématiques de souveraineté qui se posent maintenant depuis les dernières années, et bien un petit peu le pari que fait la France, mais pas seulement la France, également l'Europe. Et il y a aussi ce qui est assez intéressant, c'est qu'on voit de nouvelles manières d'investir.
Par exemple, prenons l'exemple du fonds norvégien souverain qui aujourd'hui, certes, investissait massivement aux États-Unis, mais a réinvesti massivement en Europe. Regardez nos amis québécois qui disent "Je veux réinvestir massivement en Europe." Donc là, c'est ça qui est assez intéressant, c'est que avec cette question de la souveraineté économique, vous avez des secteurs aujourd'hui, on l'a dit, l'énergie décarbonée, le secteur de la défense, où l'Europe est encore bien placée, même si bien sûr il y a de la compétition, et on a vraiment une carte à jouer encore une fois si on a une vision de long terme, si on s'y tient et si on a aussi une vision au niveau de l'Europe.
Mais Olivier Monsieur qui avez essayé dans des fonctions autres et ministérielles auprès d'un ministre qui a tenté de faire ce redressement, est-ce qu'à un moment donné on n'est pas là à essayer de sauver quelque chose qui ne peut plus être sauvé, c'est-à-dire une vieille industrie et du coup on se détourne peut-être de projets qui auraient plus d'avenir et on a perdu du ? Alors on a pas une vision très équilibrée des choses, je reviens. Par exemple vous avez cité le chiffre combien coûtait la création d'un ? 600000 euros aujourd'hui. 600000 euros.
C'est caractéristique d'un mix de projets qui visent que les gros projets. Quand vous créez un gros projet, vous devez investir 10 millions d'euros en général pour créer un emploi. Pour 1 million d'euros, vous en créez 10 dans des petits projets.
En fait, on a beaucoup investi. Un projet d'une PME. D'accord.
Une PME dans un territoire qui investit 1 ou 2 millions d'euros, elle elle crée 10 emplois par million d'euros investi. Si on mise que sur les gros projets, alors ils sont importants pour la création de valeur ajoutée, pour l'innovation technologique, mais on crée pas beaucoup d'emplois et on a une une dérive un petit peu qui est qui est celle que que vous avez ne faut pas tout craindre par exemple sauver Duralex Thierry Fabre puisque c'est cette entreprise tellement symbolique des verres qu'on a tous eu à la ? Est-ce qu'il faut la sauver ou est-ce qu'il faut dire à un moment donné "Ben ça fait partie partie du passé industriel de la ?
Alors il y a notre prix Nobel Philippe Aghion qui a eu le Nobel grâce à sa théorie sur la destruction créatrice. Et c'est exactement ce que vous dites, c'est-à-dire que on dans une économie on détruit et on crée. Donc c'est vrai que c'est dur à accepter.
Oui surtout pour les salariés de Duralex. De Duralex. C'est surtout pour les salariés de Duralex.
Absolument. Donc c'est dur, il faut tout faire pour sauver ces entreprises qui risquent de fermer, c'est les soutenir, mais l'avenir évidemment ce sont les ce seront les nouvelles entreprises, l'innovation et c'est là le problème qui qui me m'inquiète, c'est que la France et l'Europe en matière d'innovation, on est en train d'être largué. C'est-à-dire quand on voit par rapport à aux États-Unis et à la Chine ce qui est en train de se passer, l'innovation de rupture et notamment qui intéresse l'industrie, quand on voit les chiffres, on on se fait peur.
Et donc, pour les industries d'avenir, c'est extrêmement long à embaucher. Pour finir, il y en a un plan pourtant en France, il y a France 2030, on a dépensé une quarantaine de milliards. Il y a un rapport qui vient de sortir qui est très critique sur notre façon de faire. qu'on serait oui parce qu'on saupoudre Parce qu'on s'accroche à la France aussi Anne-Sophie Alsif ou ? là je pense qu'il faut vraiment nuancer cela.
L'Allemagne, c'est une puissance industrielle, 20 % de leur PIB. L'Italie aussi. L'Allemagne fait autant des brosses à dents que des machines-outils.
Donc, le fait de dire quand vous voulez créer de la valeur ajoutée parce que derrière, pourquoi on veut avoir plus de base ? C'est pour avoir plus de richesse, pour pouvoir se désendetter et quand vous créez de la richesse, vous pouvez financer vos dépenses publiques, vous pouvez financer tout un certain nombre de choses, l'investissement dans l'éducation, la santé. Donc, c'est ça en fait le vrai sujet.
Et donc, de penser que vous allez en effet saupoudrer ou sélectionner quelques industries, si vous voulez redevenir une puissance industrielle, il faut vraiment recréer tout un tissu productif dans plein d'activités différentes avec des niveaux de gamme différents. C'est ce qui fait vraiment la exactement de l'Italie et de l'Allemagne. Non, vous vouliez juste rajouter quelque chose sur les ?
Alors, oui, surtout pourquoi est-ce qu'on a besoin ? Alors, parce que ça crée des emplois, parce que ça crée de la richesse, ça le crée dans des territoires. L'avantage d'une usine, c'est qu'elle n'est pas que au centre-ville.
Au centre-ville, vous avez des services à haute valeur ajoutée. Là, vous pouvez faire vivre des territoires. des data centers qui seront aussi en France partout hein.
Oui, mais les data centers, ça crée presque pas d'emplois. Le data center, ça crée 0,05 emplois par million d'euros investi. de ruissellement, pour reprendre ce mot, il y aura pas c'est pas un effet de levier sur les PME s'installeront pas dans le territoire immédiat à côté du data center.
Regardez la localisation des data centers qui nous sont proposés, il y a pas beaucoup de startups qui sont juste à côté hein, il y en a quelques-unes sans doute, mais elles se créeront à à Paris, à Lille et et dans des grandes métropoles. Ce qui est important aussi, pourquoi on a besoin d'industrie, il y a naturellement la la partie économique et puis on est rentré dans un nouveau monde. On est rentré dans le monde du retour des empires, de la souveraineté et si on n'a pas un outil productif, par exemple pour fabriquer des médicaments, on l'a vu pendant le Covid, comment on va faire face à la prochaine crise sanitaire qu'on ?
Même chose pour les puces électroniques, si demain il y a un conflit sur Taiwan, qu'est-ce qu'on fait avec nos puces ? Donc oui, il y a la création de richesse, mais il y a d'autres valeurs qu'une société, qu'une nation doit avoir, qui sont derrière l'industrie. Et ça continue à répondre à votre question, pourquoi est-ce qu'on a besoin d'une industrie et pas que de l'industrie high-tech.
Un jour, on aura peut-être un problème sur l'approvisionnement de soja où on est totalement dépendant du Brésil, peut-être faudra-t-il un jour refaire du soja en France et ça, c'est pas du high-tech, mais pour la souveraineté, il se peut qu'on en ait besoin. Euh, on vous propose une archive, on va revenir sur un projet qui avait été emblématique d'une précédente édition de Choose France qui s'annonçait mirifique, regardez, mai 2024. Des panneaux solaires à perte de vue pour la future première usine de production de cellules photovoltaïques en France.
Ce sera même l'unique site en Europe à intégrer toutes les étapes de production des panneaux. Ce projet sera implanté à Fos-sur-Mer, près de Marseille. Un investissement à plus d'un milliard et demi d'euros qui mobilisera des fonds européens.
Des panneaux solaires, mais aussi des projets dans l'intelligence artificielle, l'aéronautique ou la chimie. La France a de bons atouts pour attirer les investisseurs étrangers. Nos infrastructures routières, mais aussi la fibre, euh, les les chemins de fer, et cetera.
Donc on a un pays qui est maillé d'infrastructures de qualité, c'est important pour les les entreprises, notamment dans l'industrie. Alors, il faut préciser, cette usine n'a jamais vu le jour à cause de la concurrence chinoise, selon ses dirigeants, et un manque de préférence européenne dans les commandes. Thierry Fabre, là aussi, c'est l'Europe qui est au cœur de tout.
Tout à l'heure, on parlait d'un Choose France, il faut voir plus ? À la limite, un Choose France c'est insuffisant. Et je pense que la responsabilité de l'Europe dans la désindustrialisation est énorme parce que cet cet exemple montre la naïveté de l'Europe pendant des décennies sur la concurrence chinoise.
On s'est rendu compte qu'il y avait un dumping extraordinaire en Chine. On a fini par mettre des droits de douane sur les les panneaux solaires, mais c'était beaucoup trop tard. Et on Oui, parce qu'on est dans une économie ouverte, on n'est pas protectionniste non plus. l'Europe Oui, mais l'Europe a joué la carte de l'économie ouverte, mais n'a pas vu que les autres ne la jouaient pas.
Et donc, on a ouvert nos frontières avec une politique de concurrence, mais pas de politique industrielle en favorisant des grands groupes qui pourraient résister aux Chinois ou aux Américains. Choose Europe, ça vous semble être une ? Alors, rappelons déjà que l'Europe est toujours une puissance industrielle, donc sur mais oui, il faut continuer à attirer des investissements en Europe, il y a pas de souci.
Est-ce que l'Europe est responsable de la désindustrialisation de la ? Je rappelle juste que l'Italie fait 100 milliards d'euros de solde commercial en biens, que l'Allemagne en fait 200, donc il faut pas que critiquer l'Europe, il faut aussi balayer devant notre porte auparavant. Et puis, un dernier point sur lequel je vous suivrai, il faut choisir nos combats.
Monsieur Draghi dans son rapport disait que sur les les panneaux solaires, peut-être que la bataille était perdue et donc, il faut choisir nos combats, pas que sur la haute technologie, je l'ai souligné, on peut aussi avoir besoin de de biens de base avec un socle industriel, mais oui, il faudra choisir nos combats. Celui-ci, je ne sais pas. Et pour finir, surtout avoir une vision de très long terme.
On n'a pas les effets de la réindustrialisation en deux, trois ans. On parle à chaque fois de 10, 15 ans. Donc, il faut avoir une vision de long terme, viser des secteurs stratégiques, s'y tenir et ne pas avoir des changements, c'est le pire c'est le pire que les enfants aiment.
Oui, mais le problème du Green Deal, c'était très très bien. On a eu on a créé une incitation qui était extraordinaire, sauf qu'on avait pas l'offre européenne pour y répondre. Donc, c'est ça l'idée, c'est de toujours mettre en adéquation l'objectif et l'offre.
C'est exactement ce que fait la Chine et les États-Unis. Les États-Unis, c'est un leader dans la tech, ils font énormément de réglementation qui vont dans le sens de l'IA et de la tech, ils ont toutes les entreprises de la tech. Donc, c'est une volonté politique, c'est pas que les normes européennes Thierry Fabre qui sont censées aussi nous protéger comme consommateurs et qui n'ont pas empêché les succès de nos voisins européens.
Ça bouge heureusement mais tardivement, c'est-à-dire que beaucoup prennent conscience du retard industriel de l'Europe et et de la protection nécessaire par rapport à d'autres prédateurs. Là, il y a une prise de conscience quand c'est on on y arrive tard. Et donc on a perdu beaucoup de temps.
Effectivement, peut-être comme on a perdu du temps, peut-être ne nous concentrons plus sur des secteurs comme les panneaux solaires mais sur le le futur, donc la prochaine révolution industrielle, l'IA et faire attention qu'on qu'on est vraiment les champions en Europe cette fois-ci. Sur la souveraineté. Et ben écoutez, vous êtes trois, vous organisez le Choose France-Europe l'année prochaine, le 10e.
Ça me semble très bien, une troïka à l'organisation. Merci à tous les trois d'être venus débattre.
Emmanuel Macron