Entretien exclusif - La ministre des armées, Catherine Vautrin face à Darius Rochebin|LCI
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Madame la Ministre, bonsoir. Bonsoir, la Russe Rojman. Merci de cet entretien exclusif au cœur historique des armées françaises. Dans cet hôtel de Brienne, Clémenceau a conduit à la victoire. De Gaulle s'est installée à la libération en 1944. Et vous voici les bruits de guerre partout. Le service national, on va y revenir, mais d'abord les très graves événements en Iran. La République islamique qui fait tirer sur son propre peuple. Est-ce que la France soutient les manifestants ?
Je crois que nous le voyons tous, enfin le terme le voit et d'ailleurs pas juste, puisque malheureusement il n'y a plus de connexion internet maintenant depuis plus de 36 heures. Et toutes les informations dont nous disposons conduisent à une très grande inquiétude, parce que nous voyons que c'est effectivement l'ensemble de la population des travailleurs, comme aux étudiants, en passant par les intellectuels. Et c'est absolument dramatique ce qui se passe dans cette République islamique d'Iran.
Et vous avez pu voir que le président de la République, comme d'ailleurs ses collègues allemands et anglais, ont dès samedi exhorté les dirigeants à ne pas tirer sur le peuple et à arrêter toute violence.
Est-ce que la France espère la chute de ce régime ?
Vous savez, à ce stade, je ne ferai pas de commentaire, mais ce que nous souhaitons, c'est bien évidemment que le peuple soit respecté et que ces violences soient totalement arrêtées. Cette violence est inacceptable.
Est-ce qu'il faut confesser une sorte de double discours ? Nous, ici en Europe, on est pront à critiquer les Américains. On a dit par exemple que l'intervention au Venezuela était illégale. Et en même temps, beaucoup espèrent qu'ils interviennent à Téhéran. Est-ce que vous, vous l'espérez ?
Vous savez, il y a une constante dans la stratégie française, c'est le respect du droit international. Et ça, je crois que c'est un élément absolument majeur. Donc, souveraineté des États. Il ne faut jamais oublier qu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu un travail sur finalement ce qu'étaient les ruines générées par ce conflit, qui ont été de dire justement le respect des populations, le respect des frontières et la non-violence. Eh bien, ces trois éléments-là sont des éléments majeurs qui doivent être absolument respectés.
Et c'est pour cela que quand on parle de non-violence, on revient à la République islamique en disant « pas de violence et pas de violence vis-à-vis de sa population ».
Madame la ministre, les bruits de guerre partout, c'est un cap de première importance. Ce lundi, l'ouverture aux candidatures, aux vocations pour le service national, alors on a compris que c'était volontaire, combien de milliers de recrues est-ce que vous espérez dans un premier temps ?
Alors, vous avez tout à fait raison de dire que c'est un service national, que ce service effectivement est volontaire. Quand on dit qu'il est volontaire, cela veut dire qu'il s'agit d'actes de candidature de jeunes qui souhaiteront s'engager utilement pour leur pays. 18 à 25 ans ? Très concrètement, pour répondre précisément, en 2026, 3 000 jeunes, en 2027, 4 000 jeunes, 10 000 en 30 et pourquoi pas 50 000 à horizon 35.
Vous nous avez permis de diffuser en primeur un des petits films que vous diffusez pour appeler aux candidatures, aux vocations, on le regarde.
Aujourd'hui, la France évolue dans un monde plus instable où les crises se multiplient. Renforcer notre cohésion et le lien entre la nation et ses armées est devenu essentiel. C'est dans cet esprit qu'a été créé le service national. Un engagement volontaire pour les jeunes de 18 à 25 ans qui souhaitent contribuer directement à la défense du pays. Le parcours commence par un mois de formation militaire, puis 9 mois de mission en métropole ou outre-mer. Les appelés du service national appuient les armées dans des domaines variés. Soutien, logistique, préparation opérationnelle, surveillance ou expertise technique aux côtés des militaires d'actives et de réserves.
Ils bénéficient d'une solde de 800 euros, de l'hébergement, de l'alimentation et de facilité de transport. Au-delà des compétences acquises, le service national développe l'autonomie, la cohésion et l'esprit de défense. Un engagement individuel qui renforce collectivement la résistance du pays.
Catherine Boutrin, quand on regarde ce clip, on mesure le bouleversement, le SNU, respect au défunt SNU, mais c'était un peu un machin, nian, nian, on va nettoyer les forêts, etc. Là, c'est un vrai service militaire.
Alors, effectivement, nous sommes dans des sujets différents. Parce qu'on a été à une époque dans des éléments qui étaient, ça a été aussi le cas sur le service militaire volontaire ou sur le service militaire adapté, qui continuent leur vie, qui sont des outils d'insertion quelque part. Le SNU a répondu à une attente à une époque. Le monde a changé, vous l'avez dit vous-même. C'est bon. Et aujourd'hui, ce que nous proposons à des jeunes qui ont envie, qui ont une soif d'idéal, qui ont envie de s'engager pour le pays, c'est très concrètement de faire bénéficier le pays de leur talent.
Est-ce que c'est un changement d'époque ? Votre homologue américain, il est plus direct que vous, c'est le moins qu'on puisse dire, il dit assez de choses un peu bien pensantes, un peu trop, entre guillemets, européennes. Pendant ce temps, les Chinois, les Russes sont dans l'agressivité, dans la conquête, dans la brutalité. Il faut que l'Europe se muscle. Est-ce que vous le pensez ?
Alors moi, ce que je pense d'abord, c'est que l'Europe a des qualités et que l'armée française, déjà, est une armée entraînée, opérationnelle, et qu'elle n'a rien de nion-nion, permettez-moi de vous le dire, et de redire tout mon respect pour les femmes et les hommes des armées qui s'engagent au quotidien et qui s'engagent jusqu'à donner leur vie pour leur idéal et pour leur pays.
Et qui ont perdu beaucoup d'hommes et de femmes, notamment en Afrique.
Et donc, effectivement, les victimes des opérations extérieures méritent tout notre respect, et donc rien de nion-nion dans tout ça. Pour être clair aujourd'hui, effectivement, ce que nous voyons, c'est que le format de nos armées, à un moment où le monde se réarme partout, doit évoluer.
Et il évolue avec une armée professionnelle que nous connaissons, avec des civils, que je voudrais également saluer, plus de 60 000 civils au sein de nos armées, une réserve, cette réserve opérationnelle, et nous lançons le service national qui permettra à des jeunes, et je pense qu'on va l'expliquer ensemble, un mois qui est un mois de formation pour les plus anciens, l'équivalent finalement de ce qu'étaient les classes, et ensuite neuf mois de service utile, c'est-à-dire un engagement opérationnel au sein de nos armées.
Quel est l'objectif à terme ? Le général Mandon avait parlé de l'énormité de l'armée russe en 2030, il disait près de 2 millions, on comprend bien qu'il faut équilibrer avec toutes les armées d'Europe, mais pour la France, la masse nécessaire en 2030, ce serait combien ?
De 175 000, donc ce qui est déjà un élément tout à fait important, avec cette diversité que je viens de citer, de complémentarité finalement, entre l'armée professionnelle, évidemment les civils, la réserve, et l'intérêt c'est que ces jeunes qui vont faire leur service national, ensuite seront versés selon leur choix, là encore selon leur choix, soit ils veulent continuer à être très actifs, ils vont aller vers la réserve opérationnelle, soit ils souhaitent rester en contact, pas plus pour l'instant, et à ce moment-là, ils sont dans la réserve de disponibilité, ils continuent d'avoir un lien avec les armées sans aller plus loin.
Catherine Moutrin, vous êtes une Chirakienne historique, alors c'est Jacques Chirac, c'est un peu contradictoire, il a été je crois le dernier président de la République à avoir lui-même combattu dans une guerre, c'était la guerre d'Algérie, et c'est lui qui a suspendu le service militaire. Si demain, une guerre majeure éclatait en Europe, en combien de temps la France peut se réadapter pour rétablir un service militaire universel ?
Vous savez, il y a plusieurs choses qu'il faut prendre en compte. À l'époque où le président Chirac prend cette décision, vous vous en souvenez, nous sommes au siècle dernier, et nous sommes encore au cœur de ce que le président Macron a appelé les dividendes de la paix. On était sortis de la guerre froide, et certains esprits, certains sachants, oserais-je dire, nous disaient les combats dans la masse, mais c'est terminé, ça sera autre chose. Le moins qu'on en puisse dire, c'est que le début du XXIe siècle a vu le retour de la guerre, et de la guerre sur le sol européen, avec le conflit en Ukraine, et a montré les changements considérables.
Mais derrière, aujourd'hui, ce que l'on voit, c'est qu'il y a des éléments qui, eux, n'ont jamais changé depuis le début de la Vème République et les années 60.
Mais pardon, est-ce que cette hypothèse existe ? Les Israéliens, par exemple, ont un service militaire général, avec de longs mois. Est-ce que dans votre tête existe l'hypothèse que ça revienne en France ?
Aujourd'hui, nous ne sommes pas du tout dans une hypothèse de conscription, pour reprendre le terme. Les plans existent ? Les plans ne sont pas aujourd'hui en cours, et il n'y a pas aujourd'hui, à ce stade, de volonté de conscription. Nous sommes sur une démarche complètement différente, qui est une démarche qui mérite qu'on s'y arrête une seconde, qui est le renforcement du lien armée-nation. Parce que, quelque part, c'est important qu'effectivement, les jeunes filles, les jeunes garçons, mesurent ce que veut dire être citoyen, le lien au pays. Ce sont des points pour nous très importants.
On comprend bien qu'ils ne serviront pas à l'étranger, mais ils serviront en Europe, armés, bien sûr. Ça signifie, par exemple, qu'ils pourront appuyer des opérations comme Sentinelle, c'est bien ça ?
Non, alors, ils serviront exclusivement sur le territoire national, pas en Europe. C'est uniquement le territoire national. C'est pour ça que je me permets de vous reprendre.
Mais là, Sentinelle, ils peuvent agir.
Alors, on va prendre des exemples divers, si vous le voulez bien. D'abord, on n'oublie pas que la France, ce n'est pas que l'Hexagone, c'est bien sûr Outre-mer. Et je vais prendre un exemple. On peut imaginer que dans l'armée de l'air, un jeune du service national, puisqu'on voyait entre, par exemple, Paris et Mayotte, au hasard. On peut imaginer que dans la marine, un jeune qui, par exemple, est très bon en anglais, puisse être dans un sémaphore. Alors, on peut imaginer que dans l'armée de terre, on est effectivement du Sentinelle, mais au-delà du Sentinelle, on peut avoir un jeune qui va être très sportif et qui va être au bureau des sports.
Vous voyez, en fait, il ne faut jamais oublier que dans l'armée, il y a 500 métiers. Et donc, ce que je voudrais dire, c'est qu'il faut que chaque garçon, chaque fille, s'il a envie de candidater, se dise « j'y vais ». Parce qu'on peut aussi bien être intéressé par un apprenti boulanger que par un spécialiste cyber.
Catherine Vautrin, le président de la République a parlé de la possibilité de troupes de réassurance au sol en Ukraine après un cessez-le-feu. Le journal Lalettre.fr a articulé le chiffre de 6 000 hommes ou femmes. Est-ce que ça correspond à une réalité ?
Alors déjà, on va se dire que, premier point, rien à voir avec le service national. Que les choses soient claires, on se le redit, le service national, c'est uniquement sur le territoire national, Hexagone, Outre-mer. Maintenant, ce à quoi vous faites allusion, c'est la coalition des volontaires. La coalition des volontaires, voulue par le président de la République et son homologue anglais, lancée il y a un an. Et je voudrais insister sur le travail qui a été fait depuis un an pour aboutir à la réunion qui a eu lieu à Paris mardi dernier, qui permet une organisation de conditions de sécurité dès lors, comme vous venez de le dire justement, il y a cessez-le-feu ou paix en Ukraine.
Qu'on soit très clair, madame. Donc, des milliers de soldats, c'est l'ordre de grandeur qui sera nécessaire ?
Premier point, quelles sont ces garanties de sécurité ? Les premières, c'est évidemment d'abord ce qu'on appelle le monitoring du cessez-le-feu. Ça, les Américains, et c'est la nouveauté, c'est très important, s'engagent à être partie prenante sur cet élément.
Est-ce que vous avez commencé à travailler avec eux ? Ils sont venus à Paris ?
Il y a des plans qui s'organisent, qui se mettent en place et qui ont pour vocation de travailler le sujet.
Mais pardon, pardon, soyons très précis. Vous dites, c'est un cap très important. Si vous réussissez à les embarquer dans l'histoire, c'est une grande victoire pour la France présidente de la République.
Vous avez raison, c'est un cap majeur.
Est-ce que ça veut dire que vous travaillez déjà la logistique pour travailler ensemble, qu'ils puissent notamment apporter un appui aérien ?
Alors, il y a, au moment où nous nous parlons, un travail qui est réalisé. Vous savez que sur ce sujet, la coalition des volontaires, c'est en fait une direction assumée par la France et les Britanniques. Et eux sont déjà, avec les nations qui nous accompagnent, en train de travailler sur les plans. Les plans sont de plusieurs ordres. Il y a la surveillance aérienne, la surveillance maritime, la régénération de l'armée ukrainienne. C'est quoi la régénération ? C'est de l'entraînement des troupes ukrainiennes. Et arrive le dernier point auquel vous faites allusion, qui est celui de la capacité à avoir des troupes en Ukraine. Ces troupes n'ont pas vocation à stationner.
Nous parlons d'entraînement, nous parlons de manœuvre à l'ouest de l'Ukraine.
Vous parlez franc. Vous savez très bien que le point sensible, c'est le fait qu'il y ait des soldats français sur le sol de l'Ukraine. Après, on cessez le feu. Mais si les Russes attaquent de nouveau, est-ce qu'ils devront se battre ? Oui ou non. Vous savez très bien que c'est là le point sensible. Est-ce que oui ou non, si les Russes attaquent de nouveau, ils se battront ?
Vous avez compris, Darius Rochemin, que dans les garanties de sécurité, le premier élément, évidemment, c'est d'avoir cette organisation qui a pour objectif de faire respecter cette paix, la volonté du président de la République et des homologues des 32 pays de la coalition des volontaires. C'est précisément que l'accord de paix soit suffisamment solide pour qu'il soit respecté. Premier élément. Deuxième élément, je vous l'ai dit, l'idée c'est que les troupes fassent de l'entraînement, fassent de la manœuvre.
Je ne lui ai pas répondu, pardon. Est-ce qu'ils se battront si les Russes attaquent de nouveau ?
Je vous réponds qu'aujourd'hui, ce que nous mettons en avant dans Land Demonstration, c'est très concrètement de l'entraînement et très concrètement de la manœuvre à l'ouest et donc pas du tout auprès de la ligne de front. Les premiers à défendre l'Ukraine restent évidemment les Ukrainiens.
Il y a des troupes en Estonie, déjà, maintenant, quoi ? Quelques centaines ?
Il y a 300, pour être extrêmement précise, il y a 350 militaires en Estonie, la nation cadre est la Grande-Bretagne et la France est aux côtés de la Grande-Bretagne.
Je vous pose la même question, et là on est sur le terrain de l'OTAN. Si les Russes tentent une provocation, comme les Baltes le craignent, est-ce que les soldats français qui seront là se battront aussitôt ?
Aujourd'hui, la présence française sur le flanc Est, puisqu'elle est en Estonie, mais elle est également en Roumanie, et en Roumanie, nous sommes nation 4, c'est bien précisément pour assurer la sécurité du continent européen et pour bien mettre en avant l'implication de l'OTAN. Et c'est très important, parce que là, nous sommes sur le pilier européen de l'OTAN. Et je reviens sur la coalition des volontaires.
Mais je suis obligé, maintenant, madame, parce que vous n'avez pas répondu, c'est quand même très important. Évidemment, la puissance de dissuasion de ces centaines de soldats, elle vaut comme ça. Est-ce que ce sont seulement des troupes d'observation ou de combat si les Russes attaquent ?
Des troupes d'observation qui ont pour objectif de mettre en avant la force de l'OTAN et l'engagement de l'OTAN pour précisément maintenir la sécurité en Estonie et en Roumanie. Et permettez-moi de vous dire que sur la coalition des volontaires, un élément majeur, c'est que pour la première fois en Europe, des garanties de sécurité sont portées par notamment la France et l'Angleterre qui en assurent aujourd'hui le commandement. C'est la première fois que ce ne sont pas les États-Unis, même s'ils sont avec nous. C'est un enjeu tout à fait nouveau.
Le Parlement devra-t-il se prononcer ? Si des soldats français sont envoyés pour la réassurance en Ukraine, est-ce que le Parlement devra voter ?
Vous savez comme moi que dans ce contexte-là, l'article 35 prévoit que dès lors que nous sommes sur un délai supérieur à 4 mois, il y a nécessité évidemment du Parlement français. Et d'ailleurs, les autres pays... Vous savez, à la demande du président de la République, pas plus tard que lundi dernier, je refaisais un tour avec l'ensemble de mes collègues, qu'ils soient allemands, néerlandais, anglais, italiens, tous les pays européens sont dans cette logique, qui est une logique d'autorisation parlementaire.
Donc le Parlement votera ?
Je ne me permettrai jamais de décider pour le Parlement. Mais en tout cas, il est évident que c'est un sujet majeur. Et d'ailleurs, j'ai à cœur dans l'activité de ministre des Armées, qui est la mienne, de travailler régulièrement avec le Parlement et d'informer non seulement la commission de la défense, les commissions de la défense, Sénat et Assemblée, mais j'ai mis en place les entretiens de Brienne, où je reçois les députés des autres commissions pour parler défense et pour parler d'un autre sujet qui va vous intéresser, qui est évidemment l'actualisation de la LPM et le vote du budget.
Les Russes auraient tiré à l'Orechnik, à l'Viv, c'est-à-dire tout près de la frontière de l'OTAN, d'abord en l'état de vos informations, est-ce que c'est le cas ?
J'ai effectivement cette information et que nous jugeons comme étant typiquement une provocation et une provocation justement dans la semaine de la coalition des volontaires. Mais au-delà de la...
Ils ont accès liés, ils ont voulu montrer les dents.
En tout cas, ce qui est extrêmement grave, c'est que cela veut dire que les Russes ne sont pas dans une logique de paix. Alors que nous, tous les travaux que conduit le président de la République et que nous menons au quotidien, c'est cette volonté de retrouver la paix sur le continent européen. Et c'est ça qui est extrêmement grave, c'est d'essayer d'avancer et de construire des conditions d'une paix durable pour l'Ukraine.
La tension est de tous les côtés, côté est, côté ouest, les vues du président Trump sur le Groenland. Si les Danois le veulent, évidemment ça passe par là, mais si les Danois le veulent, est-ce que la France est prête à placer des troupes à titre de présence, de dissuasion au Groenland ?
Écoutez, pour l'instant, nous n'en sommes pas là, mais ce qui est particulièrement préoccupant. Vous savez comme moi qu'il y a, depuis 1951, un accord de défense entre les États-Unis et précisément le Groenland. Que d'autre part, il y a, vous connaissez le statut particulier du Groenland avec le Danemark, les 56 000 habitants ont une nationalité danoise, et cela veut dire que si demain il y avait des troupes américaines qui attaquaient le Groenland, nous aurions un pays de l'OTAN qui irait attaquer un pays membre. Excusez-moi, mais c'est une escalade extrêmement préoccupante. Ce serait une trahison ? Ça serait gravissime. Gravissime.
Vous imaginez ça ?
Je n'ose l'imaginer.
Est-ce que des Français seraient prêts à se battre à ce moment-là ?
Écoutez, nous n'en sommes pas là, et ne soyons pas nous-mêmes escalatoires. Pour l'instant, ce que va faire la France à la demande du président de la République, c'est qu'elle va ouvrir un consulat à nuque dans les jours qui viennent pour montrer le respect de l'autonomie. Parce que l'OTAN, c'est juste, si on arrête l'acronyme, c'est juste le traité de l'Atlantique Nord. Cet accord de 51, quelle était sa volonté ? C'était précisément de protéger le Groenland vis-à-vis de la Russie. C'est quand même incroyable qu'un demi-siècle après, même un peu plus, on en soit à se dire « Ah mais non, mais là, c'est celui qui a voulu protéger qui attaquerait. »
Vous dites présence d'un consulat à nuque. Oui. Est-ce que c'est appelé à s'étendre, selon vos souhaits ? Cette présence française à nuque ?
Aujourd'hui, la volonté, c'est le consulat pour montrer le respect de l'autonomie.
Par parenthèse, ce sont des alliés comme ci, comme ça. Ils ont quand même acheté des F-35 à la place des alliés. Alors, c'est là. Ils ont trahi même, rappelez-vous, en 2021, quand ils ont écouté les Européens pour servir les Américains. Ça monte là.
Vous voyez, quelque part, c'est extrêmement intéressant ce que vous dites.
On parle des Danois.
Bien sûr. Mais ce que vous dites là, c'est l'importance de l'industrie et de la base de défense et technologie européenne. Parce que, quelque part, plus les Européens auront capacité à multiplier les échanges entre eux. Bon, il y a un avion qui s'appelle le Rafale, qui est un excellent avion et qui remplace tout à fait aisément le F-35.
Vous dites aux Danois, allez, lâchez le F-35, achetez des Rafales. Pourquoi pas ? Oui, vous leur dites.
On les emmène quand ils veulent pour l'essayer.
Ah ben, on ira ensemble à Copenhague. Madame la Ministre, un mot sur votre... Vous êtes un personnage clé de ce gouvernement. D'abord, vous êtes une macroniste de droite, femme de droite. Il y a des macronistes de gauche, du centre, de droite, macronistes de droite. Est-ce que c'est vrai que vous êtes à ce point marqué qu'en 1981, alors vous étiez chiracienne, je le disais, vous aviez été choquée par l'arrivée au pouvoir de Mitterrand ?
Ah, je vois que vous avez lu... Je vous pose la question. Je ne sais quelle biographie. Dans tout votre portrait. Vous savez qu'à l'époque de 1981, un certain nombre de personnes avaient tendance à être particulièrement paniquées parce qu'il y avait un changement de majorité. Moi, j'ai immédiatement dans la foulée fait la campagne des élections législatives en me disant qu'il était important que nos idées soient entendues. et c'était le début de mon engagement politique dans ma région champenoise.
Vous avez été choquée de l'élection de Mitterrand ?
Choquée, le terme est un peu fort, mais en tout cas interpellée par une défaite. C'était ma première défaite politique.
Aujourd'hui, vous êtes parmi les personnes dans lesquelles le président de la République a eu le plus confiance et de façon la plus continue, je dirais. Il y a quelques personnes comme ça, Sébastien Lecornu, vous-même, etc. Vous lui êtes toujours très fidèle. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Dans un moment, il y a beaucoup de retournements de veste, tel essayiste, tel ancien Premier ministre.
C'est une confiance qui m'oblige, qui nécessite évidemment, vous savez, quand vous avez l'honneur d'avoir la responsabilité qui est la mienne aujourd'hui, le minimum, c'est évidemment la loyauté et l'engagement pour le pays, pour le président de la République et pour le Premier ministre. Moi, je suis une femme qui a le sens de l'engagement. J'ai été fidèle au président Chirac jusqu'au dernier jour et c'est exactement la même chose avec le président de la République. Sa confiance m'honore, mais je le répète, elle m'oblige.
De quel œil vous regardez ces gens qui ont beaucoup reçu de lui et qui crachent dans la soupe ? Chacun a rendez-vous avec sa conscience. Madame la Ministre, l'avenir de ce gouvernement, le 49-3, c'est une possibilité ?
Alors, je crois qu'il ne faut pas se tromper de combat. Le président de la République, le Premier ministre ont été très clairs. La France a dit non au Mercosur. La prochaine bataille, elle ne se passe plus à Paris. Elle se passe au Parlement européen. Et donc, celles et ceux qui disent aux agriculteurs, la main sur le cœur, on va vous aider. On va vous aider à ce que ce traité n'entre pas en vigueur, bien qu'il parle aux députés européens français qui siègent, de façon à ce que, eux, par leur vote, ait une action concrète. Parce que, très honnêtement, cette motion de censure n'a aucun effet pour le Mercosur.
Donc, c'est vraiment la politique politicienne qui ne changera rien au quotidien des agriculteurs.
Un mot encore de politique, vraiment de fond, de philosophie politique. Vous êtes une femme de droite. On a chaque... Les grands fauves politiques, que ce soit Mitterrand, Chirac, Giscard, etc., avaient des parts de droite, des parts de gauche, parfois des parts même un peu plus extrêmes, à droite ou à gauche, Mitterrand. Il y a une part de droite chez Emmanuel Macron ?
Probablement.
Laquelle ?
Mais ne serait-ce que sa lecture des armées, sa lecture de la souveraineté du pays. N'oubliez pas que c'est Emmanuel Macron qui, en 17, a pris la pleine mesure de la nécessité de revoir le budget des armées. Et entre 17 et 26, nous aurons doublé le budget des armées. C'est la meilleure preuve de confiance qu'il pouvait donner aux femmes et aux hommes qui composent ces armées et la volonté de faire respecter notre pays.
Catherine Vautrin, merci. Ministre des armées, c'est quelque chose, je crois qu'en-dessus, ici, il y a les bureaux de Clémenceau, de Gaulle.
De général de Gaulle. Et deux fois pour le général de Gaulle. Sous-secrétaire d'État à la guerre en 1940, il s'en va, il revient après la libération de Paris et c'est la même personne, le même planton qui l'accueille en 1940 et au retour à la libération de Paris.
Et vous me disiez, il y a une conscience de l'enjeu. Votre téléphone, vous avez un téléphone portable, vous me disiez, vous le sortez très souvent de votre bureau parce qu'il y a une dimension de secret aujourd'hui.
Il y a ici ce qu'on appelle des documents classifiés. C'est la loyauté vis-à-vis du pays que de respecter ce qui est classifié.
Madame la ministre, merci. Merci à vous.
Catherine Vautrin