Budget : «Il y a urgence à avoir un budget dans les prochaines semaines, mais aujourd’hui la loi spéciale permet de faire le nécessaire pour le pays» estime Pierre Jouvet
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Par matin, week-end, 6h-9h, Charles Lullier. Et à 8h11 sur Europe 1, Charles Lullier, vous recevez maintenant le premier secrétaire général du Parti Socialiste, Pierre Jouvet.
Oui, Pierre Jouvet, bonjour. Bonjour. Oui, nous allons évoquer avec vous la politique au plan national, bien sûr, mais juste avant, commençons, si vous le voulez bien, par ce qu'il s'est passé hier à l'autre bout du monde. Donald Trump, après des frappes sur le Venezuela, a capturé et exfiltré Nicolas Maduro. Olivier Faure, votre chef de file, a condamné cette opération, alors que Trump y voit une lutte contre l'immigration illégale, une lutte contre le narcotrafic, contre la dictature de Maduro. Et c'est vrai qu'il ne cache pas son appétit pour le pétrole vénézuélien. Tous ces arguments ne trouvent pas grâce à vos yeux. Pierre Jouvet, vous aussi, vous désapprouvez ?
Totalement. C'est une désapprobation complète et totale quand le droit international a été bafoué comme il l'a été hier. Une intervention militaire de la sorte, sans autorisation quelconque. Avoir le président américain qui décide d'attaquer le Venezuela pour capturer, certes, son dictateur, mais en réalité, pour capturer le pétrole du Venezuela, pour installer les plus grandes entreprises pétrolières des États-Unis, ce qu'il a déjà annoncé hier au Venezuela, et pour, en fait, déstabiliser totalement une région.
Et ce que ça démontre, c'est que le coup de force permanent, qui est la méthode de Donald Trump, si elle est piétinée sans aucune condamnation de la part de la France ou de l'Europe, continuera et chacun devra être et se mettre à l'abri d'attaques possibles des États-Unis. C'est extrêmement grave.
Emmanuel Macron, lui, par contre, se réjouit de cette opération qui délivre, selon lui, un petit peu le Venezuela.
Écoutez, on savait qu'Emmanuel Macron était peu à la hauteur de la situation en France. On voit désormais qu'il piétine aussi la réputation à l'international. Emmanuel Macron, avec cette position d'hier soir, va à rebours de 80 ans d'histoire diplomatique de la France.
Ce n'est pas un dictateur, alors, selon vous, Pierre Jouvet, Nicolas Maduro ? Ah si, bien sûr.
Mais vous savez, d'ailleurs, le Parti Socialiste l'a toujours considéré comme tel. Nicolas Maduro est un dictateur. Mais des dictateurs, malheureusement, il y en a beaucoup dans le monde. Et on a, dans notre monde organisé, notamment quand on est la France, qui a un siège permanent au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies, le respect du droit international. Un pays n'a pas à intervenir sans aucun accord et sans aucune autorisation, sans aucun débat préalable, dans un autre État. C'est ce qu'on appelle piétiner le droit international.
Et tout dictateur qui est Nicolas Maduro, toute liberté qui sera retrouvée pour les Vénézuéliens, sera une bonne nouvelle pour le monde entier. Mais la réalité, c'est qu'il y a des règles qui sont fixées et qui doivent être respectées. Sinon, c'est la loi permanente du plus fort. Sinon, c'est la loi de la guerre qui sonnera partout. Et nous ne voulons pas ça, ni pour le monde, ni comme position de la France. Et je le redis, la position qui a été prise hier par Emmanuel Macron est une position qui va à rebours de la diplomatie française. On a compris. Est une position qui n'est pas acceptable.
Alors, revenons-en France, si vous le voulez bien, Pierre Jouvet. Le gros dossier de cette rentrée politique, ce sera bien sûr le budget. Pas de budget en ce début d'année. C'était déjà le cas il y a un an. Là, une loi spéciale a donc été adoptée. Faut-il, Pierre Jouvet, un budget le plus vite possible ?
Y a-t-il urgence ? Écoutez, il y a urgence à avoir un budget dans les prochaines semaines. Aujourd'hui, la loi spéciale permet de faire le nécessaire pour le pays. Ça coûte des sous. Il faudra qu'il y ait un budget, c'est certain.
Voilà, parce que ça coûte des sous. Il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps, cette histoire, Pierre Jouvet ?
Non, il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Et c'est pour ça que, d'ailleurs, il faut que chacun soit capable d'aller vers le sens du dialogue et du compromis. Je crois que l'Assemblée nationale... Notamment vous, les socialistes. Écoutez, nous, on a démontré, vous savez, je crois depuis plusieurs mois, qu'on était capables à la fois de discuter et à la fois capables d'avoir des compromis quand ça allait dans le sens des Français et dans le sens de ce qu'on porte. Moi, ce que j'ai vu surtout, c'est notamment la droite sénatoriale qui est beaucoup revenue en arrière par rapport à certaines avancées qui avaient été faites.
Et je crois que si toutes les familles politiques avaient le sens des responsabilités du Parti Socialiste sur le budget, la France aurait eu un budget au 31 décembre.
Alors, qu'est-ce qu'ils pourraient trouver grâce à vos yeux, vous, les socialistes, Pierre Jouvet ? Augmenter les impôts, par exemple, ça fait partie des exigences que vous avez ?
Non, ça ne fait pas partie des exigences, parce que vous savez, augmenter les impôts pour augmenter les impôts, ça n'a pas d'intérêt. Et ce qu'on dit, c'est augmenter la répartition des richesses dans ce pays.
Mais alors, la taxe Zuckmann, ne rêvez pas, c'est fini, M. Lecornu vous l'a dit.
Oui, oui, mais sans doute. Mais vous savez, ce que je crois, c'est que notre pays n'a jamais été aussi déséquilibré entre les plus riches qui, aujourd'hui, se retrouvent dans des situations de quasi-privilège dans notre pays et celles et ceux qui n'arrivent pas à boucler leur fin de mois. Et je crois qu'on doit arriver à retrouver à la fois des capacités de redistribution fiscale qui permettent de pouvoir augmenter les salaires, de pouvoir financer nos services publics.
Ça s'appelle un petit peu augmenter les impôts, quand même, Pierre Jouvet, non ?
Ça s'appelle augmenter les impôts sur certains. Oui, quand vous avez 1% de la population qui arrive aujourd'hui à capter une grande part des richesses de ce pays, oui, j'assume de dire qu'il faut augmenter les impôts. Mais j'assume de dire aussi que dans ce budget, on doit trouver des nouvelles marges de manœuvre, des économies qui permettront notamment d'avoir à la France une souveraineté retrouvée parce qu'on s'aperçoit aujourd'hui que la difficulté budgétaire dans laquelle nous sommes nous met en difficulté dans tous les secteurs d'activité de notre pays.
Et donc on doit à la fois relancer l'activité économique, avoir des marges de manœuvre qui ne permettent pas juste de financer la dette de ce pays. Et donc pour ça, oui, il faudra sans doute que les plus riches de notre nation contribuent et fassent un peu de patriotisme fiscal. Ça ferait bien sûr plutôt du bien à notre nation.
Alors le gouvernement remettra sur la table la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises qui avaient été supprimés par le Sénat. C'est un geste ça quand même, Pierre Jouvet ? On parle de 6 milliards d'euros, ça suffit pas ?
C'est en tout cas un premier geste. Et comme je vous le disais, les discussions vont reprendre dès la semaine prochaine. Moi je crois que si chacun va dans le sens des responsabilités qui doit être le sien, des compromis peuvent être trouvés. En tout cas, il le faudra. Et moi j'appelle les députés à travailler en ce sens-là. Et je crois qu'il faut aussi donner l'image aux Français de députés qui sont capables de travailler, de s'entendre pour construire un budget. Ce qui est une situation qui est assez incompréhensible pour nos concitoyens, disons-le quand même.
Pierre Jouvet, une partie de la droite, avec tout le respect que je vous dois, en a un petit peu marre de vous les socialistes, épousent pour un 49-3 si tout ça traîne un peu trop. Ça vous fait peur ça ou pas ?
Ah non, ça ne nous fait pas peur. Si le Premier ministre veut revenir sur l'engagement qui avait été le sien de ne pas utiliser le 49-3, il l'assumera. Et nous, nous avons été très clairs sur le sujet. Nous ne voulons pas l'utilisation du 49-3. Nous croyons au débat parlementaire et nous pensons qu'il y a des capacités à aller chercher des majorités. Moi, j'entends que la droite puisse rêver d'avoir un 49-3 aussi pour se dédouaner d'un certain nombre de choix et de ne pas assumer ce qui est une spécialité de leur part dans le débat budgétaire. C'est-à-dire qu'on a la droite qui, à la fois, ne veut pas plus d'impôts sur les plus riches.
On a une droite qui ne veut pas augmenter les dépenses sur les services publics et qui, en même temps, dit l'inverse en hémicycle. Donc, on voit bien une forme d'hypocrisie permanente de la part de la droite qui ne sait pas trop où elle va, avec un manque de boussole et qui se dit qu'un 49-3 permettrait de rester bien planqué avec un budget qui serait assumé exclusivement par M. Lecornu. Nous, nous disons que le temps parlementaire est arrivé aujourd'hui.
– Ça permettrait de gagner du temps, parce que tout ça nous coûte cher, Pierre Jouvet. Ça permettrait de gagner du temps aussi le 49-3, selon la droite. Et ce sont des arguments qu'il faut entendre aussi. Parce que l'an dernier, cette histoire a coûté 12 milliards d'euros quand même.
– Je crois que ce qui permettrait aussi de gagner du temps, c'est d'avoir un débat au réel sur la situation de notre pays, la situation budgétaire, la situation réelle des Français et la nécessité aussi de trouver des nouvelles marques dans le budget. Donc, je crois que c'est tout à fait possible.
– Les municipales, Pierre Jouvet, je rappelle que vous êtes secrétaire général du Parti Socialiste, député européen. Votre voix compte. J'aimerais évoquer la question des municipales. Nous sommes à dix semaines du scrutin. Pour le PS, il s'agira évidemment de voir si le choix de rompre avec LFI est-elle bon. Est-ce que vous considérez ces municipales, Pierre Jouvet, comme un test avant la présidentielle ? Vous qui, les socialistes, sortez de différents naufrages, notamment lors de la dernière présidentielle.
– Oui, c'est nécessairement un test avant les élections présidentielles. Vous savez, le Parti Socialiste dirige, et les maires socialistes dirigent de très nombreuses villes dans le pays, des grandes villes. La plupart des grandes villes de ce pays sont d'ailleurs dirigées par des élus de gauche et par des socialistes en particulier. Donc, c'est un impératif pour nous. Et moi, je suis satisfait de voir qu'à dix semaines de ces élections municipales, les socialistes aient réussi, avec les écologistes, avec les communistes notamment, à faire des unions un peu partout au premier tour, qui nous laissent espérer une bonne dynamique pour cette élection municipale.
Ce sera aussi, je crois, un vrai test face à l'extrême droite, dans un moment où on voit l'extrême droite portée aux nues dans notre pays par un certain nombre de sondages.
– Il nous reste dix secondes, Pierre Jouvet. La France, trop youpin pour boycotter Israël à l'Eurovision, je referme les guillemets, phrase d'un élu socialiste périgourdin le mois dernier. Il a depuis été exclu. Vous comptez faire le ménage quand même, à l'approche des municipales, ou c'est pas au programme ?
– Je crois que le ménage a été fait depuis longtemps, et que ses propos qui ont été tenus ont donné une exclusion immédiate de la part de cette personne, parce que ses propos antisémites n'ont évidemment aucune place, ni dans notre pays, et évidemment pas au Parti Socialiste, qui a toujours lutté contre l'antisémitisme.
– Merci beaucoup Pierre Jouvet d'avoir été en direct avec nous sur Europe 1 ce matin. – Sous-titrage ST' 501
Pierre Jouvet