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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 4 juin 2026 3 min

Jean-Luc Mélenchon est-il un cauchemar ?

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Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

6h presque 57 sur France Culture et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume, et ce matin, Jean-Luc Mélenchon, est-il un cauchemar ? C'est la question que pose le magazine L'Express cette semaine en couverture, une affirmation, le cauchemar. Mélenchon proclame donc le magazine avec un visage figé de cet homme politique entre poker face et expression peu avenante. Alors je vais laisser évidemment mon camarade Stéphane Robert le soin de décrypter le moment politique, mais cette couverture illustre une étrange manière de combattre quelqu'un, puisque ce n'est pas un secret, L'Express, le magazine, L'Express se pose donc comme adversaire de Jean-Luc Mélenchon.

Aujourd'hui, qu'on le veuille ou non, une partie du champ politique français se construit autour de Jean-Luc Mélenchon, pour ou contre Mélenchon, avec ou contre lui, et ce simple fait constitue déjà une victoire pour lui, car lorsque tout le monde parle de vous, même pour vous combattre, vous êtes devenu le centre du jeu. C'est peut-être ce que Karl Schmitt n'avait pas envisagé. Dans nos démocraties médiatiques, l'ennemi occupe souvent la place la plus enviable. Être désigné comme la menace principale, comme le danger suprême, comme le cauchemar à conjurer, c'est bénéficier d'une extraordinaire centralité. L'idée est très ancienne.

Depuis la réforme grégorienne au moins, toute orthodoxie sécrète son hétérodoxie. Toute institution produit sa dissidence, mais quelque chose a changé avec la modernité. Jadis, l'orthodoxie avait une prime de prestige. Aujourd'hui, c'est l'hétérodoxie qui en bénéficie tout ce qui paraît s'écarter de la norme et valoriser. C'est vrai en politique, mais c'est vrai aussi dans mille domaines, l'humour, la médecine, de Dieu donné à Didier Raoult. En passant par Mélenchon, je précise immédiatement que je ne confonds évidemment ni Dieu donné, ni Didier Raoult, ni Jean-Luc Mélenchon. Je renvoie au point de méthode comparé à, comparé avec.

Je parle d'un mécanisme social, celui qui consiste à transformer quelqu'un en figure de contestation et ce faisant à lui donner une puissance supplémentaire. Car que fait exactement l'Express ? Il transforme Jean-Luc Mélenchon en cauchemar. Mais pour beaucoup de ceux qui votent pour lui, ou qui pourraient voter pour lui, être le cauchemar de l'Express, c'est un titre de gloire. Beaucoup ont précisément le sentiment de vouloir en finir avec le monde social, culturel et politique que ce journal est censé représenter. Plus l'Express désignera Mélenchon comme cauchemar, plus ils auront tendance à l'aimer. D'où une forme d'erreur stratégique.

Si l'Express voulait efficacement combattre Jean-Luc Mélenchon, il lui faudrait probablement faire l'inverse, l'adouber, le normaliser, le célébrer même. Publié en couverture, l'homme que nous aimons le plus sur la scène politique, Jean-Luc Mélenchon. Par ses temps de dégagisme, la haine est la plus efficace des publicités.