Pour une Europe des nations et des peuples : allocution de Jordan Bardella
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Bien mesdames, messieurs, bonjour, merci de votre présence à cette conférence de presse, merci aux journalistes qui ont fait le déplacement, merci aux nombreux élus, députés, européens, candidats, députés alliés également du Rassemblement National, réunis ici avec nous. Il me revient en premier lieu d'excuser notre candidat Hervé Juvin, que vous connaissez, C.I., spécialiste des questions d'écologie humaine, qui a été le grand artisan de ce manifeste, comme vous le savez, mais qui est malheureusement revenu pour des raisons personnelles et qui ne sera pas avec nous aujourd'hui.
C'est un véritable bonheur de présenter notre manifeste et notre projet ici à Strasbourg, car vous connaissez notre attachement viscéral au maintien du Parlement européen ici dans cette ville de Strasbourg. Qu'est-ce que l'Europe ? Voilà une question exprimée simplement, mais dont nous mesurons tous, que la réponse à portée peut être plus complexe qu'il n'y paraît. C'est une question fondamentale et c'est sur la réponse qui en découle, sur la réponse que nous apportons, que repose notre manifeste pour une Europe des nations, expression de notre vision, là où le projet, qui vous sera présenté tout à l'heure par Nicolas Bay, en est l'application plus concrète.
Pour nous, l'Europe, c'est une civilisation commune, fondée sur la diversité et la singularité des nations qui la composent. Pour nous, l'Europe, c'est la civilisation qui a inventé la liberté des hommes et la liberté des nations, ce que l'on appelle dans le champ politique désormais la souveraineté. Consacrant la souveraineté, elle a aussi inventé son corollaire, la démocratie. Cette civilisation a des racines. On ne part pas de rien, du vide, de je ne sais quelle table rase fantasmée sur laquelle on viendrait dessiner un projet idéologique et politique. L'Europe, loin s'en faut, ne n'est pas du traité de Rome. L'Europe, la vraie n'a pas 60 ans, mais plusieurs millénaires.
L'Europe, c'est davantage la démocratie athénienne que la technocratie bruxelloise. L'Europe, c'est davantage la Rome impériale que le traité de Rome. L'Europe, ce sont davantage des bateaux de la bataille de l'Épente que l'Aquarius et les ONG pro-immigration. L'Europe, ce sont davantage Marine Le Pen et Matteo Salvini que Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron. Ce constat est essentiel car on demande aujourd'hui aux dirigeants politiques d'être des comptables. Et c'est d'autant plus vrai ici, à Strasbourg. Nous, nous considérons que la mission d'un dirigeant politique, que l'essentiel, c'est de déployer une vision pour l'avenir, d'avoir un projet et justement de se projeter.
L'Europe, je le disais, a donc un héritage culturel, économique, environnemental, à préserver bien sûr, mais aussi à enrichir. Nous situons notre action à la fois dans la protection de cet héritage et dans la projection vers l'avenir. Nous sommes à la fois des héritiers et des passeurs de flambeaux. La protection passe par une révolution de la proximité, appelée, vous le savez, localisme, couplée au patriotisme économique et au protectionnisme intelligent. La projection passe par la recherche et le développement, par les grands projets, les grandes coopérations d'avenir. Hier, on a fait Ariane et Airbus avec des coopérations entre nations européennes.
Demain, on doit être aussi capable d'être présent sur les enjeux de notre siècle et sur lesquels l'Union européenne est aujourd'hui totalement passée à côté. La protection de nos données numériques, l'intelligence artificielle ou encore l'énergie. Et puis, il y a le grand défi qui lit et relie tout cela, le grand défi du vivant, faire de l'Europe la première grande civilisation écologique en renouant avec l'idée centrale de limite. Cette idée de limite trouve une application concrète, là encore, la frontière.
Pour aller vers ces grands défis, pour bâtir des champions nationaux et donc européens dans la mondialisation, il faut en finir avec le dogme de la libre concurrence, qui handicapent nos entreprises, qui est comme un boulet attaché à nos pieds dans la concurrence mondiale, justement car il nous interdit d'aider, de favoriser ou même simplement de choisir ce qui est bon et juste pour notre économie. Boulet attaché à nos pieds à l'heure où toutes les grandes puissances du monde, de l'Inde aux Etats-Unis en passant par la Chine ou la Russie, soutiennent leurs filières, protègent leurs marchés publics et appuient leurs entreprises stratégiques et innovantes.
Nous voulons pouvoir aider les entreprises françaises, mais aussi nos éleveurs, nos agriculteurs en leur donnant la priorité très claire dans la commande publique. Au même titre qu'il existe une responsabilité sociale de l'entreprise, pour les entreprises qui les obligent à veiller à leur comportement social et environnemental pour participer au marché public, le Rassemblement National souhaite, dans cette nouvelle vision d'une Europe des Nations, instaurer la responsabilité nationale de l'entreprise.
Il s'agit concrètement de donner dans les marchés publics une prime aux entreprises qui ont des comportements vertueux, refus des délocalisations, refus du recours à la main d'oeuvre détachée, attention sur la qualité des sous-traitants. Cette nouvelle obligation faite aux entreprises françaises pour bénéficier des marchés publics cadre avec l'exigence des citoyens de savoir comment leur argent public est dépensé. Ainsi, on pourra les protéger pour qu'elles grandissent et se développent au sein d'une mondialisation régulée et équilibrée.
Face à l'idéologie du libre-échange total, destructeur des équilibres écologiques et humains, nous prenons le juste échange comme nouvelle régulation du commerce international. Le juste échange bannit le règne du moins-disant social, du moins-disant environnemental ou sanitaire. Il amène en fait à privilégier les productions de proximité, à veiller à la traçabilité des produits, et donc à la sécurité sanitaire. J'ai été assez surpris de voir M. Bellamy attaquer le localisme, voulant y voir une doctrine rabougrie, presque apeurée. Lui voulant y opposer justement la concurrence mondiale. Qu'il me soit permis de lui dire à travers vous qu'il se trompe lourdement et fait preuve de ses cités.
Nous n'aurons pas de champions industriels nationaux et européens si nous ne sommes pas capables de renouer avec le local, de renouer avec la logique territoriale et ses entreprises qui font vivre à travers leur présence des sous-traitants, des commerces, des villages, des bassins de vie avec bien sûr des centaines d'emplois à la clé. De renouer avec une idée simple, pardon, se dire que quand on achète un produit français, il a été fabriqué en France par des Français. C'est en étant fort à l'intérieur que nous serons demain puissants à l'extérieur. Nous voulons produire ici nous-mêmes tout ce que nous pouvons raisonnablement produire.
Localisme, patriotisme économique, protectionnisme, innovation, ces notions ne s'opposent pas mais au contraire elles se conjuguent ensemble. Tout ça s'articule parfaitement dans les quatre chapitres de notre manifeste que vous avez désormais à votre disposition et que Marine Le Pen vous présentera dans un instant. Premièrement l'émancipation, c'est-à-dire la liberté des nations réaffirmées, notre alliance des nations comme pôle d'équilibre et de paix face aux grands empires. La coopération, le libre choix regroupant les projets, les grands défis d'avenir.
Troisièmement la protection et cela à tous les échelons au niveau économique, j'en ai parlé, mais aussi au niveau territorial face aux défis migratoires qui se posent à l'Europe au XXIe siècle. Et enfin l'ambition parce qu'on veut que nations et alliances européennes soient une chance réciproque et mutuelle. L'Union Européenne actuelle organise l'impuissance collective et c'est au final une anti-Europe. Elle se refuse à se définir dans ses frontières, dans son identité, dans ses valeurs, tout est flou et modulable. Elle se refuse à défendre les intérêts des peuples et des nations d'Europe.
Nous le disons très simplement, nous voulons une Europe qui défend, une Europe des nations qui protègent et en somme qui préfèrent les Européens. La toile de fond que vous retrouverez dans les textes que nous vous présentons est claire. Le choix de société qui est en train de se poser partout dans le monde, oppose globaliste et localiste. Ce manifeste est une voie, un chemin que nous proposons pour l'Europe de demain, qui ne pourra être, nous le disons, qu'une Europe des nations. C'est une voie dans laquelle la France a évidemment un rôle éminent à jouer.
Je vous remercie de votre attention et je laisse la parole à Marine Le Pen et Nicolas Bay pour vous présenter notre manifeste et notre projet.