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interviewC à vous· 9 février 2026 11 min

JO 2026 : Lindsey Vonn, une chute inévitable ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- A.-E.Lemoine: Merci à tous les deux.

Vous restez avec nous pour la Story de L.Amar ... - L.Amar: C'est l'histoire d'un cri, le cri poussé hier par une des meilleures skieuse de l'histoire, L.Vonn, 15 secondes après s'être élancée. - On va être fixés tout de suite avec ce 1er gros appui sur le pied gauche.

Est-ce que son genou va tenir? Le genou gauche Du courage...

Aïe, aïe...

Elle n'a pas tenu. Ca n'a pas tenu. - L.Amar: Après 20 minutes d'interruption, L.Vonn a été évacuée en hélicoptère, la jambe fracturée.

A 41 ans, c'est sans doute la dernière chute de sa carrière. Elle s'est déjà cassée la cheville, le genou, la partie supérieure du tibia 3 fois. Son corps a souffert au point de tout arrêter en 2019. 5 ans plus tard, elle annonce sa volonté de participer aux JO après une énième opération, où une partie de son genou droit est remplacée par une prothèse en titane.

L.Vonn retrouve son niveau. Elle vise un nouveau titre olympique.

Il y a 10 jours, elle chute à Crans-Montana et se déchire les ligaments croisés du genou gauche. Une prothèse d'un côté, les ligaments de l'autre. Tout le monde se dit qu'elle va renoncer... ... - L.Amar: Entre sa chute à Crans-Montana et celle d'hier, L.Vonn passe 9 jours à rééduquer son genou.

Elle porte une attelle pour limiter les risques. La descente est l'épreuve la plus dangereuse et la plus rapide. Les allures peuvent atteindre 120 km/h.

Elle a beau en avoir remporté plus que n'importe quelle autre athlète, celle d'hier, tourne court. L.Alphand commentait la course. - L.Alphand: On est là, on commente.

Il y a cet accident, ce silence. On est comme tout le monde, on attend de voir si elle peut bouger. Elle ne peut pas.

C'est encore plus long. On comprend tout de suite que c'est grave. C'était un moment assez fort.

Là-dessus, il y a les cris de douleur. Dans les larmes de L.Vonn, il y a la douleur physique, la déception de son challenge, de ce monde, qu'elle s'était fixé.

Avant d'être héliportée, elle a transmis un message à B.Johnson en lui disant "bravo". Elle a félicité sa collègue. - L.Amar: C'est Breezie Johnson, qui a remporté la médaille d'or pendant que L.Vonn était transportée.

Une victoire douce-amère pour la délégation américaine. - L.Amar: Aux Etats-Unis, L.Vonn est une superstar régulièrement invitée dans les late shows, sponsorisée par les plus grandes marques.

Elle a fait l'objet d'une série documentaires. Sa liaison avec Tiger Woods a été très documentée. Beaucoup de supporters américains étaient venus la soutenir. ... - A.-E.Lemoine: Bonsoir, Dr B.Sonnery-Cotter, membre du staff médical de l'équipe de France, spécialiste du genou et des ligaments.

Vous êtes une référence mondiale. Vous revenez d'un congrès de spécialistes au Brésil où le cas de L.Vonn a été abordé.

Les spécialistes débattaient autour de la question: "Doit-elle prendre le départ de cette course?" Est-ce inconscient ou héroïque? Vous défendez le choix qu'elle a fait.

Beaucoup de spécialistes au Brésil étaient de votre côté. - Dr B.Sonnery-Cotter: Merci de votre invitation, qui témoigne de l'émotion suscitée par cette chute.

Nous étions la semaine dernière à un congrès spécialisé dans le croisé intérieur. Les Français sont très bien représentés. Il a été posé la question: "Pensez-vous que ce soit complètement fou de laisser L.Vonn courir?" Moins de 10 % des chirurgiens sur place ont dit qu'à partir du moment où elle a une attelle, c'est sa responsabilité. - A.-E.Lemoine: C'était médicalement jouable de prendre le départ de cette course avec un genou en titane et une attelle de l'autre côté. - Dr B.Sonnery-Cotter: C'est du côté où il y a la prothèse en titane que c'est illogique de la laisser courir.

En France, il y avait eu un cas et la Fédération française lui a interdit de courir. Les Etats-Unis l'ont laissée. Il y avait des risques majeurs, mais c'est une athlète exceptionnelle.

Elle savait ce qu'elle faisait. C'est "all in". Elle a essayé, malheureusement, elle a perdu. - A.-E.Lemoine: Elle a tout tenté, elle a fait "tapis". - Dr B.Sonnery-Cotter: Oui.

Quand on voit la chute, elle est déstabilisée car elle tape sur la porte. Est-ce qu'elle tape sur la porte car son genou ne fonctionne pas bien? A-t-elle fait une courbe plus courte pour aller plus vite?

On ne saura jamais. Maintenant, les lésions sont majeures. Elle a eu une 2e chirurgie aujourd'hui.

Ce n'est pas bon signe. C'est un cas très grave. - E.Tran Nguyen: Une seconde opération car la fracture pourrait mettre sa carrière en danger, mais aussi sa jambe.

L'amputation a été évoquée. - Dr B.Sonnery-Cotter: On n'en est pas encore là.

Visiblement, ils ont fait une chirurgie de prévention. Une fracture de ce type, il y a beaucoup de sang. Les loges du mollet sont fermées.

Il y a un risque de nécrose car le sang va comprimer les muscles. On ouvre les muscles pour éviter ces complications. Dans les jours ou semaines qui viennent, il va y avoir une surveillance importante.

Ca peut mal se terminer. - A.-E.Lemoine: Etait-elle consciente de ce risque? - Dr B.Sonnery-Cotter: Compte tenu de l'ensemble des blessures qu'elle a eues, elle savait.

Tous les athlètes de ce niveau, principalement les skieurs...

Dans les courbes, ils ont jusqu'à 4 G, jusqu'à 4 fois le poids du corps. Ils ont conscience, malheureusement, de ce risque. Ils le font en pleine conscience. - A.-E.Lemoine: Beaucoup d'autres champions auraient fait le même choix qu'elle? - Dr B.Sonnery-Cotter: C'est une très bonne question.

En France, on a eu un cas similaire qui est connu, qui s'appelle P.Vaultier. Il s'est fait une rupture du ligament antérieur fin décembre.

Il était bouleversé. Au départ, il ne pouvait pas marcher tellement il avait le genou gonflé. 6 semaines après, il devient champion olympique avec, là aussi, une attelle, en faisant du snowboard avec des sauts considérables, des contacts potentiels avec ses adversaires...

Il a pris le risque, il a gagné. - A.-E.Lemoine: L'Italienne F.Brignone a aussi pris le départ de la descente.

Elle, 10 mois après une double fracture du tibia-péroné. La différence s'est jouée à quoi? - Dr B.Sonnery-Cotter: F.Brignone, c'est le même mécanisme que L.Vonn.

Elle a tapé sur la porte. J'ai eu accès aux radios. Elle avait une fracture épouvantable.

Elle a été opérée en urgence, comme L.Vonn hier. Elle n'a pas eu de complications.

Elle a pris le risque d'y retourner...

Les athlètes, on ne peut pas les empêcher de faire leur sport favori. Dans le ski, il est fréquent d'avoir un athlète qui a 3-4 ruptures du ligament antérieur. Ca fait quasiment partie de leur carrière.

A chaque fois, ils font 6 mois de rééducation. C'est incroyable. - A.-E.Lemoine: Est-ce que le sport de haut niveau ne perd pas un peu la raison en faisant prendre des risques inconsidérés à des athlètes à la recherche de performance?

On trouve ça presque surhumain de s'infliger ça. - Dr B.Sonnery-Cotter: C'est la partie mentale de ces athlètes, qui prennent ce type de risques.

C'est une pathologie très fréquente. En France, 60 000 ruptures du ligament croisé antérieur. On connaît tous quelqu'un qui en a fait une.

Aux Etats-Unis, c'est 200 à 300 000 ruptures par an. Ca s'adresse à des patients jeunes. A partir du moment où on fait du sport, on a un risque d'avoir une rupture du ligament croisé antérieur.

C'est vrai pour tous les sports, à partir du moment où il y a des pivots, des rotations. Encore plus quand on a une vitesse considérable. - Dr B.Sonnery-Cotter: Le ligament intérieur est une petite corde...

Quand on a une rupture, on a un genou instable. Quand vous faites des mouvements, votre genou ne suit pas le mouvement. On fait des rotations, des sauts, des changements de direction...

Chez des gens comme vous et moi, dans le quotidien, on n'est pas gênés. Quand on a une pratique sportive avec ces mécanismes,