La vie en temps réel | François-Xavier Bellamy
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 100 %
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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bonsoir à tous d'abord c'est vraiment une très grande joie de vous retrouver ce soir pour cette édition de l'université de la vie et pour parler ensemble de cette question du temps alors après ce que valérie vient de nous décrire de façon si belle et si juste je voudrais revenir peut-être sur cette question du temps que nous ne sommes pas les premiers à nous poser dans l'histoire qu'est ce qu'ils ont en effet tout à fait singulière que celle du temps parce que le temps est un acteur majeur dans nos vies c'est en tous les cas quelque chose dont nous ne cessons de parler nous nous plaignons sans cesse de manquer de temps de courir après le temps nous avons sans cesse le sentiment que le temps passe trop vite et le temps devient souvent une obsession pour nous la gestion du temps la planification du temps la projection dans le temps sont autant de choses qui mobilise notre concentration et notre organisation quotidienne et pourtant le temps qu'ils jouent un rôle si important dans nos vies le temps dont nous ne cessons de parler ce temps nous ne le voyons pas nous ne percevons pas nous n'avons pas affaire à lui et il nous est bien difficile de nous le représenter la grande différence entre l'espace et le temps c'est que le temps ne se perçoit pas immédiatement je ne vois pas le temps qui passe je vois les choses qui bougent autour de moi je vois le ciel qui ne cessent de manifester que le jour avancé que la nuit arrive ou que la nuit se termine avec un jour nouveau commence je ne vois pas le temps lui même ce que je vois le plus souvent hélas et le mouvement de la trotteuse sur ma montre qui me dit qu'il est temps de me presser et de courir derrière elle mais le temps lui même nous ne percevons pas alors qu'est ce que c'est que le temps dont il est question ici cette question là elle est posée d'une manière très belle qui est rentré dans l'histoire de la philosophie de façon presque canonique par un très grand théologien qui est aussi un très grand philosophe et qui est saint-augustin dans les confessions saint-augustin dans un texte très célèbre se pose cette question qu'est ce que c'est que le temps après tout si on ne m'en parle pas si on ne me pose pas la question je sais très bien ce que c'est que le temps je ne cesse de courir après lui mais dès que je me pose la question je me rends compte que je n'en sais rien qu'est ce que c'est que le temps au fond pour répondre à cette question nous avons devant nous trois temps il y à le passer mais le passé c'est ce temps qui n'est plus et qui donc n'existe plus le passé est retombé dans le néant il y à l'avenir mais l'avenir c'est le temps qui n'est pas encore est par définition s'il n'est pas encore c'est qu'il n'existe pas du tout alors que nous reste-t-il il nous reste le présent ceux présents dont valérie nous a dit qu'il était si nécessaire de se saisir mais comment se saisir du présent parce que le propre du présent c'est qu'il ne cesse de passer justement le présent c'est ce point qui court entre le futur et le passé le présent c'est ce point qui au moment où je le saisis en fait a déjà disparu dit présent et le mot est déjà passé le présent est insaisissable le temps est insaisissable et par conséquent si je cherche ce qu'est le temps si je cherche où est le temps je suis très vite désarçonner le temps en fait est ce qui n'existe qu'en tant qu il tend à ne plus exister le temps est ce qui n'a d'autre réalité que de disparaître au moment où je crois le saisir raison pour laquelle au fond nos vies qui sont dans le temps semble tellement nous échapper à force de courir derrière le temps nous avons le sentiment de courir derrière nos propres vies qui n'ont pas d'autre réalité que celle de nous fuir finalement que celle de nous échapper qu'est ce que c'est alors que le temps au fond ce qui peut nous mettre sur la trace d'une réponse plus satisfaisante c'est que ces trois temps dont parle saint augustin elles ont bien une certaine réalité mais cette réalité ne se trouve pas sur cette représentation que vous connaissez tous ceux qui nous vient la plus spontanément à l'esprit cette représentation spatiale du temps qui fait que le temps serait comme une flèche avec d'un côté et l'avenir de l'autre côté le passé et puis ce petit point du présent qui se déplace sur la flèche non la réalité du temps elle ne se trouve pas sous cette forme spatialisé la réalité du temps elle se trouve en fait en nous le passé à bien une certaine réalité et cette réalité c'est l'attention que j'ai au passé la tension au passé nous l'appelons la mémoire la mémoire et bien la présence du passé en moi ce par quoi le passé mais encore présents et la mémoire nous le savons bien est absolument nécessaire à chacune de nos existences parce qu'elle est ce par quoi nos vies trouve mystérieusement une forme de stabilité au fond nous le savons bien la vie est faite de mouvements la vie est faite de changements et nous vivons d'ailleurs dans un monde de la modernité dans une époque qui est marqué par cette fascination pour le changement par cette fascination pour le mouvement c'est même d'ailleurs vous le constatez avec moi une fascination collective une fascination politique nous ne cessons de nous enthousiasmer pour ce qui change pour ce qui bouge pour ceux qui se transforme sans cesse quelle que soit d'ailleurs nos sensibilités politiques la réforme est devenu le canon de toutes nos passions en 2007 c'était la rupture en 2012 c'était le changement c'est maintenant en 2017 c'est est en marche bref il faut être en mouvement si on veut avoir une chance de survivre il faut changer sans cesse et nous venons de co2 commencer le moment dé la révision des lois de bioéthique qui elle aussi semble devoir épouser ce mouvement permanent du monde comme si la règle éthique devaient s'ajuster à cette adaptation constante que l'univers exige de nous dans ce flux permanent nous semblons ne pas échapper à la règle et de fait nous sommes fait de ce mouvement nos corps par exemple ne cesse de se transformer chaque jour des milliers de cellules en ou meurs et des milliers de cellules en nunès le grand biologiste et d'ailleurs ancien président du comité consultatif national d'éthique jean-jacques à mécènes dit que le sentiment que nous avons de notre propre permanence correspond pour partie à une illusion notre corps est semblable à un fleuve qui ne cesse de se renouveler qui ne cesse de se transformer alors qu'est ce qui fait que étant nous mêmes en permanence traversé par le changement nous pouvons malgré tout atteindre une forme de stabilité de permanence d'identité qu'est ce qui fait que l'enfant que j'ai été un jour que le jeune que j'ai été sera le même que le vieillard que je serais devenu à mon tour au fond ce qui fait que notre identité demeure à travers tous ces changements c'est la mémoire le souvenir du passé qui construit mon identité mettons-nous d'une certaine manière à l'école de ceux qui dans notre société sont atteints du trouble de la mémoire de la maladie d'alzheimer par exemple ils nous disent à quel point est précieux ce temps passé qui demeure en haut sous la forme du souvenir à quel point ce temps est nécessaire à la construction de notre propre identité de nos relations avec les autres de la stabilité de notre enracinement dans le monde il y à bien donc une certaine consistance de ce passé qui n'est plus et qui pourtant demeure et qui pourtant demeure fécond en ou sous la forme de la mémoire sous la forme du souvenir il ya bien aussi une certaine consistance de l'avenir parce que nous sommes présents à l'avenir sous la forme du désir sous la forme de la crainte nous ne sommes pas enfermés dans un pur présent nous faisons des projets nous regardons notre présent comme déjà habité par cette projection de l'avenir par cette tension vers l'avenir il faut être présent à notre propre appréhension de ce qui va venir être présent à notre propre inquiétudes parfois et savoir l'écouter être présent à nos espérances aussi et savoir leur faire confiance et puis il y a une dernière présence la plus nécessaire de tout la plus menacée aussi c'est notre présence au présent si le présent n'est rien d'autre que ce petit point qui courent sur la flèche du temps entre le passé et l'avenir le présent vous l'avez vue n'est presque rien il n'est rien en fait et là encore nous avons besoin et c'est peut-être ce que nous oublions le plus de conforter cette vacuité du présent par notre propre attention à lui le présent dix ans auguste ans ça n'est pas ce petit moment un film ce millième de seconde qui est là tout de suite maintenant et qui instantanément est passé le présent n'est pas cette espèce de falaise par laquelle le futur se transforme en passé le présent comme le dira le grand philosophe bergson au 20e siècle c'est l'espace de notre attention l'espace de notre attention à ce que nous sommes en train de vivre à ce à quoi nous sommes présents or nous le savons bien rien n'est plus menacées dans le monde contemporain que le présent on ne nous a jamais aussi asséné qu'il fallait vivre au présent cueillir l'instant présent nous saisir de ce présent et en profiter à fond et nous n'avons jamais moins bien su vivre la réalité et la densité de ce présent de cette attention aux présents que depuis que la modernité nous a plongés dans ce mouvement permanent et dans tout ce que nous avons construit pour pouvoir être mobile à commencer bien sûr par les mobiles que vous avez tous dans vos poches un philosophe américain qui s'appelle mathieu crawford a écrit un ouvrage récent que je vous recommande vivement et qui s'appelle contact le titre de cet ouvrage en anglais et comment nous avons perdu le monde et comment les retrouver et dans cet ouvrage crawford affirme que la denrée rare du 21e siècle sera la tension la capacité d'attention nous voyons bien que le monde dans lequel nous vivons construit des outils de plus en plus perfectionnés pour mobiliser notre attention pour la diffracté pour la divise et telle sorte que d'une certaine manière nous ne soyons plus jamais totalement présent à ce qui est présent devant nous que nous ne soyons plus jamais présent à une seule chose au 1 seule personne à la fois et nous voyons bien de fait et je le vois le premier en moi même à quel point il est difficile d'éviter que les écrans qui nous entoure ne finissais littéralement par faire écran entre nous et notre monde entre nous et ce qui est juste là devant nous je suis présent bien sûr je suis là mais je suis en même temps ailleurs je suis présent je suis là d'une certaine manière mon corps est ici mais mon esprit est ailleurs tu me vois mais je ne te vois pas tu me parles mais je ne t'entends pas j'ai lu récemment sur twitter cette petite plaisanterie qui m'a fait rire bien qu'elle soit assez grinçante c'est la plaisanterie de quelqu'un qui dirait à sa conjointe toi son conjoint tais toi tu me dérange de regarder mon téléphone qui m'a encore empêcher d'être attentif à ce qu'il y avait sur mon fils d'actualités et de fait bien souvent l'autre devient un obstacle pour nous dans cette attention que nous voudrions porter toujours plus loin toujours ailleurs toujours en dehors de ce monde réel devant lequel nous sommes présents et pourtant ce monde réel et la condition de notre rapport au temps la condition de la consistance du présent le présent n'est rien si nous ne sommes pas présents à lui c'est ainsi d'une certaine façon que le temps agit sur nous et que nous pouvons retrouver la consistance de ce temps valérie nous a magnifiquement montrer à quel point le présent était ce à quoi il fallait être présent le temps si merveilleux au cours duquel une vie nouvelle n'est dans le corps d'une femme au cours duquel une vie novell se prépare à être accueillis dans un couple ce temps là c'est le temps présent et le présent peut durer neuf mois mais le présent c'est ce à quoi il faut être attentif pour une raison très simple c'est que le présent si nous n'y sommes pas attentifs n'est pas infiniment données ce qui fait la valeur infinie du temps présent de chacun des instants du temps de chacune des personnes que nous rencontrons dans le temps c'est le caractère limité de toutes les choses qui sont dans le temps le temps n'existe et je sais que vous rencontrerez martin steffens qui vous en parlera mieux que moi le temps n'existe dans notre vie que parce qu'il est limitée par cette borne décisive qui s'appelle la mort si le temps passe c'est parce qu'il est fini et si il est fini pour chacun d'entre nous c'est parce que nous allons mourir un jour cela n'a rien qui doive nous paraître déprimant au contraire c'est la condition pour redécouvrir la valeur infinie de chacun des instants du temps et la nécessité urgente d'y être authentiquement présent le présent est le seul bien que nous pourrions perdre sans pouvoir le retrouver on peut perdre de l'argent et peut-être le retrouver on peut perdre de l'espace est peut-être le reconquérir mais quand on a perdu le temps quand on a perdu le présent c'est sa vie qu'on a perdu d'une certaine manière et qu'on ne retrouvera plus la mort est en ce sens la condition pour que nous soyons authentiquement vivants c'est-à-dire authentiquement présent à chacun des instants du temps nous ne pouvons que très difficilement imaginer ce que serait lé père ni té l'éternité n'est pas un temps infini l'éternité c'est l'absolue du présent c'est l'absolue de la présence et d'une certaine manière être authentiquement présent à toutes les choses qui sont dans le temps c'est déjà d'une certaine façon vivre une expérience de leur éternité vivre l'expérience d'une présence qui dans son caractère absolu nous sera peut-être donner pour pouvoir goûter ce que sont les choses quand nous sommes vraiment avec elles pour pouvoir goûter ce que nous sommes quand nous sommes vraiment présent à nous mêmes voilà sans doute le plus grand défis qui nous attendent lorsque la catastrophe qui pourrait nous arriver et elle nous menace tous encore une fois la catastrophe qui pourrait nous arriver les pas qu'il faille y mourir un jour cela nous arrivera tous la seule catastrophe qui pourrait nous arriver serait de n'avoir jamais vraiment vécu de n'avoir jamais été présent à ces moments du temps qui nous sont données et c'est peut-être après tout le sens de ce temps réel que nous redécouvrons dans la tension à ce qui nous est donné à ce qui nous est donné comme un cadeau dont la valeur est infini à ce qui nous est donné comme un infini présent merci infiniment pour votre attention
François-Xavier Bellamy