Cérémonie pour la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions
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Monsieur le président de la République, Monsieur le président du Sénat, Monsieur le président de l'Assemblée Nationale, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Monsieur le président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le Préfet de la région Île de France, préfet de Paris, monsieur le préfet de Police, préfet de la zone de défense de Paris, Madame la Maire, Madame la présidente du Conseil régional d'Île de France, Mesdames et messieurs, chers professeurs, où que vous soyez, nous sommes donc avec les élèves réunis ici aujourd'hui pour la seizième journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. La cérémonie va se dérouler ainsi : Nous commencerons par la lecture de trois textes rédigés par les élèves des classes lauréates du concours national de la Flamme de l'Égalité, qui portait cette année sur le thème " Esclavage et traites : des crimes contre l'humanité ". Puis nous entendrons un extrait du discours prononcé par Christiane Taubira lors de l'examen de sa proposition de loi, devenue la loi du 21 mai 2001, portant reconnaissance de l'esclavage et de la traite comme crimes contre l'humanité, votée définitivement par le Sénat il y a exactement vingt ans aujourd'hui, d'où l'institution de cette journée nationale.
Le président de la République et le président du Sénat procéderont ensuite au dépôt d'une gerbe devant ce monument ici, " Le cri, l'écrit " par Fabrice Hyber, pour commémorer l'esclavage. La cérémonie s'achèvera par La Marseillaise. Les moments musicaux seront interprétés par Madame Candice Albardier et Monsieur Edwin Fardini, qui sont lauréats du concours des Voix d'Outre-mer, présidé par Fabrice di Falco, sous le haut patronage de Monsieur le président de la République.
J'appelle donc maintenant Louna Donis et Titouan Cros-Duchene, élèves de la classe de CM1-CM2 de Madame Stéphanie Dumont, de l'école élémentaire Rosa Bonheur de Savignac de l'Isle, en Gironde. Vous êtes lauréats de la catégorie École élémentaire de l'édition 2021 du Concours de la Flamme de l'Égalité. Vous allez nous lire un extrait de votre projet intitulé " Une humanité amputée ".
Ce projet consiste en un court-métrage autour de la notion d'humanité et il a été écrit et réalisé par les élèves de votre classe. À vous. Chers anciens esclaves des armées libres, nous venons de découvrir ce qui vous est arrivé, ce que nos ancêtres vous ont fait.
On a appris aujourd'hui que l'esclavage et la traite des Noirs avaient été qualifiés de crimes contre l'humanité. L'humanité, c'est nous : des hommes, des femmes, des enfants, des blancs, des noirs, des grands, des petits, des beaux, des laids, des gentils et des méchants. l'humanité a été déchirée par un crime commis contre vous.
On vous a déracinés, arrachés à votre maison. Mais cela fait plus de 170 ans que c'est fini. À quoi ça sert aujourd'hui de dire que c'est un crime contre l'humanité ?
Dans la cour, quand quelqu'un me fait mal, je vais le dire aux maîtres et aux maîtresses. Celui ou celle qui m'a fait mal est fâché et il ou elle me présente des excuses. J'ai encore un peu mal, mais je ne suis pas en colère.
Je crois que c'est pour ça qu'on a dit que c'était un crime contre l'humanité. Personne n'a puni ceux qui avaient fait du mal. Personne ne vous a dit pardon pour tous les coups de fouets.
En disant que c'est un crime contre l'humanité, on vous dit pardon. C'est notre manière de reconnaître les bêtises qui ont été faites. C'est un peu tard, mais comptez sur nous pour ne pas l'oublier.
Merci beaucoup à tous les deux, bravo à vos camarades de classe et bravo à votre enseignante aussi, bien évidemment. Merci, merci beaucoup. J'appelle maintenant, et je vais essayer d'avoir la bonne prononciation de la Polynésie, parce que vous voilà venant de Polynésie, vous venez encore de plus loin que nous, Réunionnais.
Nous sommes loin mais vous êtes encore plus loin, j'appelle Teamanui Goulard et Tehau Van Bastolaer. Vous êtes donc élèves de la classe Arue, en Polynésie française, et vous êtes lauréats de la catégorie Collège de l'édition 2021 du concours de la Flamme de l'Égalité. Et donc, vous allez nous lire un extrait de votre slam intitulé " Portés par le vent de l'espoir ".
Ce projet prend la forme d'un slam, écrit par les élèves de la classe, sur la notion crimes contre l'humanité. Et vous avez également prévu un clip vidéo que vous avez mis en scène. À vous.
C'est un combat de sueur et de sang, d'aléas qui viennent et qui vont, une danse sans fin, mêlée de guenilles, de cris et de chagrins, de pleurs, de douleurs et d'espoirs vains. Une danse où chaque faux pas est une brûlure, chaque faux geste une morsure, où chaque parole est un poison et chaque accord un hurlement. Tu es un oiseau à qui on aurait mis du plomb dans l'aile, qui n'arrive pas à démêler le faux du réel.
Entre tous les mensonges, il y a de quoi être perdu. À présent les portes sont fermées, il n'y a plus d'issue. C'est un travail de jour et de nuit, sans aucun droit, sans aucun salaire, sans habit, et encore moins de lit.
Mais ta misère va plus loin que ces simples vers car ton fardeau est aussi lourd que les chaînes à tes pieds. Des pieds à la tête, épié par des vautours, au pied de ce mur que tu ne dois pas dépasser. Ton corps noir n'est que cicatrices blanches et ta vie n'est qu'obstacles et branches.
Tu ne peux pas fuir ton destin et aller contre le courant ne sert à rien. Tu peux te déchaîner, tu resteras enchaîné. Tu peux courir, courir autant que tu veux, autant que tu peux, les rayons du soleil te rattraperont et tu peux courir, courir plus vite que le vent, les inarrêtables aiguilles du temps continueront à tourner à chaque instant.
Bravo et merci beaucoup à vos camarades de classe ainsi qu'à votre enseignante, Mme Valérie Delannoy. Vous êtes donc en classe de quatrième en Polynésie. Merci et bon retour, et vous saluerez tout le monde pour nous.
J'appelle maintenant Cheryl Emana Ndoumne et Amine Toumli Sbai. Vous êtes élèves de la classe de seconde professionnelle en catégorie animation, enfance et personnes âgées. Vos professeurs s'appellent Monsieur Lhamri Louiba et Madame Annie Bouffier du lycée Émile Zola d'Aix-en-Provence, et vous êtes donc lauréats de la catégorie du lycée de l'édition 2021 du concours de la Flamme de l'Égalité, comme vos camarades.
Vous allez donc interpréter un extrait de votre production qui concerne Tromelin, Tromelin, cimetière marin corallien. Tromelin est une île au large de Madagascar et, en 1761, il y a eu un naufrage. 80 personnes esclaves ont été abandonnées sur l'île de Tromelin, qui est une toute petite île de sable, pendant quinze ans.
On vous écoute. Parti des côtes malgaches, un navire, l'Utile - vogue ! vogue sous le souffle des doux alizés, à destination de l'Île de France.
À son bord, parmi les marchandises, 160 esclaves achetés illégalement par le commandant pour être revendus aux grands planteurs d'Île de France. Juteux trafic, que ce commerce de bois d'ébène. Le temps se gâte.
Les alizés sont balayés par un vent de tempête. L'orage, la foudre, la pluie battante, la houle furieuse fracassent le navire sur le récif de Tromelin, qui sombre rapidement. Des noyades, des cris, des corps qui luttent pour gagner le proche rivage.
Carnage. Au matin, on se compte. 90 morts.
Des corps meurtris, des âmes choquées, une cohabitation comme un apartheid qui ne dirait pas son nom commence. Équipage, esclaves noirs, on ne se mélange pas, même sur un étroit blanc de sable corallien. On construit des abris, on organise la vie quotidienne, on récupère le bois du navire, les vivres, les outils.
Bientôt, on construit une embarcation avec les restes de l'Utile pour rejoindre Madagascar, la grande île. Le [INAUDIBLE] navire est bon pour naviguer. On le met à l'eau.
Le commandant commande, les officiers suivent. On promet aux esclaves de revenir les chercher dans quelques semaines, quand on aura atteint les côtes malgaches ou toute autre terre habitée. Oui on reviendra vous chercher, n'ayez crainte, ce n'est l'affaire que de quelques semaines.
Le temps passe, aucune voile à l'horizon. On patiente, on espère, peut-être demain. Une semaine, un mois, quand la saison des cyclones sera passée, mais rien ne vient. - Rien ne vient.
Mais rien ne vient. Mais rien ne vient. Bientôt quinze années se sont écoulées depuis le naufrage.
De naufragés on devient malades, puis morts. Là où Robinson avait des forêts, de l'eau, du feu à volonté, un abri solide, un climat tempéré, ici, rien de tel. La chaleur est écrasante.
Les vivres sont restreints, le vent et le fracas de la houle permanents. On se nourrit d'herbe, d'oiseaux, de poissons, de tortues de mer. On boit l'eau de pluie.
Les traits se tirent, les corps maigrissent, les âmes divaguent. Tromelin, cimetière marin corallien. Tromelin, cimetière marin corallien.
Merci beaucoup à tous les deux. Merci à vos enseignants, bien évidemment. J'en profite, à ce stade, pour remercier en votre nom tous les élèves qui ont participé à ce très beau concours de la Flamme de l'Égalité sous l'égide de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, les professeurs, sans qui rien ne serait possible évidemment.
Donc merci à vous tous. Bravo ! Bravo aussi aux élèves et aux professeurs qui ont eu des prix spéciaux cette année pour la qualité de leur travail artistique et qui sont ici les élèves de quatrième et de troisième du collège Louise Michel de Clichy-sous-Bois pour leur projet " Why am I not free as well ? " un work song qu'ils ont écrit et mis en scène dans une vidéo, et puis les élèves du lycée du Dauphiné de Romans-sur-Isère, pour leur projet " Les portes de l'enfer ", un rap sur l'esclavage qu'ils ont écrit et dont ils ont réalisé un clip.
Nous allons maintenant entendre la... (Applaudissements) Allez-y !
Merci beaucoup. Nous allons maintenant entendre la comédienne Yasmina Ho-You-Fat, qui va nous lire un extrait du discours que Christiane Taubira a prononcé à l'Assemblée nationale le 18 février 1999. Yasmina Ho-You-Fat, à vous.
Nous sommes ici pour dire ce que sont la traite et l'esclavage, pour rappeler que le siècle des Lumières a été marqué par une révolte contre la domination de l'Église, par la revendication des droits de l'homme, par une forte demande de démocratie, mais pour rappeler aussi que, pendant cette période, l'économie de plantations a été si florissante que le commerce triangulaire a connu son rythme maximal entre 1783 et 1791. Nous sommes là pour dire que, si l'Afrique s'enlise dans le non développement, c'est aussi parce que des générations de ses fils et de ses filles lui ont été arrachés ; que, si la Martinique et la Guadeloupe sont dépendantes de l'économie du sucre, dépendantes de marchés protégés, si la Guyane a tant de difficultés à maîtriser ses richesses naturelles, si la Réunion est forcée de commercer si loin de ses voisins, c'est le résultat direct de l'exclusif colonial ; que, si la répartition des terres est aussi inéquitable, c'est la conséquence reproduite du régime d'habitation. Nous sommes là pour dire que la traite et l'esclavage furent et sont un crime contre l'humanité ; que les textes juridiques ou ecclésiastiques qui les ont autorisés, organisés, percutent la morale universelle ; qu'il est juste d'énoncer que c'est dans nos idéaux de justice, de fraternité, de solidarité, que nous puisons les raisons de dire que le crime doit être qualifié et inscrit dans la loi parce que la loi seule dira la parole solennelle au nom du peuple français.
Cette inscription dans la loi, cette parole forte, sans ambiguïté, cette parole officielle et durable, constitue une réparation symbolique, la première et sans doute la plus puissante de toutes. Mais elle induit une réparation politique en prenant en considération les fondements inégalitaires des sociétés d'outre-mer liées à l'esclavage, notamment aux indemnisations en faveur des colons qui ont suivi l'abolition. Elle suppose également une réparation morale qui propulse en pleine lumière la chaîne de refus qui a été tissée par ceux qui ont résisté en Afrique, par les marrons qui ont conduit les formes de résistance dans toutes les colonies, par les villageois et les ouvriers français, par le combat politique et l'action des philosophes et des abolitionnistes.
Elle suppose que cette réparation conjugue les efforts accomplis pour déraciner le racisme, pour dégager les racines des affrontements ethniques, pour affronter les injustices fabriquées. Elle suppose une réparation culturelle, notamment par la réhabilitation des lieux de mémoire. Bien sûr, cela constitue une irruption un peu vive, un peu brutale, mais il y a si longtemps que nous frappons à la porte.
Léon-Gontran Damas, déjà, hurlait son ressentiment. Je me sens capable de hurler pour toujours et contre ceux qui m'entourent et qui m'empêchent à jamais d'être un homme. Le dialogue semble amorcé, avec mille précautions, comme font ceux qui savent que souvent les mots charrient beaucoup plus que ce qu'on leur confie, avec des préliminaires attentifs car nous savons que nous avons tant de choses à nous dire.
Mais nous allons cheminer ensemble dans notre diversité parce que nous savons, parce que nous sommes instruits de la certitude merveilleuse que, si nous sommes si différents, c'est parce que les couleurs sont dans la vie et que la vie est dans les couleurs. Et que les cultures et les dessins, lorsqu'ils s'entrelacent, ont plus de vie et plus de flamboyance. Nous allons donc continuer à mêler nos dieux et nos saints, nous allons partager le cachiri et le swéli et nous allons implorer ensemble l'archange Echu, Gadu, Quetzalcóatl, Shiva et Mariémin.
Merci. Les mots de Christiane Taubira à l'Assemblée nationale en février 1999. J'appelle maintenant Candice Albardier et Edwin Fardini, qui vont interpréter a cappella un air de musique traditionnelle de Guadeloupe, "Elwa ou ka vwayajé", composé par Kristèn Aigle et Patrick Saint-Éloi.
Candice Albardier et Edwin Fardini, "Elwa ou ka vwayajé". (Chant guadeloupéen) Candice Albardier et Edwin Fardini, "Elwa ou ka vwayajé". Merci beaucoup.
Mesdames et Messieurs, nous vous prions de bien vouloir vous mettre debout, vous êtes pour la plupart déjà debout. Nous allons assister maintenant à la cérémonie du dépôt de gerbe par Monsieur le président de la République et Monsieur le président du Sénat. (Chant de la Marseillaise)
Emmanuel Macron