Chance, hasard : à quoi se joue une carrière ? Nos invités se confient ! - C à vous
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Bienvenue sur le plateau pour évoquer vos souvenirs de cinéma.
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Pourquoi personne ne voulait des rôles d'hommes en avance sur leur temps ?
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Personne n'y croyait pour le film à cause de la musique classique ?
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Vous voici à droite partageant des spaghettis avec L.Ventura et I.Adjani.
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Vous ne vouliez pas jouer dans 'La Boum' à l'origine ?
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Le film 'Toute une vie' a été mal accueilli à Cannes en 1974.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Non seulement, ils peuvent s'en sortir, mais ils peuvent l'aimer aussi. »
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« Ce n'était pas assez viril pour eux. Ils pensaient que s'occuper d'un bébé... Ca allait abîmer leur image de mec. »
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« J'ai construit le film pour que constamment, tout ce qui est dit soit contredit dans la seconde d'après. »
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« Ce film? Tout de suite! C'est un film formidable. »
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« Si je puis me permettre... Non, vous ne pouvez pas vous permettre. Je le connais, votre cinéma. »
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« Il m'a dit d'enlever au moins la ceinture du blue-jean parce que ça lui faisait mal. On ne voyait rien, donc c'était... Mais quand même, on voyait les seins. »
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« Je ne me suis jamais vue comme belle étant jeune. Je me sentais plutôt drôle. »
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« Oui, mais j'avais quand même fait des essais pour lui quelques jours avant. »
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« On est arrivés à Saint-Tropez avec le rêve de rencontrer des stars et finalement, on est tombés en panne d'essence. »
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Bonsoir, C.Serreau. Bienvenue sur le plateau.
On est ravis de vous accueillir pour évoquer vos souvenirs de cinéma qui sont aussi les nôtres. J'avais 15 ans en 1985, à la sortie de votre film, dont je connais encore beaucoup des dialogues. Il a installé de façon durable en moi l'idée que les rôles pouvaient s'inverser, que les femmes n'étaient pas assignées à l'éducation d'un enfant et qu'un homme face à un nourrisson finirait toujours par s'en sortir.
Pourtant, ces rôles d'hommes en avance sur leur temps, aucun acteur n'en voulait. -Non. Non seulement, ils peuvent s'en sortir, mais ils peuvent l'aimer aussi.
C'est quand même ça, l'important. -A.-E.Lemoine: Ils l'aiment d'une façon extraordinaire.
Pourquoi personne n'en voulait? -Ce n'était pas assez viril pour eux. Ils pensaient que s'occuper d'un bébé...
Ca allait abîmer leur image de mec...
Ils avaient un flair incroyable...
Rires. -A.-E.Lemoine: M.Boujenah, R.Giraud et A.Dussollier étaient vraiment les derniers de la liste.
Ils le savaient? -M.Boujenah, ça a été tout de suite.
Roland, c'est moi qui n'ai pas bien compris que c'était un très grand. Je ne l'ai pas vu tout de suite, mais je l'ai vu finalement, quand même. André est arrivé 3 semaines avant le tournage.
On n'avait plus personne. Il avait envie de faire une comédie. Il en avait marre des trucs un peu prise de tête, rive gauche...
Il est venu là...
C'était une mayonnaise qui a bien pris. -A.-E.Lemoine: Ca a donné un triomphe.
Personne n'y croyait, notamment parce qu'il y avait trop de musique classique, trop de Schubert, pas assez populaire. -Oui, Schubert...
Qu'est-ce qu'il a fait comme autre musique de film, Schubert? Non...
J'essayais de les convaincre...
En plus, il n'y avait pas de droits Sacem. C'était dans le domaine public. Mais même ça, ça ne les a pas convaincus. -Ce que j'ai vécu avec Claude quand on a tourné "Les Misérables" avec cette fameuse scène avec A.Girardot, où là, vraiment, il me chuchotait à l'oreille...
Je vous jure que je ne savais pas ce qu'on allait faire, ce qu'on allait dire. Il y avait une idée assez vague, mais...
Je me souviendrai toute ma vie, à un moment donné, tu m'as dit: "Michel, tu joues. Tu n'es pas spectateur." Il y avait un tel moment d'amour et de tendresse entre Claude et Annie à ce moment-là...
C'est un moment humain. C'est ce que dit Claude. On ne jouait pas la comédie.
On était en train de vivre quelque chose de très fort. J'ai eu beaucoup de chance dans ma vie. Il y a eu d'autres moments, avec Belmondo, dans ce film, qui valent leur pesant de cacahuètes.
Il y a un train, des figurants, la nuit, une grue...
Et je dois dire à Jean-Paul: "Soyez gentil. Si vous m'amenez jusqu'à la frontière suisse, je vous lis 'Les Misérables' en entier." Il est analphabète.
Il ne sait pas lire, en tout cas. Claude vient nous voir juste avant en nous disant: "Soyez gentils, les enfants. C'est un plan très cher, très compliqué.
Pas de blagues." Avec Belmondo, c'était très compliqué, "pas de blagues". En un seul plan, moteur, la locomotive, les mecs qui descendent, les Allemands, tout le bordel...
La caméra arrive sur nous, je dis: "Ecoutez, si vous m'emmenez jusqu'à la frontière suisse, je vous lis 'Les Misérables' en entier." Et Belmondo, au lieu de dire "j'ai des déménagements à faire", parce qu'il était déménageur, il me dit: "Je ne peux pas. J'ai des démangeaisons." Là, je tombe dans un fou rire...
Et lui, il veut me tuer! "Je t'avais dit que c'était compliqué!" Je lui ai dit que ce n'était pas moi.
Tu te souviens, pas un mot... "Ce n'est pas moi.
C'est lui. Je n'ai rien fait. C'est lui." Ce sont des souvenirs magnifiques. -M.Bouhafsi: Vous êtes indéniablement une comédienne, mais vous auriez dû faire une carrière beaucoup plus grande au cinéma.
Votre agent de l'époque, Johnny Stark, a fait barrage à tous les réalisateurs avec qui il a échangé. C'est le cas de J.Demy pour "Les Demoiselles de Rochefort", Godard pour "Pierrot le fou", même E.Chatiliez pour "Le Bonheur est dans le pré" des années plus tard...
Johnny Stark souhaitait absolument que vous vous concentriez sur votre carrière de chanteuse plutôt que le cinéma. -Je suis devenue chanteuse par hasard. Je ne pensais pas, bien que j'aie été élevée dans la musique puisque mon père, mon frère étaient musiciens, compositeurs et qu'on écoutait tout le temps de la musique à la maison...
Mais moi, c'était le spectacle, les rôles, avoir une vie multiple. C'était avoir des rôles drôles, comiques, dramatiques...
C'était une palette extraordinaire. Tout ça a commencé par mon envie de vouloir faire l'ours et pas Boucles d'or. Je trouvais que c'était absolument génial d'être un ours. -A.-E.Lemoine: Votre 1er film était "Mes funérailles à Berlin" en 1966.
Vous tournez et vous voyez une jolie fille devant la caméra. Vous faites instantanément demi-tour sur le tournage. Vous êtes persuadée qu'elle vous a remplacée alors qu'il s'agit de votre doublure lumière. -Oui, je ne savais pas.
C'était en anglais, en plus. Je n'ai rien compris...
C'était la même chose avec la langue française...
Oui, j'ai pensé qu'elle était tellement plus jolie et elle était probablement aussi plus douée, elle était à ma place...
Je suis partie et je ne savais pas... -A.-E.Lemoine: Que c'était votre doublure.
Il a fallu vous rattraper. -P.Cohen: Je voudrais vous montrer une belle photo de cinéma qui a exactement 50 ans.
Vous allez la reconnaître immédiatement. Vous voici à droite partageant des spaghettis préparés par le monsieur d'en face, qui était L.Ventura. -Il les avait vraiment préparés... -P.Cohen: A vos côtés, I.Adjani, qui fait votre amoureuse.
Il les avait donc vraiment préparés? Vous en avez mangé beaucoup? -7 prises à 9h!
On a commencé...
A midi, il a fait: "On va déjeuner. Tu viens?" J'ai fait: "Non.
Je vais rester dans ma loge..." Il fallait les bouffer... "Ce n'est pas bon?" C'était Lino.
Il ne fallait pas discuter. -E.Tran Nguyen: C'était bon? -Excellent. -A.-E.Lemoine: Mais 7 fois, c'est moins bon. -Quand L.Ventura vous dit qu'il faut manger les pâtes, il faut les manger. -P.Cohen: Evidemment, grand souvenir...
Et vous êtes resté lié à L.Ventura jusqu'à sa mort. -C'est ça.
Il venait me voir au théâtre. C'était une grande amitié qui m'a beaucoup apporté dans ma vie. C'était un grand monsieur. -B.Chameroy: Brigitte, dans mon coeur et dans celui de nombreux Français, vous resterez à jamais Françoise Beretton, la mère de Vic, S.Marceau dans "La Boum" 1 et 2, films intemporels qui traversent les générations.
Je ne sais pas si vous êtes sur les réseaux sociaux, mais sur TikTok, il y a des extraits de "La Boum" dans tous les sens qui sont partagés. La musique de R.Sanderson est une des plus téléchargées. -Les rêves sont ma réalité, ma façon d'exister... -Je fais une boum.
Vous voulez venir? -Ouais, peut-être. -Vous avez réfléchi pour ma mob? -Non.
Il y a peut-être plus urgent que ta mobylette, non? -Ca... -Et la surboum de samedi? -Quelle surboum? -"Boum", pas "surboum"... -C'est chez qui? -Un mec, tu connais pas. -Mais comment il s'appelle? -Raoul. -Raoul comment? -J'en sais rien!
Qu'est-ce que ça peut faire? -B.Chameroy: Et dire que vous ne vouliez pas jouer dans le film, à l'origine... -Non. -Vous vous imaginiez qu'il traverserait les générations comme ça? -Non.
Je croyais que c'était trop tôt pour être mère d'une fille de 13 ans. J'avais une fille qui avait 11 ans à l'époque. Andréas Voutsinas, avec qui je travaillais, qui était mon professeur, m'a dit: "Je ne vous parle plus si vous ne faites pas le film.
C'est moi qui ai parlé de vous à C.Pinoteau et qui ai dit que vous seriez la femme idéale pour C.Brasseur." Alors bon, j'ai compris que j'avais fait une bêtise, donc j'ai rappelé Pinoteau.
Le scénario était très bon. -A.-E.Lemoine: Excellent.
Rachida, évidemment que vous avez vu "La Boum"... -Je l'ai même montré à mes enfants.
C'est pour ça, je ne suis pas surprise. Ca traverse les générations. -P.Lescure: 10 ans après votre arrivée en France, vous débarquez à Cannes pour un film hors compétition, "Toute une vie" de C.Lelouch...
Toute une aventure...
Vous y jouez 3 rôles. Le rôle de Sarah, le rôle de sa mère et sa grand-mère. Le film est vachement mal accueilli.
Ca siffle de partout. On reproche à Lelouch d'être trop pro-américain en pleine guerre du Vietnam. Il se met à gueuler en conférence de presse. -J'ai construit le film pour que constamment, tout ce qui est dit soit contredit dans la seconde d'après, car c'est exactement comme ça que je mène ma vie et c'est comme ça qu'est construit le film.
Maintenant, monsieur, si vous voulez, on revoit le film ensemble tous les 2 dans une salle sans siffleurs et vous écoutez le texte, les intentions et pourquoi on arrive aux choses. Vous n'avez laissé aucune chance à aucun des personnages de se critiquer les uns les autres. Applaudissements.
C'était carrément méchant. -Mais c'est drôle, la méchanceté. -C'est pour ça que ça me fait rire.
Ca a pris de telles proportions... -P.Lescure: Ca reste un bon souvenir, même s'il y avait des cons. -Très bon souvenir. -P.Cohen: Là, vous saviez le français.
Vous avez appris... -Là, j'ai appris "con", oui!
Mais vous savez, quand le mot...
Pas le chiffre, mais comment on dit? Quand la lettre T est arrivée sur l'écran, de "Toute une vie", ils ont déjà sifflé. Il a eu tellement tôt l'Oscar et tout...
Il y avait une espèce de jalousie. Après, c'était très intelligent. Il a quand même coupé la fin parce que c'était trop long.
Les producteurs américains ont demandé ça. Le film a eu un très grand succès en Amérique. -P.Lescure: H.Vincent, après une carrière commencée très jeune au théâtre aux côtés de géants de la mise en scène comme Patrice Chéreau et Jean-Pierre Vincent, c'est en 88 que le grand public va vous découvrir, dans le phénomène "La vie est un long fleuve tranquille" d'E.Chatiliez, qui vous vaudra le César de la meilleure actrice dans un 2nd rôle.
Pourtant, effet pervers, voilà-t-il pas qu'on vous propose sans arrêt, dans tous les rôles, des bourgeoises un peu coincées. Il y avait des scénaristes et des metteurs en scène qui pensaient que vous disiez vraiment "c'est lundi, c'est raviolis"? -Oui...
C'est vrai. C'est assez banal, qu'on vous enferme dans un... -P.Lescure: C'est un manque d'ambition, de regard... -Le film a été un tel succès et le personnage a tellement marqué les Français que les gens ont peu d'imagination, après. -P.Lescure: Oui, mais c'est un jeu, normalement. -E.Tran Nguyen: Vous le referiez, si c'était à refaire? -Ce film?
Tout de suite! C'est un film formidable. C'est une aventure extraordinaire.
Ce n'est pas de la faute du film ni d'E.Chatiliez. Ce qui s'est passé raconte une certaine paresse d'esprit.
Ca manque d'imagination. -A.-E.Lemoine: Vous le disiez aux auteurs des scenarii qu'on vous envoyait?
Vous leur disiez "ça suffit, ayez de l'imagination"? -Non. Je n'étais pas aussi hardie.
Je le dis maintenant, mais de l'eau a coulé sous les ponts. -P.Cohen: Si on remonte le fil, en 88, dans une pièce que vous avez adaptée, "La Face cachée d'Orion", vous jouiez vraiment une bourgeoise bordelaise typique.
Un an plus tard, vous tourniez cette publicité qui va rappeler quelques souvenirs. -Si je puis me permettre... -Non, vous ne pouvez pas vous permettre.
Je le connais, votre cinéma. Alors oui, c'est une quiche aux fruits de mer, oui, il faut se donner autant de mal...
J'ai préchauffé le four pendant 10 minutes. La tarte y est depuis 20 minutes. J'ai mis une jolie robe, ma plus belle nappe, des assiettes de ma grand-mère...
La salade vient du Périgord et j'ai même pensé aux bougies. Alors? -Ca va brûler. -C'est comme ça que j'ai connu P.Leconte.
C'est lui qui réalisait cette pub. C'est comme ça que j'ai commencé à faire du cinéma. J'ai joué dans "Le Mari de la coiffeuse" grâce à cette pub. -P.Cohen: Une pensée pour J.-C.Dreyfus. -A.-E.Lemoine: C'est pour votre côté bien élevée, qui se tenait bien droite qu'au départ, on vous a donné ces rôles? -Oui.
Effectivement, "La Face cachée d'Orion", c'était vraiment un personnage comme ça. Après, en France, quand quelqu'un réussit dans un type de personnage, on ne cherche pas trop à lui faire faire autre chose. Donc ça a enchaîné... -E.Tran Nguyen: Après la France, il y a eu Hollywood.
John Schlesinger, le réalisateur de "Macadam Cow-boy", vous choisit en 1976 pour incarner Elsa Opel, l'étudiante allemand dans un film qui va devenir culte: "Marathon Man". Cette 1re expérience hollywoodienne est aux côtés de stars comme D.Hoffmann, L.Olivier, R.Scheider...
Ca vous vaudra une nomination pour les Golden Globes en 1977. Mais à cette époque, votre principale préoccupation, c'est que vos parents ne voient pas la scène où vous êtes nue et vous avez tout fait pour essayer de la retirer. -Ouais.
Il y a une scène...
Il m'a dit d'enlever au moins la ceinture du blue-jean parce que ça lui faisait mal. On ne voyait rien, donc c'était...
Mais quand même, on voyait les seins. Je me suis dit: "Oh, la vache...
Ma mère devra changer de coiffeur, de boulanger, de boucher si elle me voit..." Elle a gardé mon fils pendant que j'étais en tournée pour présenter le film.
Quand je suis rentrée, elle m'a dit: "A ta place, je ne tournerais pas avec les seins à poil. Tu n'es tellement pas sexy, on ne sait pas si tu es devant ou derrière. Tu as un corps de danseuse..." Non, c'était gentil...
Mais j'ai glissé...
Je m'en souviendrai toute ma vie. J'étais devant le frigidaire et j'ai glissé en bas. J'ai dit: "Pourquoi tu dis ça?" Hier, il y avait un extrait du film à la télévision et j'ai tout fait pour couper la scène.
J'ai demandé de venir...
J'ai dit: "Vous ne pouvez pas couper?" -En fait, c'est passé juste en extrait. -Mais ce sont des souvenirs magnifiques.
Comme toujours, souvent, les débuts, c'est inoubliable. Le 1er film américain était vraiment magnifique. -P.Cohen: Avec des grands réalisateurs.
On a cité Schlesinger...
Il y aura B.Wilder pour "Fedora" et S.Pollack, "Bobby Deerfield" avec A.Pacino.
Un film d'une importance particulière. Je sors juste une phrase du livre pour dire aux téléspectateurs qu'après ce film, vous avez partagé la vie d'A.Pacino pendant 7 ans... -Ah bon? -P.Cohen: Oui, il paraît.
Mais ce que vous racontez dans le livre, c'est votre 1re rencontre avec une histoire de taille. Vous vous rencontrez dans un café, un restaurant d'hôtel? -Oui.
S.Pollack m'a dit de ne pas mettre de talons parce qu'il était tout petit. Je suis assez grande, alors bon...
J'avais mes chaussures de tennis. J'étais une demi-heure avant assise, mais j'ai donné rendez-vous le même jour à D.Hoffman.
Je pensais que les deux s'adoraient. J'ai dit: "Je suis là. Viens prendre le café." -P.Cohen: Qui vous fait appeler... -Quelqu'un passe avec le nom "Marthe Keller", ça veut dire qu'il faut que je me lève pour aller au téléphone.
A.Pacino me dit: "They ask you on the phone." Je lui dis que ce n'est pas important.
Il me dit: "C'est la 2e fois qu'il passe. Il faut y aller." J'y suis allée, mais vraiment comme ça...
Je frôlais le mur. Il me dit: "Quelque chose ne va pas avec vos jambes?" Je dis: "Non, mais je suis grande." Je vois Dustin arriver.
Il n'était pas du tout content de voir Al. Je ne savais pas que les deux n'étaient pas tellement amis. Je me suis dit: "Je n'aurai jamais le rôle.
Déjà, je suis trop grande et en plus, je fais venir Dustin..." Je me suis dit que ça allait être gai de voir les deux ensemble.
Ca ne l'était pas. S.Pollack m'a appelée tout de suite et m'a dit que c'était OK. -P.Cohen: Il y a quand même une histoire avec ce film.
Quand on regarde un peu, on apprend que vous aimiez tellement le livre de Thomas Harris que vous avez tenté de l'acheter, avant même Jonathan Demme. -Oui, bien avant lui. Il y avait un autre metteur en scène engagé dessus.
Je savais que c'était tellement bon...
Je l'ai suivi pendant un an, un an et demi. Quand c'était le moment, qu'ils allaient caster Clarice, je suis allée avec mon petit sac devant. "S'il vous plaît, monsieur." -P.Cohen: Et ça a failli être M.Pfeiffer. * -C'est vrai. -A.-E.Lemoine: C'était elle, le premier choix? -Oui.
Elle a dit non. Elle est allée faire un film avec J.Kaplan, le metteur en scène des "Accusés". -P.Cohen: Que vous aviez fait 3 ans auparavant. -Elle a travaillé avec Jonathan, l'autre Jonathan. -A.-E.Lemoine: Ce qui est étonnant, c'est que sur le tournage, vous vous parliez très peu, avec A.Hopkins.
Il vous terrorisait. Vous avez appris que vous aussi, vous le terrorisiez. Vous vous impressionniez l'un l'autre. -C'est vrai.
Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. On avait fait une répétition à table, avec tous les acteurs. On ne nous a pas introduits l'un à l'autre.
On a commencé à lire le scénario. Tout de suite, il m'a fait tellement peur que je ne lui ai plus parlé pendant tout le tournage. Il m'a dit qu'il avait peur de moi. -P.Lescure: Vous avez défilé hier, mais c'est devenu beaucoup plus exceptionnel.
Depuis plusieurs années, c'est devant les caméras que vous vous exprimez. Vous avez joué dans "Valérian", de L.Besson, dans "Suicide Squad", mais aussi dans des séries emblématiques, comme "American Horror Story", aux côtés d'E.Watson et de K.Kardashian.
Quand vous étiez enfant, je crois que votre rêve, ce n'était pas d'être mannequin, mais comédienne. Vous étiez tenace. Vous aviez même joué dans un spectacle du lycée avec le poignet cassé.
Racontez-moi ça. -Oui. Etre mannequin...
On a parlé de la valeur auparavant. Je ne me suis jamais vue comme belle étant jeune. Je me sentais plutôt drôle.
J'adorais faire rire les gens. Je voyais le monde comme un milieu assez triste. Pouvoir apporter un peu de bonheur, c'était ma chose préférée.
C'est là où est venue l'idée de me mettre en scène, de jouer. C'était plutôt de libérer toutes les pensées que j'avais. Maintenant, de pouvoir jouer, c'est un cadeau.
J'utilise le mannequinat comme jouer un rôle également. J'avais peur. Mon agent fantastique m'a dit: "Prétends d'être quelqu'un d'autre et tu verras." Il y a une partie de moi que je dois changer.
Il faut passer à un autre personnage pour avoir plus confiance, pour utiliser ce qui marche. -A.-E.Lemoine: Vous ne devez rien au hasard.
Pourtant, quand vous avez été recalé du concours du conservatoire, vous sortez du cours de théâtre et vous tombez sur E.Rochant, qui vous offre votre 1er grand rôle au cinéma. -Oui, mais j'avais quand même fait des essais pour lui quelques jours avant.
Il y a des coïncidences, des coups de chance, évidemment. On ne peut pas le nier. Mais j'ai quand même l'impression qu'on fabrique beaucoup de choses.
On est son propre libre arbitre. On fait des choses, ça a des conséquences. Au milieu de ces conséquences, il y a quelques coïncidences peut-être, mais on ne peut pas tout expliquer, tout mettre sous le coup du hasard ou un coup de dés. -A.-E.Lemoine: L.Besson, vous l'avez rencontré par hasard?
Il était le premier assistant d'un film et vous lui avez tout de suite tapé dans l'oeil? -Oui. Il m'a dit plus tard que quand je suis rentré, il avait vu entrer Enzo, le personnage du "Grand Bleu".
C'est vrai. Il a fait des pieds et des mains pour me faire engager. Le metteur en scène ne voulait pas de moi.
La rencontre a été un peu...
A l'époque, je n'avais qu'une seule photo. Je n'avais pas beaucoup d'argent. J'étais un peu énervé de ces castings qu'on passe.
On a l'impression qu'il faut s'ouvrir en deux. On ne sait pas quoi faire pour avoir du travail. On vous demande ce que vous faites dans la vie. "Je suis acteur.
Je cherche du travail." Il me dit: "Qu'est-ce que tu as fait récemment?" Je dis que j'ai joué au tennis.
Il me demande une photo. Je lui dis que j'ai une photo. Je lui dis: "Regarde, mais tu me la rends.
C'est la seule que j'ai." Ca s'est fait comme ça. C'est une histoire d'amour. -A.-E.Lemoine: La scène, vous y avez passé votre vie.
C'est en marge d'une scène, dans les coulisses d'un concert à l'Olympia, que vous avez croisé pour la 1re fois Johnny. -Oui. Tout s'est passé à cause de ce métier. -A.-E.Lemoine: Ca ne vous avait fait ni chaud ni froid, d'ailleurs. -Oui...
Je ne sais pas. -A.-E.Lemoine: Vous avez passé votre vie sur scène et ce n'est pas du tout exagéré.
Dès vos 17 ans, alors que vous étiez encore lycéenne, avec un 1er Olympia en première partie de G.Bécaud, sans arrêter depuis, avec un rythme insensé. La scène vous a toujours plus plu que la chanson.
Depuis l'enfance en Bulgarie, vous rêviez d'un rôle dans le conte "Boucles d'or et les Trois Ours", qui était donné à l'ambassade de France, et on vous avait préféré les filles de l'ambassadeur des Pays-Bas. Ca vous a poursuivie, cette frustration. -Oui.
Mais ça m'a aussi appris des choses. Parfois, quand il vous arrive des aventures et que vous êtes déçu, c'est un mal pour un bien. Je me suis rendu compte que c'est ce que j'avais envie de faire et que j'allais faire ça.
J'étais déterminée, envers et contre tous, et je l'ai fait. Je l'ai fait pour mon plus grand bonheur. Je me suis amusée. -A.-E.Lemoine: C'est avec les frères Reyes que vous fondez votre 1er groupe de musique.
Vous jouez dans un bar de Saint-Tropez. Votre destinée s'y est jouée vraiment aux nuages dans le ciel? -Oui.
On est arrivés à Saint-Tropez avec le rêve de rencontrer des stars et finalement, on est tombés en panne d'essence. On s'est dit qu'on allait aller au restaurant pour pouvoir repartir. On a été sur la plage de Tahiti et le patron nous a un peu regardés de haut en bas.
Il ne faisait pas beau. Il a vu les nuages. Il a dit: "Jouez, ça apportera peut-être un peu plus de soleil." Ca s'est joué à ça. -A.-E.Lemoine: C'est dingue.
B.Bardot vous y a repérés. Avant elle, c'est E.Macias qui vous offre votre 1re chance. 3 semaines à l'Olympia en première partie.
Enrico a changé votre vie. Ce qu'on apprend dans le livre, c'est que vous auriez pu ne jamais faire cette première partie. Encore une sorte de panne de voiture.
Cette fois, c'est votre R16 qui a rendu l'âme sur l'autoroute. -Incroyable. On partait pour un mois à Paris.
On est restés 3 semaines à l'Olympia. De la plage à l'Olympia, on y croyait. On y était.
Ce qu'il s'est passé, je dis à Nicolas...
J'avais une cassette de C.Aznavour qui chantait, je ne me rappelle plus de la chanson... "Tu t'laisses aller".
Juste quand le refrain arrive, je dis à Nicolas: "Ecoute, c'est magnifique." Je mets la cassette et Charles dit "tu t'laisses aller". A ce moment-là, le moteur tombe par terre.
Finalement, c'est le moteur par terre qui nous a arrêtés. Ca aurait pu être dramatique, sur l'autoroute, en 3e position. Finalement, on a laissé la voiture et on est partis en train.
On a continué notre voyage. Ca a été fantastique. Le déclic, on l'a eu à l'Olympia avec E.Macias. ...
Applaudissements. -A.-E.Lemoine: Vous imaginiez, quand vous chantiez pour la 1re fois en première partie des Compagnons de la chanson à l'Olympia, que vous fêteriez 60 ans de carrière...
Avec nous, vous ne pouviez pas l'imaginer. Un tel succès et une telle longévité? -Pour moi, le fait d'avoir vécu pendant 60 ans après mes débuts, c'est un grand privilège, d'être arrivé à cet âge.
C'est une grande chance. Merci, mon Dieu! Merci, le public.