Yann Arthus-Bertrand tire le portrait de la France
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mais des produits bruts, pas transformés. - M.Bouhafsi: Si vous n'avez pas grand chose à faire, vous pouvez venir à la maison et nous faire des doggy bags! - L.Mariotte: Il y a Zoé, aussi... - M.Bouhafsi: Elle nous régale, cette semaine.
Avant ça, on va parler de "France, un album de famille". C'est un livre dense et exceptionnel. - Y.Arthus-Bertrand: Ce n'est pas qu'un livre de photos.
Il y a aussi des légendes, du texte. Tous les métiers existants en France sont là-dedans. - M.Bouhafsi: Ce livre a passionné toute la rédaction.
Il est passé entre toutes les mains. Tout le monde a donné sa plus belle photo. Vous avez sillonné la France pendant 3 ans.
Qu'est-ce qui vous a le plus marqué? - Y.Arthus-Bertrand: Le lien qui nous relie tous ensemble.
On envoyait sur les réseaux qu'on était dans la ville et les gens s'inscrivaient. Les gens faisaient la queue pour se faire photographier. On demandait aux gens de venir se faire photographier en famille, ou avec les gens qu'ils aiment.
On créait une espèce de...
C'est l'opposé de l'Assemblée nationale. Tout le monde s'aime, tout le monde se serre la main. On a vraiment créé une bulle.
C'était fascinant. On a reçu et donné énormément d'amour. Etre journaliste, c'est aimer les gens.
J'ai passionnément aimé tous ces gens. On m'a apporté des oeufs, du fromage, de la viande...
Tout ce qu'ils faisaient! J'ai adoré faire ça et je vais continuer. - M.Bouhafsi: Vous signez cet ouvrage avec le démographe H.Le Bras.
Ses textes accompagnent vos photos. Ensemble, vous mettez des visages sur les chiffres et les statistiques. - Y.Arthus-Bertrand: Je conseille à tout le monde de venir voir à la Mairie de Paris l'exposition gratuite que nous faisons.
Il y a un studio photo où on peut aussi se faire photographier. L'expo s'arrête dimanche à 14h, venez! Quand j'ai fait ce travail, j'avais l'impression d'être à ma place de photographe.
Je savais à quoi je servais. J'ai adoré faire ces images. On a fait 30 000 Français.
Et depuis qu'on est à la Mairie de Paris, on en a fait 2200. - M.Bouhafsi: Je prends par exemple la page 309.
Il y a un détail important dans vos photos: tout le monde sourit. Sur notre plateau, le sociologue J.Viard disait qu'on est un pays de dépressifs.
Vous avez rencontré 30 000 personnes. Est-ce qu'on ne va pas mieux qu'on ne le pense? - Y.Arthus-Bertrand: J'en suis persuadé.
C'est la France en tout cas que j'ai envie d'avoir. On n'est pas dépressifs, ce soir. C'est aussi la manière de regarder le monde...
J'ai envie de vivre avec le sourire et les bras ouverts à la vie. En ce moment, on peut être un peu déprimé, mais travailler avec les Français, ça te remplit d'amour, de quelque chose d'indispensable. On a une équipe géniale.
Je travaille avec mon assistante Françoise depuis 30 ans. On est des passionnés. Il faut voir l'expo...
La dame de la maison d'hôtes qui nous a reçus...
Regardez comme les gens sont heureux! - A.Bégot: Il y a beaucoup de fierté dans leur regard. - Y.Arthus-Bertrand: C'est une expo qui fait du bien.
Une dame est venue nous voir hier. Elle a fait de la chimio, elle n'a plus de cheveux. Elle m'a sauté dans les bras, avec son petit garçon.
Elle m'a dit: "J'ai l'impression que ce bouillon d'amour que je reçois dans votre exposition me guérit." On était en larmes tous les deux. - A.Bégot: Vous avez été très surpris de ça? - Y.Arthus-Bertrand: Oui, surtout que les gens passent beaucoup de temps à lire les légendes d'H.Le Bras, qui sont passionnantes.
Il n'y a pas que les photos, il y a la vie du boulanger, comment le prix de la baguette a monté... - P.Larrouturou: Les gens partent quand même de la photo... - Y.Arthus-Bertrand: Tous les gens qui viennent se faire photographier à Paris aujourd'hui repartent avec leur photo.
J'adore! - M.Bouhafsi: Laurent, vous avez découvert ce livre magnifique.
Vous aviez envie de vous arrêter sur une photo en particulier? - L.Mariotte: Oui, une famille d'agriculteurs... - M.Bouhafsi: Elle est page 332.
J'arrive...
On est en direct. Elle est là! - L.Mariotte: C'est ce que disait Yann.
Les commentaires et les légendes d'H.Le Bras racontent aussi sociologiquement ce qu'est notre pays. L'agriculture est en pleine mutation. - Y.Arthus-Bertrand: Cette famille-là, ils ont eu un drame.
Ils ont perdu entièrement leur troupeau de vaches avec une épidémie. Ils repartent à zéro, avec la passion. Ils m'ont envoyé un petit mot. - M.Bouhafsi: Cette famille de l'Aveyron, c'est Nicolas, Sylvie et leurs enfants. - Y.Arthus-Bertrand: Souvent, les femmes ne peuvent plus travailler dans la ferme, sinon elles ne gagnent pas leur vie.
Le travail des femmes permet aux fermes de vivre. - M.Bouhafsi: Laurent, vous n'avez jamais cessé de défendre les producteurs français.
D'ici 10 ans, le nombre de fermes pourrait baisser de 30 %. J'imagine que ça vous bouleverse? - L.Mariotte: C'est une catastrophe. 200 fermes agricoles ferment par semaine en France.
Ce sont des petites exploitations. - Y.Arthus-Bertrand: C'est un scandale qu'on ne soit pas capables d'acheter au vrai prix.
Quand on voit des affiches pour Lidl, le fromage le moins cher...
Il faut payer le vrai prix aux agriculteurs qui travaillent 70 heures par semaine! Ils gagnent 500 à 600 balles par mois! C'est une honte! - L.Mariotte: Il y a justement beaucoup de paysans qui se regroupent en magasins paysans.
Eux peuvent vendre au juste prix leur production. J'en vois justement qui retrouvent le sourire. Dans mon village des Vosges, une famille de paysans a une ferme bio et vend à la ferme, en direct, 2 heures le mercredi et 2 heures le samedi, ainsi que sur quelques marchés.
Et ils arrivent à faire vivre 4 personnes. - Y.Arthus-Bertrand: C'est ce qui se passait dans le temps. - L.Mariotte: Tu parles des épiciers dans le livre.
Mon village est devenu un village dortoir. Il n'y a plus de commerces! Il faut refaire ce lien social.
Il faut arrêter de vouloir tout en low cost. Il y a aussi de belles initiatives... - Y.Arthus-Bertrand: Très belle photo, celle-ci. - M.Bouhafsi: Vous avez photographié la France entière, tous les corps de métiers, les associations aussi. - Y.Arthus-Bertrand: 5 millions de Français, chaque semaine, sont bénévoles.
C'est la colonne vertébrale de la France. Ce sont des gens qui font, qui aiment et qui partagent. - M.Bouhafsi: Je voudrais m'arrêter sur une photo.
Une séance vous a touché, une mère avec son fils, à Saint-Brieuc. Qu'est-ce qui s'est passé, à cette occasion? - Y.Arthus-Bertrand: C'est une dame qui est arrivée en me disant: "Voilà, mon fils est autiste.
Ca va être compliqué de le faire venir." Je lui ai dit de venir plus tôt. Il avait peur, ça a duré 20 ou 25 minutes...
Il est arrivé sur le banc et elle était tellement heureuse, tellement contente, tellement fière...
Elle m'a regardé avec ce sourire et on a tous pleuré. C'était une émotion incroyable. Ces enfants sont aimés d'une façon inouïe et ça m'a beaucoup touché. - M.Bouhafsi: Vous avez encore les larmes aux yeux. - E.Eméyé: Il ne regarde pas la caméra, mais il y a tellement de choses dans son regard... - M.Bouhafsi: Il y a aussi un documentaire qui accompagne la sortie du livre, "France, une histoire d'amour".
L'idée est de filmer les gens à travers la France qui font des choses que vous admirez. Il n'y a pas qu'avec votre appareil photo que vous capturez des moments de vie. Quand vous rencontrez Claire, éleveuse en Saône-et-Loire, elle nous bouleverse. - Ma vieille dauphine!
Elle a fait son veau, elle avait 18 ans. Vous savez ce que j'ai fait? Je ne l'ai pas envoyée à l'abattoir.
On l'a fait euthanasier chez nous. Parce que quand même...
On leur doit quelque chose, quoi. - M.Bouhafsi: Tout ça est parti d'un mail. - Y.Arthus-Bertrand: Elle avait fait un post à la FNSEA.
Je lui ai envoyé un petit mot. Je lui ai dit: "Regardez le film et on en parle après." Elle m'a dit que le film était pas mal.
On est devenus amis. Dès que je reçois des lettres d'insultes...
J'en ai reçu beaucoup, quand je faisais des émissions de télé. Je réponds toujours gentiment. Chaque fois, ça marche. - L.Mariotte: C'est bouleversant.
Ca sort aussi de l'agribashing. On veut faire croire que les paysans sont des pollueurs, qu'ils s'en foutent du bien-être animal. Le nombre d'éleveurs que je connais qui ont du mal à se séparer de leurs animaux...
C'est la réalité. C'est un bonheur pour tout le monde. - E.Eméyé: Dans ce documentaire, il y a l'idée de montrer tous ces Français tels qu'ils sont.
Il y a des moments de joie magnifiques. Mais vous avez quand même osé laisser dans le film des moments un peu tendus, où vous êtes pris à partie par un éleveur qui se plaint parce qu'il a des problèmes avec les loups. - On va faire un truc.
Si vous partez dans l'ineptie et le catalogage en disant... - Y.Arthus-Bertrand: Je te pose des questions.
Tu réponds oui ou non. - Ne me prenez pas pour un né de la dernière pluie. Il y a des gens... - Y.Arthus-Bertrand: Ne vous énervez pas! - Ca fait une demi-heure que je suis là et vous ne me croyez pas.
Les menaces, vous ne croyez pas... - Y.Arthus-Bertrand: Les menaces de mort... - E.Eméyé: C'était une volonté de tout laisser, tout montrer tel quel. - Y.Arthus-Bertrand: Oui.
Quand tu vas parler aux bergers et que tu es un protecteur des loups, il faut les comprendre. C'est leur vie, quelque part. C'était intéressant de voir leur vraie vie, de leur répondre et de donner ma version et la leur.
C'est un peu le problème des écolos. Regardez les scores minables qu'on fait, les Verts. On n'aime pas assez les gens.
Etre écolo, c'est aimer la vie et d'abord aimer les gens. J'aime passionnément les gens. Ca m'intéressait de parler avec ces bergers.
Ils sont comme nous. Ils n'ont pas envie de rester toute la nuit près de leurs moutons. Ils veulent regarder la télé le soir comme tout le monde.
J'avais envie d'en parler avec eux. - M.Bouhafsi: C'est courageux aussi...
Xavier Bertrand