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interviewBLAST (sur YouTube)· 21 avril 2022 10 min

DÉBAT AU RABAIS POUR ÉLECTEURS DÉSENCHANTÉS

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Le décryptage du débat entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, c’est le sommaire du numéro 27 de la Guerre du trône. À l’évidence, hier soir, Marine Le Pen s’est trompée de débat. Au lieu d’instruire le procès du quinquennat d’Emmanuel Macron, elle s’est enfermée dans la défense de son programme.

Comme une étudiante brouillonne soutenant sa thèse devant une sommité universitaire. Traumatisée par le débat de 2017, la candidate du Rassemblement National quêtait un brevet de respectabilité technocratique. Du pain béni pour Emmanuel Macron qui excelle dans ce registre.

Ce faisant, Marine Le Pen a tout simplement oublié de faire de la politique. En fait de vision pour la France, elle a développé une plaidoirie boiteuse et bredouillante. Plaidoirie que son adversaire n’a eu aucun mal à démolir.

L’image d’une Marine Le Pen candidate du pouvoir d’achat a ainsi été balayée dans le premier quart d’heure : Est ce que je peux revenir au blocage des prix, madame Le Pen ? Parce que je suis content d’apprendre que vous le maintenez, mais vous avez voté contre quand il est passé à l’Assemblée. Pour contrer l’inflation, Marine Le Pen propose une TVA à 0 % sur un panier de produits de première nécessité.

Là encore, Macron l’assassine. Là, votre baisse de la TVA, elle va aller aux grands distributeurs beaucoup plus qu’aux consommateurs, madame Le Pen. Et, en plus, elle est injuste cette mesure.

Elle est injuste parce que, vous et moi, on n’a pas besoin de payer 0% de TVA sur ces biens. On veut que les ménages qui en ont le plus besoin, qui sont à l’euro près, qui n'arrivent pas à finir de compléter le caddie, puissent toucher quelque chose. Le chèque est plus adapté que la baisse de TVA qui elle n’est pas ciblée.

Donc, ça va nous coûter des milliards alors que ça va profiter à des gens comme nous quatre qui n’en avons pas besoin. Vous et moi… L’implicite est cruel. Nous sommes du même monde, celui des riches, dit en substance Macron.

Vous n’êtes pas la candidate des pauvres. Voilà pour la question sociale. Reste alors à pulvériser le patriotisme de la candidate du Rassemblement National, autrement dit le cœur de son identité politique.

Emmanuel Macron n’a aucun mal à la présenter comme la candidate du Kremlin : Vous dépendez du pouvoir russe, et vous dépendez de monsieur Poutine. Parce que quelques mois après avoir dit cela, madame Le Pen, vous avez contracté un prêt, en 2015, auprès d’une banque russe, la First Czech-Russian Bank, proche du pouvoir, en septembre 2014. Puis, vous avez ensuite “reboutiqué” ce prêt auprès d’autres acteurs, tout ça est totalement transparent, connu, notifié, notarié, qui sont impliqués, d’ailleurs, ensuite dans la guerre en Syrie.

Et donc, vous ne parlez pas à d’autres dirigeants, vous parlez à votre banquier quand vous parlez de la Russie. C’est ça le problème, madame Le Pen. À ce moment, on se dit que Marine Le Pen aura beau jeu de renvoyer Emmanuel Macron à ses liens incestueux avec le cabinet américain McKinsey, ou encore à son rôle dans la vente, en 2015, au groupe américain General Electric de l’usine Alstom de Belfort qui fabriquait les turbines équipant les centrales nucléaires.

Emmanuel Macron était alors ministre de l’Économie de François Hollande. N’importe quel conseiller en communication digne de ce nom aurait préparé la riposte. Du genre: “Si je suis la candidate de Poutine, vous êtes le candidat de Washington”.

Ça fait toujours son petit effet même si la ficelle est usée. Mais non, rien de tout ça si ce n’est une comparaison poussive avec un crédit à la consommation. C’est le début de la mise à mort de la candidate.

Une mise à mort dont les banderilles ont été apportées par Marine Le Pen elle-même. Car cette séquence sur la Russie et l’Ukraine s’ouvre par un déconcertant hommage de la candidate du RN à l’adresse d’Emmanuel Macron. Elle salue son action diplomatique dans les jours qui ont précédé le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Le président sortant n’en demandait pas tant. J’avoue que les efforts, monsieur Macron, que vous avez développés pour tenter de trouver, au nom de la France, les moyens, les voies de la paix, méritent d’être soutenus. C’est extrêmement clair.

Loin de se montrer reconnaissant, Emmanuel Macron attaque son adversaire sur la Crimée : Vous avez été, je pense, l’une des premières responsables politiques européennes, dès 2014, à reconnaître le résultat de l’annexion de la Crimée. Je rappelle que, en droit international, on reconnaît rarement, on ne le fait plus depuis la deuxième guerre mondiale, des territoires qui sont annexés par la force. Là encore, on est confondu par l’impréparation de Marine le Pen.

Comment l’annexion de la Crimée ne serait-elle pas venue le tapis ? La candidate aurait pu invoquer le laisser-faire de la communauté internationale. Mais non, pour sa défense elle brandit devant la caméra la photocopie d’un de ses tweets publiés en 2014.

Et pourquoi pas un post-it tant qu’on y est ? Il sait pertinemment que je suis une femme absolument et totalement libre, et que je défends, parce que je suis une patriote et que je l’ai démontré toute ma vie, la France et les Français, toujours, en toutes circonstances. Maintenant ce que vous dites est faux, plusieurs fois.

D’abord je vous ai retrouvé un tweet que j’avais fait le 9 novembre 2014. "Je soutiens une Ukraine libre, qui ne soit soumise ni aux Etats-Unis, ni à l’Union Européenne, ni à la Russie." C’est incontestablement à ce moment-là que le naufrage est consommé.

Une candidate à la présidence de la République qui fait de l’archéologie sur Twitter ! On est loin, mais alors très loin du Général De Gaulle. De plus en plus avachi sur sa chaise, dissimulant à peine son mépris pour sa rivale besogneuse, Jupiter laisse son arrogance naturelle reprendre le dessus.

Vous avez répondu à aucune de mes remarques, mais c’est normal parce que je pense que vous n’avez pas de réponse. Ah, bien sûr. Non parce que vous n’y avez pas répondu, madame Le Pen.

Je ne pensais pas que vous tomberiez dans une forme de complotisme. Je ne souhaite pas en sortir. Venant de vous, venant de vous, je trouve ça séduisant.

Je ne mens pas sur la marchandise. Vous mentez sur la marchandise. C’est fascinant de voir le cynisme avec lequel vous pouvez avancer.

Vous n’êtes pas honnête avec les gens. Moi j’explique. Aïe aïe aïe, mais arrêtez de tout confondre, c’est pas possible.

Ce qui est intéressant, à vous écouter, c’est l’incohérence de notre conversation. La candidate du RN devient inaudible. Elle-même n’y croit plus.

Comme un boxeur sonné, elle cesse de se battre. Quand bien même elle a raison factuellement. À preuve cet échange sur le numerus clausus des étudiants en médecine.

Plus personne n’arrive à trouver de médecin, le numerus clausus vous l’avez supprimé l’année dernière, vous auriez pu le supprimer… 2018. 2018 madame Le Pen. Bon, bref.

Quoi qu’il en soit… Oui, Emmanuel Macron avait souhaité dès 2018 la fin du numerus clausus. Mais l’arrêté de suppression n’a été pris que le 13 septembre 2021. Bref, comme elle dit… Sur la fin du débat, quand même, la candidate du RN tente un retour de service.

Vous êtes climatosceptique. Je ne suis absolument pas climatosceptique. En aucun cas, mais vous, vous êtes un peu climato hypocrite.

Mais c’est trop tard. Même sur l’immigration ou le voile, son domaine de prédilection, la candidate du RN n’arrive pas à reprendre pied. C’est Emmanuel Macron qui marque le point en déconstruisant les amalgames auxquels se livre l’extrême droite.

Faisant par là-même la preuve d’une impeccable posture républicaine. Échec et mat ! D’une question sur le voile, vous êtes passée au terrorisme pour revenir à l’islamisme, et pour aller aux étrangers.

Et vous créez un système d’équivalence par votre cheminement qui confond tous les problèmes et qui les entretient. La question du voile, c’est la question d’une religion, d’un signe extérieur religieux. La question du foulard plus exactement, d’ailleurs.

Moi je suis pour la loi de 1905, c’est notre République, la République est laïque. La laïcité, ça n’est pas combattre une religion. Et donc, avec moi, il n’y aura pas d’interdiction ni du foulard, ni de la kippa, ni de quelques signaux religieux dans l’espace public.

L’histoire des débats du second tour montre qu’ils n’ont jamais fait basculer un scrutin. Mais ils peuvent faire trébucher un candidat. Bref, il y a plus à perdre qu’à gagner.

La particularité de l’échange d’hier soir est qu’il y a, cette fois, deux perdants. Marine le Pen, qui a prouvé qu’elle n’a pas progressé d’un millimètre en cinq ans et qu’elle est toujours d’extrême-droite, malgré ses chats. Et Emmanuel Macron dont la condescendance débridée aura indisposé plus d’un électeur.

Ceux qui hésitent encore entre l’abstention et le vote Macron seront tentés de rester chez eux, tant la morgue affichée rappelle trop les mauvaises heures du quinquennat et surtout, augure mal des cinq années à venir si Macron était réélu. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.

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À lundi pour un prochain numéro de La Guerre du trône.