Nora Fraisse : "On est à un tournant majeur de la lutte contre le harcèlement scolaire"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 79 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:14OuverteRéponse directe
Rappelez-nous en quelques mots en quoi ça consiste ce programme PHAR.
- 1:01FerméeRéponse partielle
Et aujourd'hui donc il est vraiment en place dans tous les collèges et toutes les écoles primaires ?
- 1:17OuverteRéponse directe
Alors justement, comment ça se passe ? Vous formez qui exactement et pour faire quoi ?
- 2:05RelanceÉludée
J'ai l'impression que vous n'êtes pas pleinement satisfaite quand je lis entre les lignes, non ?
- 2:46FerméeRéponse directe
C'est-à-dire combien d'enfants souffrent du harcèlement ?
- 4:06OuverteRéponse directe
Et les moyens ne suivent pas ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:11PrésentateurFait
« Vous êtes la présidente d'une association qui porte le nom de votre fille, Marion, elle-même victime de harcèlement et qui s'est suicidée à 13 ans. »
- 0:25InvitéFait
« Le programme PHAR a été initié il y a 3 ans dans le cadre d'une expérimentation. »
- 0:46InvitéFait
« PHAR c'est un acronyme, c'est un plan de prévention du harcèlement à l'école qui a été expérimenté pendant deux ans dans six académies de France et qui aujourd'hui est généralisé depuis la rentrée au premier degré, au second degré. »
- 2:47InvitéChiffre
« Aujourd'hui, on considère qu'à peu près un million d'enfants souffrent du harcèlement. »
- 2:55InvitéFait
« Chaque année. »
- 3:16InvitéChiffre
« Une hausse de 150% à 300%. 2000 appels au cours du dernier trimestre. »
- 3:48InvitéChiffre
« La phobie scolaire, 100 à 140 000 personnes qui font face au décrochage scolaire. »
- 4:56InvitéChiffre
« On a quand même 40% des enfants qui ont peur avant l'école. »
- 5:02InvitéChiffre
« 40% se plaignent de vols. »
- 5:03InvitéChiffre
« 8% des enfants CM1, CM2 parlent d'être embrassés de force. »
- 5:09InvitéChiffre
« 15% de voyeurisme dans les toilettes, les transports publics. »
- 6:33InvitéChiffre
« Nous lui avons proposé de dédier 30 centimes par élève et par an. Soit à peu près 4 millions d'euros. »
- 8:21InvitéFait
« Oui, on était vraiment en retard. »
- 8:25InvitéFait
« Moi, c'est dix ans de combat. »
Temps de parole
- Invité88 %
- Présentateur12 %
≈ 1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Il est 6h19, c'est la rentrée et certains enfants vont retourner en classe. La boule au ventre, parce que harcelés par d'autres. Bonjour Nora Fraisse. Bonjour. Vous êtes la présidente d'une association qui porte le nom de votre fille, Marion, elle-même victime de harcèlement et qui s'est suicidée à 13 ans. J'aimerais faire le point avec vous sur un dispositif national auquel vous contribuez en tant que membre du comité d'experts. Il s'agit du programme PHAR. Rappelez-nous en quelques mots en quoi ça consiste ce programme.
Le programme PHAR a été initié il y a 3 ans dans le cadre d'une expérimentation. notamment conduit par deux personnes qui s'appellent Iman Aga et Laurent Boireau pour proposer enfin en France ce qu'on appelle un programme global et systémique, c'est-à-dire s'attacher à ce problème dès le plus jeune âge en proposant des solutions. Donc PHAR c'est un acronyme, c'est un plan de prévention du harcèlement à l'école qui a été expérimenté pendant deux ans dans six académies de France et qui aujourd'hui est généralisé depuis la rentrée au premier degré, au second degré, c'est-à-dire école primaire et collège.
Et aujourd'hui donc il est vraiment en place dans tous les collèges et toutes les écoles primaires ? Ah je n'ai pas dit ça.
J'ai dit qu'il est généralisé et que je ne travaille pas au ministère de l'éducation nationale et je vous invite à reposer la question sur le dispositif et l'impact aujourd'hui. Voilà, en tout cas nous, nous formons du personnel et des élèves. Alors justement, comment ça se passe ? Vous formez qui exactement et pour faire quoi ? En fait, le programme PHAR c'était de se dire que pour réussir à contribuer à un meilleur climat scolaire, le bien-être de nos enfants et des équipes pédagogiques, il fallait travailler sur trois pieds, presque quatre. C'était la formation des enseignants, la création d'une équipe ressource, c'est-à-dire une équipe dédiée à ce phénomène dans les établissements.
Cinq personnes formées, des élèves ambassadeurs, c'est-à-dire des élèves au moins dix par établissement, qui sont la courroie de transmission entre les phénomènes de violence, la vigilance, et puis travailler avec les adultes, et puis un partenariat renforcé avec les familles. En tout cas, moi, c'était mon sujet durant cette expérimentation et de proposer des outils à destination des familles, mais des familles au sens large, les éducateurs. J'ai l'impression que vous n'êtes pas pleinement satisfaite quand je lis entre les lignes, non ? Non, ce que je vous dis, c'est qu'aujourd'hui, cet expériment... C'est pas efficace ? J'ai pas dit ça.
Je dis qu'aujourd'hui, je pense qu'on a un tournant majeur de la lutte contre le harcèlement, qu'il va falloir agir beaucoup plus vite et beaucoup plus fort. En tout cas, moi, en tant que fondatrice de Marion Lamain-Tondue, en 2014, nous avions lancé la pétition pour la création de la journée nationale non harcèlement. Je rappelle qu'elle aura lieu le 10 novembre cette année. Jeudi, donc ? Jeudi. que nous, nous avons décidé à l'association avec le conseil d'administration de lancer une semaine contre le harcèlement et de rappeler que les chiffres sont malheureusement pas à la hauteur du sujet.
C'est-à-dire combien d'enfants souffrent du harcèlement ?
Aujourd'hui, on considère qu'à peu près un million d'enfants souffrent du harcèlement. Mais un million d'enfants... Chaque année ou au moins une fois au cours de leur scolarité ? Chaque année. Chaque année. Ça peut durer plusieurs années. Ça commence dès le plus jeune âge. Que les dotations pour prendre en charge ce phénomène, qui est un phénomène à priori, une priorité nationale, sont en baisse. Qu'aujourd'hui, et je le dis au nom de notre association et du conseil d'administration, nous faisons face à une vague de demandes d'aide, d'accompagnement, de prises en charge. Une hausse de 150% à 300%. 2000 appels au cours du dernier trimestre.
C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la parole s'est libérée et tant mieux. D'ailleurs, je veux dire aussi et m'excuser auprès des territoires et des régions d'outre-mer qu'on ne pourra pas intervenir chez eux, malheureusement, parce que nous n'avons pas les moyens d'intervenir. Qu'en effet, c'est un million d'enfants. Ce sont des fratrices, ce sont des familles. Et les conséquences, elles sont très très larges. Elles sont sur la santé mentale de nos enfants. A moyen et long terme, absolument. Le baromètre national qu'on avait lancé l'année dernière avec l'IFOP et la région Île-de-France le confirme. La phobie scolaire, 100 à 140 000 personnes qui font face au décrochage scolaire.
Donc, un risque d'inemployabilité, des risques liés aux conduites délictuelles. Donc, c'est un vrai sujet de santé publique, santé tout court, santé, sécurité publique. Et les moyens ne suivent pas ? Non, clairement. Donc, le programme phare, j'y ai travaillé. Je continuerai à le faire de manière bénévole, comme ma vice-présidente Catherine Jacquet. Mais je crois que... Enfin, je profite de l'antenne pour dire que nous avions fait des propositions. Et tant qu'on n'aura pas une démarche qui est complètement globale, qui engage l'ensemble des ministères sur ce sujet-là, je crois que malheureusement, on n'y arrivera pas. Parce que pour le moment, c'est le ministère d'Éducation qui pilote.
Oui, mais il faut avoir une vision, pardon, d'avoir une vision beaucoup plus globale. Moi, ces trois derniers mois, j'ai rencontré 3000 personnes. Des enfants, des familles, des médiateurs scolaires, des infirmières scolaires, des ambassadeurs que nous formons. Aujourd'hui, il y a une multivictimation dans le pays, il faut le dire. On a capté beaucoup de familles monoparentales, des familles recomposées. Il y a une paupérisation des populations. Il y a une violence qui est banalisée. Toutes les enquêtes le prouvent. On a quand même 40% des enfants qui ont peur avant l'école. Ça, c'est la politique de la ville. 40% se plaignent de vols.
8% des enfants CM1, CM2 parlent d'être embrassés de force. 15% de voyeurisme dans les toilettes, les transports publics. J'ai peur que cette violence qui est banalisée nous rattrape. Les propositions sont sur la table. On les a déposées.
C'est ce que j'allais vous dire, parce que nos auditeurs ne connaissent peut-être pas ces propositions. Donc, concrètement, ce programme phare, sur le papier, en tout cas, c'est une bonne chose. Mais il faut qu'il ait davantage de moyens. Et quoi qu'il en soit, il faut d'autres mesures. Le programme en tant que tel ne suffit pas, c'est ça ?
C'est un programme qui s'appelle le programme de prévention du harcèlement à l'école. Mais quand on connaît ce sujet, on sait, pour être sur les territoires, que c'est un phénomène qui est beaucoup plus global. La plupart des violences sont réalisées au premier degré, en élémentaire, lors de la méridienne, au périscolaire. Donc, nous demandons, et je l'avais proposé à la secrétaire d'Etat, Sarah Laheri. La méridienne, c'est la pause déjeuner ? Oui, la méridienne, pardon, c'est la pause déjeuner. C'est là où se concentrent toutes les violences. La cour, la cantine, la récré, etc. Que soient formés les agents du périscolaire. Alors, au niveau local, il ne faut pas démentir les faits.
Le niveau local est fortement engagé sur ces sujets-là. Mais manque de dotation. J'étais à Mulhouse, il y a quelques jours, pour former des médiateurs scolaires. À Cancale, pour former du périscolaire. Il y a tellement de choses à faire, mais les dotations ne sont pas au rendez-vous. Je le répète.
Et quand vous dites ça, peut-être au ministre que vous rencontrez, qu'est-ce qu'on vous répond ? On n'a pas assez d'argent ? On ne peut pas mettre plus ?
Je n'ai pas de réponse. Ce que je sais, c'est que l'année dernière, nous avons rencontré Emmanuel Macron. Nous lui avons proposé de dédier 30 centimes par élève et par an. Soit à peu près 4 millions d'euros, ce qui est rien. Pour justement déclencher un grand plan national, avec la création de structures dédiées, que sont les maisons de Marion. Des refuges que nous avons créés pour libérer la parole, la prendre en charge, l'accompagner. 30 centimes par élève et par an. C'est-à-dire 15 structures sur tout le territoire, j'espère dans les drômes. Et puis créer des emplois.
Et puis aussi, au nom de la vie associative, si je puis me permettre, de dire qu'aujourd'hui, nous sommes les parents pauvres de ce système. Je félicite nos bénévoles, tous les bénévoles de France. Mais les trésoreries sont obérées et on a besoin d'un soutien fort. Alors j'espère que cette année, nous n'aurons pas. Il faut libérer la parole, il faut appeler des numéros. Il faut des actes forts, je le dis de manière très solennelle. C'est la fin d'un cycle. Je tiens à dire aux enfants, on est à vos côtés. Vous n'êtes pas seuls, certainement. Mais aujourd'hui, on a un tournant majeur. Je sais qu'il y a un déplacement cet après-midi. J'espère que nous aurons... Déplacement de qui ?
C'est Education.gouv. De Mme Macron et de M. Papendiaï. J'espère qu'enfin, on prendra en compte ce phénomène. Nous manquons de moyens criants. Et je voulais m'excuser auprès des enfants que j'ai rencontrés et des familles. Malheureusement, les listes d'attente vont s'allonger. Les groupes de parole également. Et je finirai par dire qu'en dix ans de combat, je rends hommage à ma fille, à tous les enfants décédés. La justice ne passe pas. Et qu'il nous faut beaucoup plus de moyens. Et je félicite quand même sur le terrain tous les gens engagés. Les professeurs, les éducateurs, le personnel de cantine. Vous aussi, mobilisez-vous. Parce que c'est sur le terrain qu'on va y arriver.
Et c'est dès le premier degré, dès le plus jeune âge. Au tout début de cette interview,
vous avez dit que la France s'occupe enfin de ce problème. On était vraiment en retard par rapport à d'autres ?
Oui, on était vraiment en retard. Et il a fallu beaucoup d'enfants décédés. Je vous le dis à titre personnel. Moi, c'est dix ans de combat. Sans doute de la résilience. C'est douze heures à quatorze heures par jour de travail. Pas de vacances. Une mobilité sur tout le territoire. Il faut avoir une approche microscopique, chirurgicale. S'intéresser à la sociologie des territoires. Les rêves plus ont besoin de moyens. La violence est accrue. Après, c'est votre rôle, chers citoyens. Je le dis en tant que citoyenne. Il faut que ça change. Voilà. Et je rends hommage une fois de plus à toutes les mamans et les papas qui sont démunis. Vous n'êtes pas seule. Ou un peu quand même. Merci.
Merci à vous.
Nora Fraisse, présidente de l'association. Fondatrice. Présidente fondatrice de l'association Marion Lamintendu. France Inter. France Inter.