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interviewBFMTV· 19 juin 2024 25 min

Législatives, JO de Paris: l'interview de Gérard Darmanin en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Gérald Darmanin. Bonjour. Merci d'être avec nous, ministre de l'Intérieur et des Outre-Meur, candidat évidemment aux législatives chez vous à Tourcoing dans le Nord. Ma première question ce matin, elle concerne ses déclarations hier d'Emmanuel Macron qui a visiblement décidé de taper très fort contre la gauche, contre le nouveau Front populaire, qui l'accuse d'être immigrationniste. Il dit que la gauche est devenue immigrationniste. Et il moque, on va l'entendre, l'idée du Front populaire de vouloir autoriser le changement d'état civil pour les transsexuels à la mairie. Écoutez ce que disait le président hier.

0:31
Locuteur non identifié

Il n'y a plus de laïcité. Ils reviennent sur les lois d'immigration qu'on a faites, qui permettent quand même de réguler et qu'on doit maintenant mettre en œuvre. Et puis il y a des choses complètement ubuesques, comme par exemple l'échange de sexe en mairie. Donc, moi je crois que, peut-être qu'on a plein de défauts, mais moi vous me connaissez, la majorité qui m'accompagne vous la connaissez. Ça fait 7 ans qu'elle fait des choses et elle a tenu à la protéger.

0:54
Présentateur

Le choix d'Emmanuel Macron, votre choix dans cette campagne ce matin, c'est à droite toute ?

0:59
Gérald Darmanin

Non, le choix c'est la République. Nous avons trois fronts. Il y a un front insoumis, celui que porte M. Mélenchon et ses amis. Il y a un front national, celui qui veut trier les Français selon leur origine. Et puis il y a un front républicain, c'est-à-dire ceux que nous portons collectivement. On a pris une claque politique, électorale, dimanche dernier aux élections européennes. Il faut se remettre en cause. Nous nous remettons en cause, le président se remet en cause, je me remets en cause. Évidemment, il y a des choses largement améliorées. Mais ce n'est pas la même chose, ce n'est pas de même nature.

Et donc, nos ennemis, c'est les deux fronts extrémistes, que sont le front insoumis et le front national.

1:34
Présentateur

Mais je vous dis à droite toute, parce que dans les mots qui sont choisis par Emmanuel Macron, par exemple, ce terme d'immigrationniste, il est connoté immigrationniste. C'est un terme qu'emploie, à votre égard d'ailleurs, à l'égard d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jordan Bardella, depuis des années. Vous avez décidé de reprendre aussi ce vocabulaire-là.

1:51
Gérald Darmanin

Alors, le grand avantage des campagnes électorales, c'est que beaucoup de gens reviennent vers le peuple. Personnellement, ça ne m'est pas arrivé, puisque je suis à Tourcoing, j'y vis, j'y passe deux, trois jours par semaine depuis au moins 15 ans. Depuis que je suis ministre, je n'ai jamais oublié Tourcoing à lui, à ma circonscription. Je sais que les Français ne raisonnent pas, pardon, comme nos débats parisiens. Ils nous regardent de façon très lointaine, ils regardent Paris de façon très lointaine, les hommes politiques, malheureusement aussi les journalistes, les élites.

2:14
Présentateur

– Pardon, pardon, on est du même coin, Gérald Darmanin, je suis né à 10 km de votre circonscription.

2:19
Gérald Darmanin

– Oui, oui, je ne sais pas si vous y êtes trois jours par semaine comme moi. – J'y suis régulièrement aussi. – Je ne sais pas si vous y êtes élu, en tout cas, je peux vous dire que ma permanence, j'ai toujours tenu des permanences, et j'ai toujours continué à écouter les agriculteurs, les habitants, les personnes qui avaient des difficultés. Et qu'est-ce qui se passe ? Il se passe qu'aujourd'hui, les débats parisiens, c'est des débats qui sont une élite qui a fait sécession.

Et dans les mots, oui, il y a des gens, y compris d'ailleurs issus d'immigration, qui vous disent, il faut arrêter, il faut qu'on puisse continuer à accueillir des personnes, c'est ce qui nous distingue du Rassemblement national. Mes deux grands-pères étaient de l'autre côté de la Méditerranée, personne ne peut me faire ce procès. Mais en même temps, il faut savoir bien les intégrer. Nous ne sommes plus capables aujourd'hui de pouvoir accueillir tout le monde. Le projet de la France insoumise, c'est dans le projet présenté par les candidats d'extrême-gauche qui se présentent devant nous. C'est d'abolir la loi immigration. – C'est écrit texto. – C'est d'abolir la loi séparatisme.

Dans la loi, par exemple, immigration ou dans la loi séparatisme, qu'est-ce qu'il y a ? C'est l'exigence de parler français pour avoir un titre de séjour en France. C'est ce que veut supprimer l'extrême-gauche. Est-ce que les Français sont d'accord avec ça ? Il faut au moins parler français pour avoir un titre de séjour. D'expulser des imams radicaux, par exemple, qu'on ne confond en rien avec l'immense majorité de compatriotes musulmans, mon grand-père l'était, qui respecte la République, il n'y a aucun problème, mais qui portent des propos homophobes, antisémites, antifrançais.

Quand un imam crache sur le drapeau français et qu'on arrive à l'expulser en 24 heures dans son pays d'origine, ce que nous arrivons à faire aujourd'hui, faut-il abolir cette loi de bon sens ? Donc le président de la République a raison de souligner le côté anti-national, c'est vrai, de la France insoumise.

3:47
Présentateur

– Mais donc, Emmanuel Macron explique que la gauche est de l'immigrationniste. Hier, Jordan Bardella expliquait que votre projet, ce sont ces termes, votre projet, c'est l'immigration.

3:57
Gérald Darmanin

– Non mais ça, c'est… M. Bardella, il tient les propos qu'il souhaite. Moi, je ne sais pas très bien ce que pense M. Bardella, parce que c'est la politique du tango, pas en avant, pas en arrière. Sur la Nouvelle-Calédonie, il fallait être très très fort, puis il a reculé, il a laissé les Calédoniens dans la mouise. Dès qu'il y a eu des problèmes, il a dit « il ne faut rien faire, il ne faut rien faire, il ne faut rien faire ». Première trahison. Sur les retraites, il nous a dit pendant tout le débat sur les retraites, vous allez voir, avec nous, ce sera 60 ans. Après, ça a été 62. Maintenant, on ne fait plus tout de suite.

Heureusement que la campagne est courte, parce que sinon, on va retravailler jusqu'à 80 ans avec le Rassemblement national. Sur la TVA, sur les produits de première nécessité, la grande mesure qui donne du pouvoir d'achat à tout le monde, on entend que ce n'est plus le cas. Bon, sur la double nationalité, ils se contredisent. Ce n'est plus un parti politique, c'est une ratatouille où chacun vient avec, me semble-t-il, des messages absolument contradictoires. – Pourquoi est-ce qu'il change de discours, à votre avis ? – Parce qu'il n'est pas prêt pour le pouvoir, M. Bardella. – Voilà, il est inexpérimenté, chacun commence à le dire, et ça se voit là, c'est normal.

Peut-être qu'il aurait commencé dû à gérer une mairie, peut-être. Voilà, je pense que dans une République, c'est une chose positive d'avoir à gérer quelque chose, un conseil départemental, une mairie. Et puis là, on voit bien qu'ils ne sont pas prêts pour le pouvoir. Il nous dit même que s'il n'a pas la majorité absolue, il refusera d'être Premier ministre. Mais enfin, effectivement, le Premier ministre a eu raison de rappeler Gabriel Attal, qui recule devant l'obstacle.

5:13
Présentateur

– Donc, eux disent qu'ils sont raisonnables, et que c'est pour ça qu'ils veulent d'abord connaître l'état des finances,

5:17
Gérald Darmanin

précisément, avant de pouvoir avancer. – Ils ne sont pas prêts pour le pouvoir. La vérité, et c'est une élection extrêmement importante, la vérité, c'est que vous avez trois choix. Et les Français ont trois choix, c'est assez clair. Ils ont un choix, qui est le Rassemblement national. Ce Rassemblement national, c'est 100 milliards de dépenses par an. Ce sont des Français qui seront en effet triés par leur origine, et c'est l'inexpérience. Chacun le voit. Au moment où il y a la guerre en Ukraine, ils veulent sortir de l'OTAN. Est-ce raisonnable ? Est-ce qu'on va protéger les Français en sortant de l'OTAN, maintenant, ici et maintenant ?

Ils veulent, alors qu'il y a un budget qui arrive, faire des dépenses qui n'ont aucune recette. Ça se traduit par des augmentations d'impôts. De l'autre côté, on a la France insoumise qui s'allie avec une gauche, pas toute la gauche, M. Valls, M. Cazeneuve, M. Gage, au moins l'honneur d'une gauche socialiste qui ne nous soutient pas, mais qui est ferme sur ses principes, et moi je voudrais les saluer. Et dire à tous les électeurs, M. Glucksmann, qu'ils ne peuvent pas aller vers la France insoumise. Ils ont fait le choix de 300 milliards d'euros de dépenses par an. Alors eux, ils sont moins faux-cûs que le Rassemblement...

6:13
Présentateur

Ce chiffre-là, ils le contestent.

6:14
Gérald Darmanin

Ils sont moins faux-cûs que le Rassemblement national. Ils disent comment ils vont le financer. Ils vont augmenter l'impôt des Français dès cet été.

6:19
Présentateur

Vous dites faux-cûs pour la gauche.

6:21
Gérald Darmanin

Non, ils sont moins faux-cûs que le Rassemblement national, puisque le Rassemblement national ne dit pas comment ils augmentent les impôts. Alors qu'au moins, la France insoumise nous dit qu'on augmentera les impôts dès cet été. Vous avez vu, riche, ça commence à partir de 3 000 euros. Donc les Français qui nous écoutent sachent que 3 000 euros, ils sont très riches, ils vont être taxés dès cet été. Et puis il y a nous, on s'est remis en cause, tout n'est pas parfait, on doit beaucoup changer de choses, peut-être d'ailleurs être beaucoup plus proche des gens.

6:43
Présentateur

– Notamment sur la sécurité, Emmanuel Macron l'a dit hier. – Oui, bien sûr, mais il a raison. – Et ça vous concerne directement.

6:48
Gérald Darmanin

– Bien sûr, mais il a raison, et il faut faire toujours mieux. On a augmenté les policiers et les gendarmes en rémunération, on a augmenté un effectif, mais bien sûr qu'il y a des problèmes de délinquance. Et pour aider les problèmes de délinquance, c'est plus de fermeté pour la sécurité, j'ai toujours essayé de le porter, mais aussi pour la justice. Nous, on porte une proposition très simple. Comparution immédiate, peine immédiate, qu'est-ce qui se passe ? Les gens vous le disent, les policiers et les gendarmes, ils font leur travail. C'est des gens courageux. Ils interpellent très souvent. Ils présentent au tribunal.

Et au tribunal, souvent, les gens s'en vont sans aller en prison, parce qu'on les renvoie dans six mois, dans un an, dans deux ans, à une peine. Il faut arrêter ça. Ça, c'est une erreur que nous avons faite. Donc c'est comparution immédiate, peine immédiate. Il faut que les personnes qui sortent de prison, même s'il ne fait que trois mois ou quatre mois, qu'ils les fassent, c'est immédiatement. – C'est un mea culpa que vous faites ce matin là-dessus ? – Mais quand le peuple a parlé et qu'il nous a désavoué, comme c'était le cas aux élections européennes, bien sûr qu'il faut faire des mea culpa.

7:33
Présentateur

– Parce que le peuple et d'autres partis d'opposition, vous pouvez vous dire « Mais pourquoi vous ne l'avez pas fait avant ? »

7:39
Gérald Darmanin

– Nous avons fait beaucoup de choses avant. On a fait beaucoup de choses. Expulsion, encore une fois, des personnes radicalisées en 24 heures, ce n'était pas le cas avant, nous l'avons fait. Si je regarde mes anciennes fonctions de ministre des Comptes publics, l'impôt à la source, personne ne voulait le faire, nous l'avons fait. Hier, j'étais dans un artisan à Bousbec, il y avait cinq salariés, il m'a dit « Merci pour le Covid, parce que vous avez donné l'assurance chômage à mes salariés, et moi, dès le lendemain, je n'ai pu reprendre mon boulot. » – On l'a fait, il y a des choses bien qui ont été faites, on a protégé les Français, mais tout n'a pas été bien fait.

– Et je veux qu'on revienne là-dessus, pardon ? – Notamment sur ce qu'on appelle le régagien, la justice, il faut être extrêmement ferme, beaucoup plus ferme, c'est ce que j'essaie de porter. Je rappelle que j'ai porté une loi immigration, et à longueur de plateau, et parfois même dans la majorité, on me contestait. Aujourd'hui, je suis heureux de voir que toute la majorité est dans une démique de grande fermeté.

8:23
Présentateur

– On va revenir sur la sécurité dans un instant, et reparler aussi des JO et des menaces qui pèsent encore aujourd'hui. Mais quand on écoute Emmanuel Macron hier, qui caricature, par exemple, je reviens à cette proposition-là, la proposition du Frop populaire, qui est de proposer le changement d'état civil pour les personnes transsexuelles à la mairie. Emmanuel Macron résume ça en disant, c'est aller changer de sexe en mairie. Est-ce qu'il faut aller jusqu'à la caricature de ses opposants pour faire campagne ?

8:47
Gérald Darmanin

– Non, mais c'est une proposition de la France insoumise.

8:49
Présentateur

– Changer d'état civil à la mairie pour les transsexuelles, oui, changer de sexe à la mairie, le dire comme ça, là va vite. Et on voit la réaction où quelqu'un dit « oh ». – Est-ce que c'est la… ?

8:58
Gérald Darmanin

D'abord, ne vous moquez pas des gens qui ne sont pas d'accord. – Mais non, je ne m'en moque pas, c'est simplement, je note cette réaction-là. – Ils ont le droit… – Je ne le moque absolument pas, évidemment. – Ils ont le droit de ne pas être d'accord avec la proposition de la France insoumise. – Bien sûr, mais est-ce qu'il faut la caricaturer ? – D'abord, je pense que pourquoi ils n'en parlent pas d'ailleurs ? La France insoumise, moi je regarde à longueur de plateau, sur votre plateau, ils critiquent beaucoup, mais ils ne parlent pas de leur programme. Parce que dès qu'on regarde leur programme, on n'a pas très envie de voter pour eux.

Donc j'invite tout le monde à regarder le programme du Front insoumise, qui est aujourd'hui le Front populaire, je mets des guillemets parce que c'est une insulte pour ce qu'étaient les socialistes de M. Blum. Aujourd'hui, la priorité, ce n'est pas celle-là, me semble-t-il. La priorité des Français, ce n'est pas le wokisme, et ce n'est pas parler à des catégories de personnes.

La priorité, c'est de soutenir notre économie, sans faire des dépenses inconsidérées et des promesses sans lendemain, parce que ce rêve va se transformer en cauchemar, c'est d'être beaucoup plus ferme sur la politique de sécurité, sans tomber de l'autre côté de la barrière, c'est-à-dire sans trier les Français par leur origine. C'est ce que fait le Rassemblement national, et c'est inacceptable. Il y a énormément de nos compatriotes musulmans, issus d'immigration, qui respectent les règles de la République, qui sont policiers, qui sont gendarmes, qui sont militaires, et qui risquent leur vie pour le drapeau français.

Et ce que fait le Rassemblement national, en les ethnicisant, en les triant, comme j'ai pu entendre parfois Mme Marion Maréchal-Le Pen le dire, parce que c'est elle qui soutient Mme Le Pen, dans la grande famille, la grande PME Le Pen, c'est inacceptable. Et ça, les Républicains, au sens très large du terme, ne peuvent pas l'accepter. En ce sens, ce qu'a fait M. Ciotti, est un crime contre l'honneur pour ce qu'est la droite française. Et on ne peut pas essentialiser les gens, ce n'est pas possible. On ne peut pas dire à tous ces musulmans, à toutes ces personnes qui sont parfois issues d'immigration, qui sont des ennemis de l'intérieur en puissance. Moi, ça me révolte.

En revanche, on peut dire que les étrangers qui ne respectent pas les règles de la République, ils doivent partir immédiatement. C'était le sens de ce que nous avons proposé avec le Président. Donc il y a d'un côté ceux qui veulent essayer de trier les Français, de l'autre ceux qui veulent parler à des communautés, ça c'est la France insoumise. Nous, nous parlons parce que nous sommes universalistes à tout le monde.

10:53
Présentateur

Un mot des coulisses, Gérald Darmanin, avant de parler des JO. La décision d'Emmanuel Macron de dissoudre la semaine dernière. Vous avez été aux premières loges de cette dissolution, avec cette photo, d'abord, je pense que vous l'avez vue, cette photo-là, prise par la photographe de l'Élysée, ce fameux dimanche 9 juin, où le Président vous dit qu'il va dissoudre. À ce moment-là, vous le savez déjà ?

11:12
Gérald Darmanin

Non, je ne le sais pas.

11:13
Présentateur

Vous l'apprenez à ce moment-là ? Oui. Quel a été votre rôle dans cette dissolution ? Est-ce que vous avez juste approuvé, validé d'une certaine manière, approuvé la décision qui a été prise par le Président de la République, ou est-ce que vous l'avez poussée à dissoudre ?

11:27
Gérald Darmanin

Le Président de la République, lorsqu'il nous a réunis, il a dit trois choses. Il a dit, voilà, on a eu une grande défaite électorale. Le peuple s'est prononcé, et la défaite est très importante. Le message des Français est très important. Et pour nous, l'Europe, pour nous, l'Europe, pour la France, grand pays européen, mais pour nous, la majorité, c'est essentiel, c'est notre ADN. Donc cette défaite, on ne peut pas faire comme si, voilà, on fermait les yeux, on regardait TF1 ou BFM, et puis le soir, on se dit, c'est une défaite, on passe à autre chose. Donc il faut faire un geste politique très fort. C'est un remaniement, juste, donc on ne va pas changer de Premier ministre.

Des référendums, pour des appels au peuple, pourquoi dire et pourquoi faire ? Quelqu'un a-t-il une idée de référendum qui peut changer la vie des gens immédiatement ? Personne n'en a, puisqu'il faut d'abord changer la Constitution. Donc, il n'y a que l'appel au peuple, et la dissolution. Moi, je suis d'accord avec ce raisonnement du Président de la République. Nous ne sommes pas... Vous lui avez dit avant qu'il prenne sa décision ?

Le Président de la République ne m'a pas consulté avant, parce que d'abord, je pense que ce n'est pas dans sa nature, il est très gaullien, très mitterrandien, et c'est son pouvoir seul de se remettre en cause, parce qu'il aurait pu, en effet, passer l'été tranquillement à regarder les Jeux Olympiques, et on aurait dit qu'est-ce qu'il est prétentieux, regardez, il a pris une défaite, pourquoi il n'est pas retourné vers le peuple. Là, il le fait, et on le critique quand même. Bon, c'est normal, c'est la vie politique. Mais il faut avouer que c'est une décision extrêmement courageuse.

12:43
Présentateur

Mais lui-même dit hier qu'il y a un vertige pour tout le monde après cette décision-là.

12:46
Gérald Darmanin

Il ne demande pas de classe, et de classe gaullienne. Voilà, il fait un appel au peuple. Et vous savez, les Français, ils votent au laser. Les Français, moi je pense que les Français, quand ils râlent sur vous, quand ils vous engueulent, quand ils vous disent ça, ça ne va pas, ils vous disent quelque chose. Comme dans un couple. Vous savez, ça fait quasiment dix ans, si on raisonne avec un peu de recul, que les Français sont en couple avec le président de la République, depuis qu'il est mis en économie, et qu'il a été candidat avec son présidentiel. On disait, de Gaulle, dix ans, ça suffit. Moi, j'ai une affiche dans mon bureau, dix ans, ça suffit. Même de Gaulle.

J'ai distribué des tracts pour Jacques Chirac en 2002. C'était très difficile. J'ai soutenu Nicolas Sarkozy, il a été très attaqué. Ceux qui ont aimé François Hollande, tout le monde le sait, il a été très attaqué. Mais vous parlez de... Et donc aujourd'hui, au bout de dix ans, il n'est pas anormal que le président de la République voit qu'avec son peuple, il y a manifestement des choses à se dire, des choses dures parfois à se dire. Comprendre qu'il a pris une claque, parce que nous avons pris une claque, et de revenir humblement vers les Français, pour dire que c'est vous qui décidez.

13:48
Présentateur

Vous parlez de couple. Dans un couple, Gérald Darmanin, ça peut arriver, on divorce. Oui, non. Est-ce que la dissolution, est-ce que ce n'est pas le début du divorce ?

13:55
Gérald Darmanin

Mais oui, on divorce, mais pas toujours. Parfois aussi, on se dit, on prend quelques jours, on s'est engueulé, on se revoit. Tout ce qu'on a construit ensemble, quand même. Tu ne veux pas faire un effort de ton côté ? C'est ce que vous dites aux Français ce matin ? Non, c'est à nous de faire un effort. C'est le peuple qui nous a dit ça. On a construit, je pense que les Français disent ça, on a construit de belles choses ensemble. On a passé des moments difficiles, comme dans un couple. Le Covid, la guerre en Ukraine, incontestablement, les gilets jaunes, des difficultés économiques extrêmement fortes.

Le président de la République est arrivé, le chômage était très haut aujourd'hui, il est assez bas. Il y a eu des bons et des mauvais moments, comme dans tous les couples. Et là, il y a eu une claque, il y a eu une dispute extrêmement forte. Il y a eu un message qui a été passé. Vous pensez pouvoir vous rabibocher avec les Français ? Le président de la République et la majorité, aujourd'hui, est dans une période d'écoute et d'essayer de convaincre qu'il ne faut pas aller vers l'aventure.

Il ne faut pas quitter le foyer, aller essayer quelque chose qui peut apparaître intéressant, apparaître rêveur, si j'ose dire, apparaître sexy, pour casser, finalement, ce que nous avons construit ensemble, pour aller vers l'aventure. La France Insoumise, ce sera l'aventure et la ruine. Le Rassemblement National, ce sera l'aventure et la ruine. Donc c'est à nous, bien sûr, c'est à nous de convaincre. Ce n'est pas aux Français de nous convaincre. C'est à nous de convaincre les Français qu'on les a entendus et qu'on va améliorer les conditions de la vie du couple.

15:05
Présentateur

Quand vous voyez que les procurations sont en hausse, en très forte hausse par rapport aux précédentes législatives, peut-être avez-vous des nouveaux chiffres ce matin ?

15:10
Gérald Darmanin

553 000.

15:12
Présentateur

553 000 ? C'est cinq fois plus

15:13
Gérald Darmanin

que la même période des dernières élections législatives. Qu'est-ce que vous vous dites ? Qu'est-ce que ça peut signifier ? Que les Français vont se mobiliser, sans doute comme jamais ils se sont mobilisés pour des élections pour y avoir des députés.

15:22
Présentateur

Et est-ce que vous pensez que ça peut dire, comment dire, je ne vais pas filer la métaphore du couple, mais est-ce que ça peut dire justement un regain de soutien pour Emmanuel Macron pour vous ? Est-ce qu'il peut y avoir ça derrière ?

15:33
Gérald Darmanin

Je ne peux pas répondre à ça. Ce que je peux vous dire, c'est que les Français répondent, qu'ils votent pour la majorité ou contre la majorité, répondent à l'appel du président de la République. Ils sont intéressés par la politique. Il y a des gens qui me disent vous savez, vous m'embêtez beaucoup, je n'avais plus envie de voter pour vous, mais en même temps je suis un citoyen républicain patriote, je vois l'offre politique qui m'est offerte, je vais être obligé de voter pour vous. Et puis il y a des gens qui disent je vais voter pour vous parce que vous êtes courageux.

Et puis il y a des gens qui votent pour moi à Tourcoing ou à Luiun parce qu'ils disent je vous connais, je ne vais pas voter pour vous, je ne vais pas voter pour le président de la République, mais vous, je vous connais, je vote pour vous. Une élection de députés, c'est à la fois de la politique nationale, bien sûr, mais aussi la politique d'un territoire.

Moi je vois, j'ai que des touristes électoraux qui me sont envoyés dans ma circonscription, même les Français qui ont voté au Rassemblement national ou à l'extrême gauche chez moi, me disent on va quand même voter pour la personne qu'on connaît qui peut aider notre territoire et qui va écouter notre voix parce que même pour engueuler quelqu'un quand vous n'êtes pas d'accord, vaut mieux savoir qui vous allez engueuler, quelle est son adresse, quel est son numéro de téléphone, le croiser sur le marché que de voir un touriste électoral. Donc dans cette élection...

16:31
Présentateur

Quelle est-elle de vous a marqué ces derniers jours ?

16:33
Gérald Darmanin

Parcoursup par exemple. Il y a des gens qui m'ont dit vous vous rendez compte Parcoursup c'est un algorithme que je choisis de l'avenir de ma fille qui veut être infirmière, elle est obligée de passer par quelque chose d'extrêmement compliqué, il y a eu un peu de déshumanisation, il y a même des coachs qui font désormais Parcoursup. Et ça faut changer. Oui je pense qu'il faut changer plus d'humains, il faut se poser des questions sur ça, oui bien sûr. Ça, ça fait partie des choses qu'on n'a pas bien faites.

Non pas parce que l'idée est mauvaise, mais parce qu'aujourd'hui la tour quénoise qui veut devenir infirmière, c'est un très très beau métier d'être infirmière, et bien elle ne va pas dans sa filière d'infirmière parce qu'un algorithme a parfois choisi le mauvais côté ou qu'elle n'a pas tout à fait compris le système compliqué qu'on a mis en place. Ça c'est une erreur que nous avons faite. Donc il faut sans doute que nous mettions plus de bon sens, de terrain dans l'action du gouvernement. Et modestement ma place, j'essaierai d'apporter à ma place de député cela à la future majorité.

17:29
Présentateur

– Gérald Darmanin, on parlait de sécurité, on parlait des Jeux Olympiques. Est-ce qu'il ne valait pas attendre précisément cette dissolution, attendre de passer les Jeux Olympiques pour les Français, pour le boulot que vous avez fait, que surtout les forces de l'ordre sont en train de faire, est-ce qu'il ne fallait pas attendre ?

17:43
Gérald Darmanin

– Mais si on avait attendu, vous auriez dit quoi ? Vous auriez dit il essaie de se refaire avec les Jeux Olympiques, il utilise le sport à des fins politiciennes s'il avait dissous au fin ou au début septembre. Donc en fait, vous savez, quand on veut piquer son chien, on dit qu'il a la rage. Le président de la République, s'il fait beau, vous dites oh là là qu'il est opportuniste, s'il pleut, vous dites pourquoi il ne fait pas beau, c'est lui qui fait pleuvoir. Donc il a fait ce qu'il devait faire. Le soir même où le peuple s'est prononcé, il a eu un geste encore une fois gaulliste et gaullien. Pour les Jeux Olympiques, la France est prête.

Ça fait quatre ans qu'on y prépare, tout le monde le dit, les services américains, tout le monde, le CIO, tout le monde dit que même M. Bardella a désormais dit après m'avoir critiqué à n'en plus finir. Finalement, le dispositif est formidable. Bon, c'est bien, c'est le coq de Chanteclerc. Quand il fait coco-réco, il pense que le soleil se lève. C'est grâce aux policiers, aux gendarmes et aux préfets. Et où en est l'état de la menace ? Elle est importante. Nous déjouons des attentats encore pendant cette période électorale.

Je pense que comme on est dans une période électorale, ce n'est pas forcément la peine d'en faire communication parce que les gens diraient vous l'utilisez à des fins électorales. Mais la France fait son travail. Elle fait son travail pour protéger les Français. Elle fait son travail de nombreux leaders qui ont mis le boxon. Il n'y a pas d'autrement en Nouvelle-Calédonie. La République reste ferme en Nouvelle-Calédonie. Mais pour venir aux Jeux Olympiques, aujourd'hui, je peux vous donner des chiffres si ça vous intéresse. On a fait 504 000 enquêtes administratives. De personnes qui voulaient intégrer le dispositif des JO.

Des agents de sécurité privée, des bénévoles, des gens des stadiers, des gens qui accompagnent des équipes. Il y a 2440 entraves prononcées par le ministère de l'Intérieur dont 75 fichiers S. Il y a des islamistes radicaux. Il y a l'ultra-gauche, des amis de la France Insoumise. Il y a même des fichiers S qui sont investis par la France Insoumise. Il faut quand même que les Français se rendent compte de quoi parle-t-on. On parle de partis politiques qui investissent pour être députés de gens dangereux, classés comme dangereux par la DGSI. Donc il faut quand même qu'on se connecte un petit peu tous pour voir...

19:30
Présentateur

Vous parlez de M. Arnaud, qui était le confondateur de la jeune garde.

19:33
Gérald Darmanin

En général, on ne divulgue pas les identités. Je ne sais pas pourquoi la France Insoumise l'a faite. Mais en tout cas, c'est inacceptable. Et puis, parce qu'il y a des fichiers S islamistes, il y a des fichiers S d'ultra-gauche, mais il y a aussi des fichiers S d'ultra-droite. Il y a des amis du Rassemblement National qui sont fichiers S.

19:48
Présentateur

Et il y a des candidats aujourd'hui

19:49
Gérald Darmanin

du côté du Rassemblement National ? Moi, je suis ministre intérieur et je crois au secret. Je crois au secret des services secrets et je crois au secret fiscal. Donc je ne suis pas, même pour gagner quelques voix, à donner des noms en pâture. Ce qui est sûr, c'est que tous les amis de Mme Le Pen ne sont pas des grands démocrates. Ça, c'est certain. Et quand j'ai proposé la dissolution d'un certain nombre d'associations d'ultra-droite, on s'est parfois beaucoup, beaucoup fait railler. Et vous savez quoi ? Je vais proposer au président de la République la dissolution du GUDE. Très bientôt. Le groupe Union Défense. Voilà.

Qui est un groupe d'ultra-droite qui est très ami avec beaucoup de gens du Rassemblement National. Ils ne sont pas tous. Je ne parle pas des électeurs. Les électeurs, ils expriment une colère. Moi, je les respecte. Je parle des dirigeants du Rassemblement National ou de ceux qui les aident comme Marion Maréchal Le Pen.

20:28
Présentateur

Dont on sait que certains dirigeants historiques ont été proches de Marine Le Pen. En tout cas, c'est sûr. Je traduis ce que vous êtes en train de dire.

20:33
Gérald Darmanin

Ils n'étaient pas proches de nous. Ça, c'est certain. C'est plutôt des gens qui pensent qu'il y a une suprématie blanche, qui portent des propos antisémites extrêmement graves.

20:41
Présentateur

Mais vous pouvez le faire encore là, maintenant, dans les jours qui viennent, avant les élections, dans le contexte que l'on connaît ?

20:46
Gérald Darmanin

Mais ça fait quoi ? Ça fait neuf mois qu'on travaille sur la dissolution du GUDE. Ça fait neuf mois. Parce qu'évidemment, c'est un travail extrêmement sérieux quand on propose des dissolutions d'associations.

20:53
Présentateur

Mais on va vous dire que vous vous servez de ça aujourd'hui, précisément, parce qu'on a des élections dans 11 jours.

20:57
Gérald Darmanin

Ce sera prêt. Je vais le proposer. Après le président de la République, il fait son travail. Et on verra ce que fera le prochain gouvernement. Mais je n'ai pas attendu cette élection législative. J'ai dissous Génération Identitaire. J'ai dissous des associations d'ultra-gauche. Et je n'ai jamais autant proposé et obtenu de dissolutions d'associations islamistes radicales. C'est le président de la République qui a le plus fermé de mosquées radicales. Qui a le plus expulsé de fichettes plus de 1000 fichées S islamistes radicaux. C'est le président de la République qui a le plus supprimé de maisons d'édition, de commerces qui a attaqué la République.

Et vous savez, Mme Le Pen, elle n'a pas voté la loi séparatisme. La France insoumise veut retirer la loi séparatisme. Dans le danger général, ces deux extrêmes sont extrêmement dangereux pour la France.

21:42
Présentateur

Gérald Darmanin, est-ce que vous, ministre de l'Intérieur, vous avez des renseignements sur les risques, éventuellement, par exemple, les risques d'émeute qui pourraient y avoir après les élections législatives ?

21:53
Gérald Darmanin

Non, je n'ai pas de renseignements. Il y a des notes des renseignements territoriaux qui évoquent des possibles, en effet, mouvements, de libération, on pourrait dire de la parole sur un certain nombre de sujets, mais des esprits, de violence, de l'ultra-gauche comme de l'ultra-droite. Donc, quels que soient les résultats, les Français doivent savoir que nous nous y préparons, bien évidemment, et c'est mon travail de m'y préparer avec les policiers et les gendarmes. Mais le risque de confusion économique, de confusion sociale et de confusion sécuritaire est très grand, si les extrêmes l'emporteraient, c'est sûr.

22:24
Présentateur

Une réaction, M. le ministre, ce matin, après ce qui s'est passé à Courbevoie, le viol de cette adolescente de 12 ans sur fond de soupçon d'antisémitisme. On a trois adolescents qui ont été arrêtés, 12 et 13 ans. Deux d'entre eux ont été mis en examen. Qu'est-ce qui domine chez vous ce matin à la lecture de ce drame-là ?

22:39
Gérald Darmanin

D'abord, je constate qu'il y a une information judiciaire et que la justice, puisque le drame se s'est déroulé samedi dernier, et donc la justice enquête, elle a répondu extrêmement vite comme les policiers et les gendarmes. C'est d'abord une bonne chose. Ensuite, si les faits sont vrais, moi, je n'ai pas le dossier sous les yeux. Si c'est la justice, encore une fois, qui l'a, j'espère qu'elle communiquera plus précisément encore. Si les faits sont vrais, ils sont absolument ignobles. Qu'il s'agisse de ce viol de cette jeune fille, et j'allais dire, encore plus, il y a un caractère antisémite, bien évidemment.

Et donc, je pense qu'il faut à la fois mettre du conditionnel, parce que, de ce que j'ai compris, vous-même, vous l'avez dit, la justice n'a pas communiqué avec certitude sur le caractère antisémite, mais quoi qu'il arrive, ce viol est absolument... C'est retenu dans le chat d'accusation aujourd'hui, l'antisémite. Oui, et puis vous savez, oui, mais après, il n'y a pas eu... Il y aura l'enquête. Mais vous savez, de manière générale, ce que vous constate, c'est quoi ? C'est une victime de 12 ans avec des auteurs de 12, 13, 14 ans. Tout le monde sait qu'il y a une violence des mineurs extrêmement forte. Donc, je pense que oui, il faut faire un travail désormais beaucoup plus fort.

Le Premier ministre Gabriel Attal a fait des propositions fortes il y a quelques semaines. Moi, je crois qu'il faut revenir, et on a un débat dans la majorité, mais sur la question d'excuses de minorité, c'est incontestable, qu'il faut y réfléchir calmement. Ce n'est pas la peine pendant une campagne électorale de dire tout et n'importe quoi, face à quelqu'un de 13 ans qui viole une fille de 12 ans ou qui attaque au couteau son professeur. Pas grand-chose, il peut l'interpeller. C'est un problème de parents, c'est un problème d'intégration, c'est un problème d'autorité. C'est plus qu'un problème de policier et de gendarme, c'est un problème de la société tout entière.

Et donc, ce sursaut d'autorité, c'est aussi ce qu'ont dit les Français dimanche dernier aux élections européennes, et je crois que la majorité l'a extrêmement bien entendu, le président de la République l'a dit.

24:19
Présentateur

Merci Gérard Larmann. J'ai une toute dernière question. Vous avez plus de voix que votre camp. Est-ce que vous envisagez la défaite aujourd'hui ? Est-ce qu'elle est possible ? La défaite de Gérard Larmann est possible aujourd'hui ?

24:32
Gérald Darmanin

Évidemment. D'abord, là où il y a des élections, tout le monde peut gagner, bien sûr. Vous savez, quand vous commencez le dimanche matin à 8h à arriver dans un bureau de vote, l'urne est vide. Donc c'est les Turquenois, les Aluinois, les Neuvilleois, les Lincellois, je vais faire toutes les communes de la circonstruction qui votent, et leur vote est libre et je le respecterai. Tout ce que je peux leur dire, c'est que moi j'aime mon territoire, je le défends, et il y a beaucoup de gens qui n'ont jamais été d'accord avec mes choix nationaux, qui ont voté pour moi localement. J'ai toujours été élu malgré les vagues, parce qu'on vote pour un homme, me semble-t-il aussi.

En tout cas, je pense qu'ils voient ma sincérité et je ne leur raconte pas des gardes nous-êtes, comme on dit chez moi.

25:04
Présentateur

Merci M. le ministre. Chez nous. Chez nous, ben oui, exactement. Merci Gérald Darmanin.