"Je lui en veux d'avoir fait souffrir ces femmes", confie Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Céline Asselot, le 6-9.
Avec son manteau noir, avec son béret, c'est une silhouette que reconnaissent et reconnaissent la plupart des Français. Un symbole, à lui tout seul, de la solidarité, de la lutte contre les exclusions. Mais derrière le mythe de l'abbé Pierre, disparu en 2007, il y a une part d'ombre. Et les associations qui poursuivent son combat ont décidé aujourd'hui de la mettre en pleine lumière. Bonjour Christophe Robert.
Bonjour.
Merci d'avoir accepté l'invitation de France Inter ce matin. Vous êtes le délégué général de la Fondation Abbé Pierre qui publie avec Emmaüs un rapport où 7 femmes témoignent d'agressions sexuelles. Alors l'année dernière, vous avez pris connaissance d'un premier témoignage. Vous avez alors décidé de mandater un cabinet d'experts pour recueillir la parole d'éventuelles autres victimes. Et ce cabinet, c'est le vôtre. Bonjour Caroline Devasse. Bonjour. Merci d'être avec nous également. Vous allez nous raconter tout à l'heure comment vous avez procédé.
Je voudrais d'abord vous demander, Christophe Robert, comment vous avez réagi, j'allais dire presque intimement, quand vous avez pris connaissance de la première accusation.
Un effet de surprise immense, un choc terrible. Ce premier témoignage, il nous a d'abord été orienté par l'église, après le mouvement Emmaüs, des personnes du mouvement Emmaüs ont rencontré la personne, elles l'ont cru. Et là on s'est dit, on ne peut pas en rester là, il faut qu'on creuse, il faut qu'on voit s'il y a d'autres potentielles personnes qui ont été victimes des mauvais agissements de l'abbé Pierre. Donc ça a été un choc terrible, une déflagration. Ça a suscité chez nous, chez moi, beaucoup de tristesse, beaucoup de colère.
Parce que je lui en veux d'avoir fait souffrir ces femmes, mais on s'est dit, pour elles, en saluant le courage d'avoir témoigné, on se doit d'être transparent. On se doit d'aller au bout de cette démarche. Et c'est la condition pour continuer à mener notre combat contre le mal-logement, contre la pauvreté.
Est-ce que vous avez peut-être entendu tout à l'heure, dans le journal de 8h, cette paroissienne qui regrette ses accusations, qui dit ça fait 17 ans qu'il est mort, est-ce que c'est vraiment opportun ? Est-ce que ça c'est une interrogation que vous avez partagée, ou vous pouvez comprendre, Christophe Robert, vu la stature de l'abbé Pierre ?
Je peux comprendre l'interrogation, mais nous condamnons toute forme de violence à la fondation Abbé Pierre, au mouvement Emmaüs. Et il n'était pas possible d'en rester à ce premier témoignage. Et il n'était pas possible de ne pas dire les choses, de ne pas prendre la parole. Donc, je voudrais dire, j'ai entendu ce témoignage, et nous en avons reçu d'autres qui vont dans le même sens. Je comprends de dire, il n'est pas là pour se défendre, il est décédé depuis 17 ans. Je voudrais juste dire à ces personnes que les victimes qui ont eu le courage de témoigner, elles souffrent. Elles ont beaucoup souffert pendant longtemps.
Et le fait que la parole se libère est quelque chose de très important pour elles, je pense pour nous, et je pense pour la société dans son ensemble.
Alors, rappelons peut-être les faits, cette agression sexuelle, cet cas en tout cas, cet témoignage, des faits qui s'étalent des années 70 à l'année 2005. Donc, on est quasiment à la mort de l'abbé Pierre. Toujours des femmes, toujours un peu le même scénario, des femmes qui étaient dans l'entourage de l'abbé Pierre, une salariée, une bénévole, qui font état de gestes déplacés, de propositions à caractère sexuel. Finalement, tout ça racontait presque la même histoire.
Oui, un baiser forcé, des mains posées sur la poitrine de certaines femmes, sur une durée longue. Je ne sais pas ce que ça raconte comme histoire, moi je ne suis pas dans la tête de l'abbé Pierre. Toujours est-il que, voilà, c'est sur une durée qui est longue. Au fond, cette séquence, cette réalité que nous dévoilons aujourd'hui avec le mouvement Emmaüs, elle change profondément le regard sur un homme qui occupe une grande place dans l'histoire de nos organisations. Mais je voudrais dire, parce que j'ai eu beaucoup de témoignages depuis hier soir de bénévoles, de salariés, je voudrais dire deux choses.
Ils ne sont pas responsables, ces bénévoles et salariés, de ce que nous sommes en train de rendre visible. Et leur combat, quand ils se sont engagés dans le mouvement Emmaüs, Emmaüs International, Emmaüs France, à la Fondation Abbé Pierre, ce combat pour plus de justice sociale, il reste d'une acuité très importante. Et donc, il ne faut pas se tromper. Mais il faut faire. Il faut faire la vérité.
Parce qu'on entend aussi, depuis hier, des témoignages justement au sein des structures comme la Fondation Abbé Pierre ou comme Emmaüs, des gens qui disaient, finalement on savait bien, on disait aux femmes qu'il ne fallait pas aller voir l'Abbé Pierre tout seul, que quand on était plusieurs, il n'y avait pas de soucis, mais tout seul, c'était compliqué. Est-ce que vous avez le sentiment aujourd'hui, Christophe Robert, qu'on a raté quelque chose, que vous avez raté quelque chose ?
Non, non, non. Quand ce premier témoignage nous a été remonté, les trois organisations, Emmaüs International, Emmaüs France et la Fondation Abbé Pierre, ont été stupéfaits, si vous voulez, c'était un choc terrible. Donc, on ne savait pas. Maintenant, le travail qui a été mené par le groupe EGAE montre qu'effectivement, il y a des personnes, certaines personnes, qui, de façon directe ou indirecte, ont été confrontées à certaines alertes, et je ne sais pas ce qui s'est passé. Peut-être qu'elles n'ont pas su comment faire, peut-être qu'elles ont minimisé la réalité des personnes, peut-être qu'elles n'étaient pas outillées pour le faire, peut-être qu'elles n'ont pas cru, les personnes.
C'est pour ça que nous disons aujourd'hui, nous les croyons, les victimes.
Vous l'écrivez, noir sur blanc. Nous vous croyons, nous les croyons.
Oui, mais parce que c'est fondamental. On ne dit pas ça 20 ans, 30 ans, 40 ans après, comme ça, si vous voulez. Et on mesure la souffrance que ça représente pour ces personnes. Donc, il faut être très vigilant. Nous, il n'y avait pas de doute. Dès que nous avons vu remonter un certain nombre de témoignages qui étaient clairs, on savait qu'on allait le rendre public. Nous avons rendu public le rapport du groupe EGAE. C'est pour nous essentiel. Maintenant, qu'est-ce qui s'est passé à des moments... Oui, bien sûr, il y a des personnes qui, indirectement ou directement, ont été confrontées à ces alertes à un moment. Mais voilà, on n'était pas là.
Et je ne voudrais surtout pas qu'on les juge non plus.
Alors, puisque vous le citez, ce groupe EGAE, je me tourne vers vous, Caroline De Haas, puisque c'est vous la fondatrice de ce cabinet spécialisé dans les questions d'égalité entre les femmes et les hommes. Et c'est vous qui avez été donc mandaté par la Fondation Abbé Pierre et par Emmaüs pour faire ce travail de recueil de témoignages, voir si à partir de cette première accusation, il y en avait d'autres. Comment est-ce que vous avez procédé ?
Alors, d'abord, la première chose, c'est qu'on est dans un cas très particulier. On n'est pas dans un cas standard d'enquête disciplinaire qui peut exister dans des entreprises ou des collectivités, dans lesquelles on va appliquer le principe du contradictoire. On n'est pas du tout dans un cas habituel. On est dans un cas, non pas d'enquête interne, mais on est dans un cas d'une enquête menée par une institution qui a décidé d'entendre la parole des victimes. Donc, c'est très différent. Qui a décidé de regarder les violences en face et de proposer aux victimes un dispositif pour leur permettre d'être entendues et d'être accompagnées. Comment on procède dans ces cas-là ?
En fait, moi, mon travail, c'est de tirer un fil. Et c'est le cas, pour le coup, c'est assez similaire dans l'ensemble des enquêtes. Que ce soit des enquêtes internes standards ou que ce soit des enquêtes comme celles qu'ont commandé Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre pour entendre la parole des victimes. On tire un fil. Donc, on a un premier témoignage qui arrive. On entend la personne. Et puis, la personne dit, vous devriez interroger telle personne parce qu'elle doit avoir des informations. On interroge telle personne. La personne dit, non, je n'ai pas d'infos, mais c'est vrai que j'ai entendu quelqu'un qui m'avait dit qu'elle était mal à l'aise. Alors, on va voir la personne.
Et la personne, elle dit, oui, en fait, j'étais mal à l'aise parce qu'il s'est passé quelque chose. Et souvent, tout le temps, quand on tire le fil, il y a la pelote qui arrive avec. Et on se rend compte que de témoignage en témoignage, et c'est ça, mon travail, c'est d'aller chercher les témoignages pour identifier si on a un cas isolé, unique, ou s'il y a plusieurs cas.
Alors, vous dites, on est dans une situation particulière parce que les faits présumés sont anciens, parce que, vous le dites, il faut aller chercher témoignage après témoignage, tirer des fils, et puis aussi parce que c'est l'abbé Pierre, et que c'est pas n'importe qui, qu'il y a la réputation, la célébrité, certains ont dit même l'idolâtrie. Il y a cette femme aussi qui disait, comment est-ce qu'on fait quand c'est Dieu qui vous fait ça ? Ce qui sont des mots très forts. Est-ce qu'on travaille différemment dans ce cas-là ? Est-ce qu'on se dit qu'il peut y avoir aussi un sentiment d'emprise ?
Alors, moi d'abord, je voudrais m'associer aux mots de Christophe Robert pour saluer le courage et la force de celles qui ont témoigné, de celles qui témoigneront, et de toutes celles qui en fait ont été victimes. Il faut vraiment beaucoup de courage pour faire ça, et notamment pour faire ça quand la personne est aussi connue et aussi importante dans le cœur des Françaises et des Français. J'ai entendu des histoires très spécifiques, et en même temps, il y a des similarités avec l'ensemble des violences qui existent dans la société. Et je vous en prends deux des similarités que j'ai entendues lorsque j'ai rencontré les victimes.
La première, c'est l'isolement, c'est-à-dire que les faits ont lieu quand elles sont seules avec l'abbé Pierre, et puis l'isolement aussi vis-à-vis de l'entourage et de la société qui a tendance à ne pas les croire jusqu'à aujourd'hui. Et puis, le deuxième élément qui est très important, c'est l'inversion de la culpabilité. Et quand on entendait la paroissienne tout à l'heure dans votre reportage, moi j'ai senti un peu ça, c'est-à-dire qu'on va renvoyer aux victimes le fait qu'elles seraient responsables de ce qui se passe et que le fait de prendre la parole, d'être entendue, pourrait inverser en fait la responsabilité.
Et donc moi je voudrais redire à toutes les personnes victimes de violences, elles ne sont pas responsables des violences qu'elles ont subies à aucun moment. Et la responsabilité qu'a pris aujourd'hui Emmaüs, qu'a pris la fondation abbé Pierre de révéler ces faits, est très importante pour lever la chape de plomb. On va aller au Standard, où nous attend Eglantine.
Bonjour Eglantine. Oui, bonjour.
On en a déjà parlé sur cette antenne. Ces victimes sont souvent accusées par certaines personnes de mensonges, de diffamation, de chercher de l'argent, enfin bref, par des gens qui ne comprennent pas ce que c'est que d'être soumis au silence, au phénomène de sidération. Je me demandais si vous aviez des éléments à apporter sur cet élément déclencheur qui explique la parole de ces victimes. Je me posais la question de savoir si par exemple la sortie du biopic sur l'abbé Pierre il y a quelques mois pourrait expliquer aussi cette prise de parole.
Est-ce qu'on peut considérer que c'est insupportable par exemple de voir un film à la gloire de son agresseur sexuel ou est-ce que vous auriez d'autres éléments de votre côté ?
Merci pour votre question Eglantine.
Oui, juste pour que ça soit bien clair vis-à-vis de vos auditrices et vos auditeurs, nous n'avons pas rencontré les victimes. Elles ont été rencontrées par le cabinet EGAE sous le sceau de la confidentialité et de l'anonymat. Donc, personnellement, je ne peux pas répondre à cette question.
Mais sur le contexte, Caroline... Oui, alors en fait, il y a une conjonction. Le pourquoi maintenant, ça revient beaucoup quand même dans les messages. Il y a beaucoup de messages de soutien qui sont reçus. Mais il y a aussi le pourquoi maintenant. En fait, il y a une conjonction de plusieurs éléments qui ont permis à cette parole d'être entendue. La première chose qui a été déclencheur pour répondre directement à la question de votre auditrice, ce n'est pas le biopic, ce n'est pas le film sur l'abbé Pierre, c'est un peu avant les témoignages sur l'église. Ce qui s'est passé dans l'église.
En fait, la première victime qu'a contacté la fondation abbé Pierre et le mouvement Emmaüs, elle a été destinataire. Elle a entendu le témoignage d'une personne qui racontait avoir subi des violences de la part d'un prêtre, en l'occurrence. Et ce témoignage a fait écho à ce qu'elle avait elle-même vécu et elle a décidé, à franchir le pas, de prendre la parole auprès d'institutions. Donc ça, c'est le premier élément. Deuxième élément, c'est le temps. C'est normal, en fait, quand on a été victime d'une personne aussi admirée des Français, que ça prenne du temps de pouvoir être entendu.
Et puis, le troisième élément, c'est que la fondation abbé Pierre et le mouvement Emmaüs ont réuni les conditions possibles à la parole. C'est-à-dire, on garantit un anonymat et une confidentialité strictes pour les victimes. On permet aux victimes d'être entendues par des personnes qui sont expertes de ces thématiques-là. Et ça, ça fait partie des éléments qui permettent que la parole soit aujourd'hui entendue.
C'est Angelo qui nous attend maintenant au Standard. Bonjour, Angelo. Bienvenue.
Oui, bonjour.
Je me laisse poser votre question.
Je suis très confus parce que j'admire vraiment l'abbé Pierre et son œuvre sociale. Après, la question que je me pose, c'est par rapport à la médiatisation des affaires qui passent en justice. C'est l'abbé Pierre, il est connu. Alors, a priori, on est sûr qu'il a fait des faits, etc. Moi, je suis très content que les gens qui sont victimes d'agressions sexuelles, ils trouvent aujourd'hui des espaces pour s'exprimer parce que Dieu sait si c'est lourd à porter et qu'on vit avec ça toute sa vie. Mais je me pose la question, ça y est. Pour moi, je me dis, on est dans le spectacle de la médiatisation des affaires de justice de l'abbé Pierre.
Pourquoi les gens qui sont connus, ils n'auraient pas le droit à cet espace de la justice ? Point barre. Et après, quand on en sait un peu plus, on avance.
Merci pour votre interrogation que je soumets à Christophe Robert et Caroline de Haas. Alors, il n'y a pas d'affaires de justice en ce qui concerne l'abbé Pierre, mais s'oppose effectivement la médiatisation que vous avez souhaitée, d'ailleurs, Christophe Robert, autour de ces accusations. Est-ce que vous entendez la remarque, la critique aussi de notre auditeur ?
Oui, je l'entends. Et il faut qu'on discute de tout ça. C'est pour ça que c'est précieux que vous nous donniez cet espace pour le faire. Je comprends ce que dit Angelo. La question, on se l'est posée. Évidemment. Parce qu'il est décédé depuis 17 ans. Et que donc, il n'y avait plus de personnes à protéger, potentielles victimes, face à des comportements inadaptés. Donc, du coup, pourquoi ? Et je vais vous dire, en fait, c'est très simple. C'est que c'est pour les victimes, en fait.
Ce qui nous est remonté par le premier témoignage, mais je laisserai Caroline de Haas nous dire s'il y en a eu d'autres dans ce sens-là, mais c'est que quand on l'a écouté, quand on l'a cru, c'était de dire comment vous, vous voyez les choses. Et comment on voit les choses, c'est que ça soit su. Pour reconnaître la vérité et reconnaître la douleur. Donc, notre seul guide, ça a été de le faire par respect vis-à-vis des victimes qui ont eu le courage de témoigner. C'est la seule chose. Tout le reste, on peut l'entendre et toutes ces questions sont complètement légitimes, sincèrement, et on se les est posées. Et évidemment, moi aussi, ça m'a meurtri.
Enfin, Angelo a l'air d'avoir admiré l'abbé Pierre, vous imaginez moi. Donc, vous imaginez tout le mouvement, les bénévoles, les compagnes, les compagnons. Mais encore une fois, je leur dis, il y a tous et à tous, personne n'est responsable. Et on va continuer ce combat contre la misère et contre le mal-logement.
Est-ce que certains de ces témoignages vont être transmis à la justice ?
Caroline Dehasse. La personne qui a commis ces faits est décédée. Donc, la justice ne va pas pouvoir faire son travail comme elle aurait peut-être pu le faire. Je voudrais simplement quand même remettre les choses dans leur contexte historique. C'est-à-dire qu'en 2024, aujourd'hui en France, quand vous portez plainte pour des faits, par exemple, de harcèlement sexuel, dans 94% des cas, la justice classe votre plainte sans suite. On est en 2024. Vous imaginez ces femmes, dans les années 80-90, aller porter plainte contre l'abbé Pierre ? C'est-à-dire que la probabilité qu'on les croit et que la justice prenne leur plainte au sérieux était de toute façon très faible.
Et donc, la justice pénale est une voie de traitement des violences qui aujourd'hui, par ailleurs, globalement, dysfonctionne. Il y a d'autres voies aussi pour pouvoir témoigner. Et ce que font aujourd'hui la fondation abbé Pierre et Emmaüs, c'est de permettre aux victimes d'être entendues. Ça n'efface pas le fait qu'il y aurait pu avoir une procédure pénale, peut-être, dans les années 80-90. Elles n'ont pas souhaité porter plainte à l'époque. On ne va pas refaire l'histoire. Par contre, on peut essayer de lever cette chape de plomb et permettre à la parole d'être victime d'être entendue. Et c'est ça le principal.
Avant de retourner au standard, est-ce que vous imaginez qu'il y ait d'autres victimes, d'autres témoignages, peut-être à venir, à la suite de ce rapport ?
Dire peut-être un mot. Le mouvement Emmaüs, sur ce sujet, a choisi, alors que le rapport du cabinet gay nous a été remis début juillet, d'informer le grand public sur cette situation. C'est ce que nous faisons depuis hier. Mais nous avons choisi aussi de mettre en place un dispositif d'écoute d'éventuels potentiels autres victimes pour qu'on puisse recevoir leur parole de façon anonyme avec le cabinet gay et pouvoir aussi, et c'est très important, je vais dire presque, pas surtout, mais bénéficier d'un accompagnement si elles le souhaitent, si c'est nécessaire. Un accompagnement psychologique avec des personnes spécialisées dans ce type de situation.
C'est quoi le numéro ? Là, c'est une lutte d'écoute, c'est ce que vous avez en tête. Alors, il faut envoyer un mail à Emmaüs arrobas groupe-egay.fr. Vous retrouvez les coordonnées sur le site de la Fondation Abbé Pierre et de Emmaüs. On les mettra aussi sur le site de France Inter. Bonjour François.
Oui, bonjour. Et bienvenue sur France Inter. Je vous laisse poser votre question.
Oui. Il est clair que la lutte contre le patriarcat et l'emprise sont des luttes essentielles de notre temps, mais est-ce qu'il ne faudrait pas aussi remettre en cause cette prescription spécifique à l'Église catholique qui est le célibat des prêtres ? Il fait peser sur ces personnes des contraintes qui sont de plus en plus insupportables, en particulier dans notre époque où le rôle de la sexualité est d'une sexualité équilibrée est de plus en plus affirmée, reconnue et installée dans la société.
Merci pour votre remarque, François. Je ne sais pas si Christophe Robert, vous avez un avis sur cette question qui fait débat, bien sûr.
Il faut poser la question à l'Église.
Je voudrais simplement ajouter qu'on ne parle pas de vie sexuelle de l'abbé Pierre. On ne parle pas de vie sexuelle des prêtres. On parle de violence. Ce n'est pas du tout pareil d'avoir un rapport sexuel avec une personne adulte, un rapport sexuel consenti. Et chacune et chacun peut avoir un débat ou un avis sur le célibat des prêtres. Ce n'est pas le sujet. On parle là de violence. À aucun moment, il n'est question, dans le rapport ou dans le témoignage des personnes qu'on a reçues, de vie sexuelle, de drague, de séduction, de consentement. À aucun moment, il n'est question de ça.
C'est quoi la suite, Christophe Robert ? Il y a Ismaël, par exemple, sur l'appli France Inter qui vous demande la Fondation Abbé Pierre, dont vous êtes le délégué général, va-t-elle garder son nom ?
Écoutez, c'est une question compliquée. La place de l'abbé Pierre dans le mouvement, dans l'héritage de ce mouvement, son image, dans ce mouvement, va forcément bouger. Mais là, on s'est dit que ce n'était pas le moment de réfléchir à ça. C'est trop tôt. C'est trop tôt. On est dans un moment où on dévoile, un moment où on veut être aux côtés des victimes. Et je veux vraiment leur redire tout notre soutien. nous ferons tout ce qui est en notre possible pour les soutenir, pour les aider. Mais il y a autre chose, avant même le nom, avant même l'iconographie. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est le combat contre le mal-logement.
Parce qu'il y a aussi, nous, des témoignages et des gens qui nous attendent. Des personnes qui souffrent, des personnes sans domicile, des personnes qui sont victimes de la précarité. Toutes ces personnes que l'on aide au quotidien. Alors nous, à la Fondation Abbé Pierre, avec tout le réseau associatif, grâce aux donateurs de la Fondation Abbé Pierre, le mouvement Emmaüs dans les communautés, avec les compagnes et les compagnons. Et ça, ça c'est la première, c'est la deuxième urgence. Nous allons continuer ce combat. Nous allons le mener sans relâche. A savoir la place de l'Abbé Pierre dans notre mouvement, c'est vraiment trop tôt.
Et justement, sur la suite de vos combats, je voudrais qu'on accueille Francine. Bonjour Francine. Oui, bonjour. Je crois que vous êtes bénévole chez Emmaüs.
Tout à fait, je suis bénévole dans le Morbihan à Vannes. Et ma question est toute simple, je partage tout à fait ce que vient de dire M. Robert sur le souci des communautés, des compagnons, des compagnes qui vont être aussi sidérées et malheureuses que moi ce matin. Je sers absolument de tout cœur avec les victimes. Tout ça, c'est OK. La seule chose qui me trouble et qui me pose question ce matin, c'est pourquoi, pourquoi aujourd'hui, pourquoi dévoiler en ce moment, maintenant, aujourd'hui, à quelques encablures, si je puis dire, parce que je suis en Bretagne, de la grande vente dans les communautés chez M.
Christophe Robert doit le connaître, c'est le moment de l'année où tout le monde est en effervescence, on prépare la grande grande vente à Vannes, c'est quelque chose d'extraordinaire et c'est un énorme rapport pour le budget pour l'année.
Vous craignez que ça perturbe, on imagine, un petit peu ce moment important. Merci Francine pour votre question, Christophe Robert.
Je comprends totalement Francine, je comprends totalement Francine, je voudrais juste vous dire, ça va être très simple, on a fait le choix de la totale transparence, nous avons eu un premier témoignage, nous avons confié un cabinet spécialisé dans les violences, cette cellule d'écoute. Ce rapport de ce cabinet et Gaë a été remis début juillet, qui donne à voir sept personnes victimes. On s'est dit, il faut que nous en informions maintenant.
Bien sûr qu'on met en place le dispositif s'il y en avait d'autres, mais il faut qu'on le dise maintenant, il n'y a pas de bon moment pour un moment si difficile, il n'y a pas de bon moment pour témoigner de cette difficulté, vous voyez ce que je veux dire. Mais par contre, nous on sera là, on sera là avec tous les bénévoles, avec les compagnes, avec les compagnons, avec les mal logés, avec les pauvres, on ne lâchera pas, je vous le dis, mais il n'y a pas de bon moment.
Je voudrais vous faire part de toutes ces réactions de soutien aussi qui nous sont arrivées par l'appli France Inter. Christophe Robert, vous pouvez être fier de votre démarche, nous dit Estelle, Merci pour votre franchise, nous dit Yanis, bravo à la Fondation pour leur courage, nous écrit de son côté Sabrina. Voilà, c'est un florilège de quelques-unes des nombreuses réactions qui ont été provoquées par ce rapport auprès des auditeurs de France Inter. Merci à tous les deux d'être venus nous en parler. Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Caroline de Haas, fondatrice du groupe EGAE, invitée du grand entretien de la matinale. Sous-titrage ST' 501
Christophe Robert