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interviewLCP (sur YouTube)· 30 novembre 2024 14 min

Christelle D'Intorni, députée UDR des Alpes-Maritimes | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Cinq fois candidate, jamais battue, mon invitée est une puncheuse qui vise le chaos politique de ses adversaires. Longtemps membre des Républicains, elle est aujourd'hui vice-présidente de l'UDR, le parti fondé par Eric Ciotti. Générique Bonjour Christelle D'Intorni. -Bonjour. -Alors, la cinquième circonscription des Alpes-Maritimes a longtemps été la chasse gardée de Christian Estrosi et de ses proches et c'est vous qui avez mis fin à ce règne, c'était le 19 juin 2022.

On va écouter l'extrait d'un reportage réalisé par RFI ce jour-là. -Oh là là ! Un vrai bonheur ! -Sur le vieux port de Nice, les partisans d'Eric Ciotti jubilent. -Christelle D'Intorni, Eric Ciotti... -Leur député depuis 2007 est réélu et la candidate LR de la circonscription voisine a gagné son ticket pour l'Assemblée.

Tous deux face à des macronistes soutenus par l'ennemi politique régional d'Eric Ciotti, le maire de Nice, Christian Estrosi. Eric Ciotti se régale. -Rendez-vous compte, Christelle D'Intorni bat le système Estrosi dans une circonscription que détenait Christian Estrosi depuis 1988 ! -Alors ce soir-là, Eric Ciotti venait lui-même d'être réélu, et là on l'entend, il se réjouit davantage de votre propre victoire que de la sienne.

Comment vous l'expliquez ? -C'est beaucoup d'émotion de revoir ces images. Ca avait été une élection extrêmement difficile, extrêmement compliquée.

Et de revoir cette victoire, de revoir ces moments d'émotion, c'est vrai que...

ça me replonge dans ce moment qui était incroyable et qui me paraissait tout à fait lunaire. -A l'époque, la presse a tout de suite présenté votre victoire comme étant celle d'Eric Ciotti face à Christian Estrosi. En quelque sorte, vous étiez l'instrument de cette bataille entre les deux hommes forts de la région.

Est-ce que ce n'est pas un peu vexant ? -Oui. Je vous réponds honnêtement, oui.

C'est un petit peu réducteur parce que, est-ce que c'est le fait d'être une femme ? Il faut nécessairement qu'on soit raccroché à un homme politique, qu'on ne puisse pas exister indépendamment ? C'est un petit peu réducteur, mais voilà, j'estime, effectivement, que je suis une femme indépendante, que j'ai fait mes preuves, mon parcours politique qui est quelque peu atypique, qui date d'il y a seulement dix ans, maintenant, et cette victoire, c'est une victoire grâce à un travail complémentaire de nous tous.

Je n'ai pas démérité, personne n'a démérité sur cette bataille, et c'est vrai que le résultat a été incroyable. -J'ai lu que votre première victoire électorale face au Estrosi ne date pas de 2022, ça remonte à vos années collège. -Effectivement. -C'est vrai ? -Oui, tout à fait.

J'étais candidate aux élections dans ma classe, de déléguée de classe, et j'étais contre la fille de Christian Estrosi, Laetitia Estrosi, et je l'avais gagnée à plusieurs reprises, dès le collège. Donc oui, effectivement, l'histoire remonte. -Tout ça ne crée pas forcément une inimitié politique.

Si on remonte quelques années en arrière, au régional de 2015, Christian Estrosi vous avait placé numéro deux sur sa liste dans les Alpes-Maritimes. C'était une marque de confiance de sa part. Qu'est-ce qui s'est passé pour que vous deveniez en quelque sorte sa meilleure ennemie politique ? -Alors, en réalité, moi je suis devenue maire en 2014. -On va en parler.

En 2015, Christian Estrosi me propose d'intégrer la liste aux élections régionales. La veille que ça soit rendu public, il me passe un coup de fil à plus de 22 h 00 pour me dire que je serai sa numéro deux. Quand j'ai raccroché le téléphone, je me suis effondrée en pleurs parce que je venais d'accoucher de ma première fille, je savais l'immense travail qu'allait être cette campagne qui s'annonçait très compliquée, je ne me sentais pas à la hauteur.

C'était tout nouveau pour moi, la politique. J'étais maire d'un petit village depuis seulement quelques mois. -Vous aviez une carrière d'avocate. -Exactement.

Je venais, comme je dis, d'être tout juste maman. Donc c'était un défi très compliqué qui m'inquiétait beaucoup. Donc j'ai beaucoup travaillé pendant ces élections régionales.

Et puis j'ai très vite été déçue. Déçue de Christian Estrosi. En réalité, je me suis rendue compte au fil des mois et des semaines, en travaillant avec lui, notamment au conseil régional, qu'il représentait, il incarnait tout ce que je détestais. -Qu'est-ce que vous entendez par là ? -C'est-à-dire, alors humainement, une personne qui a peu de courage, qui ne tient absolument pas parole, qui est très hypocrite... -Il a fait des promesses qu'il n'a pas tenues après la campagne ?

C'est ça le problème ? -Il y a un problème humain et un problème politique. Je me suis rendue compte que nous étions tous les deux complètement aux antipodes.

Il n'a pas de respect d'un point de vue humain et en politique, malheureusement, il va là où le vent le mène. Et avoir une colonne vertébrale en politique, je pense que c'est la base d'un engagement. -C'est cet ennemi commun qui a fini par vous rapprocher d'Eric Ciotti.

Vous vous êtes présentés en binôme aux départementales de 2021. On a vu à quel point il vous a soutenu en 2022 et vous étiez à ses côtés sur votre affiche électorale à l'époque. Et puis en 2024, plus question de partager l'affiche avec lui.

C'était ce que vous évoquiez, le besoin de vous affirmer ? -Déjà, pour revenir en 2017, ce qui m'a rapproché d'Eric Ciotti, c'est quand je me suis rendu compte que Christian Estrosi a fait campagne contre son propre camp, a fait campagne contre Eric Ciotti, qui faisait partie de la même famille politique. Quand je me suis... -Christian Estrosi s'est rapproché d'Emmanuel Macron. -A ce moment-là.

Cette trahison-là, je ne l'ai pas supportée. Parce que j'estime que quand on fait partie d'une famille politique, on doit être unis, solidaires, on doit s'entraider. Je n'ai pas supporté cette trahison.

Mon chemin s'est séparé de celui de Christian Estrosi. Et j'ai informé Eric Ciotti de ce qui se tramait dans son dos et de ce qui se passait. Et je l'ai soutenu pendant sa candidature. -Donc le rapprochement s'est fait à ce moment-là. -Voilà.

Et ensuite... -Il vous a aidé en 2022, en 2024, on vous voit toute seule sur l'affiche.

Ca y est, c'est le temps de l'affirmation... ? -Ca me paraissait logique.

Parce qu'en deux ans, j'ai fait un très gros travail de terrain. J'ai été extrêmement présente dans toute la circonscription, que ce soit sur la partie niçoise, sur la partie plus rurale avec toutes les communes de l'arrière et du moyen pays. Donc ça me paraissait naturel que d'être seule sur l'affiche, puisque le travail, je l'avais fait, je n'avais pas démérité non plus.

Donc oui, je me suis affichée toute seule. -Vous vous êtes forgée une réputation redoutable au fil de vos campagnes électorales, une réputation et un surnom, "demolition girl". Est-ce que vous vous retrouvez dans ce surnom ?

Ca vous correspond ? -Alors ce surnom, c'est Pascal, mon premier adjoint quand j'étais maire de la commune de Rimplas qui me l'avait donné. Aujourd'hui, c'est le maire de Rimplas.

Il me l'a donné, pourquoi ? Parce que quand je quittais le village, après des réunions avec la municipalité, je leur disais : "Voilà, on a besoin de ça, on a besoin de ça, comptez sur moi, dans une semaine..." -Et aussi, parce que cette campagne a été quand même assez houleuse, on va le dire ? -Ca remonte avant la campagne de 2022. -On va évoquer cette campagne, ça m' a marqué, les portraits de vous dans la presse.

Le maire du village de Rimplas vous a proposé d'être sur sa liste, on est en 2014, et là, non seulement vous lui avez dit non, mais vous avez décidé de vous présenter face à lui. Une campagne qui s'est achevée avec un constat d'huissier, un procès que vous avez engagé contre votre adversaire. On est dans un petit village de 130 habitants.

Est-ce que l'enjeu politique local valait d'aller aussi loin dans le bras de fer ? -Alors, c'est ma méthode. C'est ma façon de faire.

Quand je me lance dans quelque chose, dans un défi, je vais au bout. Je mets toutes les chances de mon côté. Parce que je ne veux pas avoir de regrets.

Je suis avocate. -Petit village, 130... -Je suis avocate.

Et oui, nécessairement, j'ai des réflexes juridiques, les constats d'huissiers...

Voilà, oui, il y a eu des radiations judiciaires, il y a eu tout... -J'ai lu qu'il a refusé, quand il a perdu, il a refusé la passation de pouvoir et il s'est désinscrit des listes électorales.

Ce maire a consacré 13 ans de sa vie à son petit village. -Dix-huit ans de sa vie. -Symboliquement, c'est fort, se désinscrire des listes électorales.

Vous l'avez écoeuré de la politique. -Il n'a pas été écoeuré. Quand on est maire d'une petite commune, on ne fait pas de la politique à proprement parler.

Cette campagne, elle a été rude, elle a été dure, effectivement. Je l'ai faite à fond, comme je fais toujours, à fond. Mais finalement, une fois...

Quand on fait une campagne, forcément, c'est clivant. Une fois l'élection passée, ma priorité, ça a été de rassembler le village. Parce que, forcément, il était coupé en deux.

Et dès les premières semaines de mon mandat, j'ai oeuvré pour rassembler. Et seulement quelques mois après, tout le village était rassemblé. Je m'entends très bien avec sa fille, avec sa petite-fille, avec lui.

Aujourd'hui, il vote dans ma circonscription, il me soutient. -Mais cette histoire s'est répétée. En 2022, j'ai lu que votre avait été marquée par des pneus crevés, des pare-brises en miette des appels à la démission, on l'évoquait... -Des dépôts de plainte. -Je ne compte pas le nombre de fois où vous avez déposé plainte contre vos adversaires.

Ca dit quoi de vous, de votre vision, de votre façon de faire de la politique ? -En 2022, ce n'était pas de mon fait. En 2022... -C'est pas de votre faute. -Non, mais j'assume quand c'est de ma faute et quand ça ne l'est pas.

En 2014, effectivement, j'ai fait une campagne un petit peu rude pour un petit village. Je vous l'ai dit, des radiations judiciaires, des constats d'huissier, parce que oui, tout n'était pas tout à fait réglementaire et j'estimais qu'il fallait être réglo. En 2022, j'ai fait campagne dans un territoire qui était immense.

C'était tout nouveau pour moi de me lancer dans une campagne des législatives. Et j'ai eu, face à moi, tout le camp estrosiste, toute la machine de guerre estrosiste contre moi. J'ai subi, c'est moi qui ai subi, mes pneus crevés, des dégradations sur mon véhicule, des menaces.

Effectivement...

J'ai subi une campagne de caniveau. Et malheureusement, oui, j'ai déposé plainte contre Christian Estrosi. parce qu'il avait écrit des lettres diffamantes à mon encontre. -Donc, cette façon de faire de la politique, C'est aussi un moyen pour vous de vous faire respecter, en tant peut-être que femme, dans un milieu politique local un peu violent, on va dire ? -De me faire respecter tout court.

Oui. Après, effectivement, c'est un milieu politique qui est très formateur. -Quand Emmanuel Macron a dissous l'Assemblée nationale en 2024, vous êtes la seule députée Les Républicains à avoir suivi Eric Ciotti dans son rapprochement politique avec le RN.

Mais alors, quand on lit les articles qui vous sont consacrés, on a l'impression que c'est vous qui avez convaincu Eric Ciotti de se rapprocher du Rassemblement national. C'est comme ça que ça s'est fait ? -Oui, je me suis entretenue quasiment quotidiennement avec Eric.

Et oui, je l'ai poussé en ce sens. -Mais ça veut dire qu'il n'aurait pas fait cette démarche politique sans vous ? -Je pense que oui, il l'aurait fait.

Je ne suis pas dans sa tête, mais en tout cas, moi, oui. -Il hésitait et c'est vous qui l'avez convaincu ? -En tout cas, j'ai essayé de le convaincre avec les moyens qui sont les miens, parce que je suis intimement convaincue que cette union des droites, c'est la seule solution pour notre pays.

J'en suis convaincue depuis 2022. Il ne se passe pas une journée sans qu'on ne m'en parle. Sans qu'on ne vienne pas me dire : "Pourquoi à gauche ils ont été capables de le faire et à droite, on n'y arrive pas ?" Donc, quand il y a eu cette dissolution, je me suis entretenue plusieurs fois avec Eric Ciotti et je lui ai dit : "Ecoute, je pense que c'est la solution, il faut qu'on aille dans ce sens." -Vous dites que vous avez longtemps défendu cette idée de l'union des droites, donc ce rapprochement avec le Rassemblement national.

Mais 2016, vous avez soutenu Bruno Le Maire lors de la primaire de la droite. Et Bruno Le Maire a toujours fermement combattu les idées du Rassemblement national et toute idée d'un rapprochement de la droite avec le Rassemblement national. Vous étiez sur cette ligne politique-là à l'époque ? -Non, j'ai soutenu Bruno Le Maire parce que c'était sa personnalité qui m'intéressait à l'époque. -On ne peut pas soutenir un candidat que pour sa personnalité. -J'étais... toute jeune dans la politique.

Je n'avais pas encore une maîtrise parfaite du système. Néanmoins, il y avait plusieurs candidats dans la droite, dont Nicolas Sarkozy, qui m'avaient extrêmement déçue. Il n'était pas question pour moi de le soutenir.

Et mon choix s'est porté sur Bruno Le Maire parce que c'était une personne très accessible, très simple. Sa méthode pour rencontrer les gens, cette simplicité, cette approche, m'avait vraiment intéressée. Donc oui, je l'ai soutenu de tout coeur dans les Alpes-Maritimes.

Nous étions deux, seulement, à être à ses côtés d'ailleurs. -On va conclure l'émission par notre petit quiz traditionnel. Je vais vous proposer des débuts de phrases et ça va être à vous de les compléter. -Très bien. -"Etre député, c'est renoncer à..." -C'est trouver un équilibre. -Vous ne renoncez à rien ?

Vous vous adaptez dans votre vie en dehors de la politique ? -C'est vraiment une question d'équilibre entre ma vie personnelle avec mes deux enfants, avec mon époux, avec mon engagement encore pour mon petit village et ma vie personnelle. Donc oui, c'est une question d'équilibre.

On ne renonce à rien. -"Mes nombreuses propositions de loi servent à..." "Nombreuses" parce que j'ai fait un calcul... -Vous avez raison. -J'ai fait une moyenne, vous en avez présenté une toutes les deux semaines. -C'est ça. -Combien ont été débattues dans l'hémicycle ? -Aucune, pour la simple et bonne raison que je suis dans l'opposition, il faudrait une niche parlementaire.

Néanmoins, elles font évoluer les mentalités. Prenons l'exemple de celle sur le trafic de stupéfiants. Je veux rendre responsables les consommateurs.

Je veux aggraver les sanctions à leur encontre. Je avais remis cette proposition de loi à l'ancien ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui a utilisé mes éléments de langage à plusieurs reprises dans la presse. -Ce n'est pas un outil de communication vis-à-vis de vos électeurs ? -Surtout pas.

C'est faire évoluer les choses. Et puis si un jour on arrive au pouvoir, tout sera prêt. -"Ceux qui m'imaginent maire de Nice..." -C'est le combat d'Eric Ciotti et je serai à ses côtés, oui. -Ce ne sera pas le vôtre. -Ce n'est pas mon combat maintenant, non. -Merci beaucoup, Christelle D'Intorni d'être venue dans "La politique et moi". -Merci à vous, merci.

Générique de fin