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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 2 juillet 2026 8 min

"La capacité d'assurabilité est une question qui se pose de plus en plus", s'inquiète le directeur des Eurockéennes

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 6h21, on reste en Franche-Comté pour un autre festival musical. Celui-ci nettement plus grand, c'est même l'un des plus grands de France, les Eurokéennes de Belfort. La 36e édition s'ouvre aujourd'hui. Alors comment se construit une programmation quand on est en début de saison et qu'il y a plein d'autres festivals le même week-end ? Le directeur des Eurokéennes, Jean-Paul Roland, est en direct avec nous. Bonjour Jean-Paul Roland.

0:31
Invité

Bonjour.

0:31
Présentateur

C'est plus simple ou plus compliqué d'être dans les premiers ?

0:35
Invité

Écoutez, le but, ce n'est peut-être pas d'être dans les premiers. Moi, j'ai toujours dit qu'il vaudrait mieux être le plus beau que le premier, quand même. Parce que le premier, c'est quand même toujours difficile. Écoutez, la presqu'île du Malsouci qui nous accueille, c'est quand même un endroit assez particulier. Entre lacs, montagnes, prairies clairières, c'est pas mal.

0:53
Présentateur

Alors ça, c'est pour le décor. Et sur scène, aux Eurokéennes, il n'y a pas que du rock. Et cette année, est-ce que c'est encore plus varié que d'habitude ? Je vous pose la question parce que votre dossier de presse m'a amusée. Vous avez écrit « On vous prévient, il faudrait être ultra souple, car cette année, les Eurok font un grand écart entre les genres musicaux. »

1:09
Invité

Encore plus que d'habitude ? Moi, je pense, oui, parce qu'en fait, il y a quand même un triple défi de faire les Eurokéennes artistiquement, on va dire. C'est-à-dire, le premier, c'est peut-être une exigence artistique quand même à la hauteur de l'événement. C'est en général ce qu'on appelle les têtes d'affiches. Donc là, avec des groupes comme Offspring, Ben Harper, etc. Pulp. Et puis, il y a aussi Pulp, bien sûr. Et puis, l'autre, c'est de rester un festival quand même de son époque. Alors là, c'est toujours plus clivant, bien entendu, parce que c'est là où les générations finalement se frictionnent. Je parle par exemple d'Ayanakamura, qui viendra le dimanche chez nous.

Et puis, en fait, le troisième défi, c'est de rester, d'explorer, j'allais dire, les marges pour nous des musiques populaires. C'est ce qu'on appelle en général les découvertes. Alors chez nous, ça va d'artistes qui viennent d'Abidjan, mais aussi d'artistes qui viennent, je pense par exemple, à Nash et Catégorique, de rappeuses ivoiriennes. Mais je pense aussi à Madrasalak, des groupes qui viennent d'Irlande, etc. Enfin, l'histoire d'un voyage musical, je crois que c'est vraiment ce qu'on propose avec une cinquantaine de groupes.

2:13
Présentateur

Est-ce qu'il y a des genres vers lesquels vous n'allez pas ?

2:16
Invité

Écoutez, je me...

2:18
Présentateur

Vous vous différenciez des autres, justement.

2:20
Invité

Écoutez, on a fait quand même beaucoup de choses. On a fait des musiques qui venaient vraiment, vraiment d'ailleurs. Je pense à des musiques de groupes de Mongolie, par exemple, des choses comme ça. Je pense que même l'électro un peu plus expérimental a déjà eu honneur chez nous. Je dirais presque des accents même de jazz et tout ça. Bon, c'est vrai qu'on voit moins de musique classique. Et encore, on a déjà monté, on a déjà fait des rencontres entre des groupes de rock et des ensembles orchestrales. Et donc, vous gardez... D'ailleurs, on le fait... Allez-y. Oui.

En fait, par exemple, cette année, il y a un groupe local, THK, que l'on fait rencontrer avec un brass-band, voilà, un brass-band local. Donc, cette histoire aussi de rencontre, c'est quand même quelque chose qui nous amuse où là, on est plus, on va dire, des directeurs artistiques, vous voyez, que simplement des acheteurs de concerts. Donc, c'est vraiment ces aventures-là un peu particulières que l'on propose sur les quatre scènes du festival.

3:18
Présentateur

Et vous gardez toujours de la place et de l'argent aussi pour faire venir des artistes moins connus. Ce n'est peut-être pas eux, finalement, qui font venir les festivaliers, mais ça reste important pour vous ?

3:28
Invité

Très important. Depuis quelques années, on explore ce qu'on appelle la ghetto musique, c'est-à-dire un peu, on avait quelques années invité des artistes féminines du Chata, vous voyez, Antillais. On a fait le Bouillon aussi, Martiniquais. Cette année, c'est l'électro de Kinshasa que l'on attend et toujours avec, en fait, là, un accent plutôt sur les artistes féminines que l'on met en avant. Et là, cette année, comme je vous dis, c'est l'électro-congolais qui viendra montrer, en tout cas, comment ça se passe dans les clubs de Kinshasa. C'est des choses un peu particulières.

4:04
Présentateur

Est-ce que les festivals, et le vôtre en particulier, intéressent toujours les grosses, grosses stars internationales ? Parce qu'on les retrouve aujourd'hui à faire des concerts, finalement, dans des stades. C'est ça, la vraie concurrence pour vous, aujourd'hui ?

4:16
Invité

Oui, on peut le dire, mais je crois qu'il y a deux esprits, finalement. Comme vous dites, on est là depuis une trentaine d'années, donc c'est-à-dire qu'on est quand même connus dans le parcours, j'allais dire, un peu des grandes tournées. Il faut savoir que les choses sont un peu différentes. C'est vrai que, dans un stade, je comprends, on est entre sa communauté. On ne risque peut-être pas de croiser soit sa petite cousine, soit sa grande-tante, mais chez nous aussi, en fait. En fait, c'est cette idée de mélanger, finalement, les générations dans un endroit plutôt paisible, mais quand même assez turbulent au niveau de l'énergie, que l'on défend.

Et c'est cette particularité, je pense, des festivals. Et puis surtout, d'être attiré par un groupe que l'on a peut-être connu, et puis de découvrir d'autres choses. Ou même, pour des parents, de se dire, mais enfin, quel est ce groupe dont mes enfants me parlent toute la journée ?

5:06
Présentateur

Et en parlant de stade, est-ce que vous subissiez la concurrence du Mondial de foot ? Parce que samedi, à 23h, pour le prochain match des Bleus, il y a quoi comme concert chez vous ?

5:13
Invité

Alors, je dois vous dire qu'en fait, nous, quand il y a la programmation de la Coupe du Monde, on imagine, bien entendu, la France aller jusqu'au bout. Et donc, on réserve, bien entendu, un espace. Et là, cette année, ce sera le samedi 4 que la France rencontrera le Paraguay. Alors, bien sûr, il y a des groupes qui jouent pendant ce temps-là. Mais on a demandé au groupe Enhancer, qui est un groupe un peu de punk rock fusion, de pouvoir décaler son concert pour pouvoir avoir tout le match en entier, qui est retransmet en fait sur les écrans des fans. Ah bah oui, oui, non, ils nous demandent depuis le début en disant, écoutez, s'il n'y a pas de foot, pour ça, on ne vient pas. Donc, voilà.

Et donc, c'est assez impressionnant quand le foot démarre chez nous, parce que c'est comme une sorte d'immense fan zone.

5:59
Présentateur

Alors, vous le savez, évidemment, le festival Solidays a été annulé au dernier moment à cause de la canicule. Au-delà de cette année, est-ce que c'est une réflexion que vous avez, et peut-être même d'ailleurs avec d'autres festivals, sur comment on s'adapte à ces vagues de chaleur ? Est-ce qu'il faut revoir le calendrier ? Est-ce que c'est quelque chose que vous avez en tête depuis quelques années déjà ?

6:15
Invité

Alors, déjà, on est très malheureux pour nos confrères, consoeurs qui ont dû annuler ou amputer leurs manifestations. La deuxième, bien entendu, c'est que cette canicule, nous, on l'a subie, mais on l'a subie pendant le temps du chantier. Donc, cette adaptation, on a dû, bien entendu, l'adapter, notamment avec les techniciens. C'est un vrai sujet. Le sujet qui se pose actuellement, il est double. Le premier, c'est effectivement d'éviter, j'allais dire, une annulation automatique. Donc, ça, c'est les discussions avec la préfecture, mais notre syndicat écocène a alerté le ministère de la Culture, et je crois que la semaine prochaine, il y a une rencontre.

Et puis, l'autre chose, c'est que, bien entendu, j'allais dire, il faut savoir que la capacité d'assurabilité, finalement, de nos festivals est une question qui se pose de plus en plus. C'est-à-dire que, si, effectivement, les préfectures ont tendance à nous annuler assez rapidement, j'allais dire, par principe de précaution, nos événements, bien sûr, les assurances ne joueront plus le jeu. Et les tels événements, en tout cas aussi onéreux, je veux dire, à fabriquer, seront très difficiles à mettre en place.

7:22
Présentateur

Les Eurokéens de Belfort, ça commence aujourd'hui jusqu'à dimanche. France Inter est partenaire, et je ne sais pas si vous avez déjà reçu les Rolling Stones. Nous, sur France Inter, ce matin, on a Mick Jagger, invité de la grande matinale à 8h20. Bonne journée et bon festival, Jean-Paul Roland, directeur des Eurokéens. Eurokéens. C'est bon.