Épargne des Français : "Il ne faut pas opposer épargne et consommation, l'épargne finance l'État comme les PME", explique l'économiste Philippe Crevel
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« Le taux d'épargne moyen des Français, c'était 18% du revenu disponible brut, soit près d'un cinquième des revenus qui sont mis de côté. »
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« Le taux du livret A, comme du livret développement durable, comme celui du livret d'épargne populaire, devrait baisser donc au 1er février prochain parce que l'inflation a diminué et que les taux d'intérêt diminuent et on devrait revenir de 3% vers certainement 2,25 ou 2,5% »
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Bonsoir Philippe Crevel. Bonsoir. Aux autres économistes, directeurs du Cercle de l'épargne, merci d'être avec nous sur France Info. La Banque Centrale Européenne, la BCE, vient de baisser à nouveau ses taux directeurs, tout en abaissant aussi ses prévisions de croissance pour la zone euro et on va avoir l'occasion d'en reparler. Quelle lecture avez-vous de cette décision et quelles conséquences a-t-elle pour nous ?
Alors la baisse des taux directeurs par la Banque Centrale, la quatrième, et donc on va avoir en tout une baisse d'un point par rapport à 2023, a comme objectif de relancer l'économie européenne qui est en stagnation, on va dire depuis maintenant quasiment près d'un an. Et donc il y a une urgence, c'est vrai, de faire repartir l'économie en abaissant le coût du crédit et donc pour faciliter l'investissement ou les projets immobiliers et donc avoir des conséquences concrètes pour l'ensemble des ménages et pour les entreprises avec une baisse des taux d'intérêt qui vont être pratiqués par les établissements financiers.
Donc ça va être plus facile, moins cher d'emprunter, par exemple si on veut acheter une maison, un appartement ?
Dans les prochains mois, les taux d'intérêt qui seront proposés par les banques tant pour les ménages pour acheter une maison que pour les entreprises pour faire des investissements seront donc plus faibles et donc ça va réduire le coût d'emprunt et ça c'est une bonne nouvelle pour l'ensemble des acteurs économiques de la France parce que depuis quelques mois, ça souffre un petit peu dans de nombreux secteurs d'activité et en particulier dans l'immobilier.
Et vous le mentionniez Philippe Crevel, la croissance en zone euro n'est pas forcément en grande forme. Est-ce que ces baisses de taux arrivent trop tard avec le recul et est-ce qu'il aurait fallu encore plus abaisser les taux d'intérêt à votre avis ?
Il est facile de refaire le match après coup. L'objectif de la Banque Centrale Européenne, c'était en premier lieu de tuer la spirale inflationniste. Nous avons eu une inflation très forte en 2022 jusqu'en 2023 avec une inflation qui a atteint 10% et donc l'objectif de la remontée des taux d'intérêt, c'est de casser cette spirale. Cela a été obtenu. Aujourd'hui, l'inflation tourne autour de 2,3% au sein de la zone euro. C'est même moins en France. Et donc, on peut dire que ce pari a été gagné. Évidemment, il y a des effets négatifs de la hausse des taux d'intérêt. C'est la croissance, l'activité qui a diminué.
Donc aujourd'hui, on passe dans un nouveau cycle, celui de la baisse des taux avec un espoir de relance de l'activité.
Et avec des effets sur nos comportements à nous. D'ailleurs, comment se comportent les Français en ce moment en matière d'épargne, de consommation ? Où l'arbitrage est-il fait ?
Les Français, depuis, on va dire, la crise Covid, sont en mode épargne. Et les derniers résultats communiqués par l'INSEE indiquaient que le taux d'épargne moyen des Français, c'était 18% du revenu disponible brut, soit près d'un cinquième des revenus qui sont mis de côté. Et donc, c'est trois points de plus par rapport à 2019. Et la succession de crises, Covid, guerre en Ukraine, inflation et puis la crise politique depuis le mois de juin, incitent, c'est vrai, les Français à épargner et non pas à consommer. Et de l'autre côté, la consommation est plutôt évidemment étale, évolue très faiblement.
Et donc, ça se ressent sur le PIB de la France avec une croissance qui devrait être au dernier trimestre, nulle, après avoir eu un petit gain, donc non négligeable au troisième trimestre, mais du fait des Jeux Olympiques, il y a eu un effet jeu et là, nous payons un petit peu cet effet jeu avec une croissance qui devrait être nulle pour le dernier trimestre.
Pour parler des produits d'épargne, à l'heure actuelle, le taux du livret A est gelé à 3%. Ça, ça va changer dès février prochain. Je sais que vous n'avez pas de boule de cristal, moi non plus, mais à quoi peut-on s'attendre ?
Alors, le taux du livret A, comme du livret développement durable, comme celui du livret d'épargne populaire, devrait baisser donc au 1er février prochain parce que l'inflation a diminué et que les taux d'intérêt diminuent et on devrait revenir de 3% vers certainement 2,25 ou 2,5%. Donc, il y aura forcément une baisse pour le taux du livret A et également pour le taux du livret d'épargne populaire qui devrait passer de 4% à 3% certainement. Après, c'est évidemment le ministre de l'économie, quand il sera nommé, qui aura comme mission de choisir le taux du livret A ou du LDDS. S'il n'y a pas de ministre, peut-être qu'on restera au taux actuel.
Oui, parce que pour l'instant, on n'a toujours pas de Premier ministre, en tout cas pas à l'heure où on se parle. Les produits d'épargne ou le produit d'épargne le plus populaire en France, quel est-il aujourd'hui ?
En volume, le premier placement, ça reste l'assurance vie. C'est 1 900 milliards d'euros sur l'assurance vie. Donc, c'est bien plus que le livret A qui tourne autour de 400 milliards d'euros. Le premier produit, c'est l'assurance vie, avec d'ailleurs une collecte qui s'améliore ces derniers mois, ce qui laisse à penser que les Français ont une vision plus long terme et un peu moins de précautions. Et puis, il y a les rendements qui jouent. Les Français savent que le livret A, ça va diminuer et le rendement de l'assurance vie augmente un petit peu. Donc, il y a des arbitrages. Ce qui prouve que les Français sont assez regardants et assez malins en matière d'épargne.
On oppose souvent épargne et consommation. D'ailleurs, c'est un petit peu ce que j'ai fait au début de cette interview. Mais vous, vous dites, attention, c'est peut-être un peu stérile comme opposition.
Oui, parce qu'on a besoin d'épargne. Parce que l'épargne, elle ne dort pas, ou même pas l'argent dans un coffre. L'épargne, elle est utilisée. Ça permet de financer le crédit. Quand on met sur le livret A, c'est derrière le logement social qui en bénéficie. Quand on met sur le livret développement durable, ça sert au PME. L'assurance vie, ça sert à financer l'État. Et aujourd'hui, l'État a besoin d'argent. Donc, on n'a pas envie que l'État fasse banqueroute. Et d'ailleurs, si on n'avait pas été dégradé aussi fortement qu'on pourrait l'être par les agents de notation, c'est parce qu'on a un taux d'épargne élevé. Donc, cela concourt, on va dire, au financement de l'État.
Et puis, les plans d'épargne en action, ça finance l'entreprise comme le plan d'épargne en retraite. L'épargne d'aujourd'hui, c'est l'investissement de demain et donc la croissance, l'emploi d'après-demain. Donc, pour moi, il ne faut pas opposer l'un et l'autre. Évidemment qu'à la date T, s'il y a beaucoup plus d'épargne, il y a moins de consommation. Donc, c'est un effet négatif sur la croissance. Mais sur le long terme, c'est beaucoup moins vrai.
Donc, attention à ne pas forcément faire de raccourcis en opposant épargne et consommation. Merci beaucoup, Philippe Crevel. Vous êtes économiste, directeur du Cercle de l'Épargne. Vous étiez l'invité éco de France Info alors que la Banque Centrale Européenne vient de baisser à nouveau ses taux directeurs tout en abaissant également ses prévisions de croissance pour la zone euro.