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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 26 août 2024 26 min

Patrick Martin : "Ce n'est pas la politique économique [du gouvernement sortant] qui a été sanctionnée"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le président du MEDEF. Le MEDEF qui fait aujourd'hui sa rentrée avec la rencontre des entrepreneurs de France à Longchamp. Vos questions, vos réactions, amis auditeurs, amis auditrices, au 01 45 24 7000 et sur l'application France Inter. Patrick Martin, bonjour. Bonjour. Et merci d'être à notre micro, on va venir dans un instant à la situation politique inédite du pays, toujours sans Premier Ministre, et à la manière dont les patrons traversent ce moment.

Mais d'abord un mot sur la situation économique de la France en cette rentrée, après un été marqué par les Jeux Olympiques et bientôt Paralympiques. Les chefs d'entreprise sont-ils encore dans la parenthèse olympique enchantée ou ont-ils maintenant de sérieuses inquiétudes sur les mois à venir ?

1:01
Patrick Martin

Je vais commencer par vous dire que comme tout un chacun, les chefs d'entreprise ont été impressionnés, sont très fiers du déroulement des Jeux Olympiques auxquels ils ont contribué à ce déroulement. Convaincus que ça aura des effets positifs sur la croissance plus tôt dans les métiers de service. Mais oui, on est rattrapé, je dirais, par les réalités. Et par ailleurs, il y a une activité économique qui est très molle en ce moment. Et il y a un certain nombre de décisions qui, depuis la dissolution en définitive, sont à l'arrêt. Je veux parler de décisions d'investissement, je veux parler de décisions d'embauche.

1:33
Invité

Vous dites que la France a perdu un trimestre de croissance depuis le 9 juin. Un trimestre de croissance depuis le 9 juin. Le 9 juin, c'était le moment où Emmanuel Macron a décidé de dissoudre l'Assemblée nationale.

1:46
Patrick Martin

Oui, alors qu'on était plutôt sur une bonne tendance en termes de création d'emplois, en termes de croissance. Les chiffres du deuxième trimestre, qui enjambent le 9 juin, mais enfin c'était à la fin du deuxième trimestre, étaient positifs et corroboraient les prévisions de croissance du gouvernement. Mais depuis lors, parce qu'il y a une offre politique très illisible et qui, sur certains pans de cette offre, sont très inquiétantes pour les chefs d'entreprise, très normalement, très normalement, je suis chef d'entreprise, avant d'être président du MEDEF, et donc je fais comme les autres, je me dis, oh là là là là, attendons de voir à quelle sauce on va être mangé.

2:20
Invité

Donc il y a un lien direct entre la situation politique et les décisions politiques et la chute de la croissance, vous l'avez constaté immédiatement, dans les chiffres.

2:28
Patrick Martin

Bien sûr, bien sûr. Et puis après, d'un secteur d'activité à l'autre, il y avait des trajectoires qui étaient plus ou moins positives, typiquement dans le bâtiment qui est sinistré, il faut dire les choses.

2:37
Présentateur

Vous parlez de massacre dans une interview au Figaro.

2:39
Patrick Martin

Absolument, il y a 10 000 suppressions d'emplois par mois dorénavant, les permis de construire sont à l'arrêt, enfin ça prend des proportions dramatiques, et ça, ce n'est pas du fait de la dissolution, mais ça a accentué encore. Dans les transactions immobilières, qui étaient déjà à un niveau assez faible, c'est à l'arrêt actuellement. Et c'est normal, parce que les ménages, comme les entreprises, se disent, mais quels seront nos impôts demain ? Quelle sera la dynamique d'activité ? Est-ce que mon emploi va être menacé ? Tout ça est logique.

3:04
Invité

Vous dites cela, et malgré tout, les chiffres sur le moral des chefs d'entreprise et des patrons est en hausse ?

3:09
Patrick Martin

Alors, il y a des indices un peu plus positifs sur le mois d'août, tant mieux, effet JO de mon point de vue. Ça n'enlève rien au fait que, par exemple, dans l'intérim, l'activité baisse depuis six trimestres, dans l'industrie, l'activité baisse depuis huit mois dorénavant, ça c'est factuel. Et je donne un autre chiffre, pardon. On a battu en juillet le record historique de dépôts de bilan. Ça, c'est des chiffres.

3:32
Présentateur

On n'avait jamais vu ça, dans l'histoire. Un peu moins de 6 000, c'est ça, 5 800.

3:38
Patrick Martin

Alors, il ne s'agit pas de pleurnicher, de dire que c'est la fin du monde. Non, pas du tout. Mais on a besoin de visibilité, on a besoin de stabilité. Et puis, surtout, qu'on ne vienne pas nous matraquer par des mesures législatives totalement inappropriées au regard de cette situation économique.

3:53
Présentateur

Alors ça, on va y venir, mais encore un mot, Patrick Martin, sur le bilan économique des Jeux olympiques et paralympiques. Les résultats ont été bons pour les médailles, pour l'image de la France. Mais est-ce qu'il y a eu des retombées bénéfiques ou est-ce que c'est plus mitigé ? Est-ce qu'il y a eu un boost, si j'ose dire, pour l'économie française ou pas vraiment ?

4:16
Patrick Martin

Alors, d'abord, les Jeux olympiques n'ont pas commencé à la cérémonie d'ouverture. Donc ça a eu déjà un effet positif, depuis des années d'ailleurs, avec la construction du village olympique. Enfin, il y a beaucoup d'entreprises, nous on s'est appliquées à ce qu'il y a beaucoup de PME en particulier, qui ont été impliquées dans la préparation des Jeux olympiques. Ensuite, du côté plutôt des prestataires de services, de l'hôtellerie, de la restauration, ça a eu des retombées positives. Ici ou là, il y a eu quelques déçus. Mais globalement, c'est très positif. On partage ça avec la Banque de France, que ce sera un effet sur la croissance du troisième trimestre de 0,2 à 0,3 points.

Et puis, il y a la tendance longue. Je pense que pour l'image de la France, ces Jeux olympiques et paralympiques sont dingues. Moi, je parlais de fierté tout à l'heure. J'ai beaucoup d'amis étrangers qui disent, mais vous êtes un pays fabuleux. Ils vont venir.

5:00
Invité

Les décepions, c'est surtout dans l'hôtellerie et la restauration.

5:02
Patrick Martin

Oui, mais sans en faire une généralité. À vrai dire, c'est plutôt avant les Jeux olympiques, avec toutes les mesures de sécurité à Paris, qu'il y a eu, il faut le dire, une grosse baisse d'activité depuis lors dans l'hôtellerie et la restauration. Mais c'est vrai, par exemple, des grandes surfaces alimentaires en Ile-de-France, il y a des chiffres incroyablement positifs.

5:18
Invité

Alors Patrick Martin, l'an dernier, lors des journées d'été du MEDEF, vous receviez la première ministre de l'époque, Elisabeth Borne, accompagnée de huit ministres de son gouvernement. Cette année, zéro.

5:29
Patrick Martin

Mieux que ça, on avait accueilli 18 ministres. D'ailleurs, tous n'avaient pas pris la parole, mais bon.

5:33
Invité

Cette année, zéro. Zéro ministres conviés, et pour cause, ils sont tous démissionnaires. Comme patron du MEDEF, comment voyez-vous ces fauteuils vides ? Et plus largement, les chefs d'entreprise sont-ils inquiets du flou politique du moment ?

5:46
Patrick Martin

Oui, alors c'est comme un accord que les ministres ne viennent pas. Il n'empêche que nous aurons Gérard Larcher et Yael Brown-Pivet. Ce n'est pas indifférent, parce qu'on est tous conscients que le pouvoir s'est déplacé pour partie vers le Parlement, vers l'Assemblée nationale. Donc, on est très impatients de les entendre. Ce ne sont pas des gens indifférents, je dirais, dans le panorama politique. Bon, nous, ce que...

6:06
Invité

Mais traditionnellement, il y avait toujours des ministres, parce que c'est un moment de lobbying des patrons avec les ministres. Pas cette année.

6:12
Patrick Martin

Alors, il y a Bruno Le Maire qui viendra, mais qui ne prendra pas la parole. Mais les faire venir pour qu'ils ne parlent pas, ça n'a pas grand sens, si vous voulez. Ce n'est pas un numéro de claquette, notre rencontre des entrepreneurs de France.

6:23
Invité

Ils sont inquiets, les patrons ?

6:24
Patrick Martin

Oui, ils sont inquiets. Ils sont inquiets, parce que d'abord, la situation du monde est un peu préoccupante. Un peu préoccupante, mais enfin, quand on voit la dureté de la concurrence internationale, les Chinois qui nous submergent de panneaux photovoltaïques, de voitures électriques, d'acier, les Américains qui montent en puissance, et puis il y a les élections américaines qui vont arriver. Et puis, en France même, voilà, on est dans l'indécision. Et l'économie, d'une manière générale, je le redis, c'est vrai pour les particuliers comme pour les entreprises, l'économie n'aime pas l'indécision, elle aime encore moins les menaces. Donc, les chefs d'entreprise sont inquiets.

Il ne faudrait pas les rendre fébriles avec un flou politique qui dure trop longtemps, et puis surtout, une offre politique, des décisions politiques inappropriées au regard de nos intérêts économiques.

7:08
Présentateur

Donc, Patrick Martin, comme patron du MEDEF, votre message ce matin, c'est il y a urgence à sortir des consultations organisées par Emmanuel Macron, et à nommer un Premier ministre ?

7:21
Patrick Martin

Alors, urgence, oui, il ne faut pas que ça tarde trop, mais il faut surtout un bon programme, et puis la bonne personne pour le mettre en oeuvre. Et je me permets de dire que si on peut avoir un gouvernement qui, dans sa tête et dans ses actes, enjambe la présidentielle de 2027, c'est-à-dire inscrit le pays dans une trajectoire longue, ça sera encore mieux.

7:41
Invité

Alors, un bon programme et une bonne personne pour le défendre, dites-vous. Vous le savez, le nouveau Front Populaire arrivé en tête estime que c'est à lui d'exercer le pouvoir et pousse la candidature de Lucie Castet et son programme, qui a été défendu pendant la législative. Si cette option devait être retenue, comment réagiriez-vous, alors que vous disiez clairement, pendant la législative, que le programme du nouveau Front Populaire, comme celui du RN, d'ailleurs, était, je vous cite, dangereux et insupportable au sens propre du terme ?

8:08
Patrick Martin

Alors, qu'on se comprenne bien, la réaction des chefs d'entreprise, la réaction du MEDEF, ce ne seront pas des réactions politiques, ce sont des réactions économiques. S'il y a plus d'impôts, si on charge la barque en annulant la réforme des retraites, en augmentant le SMIC à la seule charge des entreprises, etc., immanquablement, ça va impacter les décisions des entreprises. Il y aura moins d'argent dans les entreprises pour embaucher, il y aura moins d'argent pour investir et il y aura moins d'argent pour augmenter les salaires. Je parlais tout à l'heure du nombre record de dépôts de bilan. Écoutez, je suis désolé, ça va précipiter des dépôts de bilan.

Avec l'augmentation du SMIC, je peux vous dire que dans la restauration collective, la sécurité, la propreté, mais aussi le bâtiment, la grande distribution, ça ne sera pas économiquement supportable. On ne s'en réjouit évidemment pas. Tout ce dont on rêve et tout ce qu'on veut faire, c'est de réussir.

8:55
Présentateur

Mais le SMIC à 1 600 euros, c'est une proposition qui est soutenue par certains patrons et par des personnalités de droite, comme Gérald Darmanin, qui dit qu'on aurait tort de l'écarter d'un revers de main, d'écarter l'augmentation du SMIC d'un revers de main. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

9:11
Patrick Martin

Mais je suis d'accord pour que le SMIC soit porté à 1 600 euros et que d'une manière générale, tous les salaires augmentent. Mais il y a des réalités économiques, il y a une concurrence, on a des comptes d'exploitation, on voit bien qui est en perte, qui est en bénéfice. Donc il y a d'autres solutions pour revaloriser les salaires. Et la première de ces solutions, c'est de remettre à plat le financement de la protection sociale en France au niveau du SMIC. Chaque mois, un salarié paye encore 368 euros de charge.

Moi, je pense que d'abord, on pourrait réduire la dépense sociale, il y a des poches économiques, ensuite, la France devrait arrêter de se singulariser aux yeux du monde entier en étant le pays où la protection sociale est le plus financée par le travail. Donc il y a des solutions, oui, on peut augmenter le SMIC.

9:52
Invité

Mais vous le savez, le pouvoir d'achat, c'est la préoccupation numéro 1 des Français. Ne pensez-vous pas que les chefs d'entreprise doivent faire un geste aussi ? Doivent faire un geste pour augmenter ce pouvoir d'achat et ça passe par l'augmentation des salaires. Et peut-être par l'augmentation du SMIC.

10:05
Patrick Martin

Alors, est-ce que les chefs d'entreprise n'ont pas augmenté les salaires ? Les entreprises. Tous les chiffres le confirment. Cette année, il y aura en moyenne des entreprises des augmentations de salaires de l'ordre de 3,2-3,3%. En fonction de ce que peuvent faire les entreprises.

10:19
Invité

D'accord, mais ça vient après deux ans d'inflation qui ont touché, qui étaient supérieurs aux 3% dont vous parlez, bien supérieurs et qui ont touché notamment les personnes qui gagnent le moins d'argent.

10:28
Patrick Martin

Alors, le SMIC a été mécaniquement revalorisé. En réalité, les salariés qui ont pu souffrir, ce sont plutôt les salaires intermédiaires ou supérieurs. En 2023, on avait été au rendez-vous aussi. J'ajoute un point qui n'a pas été suffisamment souligné. On a signé avec les syndicats un accord sur le partage de la valeur. Donc, on est bien conscients, on l'a signé cet accord, le MEDEF l'a signé. On est bien conscients que, quand c'est possible, on peut mieux partager les bénéfices et on est prêt à le faire. Donc, voilà, je ne suis pas du tout en train de dire qu'il n'y a pas de problème de pouvoir d'achat pour les salariés modestes.

Je dis simplement que ce n'est pas tout noir ou tout blanc et que les entreprises, quand même, font face à leurs responsabilités.

11:10
Présentateur

Autre point, Patrick Martin, que pousse le nouveau Front populaire. Ils ont même annoncé que ce serait leur première mesure. Les syndicats sont également sur cette ligne. C'est l'abrogation de la réforme des retraites. Il pourrait, sur ce coup, y avoir une majorité à l'Assemblée avec les voix du RN pour abroger cette réforme des retraites ou la suspendre. Que dites-vous de cette possibilité ce matin ?

11:35
Patrick Martin

Je vais citer les bons auteurs. Dominique Seuil, il y a quelques minutes sur votre antenne, qui rappelait une chose qui a été savamment occultée par le nouveau Front populaire lui-même. Si, abrogation de la réforme des retraites, augmentation des cotisations, qu'on se comprenne bien, y compris des cotisations salariales. C'est ça, la vérité, à la fin. C'est que si on creuse le déficit des retraites de 17 milliards d'euros par an à partir de 2030, à un moment ou à un autre, au niveau d'endettement, où est la France, qui est insupportable, il faudra bien que quelqu'un paye. Donc, ce sera les salariés et les entreprises et ou les retraités dont on baissera les retraites.

Tout ça, c'est de l'arithmétique. Il n'y a pas besoin d'être prix Nobel pour le comprendre.

12:12
Invité

Mais en fait, à vous écouter ce matin, vous dites, comme patron du MEDEF, il ne faut surtout pas faire le SMIC à 1 600 euros, il ne faut surtout pas abroger la réforme des retraites. J'imagine que vous allez dire aussi, il ne faut surtout pas revenir à l'ISF. Donc, du coup, on fait comme s'il n'y a pas eu les élections législatives, comme s'il n'y avait pas eu... Même Emmanuel Macron a reconnu que les législatives avaient envoyé un message d'alternance.

Est-ce qu'il n'y a pas un message à entendre du vote des Français il y a deux mois qui ont dit, peut-être que cette politique économique-là, peut-être que cette politique de l'offre-là, on en a assez, ou il faut la changer, ou au minimum l'améliorer ? Vous n'avez pas entendu ça dans le vote des Français ?

12:55
Patrick Martin

D'abord, j'ai dit tout à l'heure que pour la revalorisation du SMIC, il y avait d'autres solutions qui ne pénaliseraient pas l'économie. Ensuite, je ne me suis pas exprimé sur des sujets parce que je ne pense pas être légitime à le faire. Typiquement, l'ordre public. Et ensuite, est-ce que ces élections ont sanctionné la politique économique du gouvernement ? Pendant les débats électoraux, vous avez entendu parler d'innovation ? Vous avez entendu parler de formation ? On n'a même pas entendu parler d'emploi. Donc, nous, ce qu'on considère, c'est que ce n'est pas la politique économique qui a été sanctionnée.

Que je sache, les 2 millions de nos concitoyens qui ont trouvé un emploi depuis 2017, grâce à la politique de l'offre, ont des revenus maintenant supérieurs à ce qu'ils auraient s'ils étaient au chômage. Ils ont une dignité parce que le travail est un moyen d'inclusion absolument remarquable. Donc, je crois qu'il ne faut pas se tromper de débat. Nous, ce qu'on veut, c'est réimposer la rationalité économique. Ce ne sont pas les petits profits des chefs d'entreprise. C'est simplement parce que c'est l'économie qui commande beaucoup de choses. L'emploi, le pouvoir d'achat, les déficits publics, les déficits commerciaux.

Et de ça, les politiques, quels qu'ils soient, n'ont pas suffisamment parlé. Nous, on veut en parler parce que c'est la pierre angulaire.

14:01
Présentateur

On va passer au standard inter où nous attend Elisa. Bonjour, bienvenue. Bonjour à tous. À choisir entre les deux, le MEDEF préfère-t-il le programme économique du nouveau Front populaire, approuvé par 300 économistes, Gabriel Zuckman, Thomas Piketty, ou plutôt, il préférait celui du Rassemblement national à 100 milliards de dépenses par an, un désastre pour les finances publiques et peu crédible pour le pouvoir d'achat et les retraites. Merci Elisa pour cette question. Patrick Martin vous répond.

14:34
Patrick Martin

Moi, je me suis déjà exprimé là-dessus. Ça a été rappelé tout à l'heure par Elia Salamé. Il y a une autre offre politique. Nous tous qui, de près ou de loin, affaiblit l'économie du pays, par voie de conséquence, le pouvoir d'achat, par voie de conséquence, l'emploi, on le dénonce. On est quand même le pays au monde où on paye le plus d'impôts. On est le pays au monde où il y a le plus de dépenses publiques et en parallèle, on est le pays au monde où il y a le plus de déficits. Donc à un moment donné, il faut se poser les bonnes questions. Nous, on ne fait pas de la politique à proprement parler.

15:02
Présentateur

Sur la question et l'emploi du mot insupportable pour qualifier le programme du nouveau Front Populaire, Renato vous dit la chose suivante. Insupportable, vraiment, réduire les inégalités sociales, aggraver par les politiques néolibérales, restaurer les services publics de santé, d'éducation, de justice, abandonner par ces politiques, demander une contribution équitable à tous les citoyens pour réaliser ce programme républicain, soucieux d'égalité, de liberté, de fraternité. Est-ce vraiment insupportable ?

15:37
Patrick Martin

Non, insupportable, il faut se comprendre. C'est au sens premier du terme. Ce n'est pas pour exprimer une irritation que j'ai employé ce terme-là. C'est tout simplement que physiquement, on ne pourrait pas le supporter. Bon, ensuite, je ne vais pas reprendre tout ce que j'ai déjà dit. Si le modèle français fonctionnait avec le niveau de dépenses publiques le plus élevé du monde, ça se saurait. On aurait des performances sur le système éducatif, sur la sécurité, sur un certain nombre d'autres indicateurs qui seraient les meilleurs du monde. Ce ne sont pas les meilleurs du monde. Donc, sans parti pris, ce n'est pas illogique qu'on s'interroge sur ce modèle. Premier point.

Deuxième point, est-ce que la politique qui a été menée ces dernières années a donné de mauvais résultats en termes de croissance, en termes de création d'emplois, en termes de génération de pouvoir d'achat ? Il y a quand même eu un événement majeur, le Covid, qui a touché le monde entier, donc la France. Est-ce que tout ça n'a pas été efficace ? Voilà, c'est tout.

16:25
Présentateur

Retour au standard. Patrick, à Montpellier, bonjour. Oui, bonjour à tous

16:30
Auditeur

et bonjour à votre invité, M. Martin. Une question très simple. J'observe, comme beaucoup de Français aujourd'hui, qu'il n'y a pas de majorité politique qui se dégage. Aucune majorité politique, d'ailleurs. et j'en veux beaucoup, notamment à certaines forces politiques, je pense à NFP par exemple, qui revendiquent la nomination d'un Premier ministre puisqu'il n'y a pas de majorité politique. Impossible. Les Français se sont exprimés clairement là-dessus, malheureusement, un tiers, un tiers, un tiers, donc pas de possibilité politiquement de nommer un Premier ministre.

Pourquoi le Président de la République ne nommerait-il pas un chef d'entreprise jusqu'aux prochaines élections présidentielles puisqu'on sait très bien que les chefs d'entreprise ont au moins cette faculté de gérer, on va dire, le budget en fonction des rentrées et la prospective aussi, les possibilités de croissance. Bref, les qualités d'un chef d'entreprise, évidemment un homme d'État, quelqu'un qui a une vraie réputation, quelqu'un qui est assis, pourrait peut-être, d'ici la prochaine élection présidentielle en 2027, créer quelque chose d'intéressant pour notre pays. Voilà ma proposition à M. Martin.

17:30
Invité

Vous avez des idées ? Vous avez des noms ?

17:33
Auditeur

Écoutez, il paraît que le Président de Renault est pressenti, on parle de lui, mais il n'y a pas que lui. Jean-Domingue, c'est là. Oui, par exemple. Mais moi, j'ai eu, par exemple, il y a quelques années, l'ancien président de la SNCF, Louis Gallois, qui était un homme formidable, géré une mission d'État, une mission publique. Il y a, parmi les chefs d'entreprise des gens un peu âgés, on va dire aujourd'hui qu'il y a une vraie expérience, des hommes d'État, entre guillemets, même si, effectivement, il ne porte pas le nom, un patron, et aussi quelqu'un qui a une véritable responsabilité, et une grandeur aussi pour notre pays. Et je pense que c'est une option à étudier.

18:10
Présentateur

Merci, Patrick, pour cette intervention. Patrick Martin vous répond.

18:14
Patrick Martin

Pourquoi pas ? Moi, je ne suis pas dans la tête du Président de la République qui, à la fin, est quand même décisionnaire. Ce qui me paraît important, évidemment, je partage ce que vous avez dit, les chefs d'entreprise, dans l'immense majorité des cas, savent compter. Bon, premier point. et deuxième point, ils ont peut-être plus que d'autres le sens du temps long. J'évoquais tout à l'heure la nécessité d'enjamber l'élection présidentielle de 2027. Il ne faut pas qu'on soit prisonnier de calculs individuels ou politiciens.

Bon, après, il y a des chefs d'entreprise remarquables, femmes ou hommes, mais dans ce panorama, il faut aussi quelqu'un de très expérimenté, parce que ça va être très subtil de négocier avec le Parlement et de dégager au cas par cas ou plus systématiquement des majorités au moins relatives. Je ne sais pas répondre, mais je partage en partie votre remarque.

19:03
Invité

Mais pour vous, le profil doit ressembler à quoi ? C'est-à-dire à un politique, à un techno ? Qu'est-ce que... Je sais que ce n'est pas à vous de choisir, mais on vous entend très inquiet des programmes du NFP et du Rassemblement National, mais en l'occurrence, c'est le NFP qui est sur la table. Alors, nous parlons, alors c'est quoi le profil idéal dans ce casse-tête ou dans cette équation très difficile à résoudre pour Emmanuel Macron ?

19:30
Patrick Martin

Il faut quelqu'un qui connaisse le monde parce qu'on est très nombriliste à nouveau dans tous ces débats. On n'a pas parlé de la concurrence internationale, on n'a pas parlé de ce qui se passe dans les autres pays, de bien ou de mal. D'ailleurs, l'Allemagne ne va très bien, ne va pas très bien. Par exemple, il faut quelqu'un qui comprenne les grands mécanismes économiques, mais il faut aussi quelqu'un qui à nouveau soit à l'aise autant qu'on puisse l'être dans le panorama politique actuel. Alors, ce casting est difficile à satisfaire. J'en suis parfaitement conscient.

19:57
Invité

En tout cas, dans le casting, la personne qui sera nommée devra boucler le budget 2025 et ça, ce n'est pas une mince affaire. On rappelle que Bruno Le Maire estime qu'il faut faire 25 milliards d'économies. Où vous les trouvez si vous dites qu'il ne faut pas d'augmentation d'impôts ?

20:12
Patrick Martin

Eh bien, écoutez, il y a l'éternel éléphant au milieu de la pièce. On dit que les entreprises sont aidées excessivement. non, les entreprises françaises sont les plus taxées au monde net des aides dont effectivement elles bénéficient. Par contre, on ne parle jamais, jamais des économies que l'État, la sphère publique plus généralement pourrait faire sur ces frais de fonctionnement. Tous les comparatifs internationaux en témoignent. On a beaucoup trop de frais d'administration de l'administration dans notre pays. Je suis bien curieux de savoir quelle politique va s'attaquer à ce sujet. On touche à des intérêts particuliers, oui, mais quoi qu'il advienne, on touche à des intérêts particuliers.

Pourquoi pas cela ?

20:53
Présentateur

Pensez-vous que la France puisse tenir son objectif de croissance 1% ou c'est trop optimiste ?

21:00
Patrick Martin

Moi, je pense qu'elle peut le tenir, mais sous réserve à nouveau que rapidement on dégage le panorama économique, politique, législatif, social et qu'on apporte de l'apaisement. Les chefs d'entreprise ne demandent pas des triples salto-arrières, si vous me permettez, aux futurs premiers ministres. Ils demandent simplement de savoir où on va et si c'est dans la bonne direction.

21:22
Invité

Et de poursuivre la politique telle qu'elle est mise en place. Si je vous écoute bien, ce matin, en gros, vous dites continuons la politique menée par Emmanuel Macron depuis 7 ans. Politique économique.

21:32
Patrick Martin

Elle marche. Et à nouveau, je ne crois pas que ce soit cette politique qui était sanctionnée lors des élections. Ce sont d'autres sujets bien réels auxquels il faut répondre. mais avez-vous entendu parler d'économie dans la campagne ?

21:45
Invité

Oui, il a été question de justice sociale, il a été question des salaires, du pouvoir d'achat, oui.

21:49
Patrick Martin

Mais oui, de distribution de pouvoir d'achat. Et il le faut. Qui a parlé de création de richesses ? Comment peut-on continuer à distribuer de l'argent qu'on n'a pas alors qu'on a un niveau de dette publique abyssal ?

22:02
Présentateur

Allez, on retourne au standard. Catherine, dernière question pour vous. Bonjour, bienvenue.

22:08
Locuteur non identifié

Bonjour, l'équipe France Inter. Bonjour, Monsieur Martin. Voici ma question. Quelles seraient les décisions politiques en matière d'embauche des seniors qui seraient bénéfiques pour les entreprises, pour l'économie et pour notre taux d'embauche des seniors qui est désastreux en Europe ? Merci pour des réponses concrètes.

22:32
Présentateur

Merci à vous, Catherine, pour cette question précise. Patrick Martin vous répond.

22:37
Patrick Martin

La première décision, c'est de ne pas annuler la réforme des retraites. Le taux d'emploi des seniors de 50 à 60 ans en France est dorénavant supérieur à la moyenne européenne, contrairement à ce que vous venez de dire. Le taux d'emploi des 64 ans qui est effectivement très inférieur à la moyenne européenne a déjà augmenté de 10 points ces dernières années. Ce que je veux dire par là, c'est qu'on sait tous, les recruteurs, les candidats, que si l'échéance de départ en retraite est reportée, on se dirige plus facilement vers l'embauche dans les entreprises. Ça, c'est un premier élément de réponse.

Deuxième élément de réponse, on est prêt, nous, et je vais le redire cet après-midi dans mon discours à la REF, on est prêt à rouvrir avec les salariés une négociation qui a échoué au printemps dernier sur l'emploi des seniors. Mais les conditions de la réussite sont là, on les connaît et à nouveau le taux d'emploi des seniors est en train d'augmenter dès à présent.

23:31
Présentateur

Le thème de vos journées d'été, c'est le pouvoir et dans cette interview au Figaro, vous dites, je vous cite, le MEDEF a décidé de lancer un front économique associant des chefs d'entreprise, des économistes et des think tanks pour peser dans le débat et éviter que nos décideurs ne s'égarent. Nous nous mettons en ordre de bataille en vue des prochaines échéances électorales afin de défendre nos convictions et influencer la décision publique qui ne prend pas assez en compte l'état de l'économie ni l'état du monde. Fin de citation. Vous estimez que vous êtes tenu trop à l'écart de la politique, vous voulez plus clairement influer, influencer la sphère politique ?

24:16
Patrick Martin

Oui. La sphère politique et le débat public à nouveau, à un moment donné, il y a un principe de rationalité, il faut être objectif quand on analyse les choses. Enfin, combien de nos concitoyens sont-ils conscients qu'à la naissance, un petit français ou un bébé né sur le territoire national supporte d'entrée de jeu 45 000 euros de dettes liées à la dette publique ?

Ça calme quand même et si à un moment donné, on ne parle pas de ces choses-là qui ne sont peut-être pas très romantiques, qui ne sont peut-être pas très enthousiasmantes, au contraire, eh bien, on passe à côté de beaucoup de sujets et ensuite, on parle pour ne rien dire ou on balance dans la nature des propositions qui peuvent être séduisantes mais qui, à la fin, nous mettent en difficulté.

24:55
Invité

Donc, aux prochaines échéances électorales, on va avoir un MEDEF qui va beaucoup plus prendre la parole dans la campagne, qui va se prononcer ?

25:02
Patrick Martin

Oui. D'ailleurs, on l'a fait déjà dans le cadre des élections européennes et puis, finalement, ça a donné des résultats parce qu'on va avoir une nouvelle commission qui poursuivra, et c'est très bien, des objectifs environnementaux, sociétaux, etc., mais qui va un peu corriger le tir par rapport à la précédente. On n'a pas pris en compte la concurrence internationale, on n'a pas pris en compte les coûts de la révolution environnementale, on n'a pas pris en compte l'acceptabilité sociale d'un certain nombre de mesures. D'ailleurs, ça s'est traduit dans les urnes.

25:29
Présentateur

Merci, Patrick Martin, président du MEDEF, d'avoir été notre invité aujourd'hui.