Trottinettes électriques : pour ou contre les supprimer ?
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« Un usager sur 4 des trottinettes en libre-service déclare avoir déjà eu un accident. »
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« En 2021, le bilan carbone des trottinettes partagées a été divisé par 2 par rapport à 2019. »
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Pendant longtemps, la trottinette, c'était ça. Propulsée à la force des mollets. Quand la version motorisée arrive, c'est une petite révolution.
En l'espace d'un an, une quinzaine d'entreprises de location déploient leur flotte. Des dizaines de milliers de trottinettes apparaissent sur les trottoirs de plusieurs grandes villes. Avec une application, les utilisateurs géolocalisent la trottinette et la louent, puis la déposent où bon leur semble.
C'est une bonne manière pour se transporter dans la ville. C'est un bon moyen parmi d'autres, en fait. Elles passent à grande vitesse, on doit se pousser.
Dangereuses, gênantes, pas écologiques. Assez vite, elles sont accusées de tous les maux. Mais, est-ce que c'est mérité ?
Ces trottinettes sont elles bonnes ou mauvaises pour l'environnement ? Quand les trottinettes électriques en libre-service arrivent, aucun cadre juridique n'existe. C'est l'anarchie.
Anarchie, c'est un grand mot. Olivier Razemon, c'est mon collègue spécialiste des transports. Il y a quand même énormément d'opérateurs qui ont installé leurs trottinettes absolument là où ils voulaient et n'importe où.
Les gens les utilisaient comme bon leur semblait et parfois n'importe comment. Bon, quand même, pour calmer les choses, plusieurs règles sont décidées. D'abord, interdiction de rouler et de se garer sur les trottoirs. 2 : des zones de stationnement dédiées sont définies. 3 : le nombre d'opérateurs est restreint.
À Paris, il passe de 12 à 3. 4 : les mineurs n'ont plus le droit de louer des véhicules. Puis, la vitesse, bridée à 20km/h, descend automatiquement à 10km/h dans les zones à forte densité humaine.
Malgré tout, les opérateurs ont encore du travail pour redorer leur image. L'image de 2019 est restée ancrée. C'est un peu dans l'empreinte rétinienne des gens, même si aujourd'hui, objectivement, ce n'est plus le bazar en ville.
Si l'image est mauvaise, c'est aussi sans doute parce que la trottinette blesse et tue des gens, mais le fait-elle plus que les autres moyens de transport ? Malgré la limitation de la vitesse et l'interdiction de rouler sur les trottoirs, les accidents impliquant des trottinettes continuent d'augmenter. Dans ce bilan de la sécurité routière, les trottinettes sont comptabilisées dans la catégorie EDPM : engins de déplacement personnel motorisés, avec la trottinette personnelle, le mono-roue, le gyropode et l'hoverboard.
Entre 2019 et 2022, la hausse de la mortalité est de 240%. Sur la même période, le nombre de blessés a bondi de 261%. En parallèle, les ventes de trottinettes individuelles ont explosé depuis 2017.
Rien qu'en 2021, il s'en est vendu près d'un million en France. Évidemment, si l'objet se développe plus, l'accidentologie augmente en même temps aussi. Alors, la trottinette est-elle plus accidentogène ?
Pour l'instant, il n'existe que des statistiques déclaratives. Dans cette étude menée à Paris, un usager sur 4 des trottinettes en libre-service déclare avoir déjà eu un accident. C'est moitié moins que les Vélib' et presque 2 fois plus que les vélos ou les scooters en libre-service. 6% d'entre eux signalent avoir eu un accident entraînant une prise en charge médicale.
Les gens commencent à s'accoutumer à l'objet. Les autres utilisateurs de la chaussée et les automobilistes en particulier, ou les scooters, n'ont pas forcément appris à anticiper ni la vitesse, ni la direction ou le changement de direction possible d'une trottinette. Comme tout nouveau moyen de transport, la trottinette pose plusieurs problèmes d'adaptation, mais le jeu en vaudrait la chandelle.
Un des arguments mis en avant par les opérateurs, c'est que la trottinette électrique serait un moyen de transport écolo. Mais, le vernis vert se craquelle dès les premiers mois. Ces véhicules importés de Chine qui roulent avec des batteries au lithium, on les retrouve par centaines, vandalisés ou dans les cours d'eau.
Alors, sont-ils vraiment bons pour l'environnement ? Au départ, pas vraiment. Qu'il s'agisse de la fabrication, de l'usage, des infrastructures, de la gestion de la flotte, une étude conduite en 2019 additionne toutes les émissions de CO2 équivalentes du cycle de vie d'un mode de déplacement et en déduit les émissions par kilomètre et par passager.
La trottinette est loin devant les autres modes de transports actifs ou électriques et la plupart des transports en commun. La moitié de ses émissions est due à la fabrication. Cela pèse lourd, car la durée de vie calculée est relativement courte : 3750km contre 15 000 pour une trottinette personnelle.
À cette époque, les trottinettes qui étaient utilisées, c'étaient des petites trottinettes de 12kg, qui n'étaient probablement pas assez robustes pour un usage partagé qui est souvent fait par des usagers peu expérimentés ou des usagers un peu moins soigneux parce que ce n'était pas leur trottinette. L'autre moitié des émissions vient de la gestion de la flotte. Changer les batteries, réparer et repositionner les véhicules, tout ça est souvent fait avec des véhicules thermiques.
Depuis 2019, beaucoup de choses ont changé. Dans ce vélo-cargo électrique, une quinzaine de batteries chargées à 100%. Elles vont être réparties sur les trottinettes qui en ont besoin.
Chez cet opérateur, la flotte de logistique est presque 100% électrique, donc moins polluante. Elle l'est aussi majoritairement chez ses concurrents. Puis, finie, la trottinette quasiment jetable.
D'abord, parce que beaucoup moins de véhicules finissent dans les canaux ou les fleuves. Au tout début, il y a 2 ans, on était aux alentours de 90 véhicules repêchés à chaque opération, trottinettes et vélos confondus. Aujourd'hui, on en dénombre aux alentours de 30 ou 40 maximum par repêche.
Même après un séjour dans le canal, elles peuvent être réparées. On travaille avec un fabricant de trottinettes sur un cahier des charges particulier qui est pour une forte utilisation et donc le partage. Ça nous a permis de faire une trottinette qui est réparable.
On va désosser une trottinette, on va récupérer toutes les pièces et on va pouvoir les réutiliser pour d'autres réparations. Ça, ce n'était pas le cas au début. Tout cela allonge la durée de vie du véhicule et donc allège son bilan carbone.
En 2021, le bilan carbone des trottinettes partagées a été divisé par 2 par rapport à 2019. Ce qui compte aussi, quand on calcule l'impact carbone, c'est le moyen de transport que les trottinettes électriques ont remplacé. Ça s'appelle le report modal. 34% des utilisateurs prenaient les transports en commun avant l'arrivée de ces trottinettes. 42%, des modes actifs, comme la marche ou le Vélib'.
Pour 19%, la trottinette a remplacé des modes de transports thermiques et donc moins écologiques. La plupart du temps, la trottinette remplace des déplacements qui étaient faits de manière plus écologique avant et une fois sur 5, des déplacements qui étaient faits de manière plus polluante. Au final, les trottinettes électriques en libre-service émettent plus de CO2 qu'elles n'en évitent.
Elle n'est pas excellente, mais pas si catastrophique que ça non plus, dans le cadre de Paris, du point de vue climatique. Elle est aussi intéressante si c'est une porte d'entrée vers l'acquisition d'une trottinette électrique personnelle qui va avoir un impact environnemental plus faible. En définitive, cette offre de micro-mobilité permet de tester une autre manière de se déplacer.
Et peut-être de moins prendre la voiture. Cela reste tout de même plus nocif pour l'environnement que le vélo, la marche ou même la bonne vieille trottinette sans moteur.