Karl Olive - Le Barbier du matin du 06/05/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Karl-Olivier, bonjour. Bonjour Christophe Barbier.
Et bienvenue. Hier à Poissy, c'est tenu chez vous un match de foot un peu particulier d'un côté, le variété Club de France, avec dans ses rangs un évêque, un imam, un pasteur, un rabbin et en face l'équipe des prêtres de France. Pourquoi ce match œcuménique ?
D'abord parce que je crois que les relations, le dialogue intercultuel consiste à apaiser les tensions de ce pays et ça ne date pas d'hier. On met en place des jardins de l'Olivier, on met en place beaucoup de démocratie de proximité, à Poissy notamment. Et au-delà de la symbolique, comme vous le dites à juste titre Christophe Barbier, avec le grand rabbin de France, avec Mgr Gobillard, avec l'imam d'Ivry, Mohamed Hassani ou encore le pasteur Ramos, qui ont joué ensemble. Je reprends l'expression de M. Corsia, c'est une allégorie de la société.
Aujourd'hui dans une société ô combien fracturée, on va y revenir, il y a tellement de choses qui peuvent nous rassembler à côté de ce qui nous divise. Et le sport est un véritable catalyseur social transversal pour cela.
Ça marche ? Ça marche de mettre ensemble des gens qui ne seraient pas d'accord sur des tas de sujets mais qui sont d'accord pour faire du sport ?
Mais vous savez, on a le droit de ne pas être d'accord. Et cette société, on a le droit de ne pas être d'accord. Simplement, il y a quelque chose qui s'appelle le respect, le respect de l'autre, de son prochain, le respect des règles. Ça, on le retrouve dans le sport. Vous savez, dans le sport, il n'y a pas de patron, il n'y a pas de chômeur, il n'y a pas d'ouvrier, il n'y a pas de gauche, il n'y a pas de droite, il n'y a pas de religion. C'est un langage universel, un langage fraternel. Et ça a été encore démontré hier. Il y a 1600 personnes, l'entrée était gratuite.
On a senti un moment, vraiment un moment d'émotion, un moment de cette prière commune qui a été faite par les quatre représentants de ces cultes avant la partie. Et puis quand vous avez autour de cela des Alain Jires, des joueurs qui ont été champions du monde comme Robert Pires, ça donne du sens à notre engagement. J'y vois bien plus que de la symbolique.
L'American Jewish Committee a rendu hier public sa grande étude. Pour 35% des 18-24 ans, il est justifié de s'en prendre à des juifs pour leur soutien à Israël. C'est un chiffre qui est à 21% dans la population totale, 35% des 18-24 ans.
Oui, je le ressens. Et vraiment, malheureusement, je le dis avec le cœur qui saigne parce que je fais partie de ceux qui se sont déplacés une semaine comme députés une semaine après le massacre du 7 octobre dernier en Israël en visitant de nombre de kibbutz notamment. Et je vois bien cette espèce de ruissellement que l'on retrouve notamment dans nos quartiers populaires parce que les contre-vérités assénées par la France insoumise font qu'aujourd'hui, oui, je vois bien ce clivage béant entre notamment les musulmans et les juifs.
Quand je vois les synagogues, par exemple, à Poissy, qui sont protégées 7 jours sur 7, parfois 24 heures sur 24 par nos militaires, il y a quelque chose qui ne va pas et qui dérange. Et aujourd'hui, moi, je me suis déplacé en Israël et je fais la différence entre ce massacre par le Hamas et la Palestine. Et il y a un amalgame qui est fait avec des contre-vérités qui sont données, qui entraînent des vérités pour ces habitants-là. Et c'est très compliqué, donc je ne suis pas étonné de ce que vous dites.
Vous dites que le travail de LFI marche, mais comment peut-on dans les quartiers croire à cette parole ? Qu'est-ce qui est l'effet de levier ?
Vous savez, quand vous passez votre temps, comme M. Mélenchon et son orchestre, à dire que la police tue, que les journalistes sont malhonnêtes, que les chefs d'entreprise sont des salopards, et que finalement, il n'y a que le chaos qui peut remettre en place le curseur dans cette société, il ne faut pas s'étonner de voir nos quartiers qui s'embrasent, alors que je viens des quartiers populaires, Christophe Barbier, nous étions 8 dans notre famille, j'ai grandi dans les tours de la ville de Poissy, alors que 95% des gens de ces quartiers ne sont pas comme ça. On a 5% de gens qui polluent, qui viennent bousiller notre société, et 95% de Français qui en bâtissent.
Il faut vraiment remettre le curseur, et le curseur, pour moi, il passe par l'autorité de l'État, par le respect de la règle, pas par son interprétation. Et on en revenait tout à l'heure, le sport offre cela.
Que peut faire l'État, même avec toute son autorité, face à des clichés qui s'installent dans la société ?
D'abord, je pense que ça peut démarrer au quotidien par les collègues élus de l'ensemble des collectivités, avec ce que j'appelle cette démocratie de proximité. Mettons en place des référents de quartier, et allons voir les associations de moments comme je l'ai fait la semaine dernière encore. Faisons des dialogues intercultuels tous les trois mois, comme on peut le faire dans les collectivités, pour apaiser les tensions, pour envoyer des messages dans les quartiers. Ce n'est pas suffisant, mais c'est nécessaire, c'est utile et c'est indispensable. Ça commence au pied de chez soi, ça commence au pied de votre porte, Christophe Barbier.
Nous devons vulgariser un message, mais un message qui soit un message rationnel, pas le message du chaos, pas le message où il faut mettre tout à sang dans cette société pour pouvoir être entendu. Ce n'est pas la peine d'aboyer ou de hurler, comme on l'entend parfois nous dans l'hémicycle avec ces personnes de la France insoumise. Je ne généralise pas encore une fois tous les collègues députés de la France insoumise, mais enfin bon, ça cause suffisamment de dégâts pour qu'on puisse malheureusement pâtir au quotidien.
C'est Yom à Shoah aujourd'hui, on commémore la Shoah. On se rend compte dans le sondage, dans l'étude de la JC que l'utilisation de la Shoah par les Juifs pour se victimiser, c'est un des reproches qu'une partie de la communauté musulmane fait aux Juifs. Comment lutter contre cela ?
Encore une fois par le dialogue. Encore une fois par le dialogue. Évidemment que les amis juifs souffrent et souffriront terriblement tout au long de leur vie, comme un certain nombre de collègues peuvent aussi souffrir des plaies qu'ils ont pu endurer autour de la vie, comme un certain nombre de musulmans peuvent aussi souffrir parfois de la stigmatisation et j'en sais quelque chose qui est fait dans les quartiers. Comment régler cela ? D'abord ne pas tomber dans les excès. Tout ce qui est excessif est insignifiant. Ne pas tomber dans les excès. Ensuite, l'exemple doit venir du haut. Et je le dis, l'exemple doit venir de l'hémicycle.
Aujourd'hui, l'image que nous montrons à l'Assemblée nationale, quel que soit le parti politique, mais pardon de le dire, je mets le doigt sur la France insoumise qui est incapable de laisser quelqu'un parler pour terminer une phrase. On est dans la provocation, y compris dans la provocation vestimentaire. Ça ne peut pas durer. Il ne faut pas se demander pourquoi, Christophe Barbier. Ensuite, dans les écoles, dans les écoles primaires, dans les lycées, dans les collèges, on a un souk complet qui se met en place. Ce n'est pas possible. L'autorité de l'État, elle doit s'imposer à chacune et chacun d'entre nous.
Cette action de la France insoumise, on la sent particulièrement dans l'enseignement supérieur, Sciences Po et ailleurs. Que faire pour enrayer cela ?
Je reprends le terme de votre éditorialiste. C'est effectivement Sciences Pipo, là, en ce moment. Et c'est terrible, parce que je sors d'une formation en Sciences Po il y a à peine quelques mois maintenant. C'est une institution, Sciences Politiques. Mais voyez-vous, quand on laisse le bouchon filer et qu'on est incapable, à un moment donné, et je martèle sur votre table, de dire à un moment donné, stop, c'est pas comme ça que ça se passe. Et surtout pas dans des institutions qui ont tant d'histoires, qui ont amené dans ce pays tant de personnes, de femmes et d'hommes à de tels niveaux qu'on puisse bousiller, entre guillemets, un outil pédagogique à nul autre pareil.
Et je vais vous dire pourquoi. Parce que ça ruisselle. C'est de sciences politiques, c'est les universités, et puis aujourd'hui on entend que c'est les lycées. Mais jusqu'où ça va aller bientôt l'école primaire ? Il faut peut-être mettre un stop à ce moment-là.
Ce coup de poing sur la table, ce stop, il a été donné selon vous ces jours-ci par le président de la République, par le Premier ministre, ou on est encore loin du compte ?
Vous savez, Christophe Barbie, on ne peut pas tout attendre de l'État. Moi, je n'ai pas eu à attendre de l'État le fait de mettre en place un pouvoir d'achat citoyen à Poissy, en offrant 30 euros et 50 euros de réduction pour du sport et de la culture pour les enfants entre 12 et 17 ans, en échange de quoi ? D'avoir un comportement normal dans la société. Et quand un jeune à 12 ans vient briser un abribus à 2h du matin, je ne vais pas embrasser les parents, pardonnez-moi, sur la bouche pour leur dire, il faut stopper ça, et je supprime ou je suspends les aides non obligatoires. Ça commence au pied de chez soi, je le redis. On ne peut pas tout attendre de l'État.
Alors oui, il faut qu'à un moment donné, science politique retrouve le sens de la réalité, et le sens de la réalité, ce n'est pas d'obérer ce qui se passe dans son quotidien avec des gens qui veulent simplement bousiller ou être tendancieux, très politiques, sur des sujets où on n'a pas à l'être.
Aurore Berger ouvre aujourd'hui les assises de lutte contre l'antisémitisme avec les associations, la société civile d'abord, puis elle veut aller vers les groupes politiques ensuite à l'Assemblée. Ça peut être utile ?
Oui, bien sûr que ça peut être utile. Et vous savez ce qui peut être utile ? C'est de commencer par le terrain. J'emploie souvent cette expression. D'abord, aller sortir le cul des vaches. Ça nous fera bien plus d'efficacité que plutôt de faire de la verticalité. Je décide de vous exécuter. Il faut bien comprendre que ça suffit. Il ne faut pas prendre les Français pour des idiots utiles. Le Français sait parfaitement ce qu'il a envie d'entendre. Et le Français, il est comme Jean-Jacques Rousseau. Les maisons font la ville, mais les citoyens font la cité. Il doit valider le projet. Les Français doivent valider les projets. Mais comme dans les collectivités locales.
C'est les luttes de terrain qui vous parlent. C'est-à-dire qu'une fois que les projets sont validés par les citoyens, les administrés, alors on peut les faire monter à l'échelle nationale plutôt que de prendre une décision à l'échelle nationale pour dire vous allez faire comme ci, comme ça. Donc je trouve que la démarche d'Aurore Berger est une démarche qui peut être cohérente.
C'est-à-dire que c'est le Rassemblement National qui protège le mieux la communauté juive, qui est le meilleur rempart contre l'antisémitisme. Certains disent même, ce soir au dîner du CRIF, il devrait y avoir Marine Le Pen. Qu'en pensez-vous ?
Je vais vous dire que Marine Le Pen, comme l'ensemble, y compris comme Mathilde Panot par exemple, les 577 députés de l'Assemblée Nationale ont été élus démocratiquement par les Français. Pour moi, il n'y a pas de sujet sur cela. Maintenant, oui, le travail du Rassemblement National sur ce sujet peut être efficace, je constate quand même que plus on va, entre guillemets, être comme Philippe Noray dans le vieux fusil, c'est-à-dire vouloir aller au bazooka contre le Rassemblement National, plus ça va le faire monter. C'est un peu Bernardo dans Zorro. Moins il parle, plus il monte dans les sondages. Arrêtons, et je le dis aussi aux collègues, arrêtons de taper systématiquement sur l'adversaire.
Commençons par valoriser nos propres qualités. Et nous avons des qualités. Et l'Europe a des qualités. Plutôt que d'aller flinguer Pierre-Paul Jacques, ça ne sert strictement à rien.
Ce n'est pas un peu se résigner ça, laisser Bardella faire 30% ?
Mais Christophe Barbier, ce n'est pas se résigner que de dire qu'on a été très heureux avec cette Europe pendant le Covid, d'avoir 750 milliards d'aides de l'Europe et à l'endroit de la France, 40 milliards. Ce n'est pas stigmatiser le Rassemblement National que de rappeler que 50 millions d'euros ont été affectés par l'Europe pour la RATP. Ce n'est pas stigmatiser que de dire que la PAC peut rapporter 9 milliards en France. Il nous faut une Europe dynamique mais avec une France forte. Et la France forte, c'est nous qui devons la mettre en place. Et moi, je souhaite par exemple un tout petit exemple. Je suis petit-fils de fermier.
Qu'on arrête que mes cousins arrêtent de vendre une production d'un litre de lait à 49 centimes et le vendent à 41 centimes. Ça, ce n'est juste pas possible. Et ça doit commencer aussi par chez nous. Ces prix planchers doivent augmenter. Et si nous sommes un peu plus rationnels et non pas irrationnels, je pense que chacun doit valoriser ses qualités dans son propre camp.
Pour les Européennes, la solution pour Valérie Ayet, c'est de mieux mettre en avant ce qui a été fait, mieux mettre en avant le projet et arrêter de s'inquiéter de combattre Bardella et de l'attaquer.
Mais moi, je ne suis pas pour, encore une fois, flinguer les adversaires. Ça ne sert strictement à rien. Il faut parler de ses idées, de son projet. Mais moi, je viens du sport. Je viens d'abord préparer mes qualités physiques, bien m'échauffer, bien m'entraîner. Et puis, le meilleur gagne. Mais je ne vais pas commencer par flinguer l'équipe de Châteauroux, par exemple, qui va jouer contre le Paris Saint-Germain où tout est déséquilibré sur le papier et que parfois, on a des surprises sur le terrain. Il n'en est pas question. En revanche, ce que je peux vous dire, je passe beaucoup de temps sur le terrain, beaucoup de temps dans les marchés.
Il y a 23 communes dans ma circonscription, la deuxième circonscription des Yvelines. Depuis deux semaines, enfin, on parle des Européennes. Mais c'est très bipolaire. Soit vous êtes pro-européen et c'est vers la majorité présidentielle qu'on entend que les citoyens vont aller, soit vous ne l'êtes pas. Il n'y a pas du tout d'alternative. C'est le Rassemblement National.
Il y a un côté référendum dans cette élection,
pour ou contre Macron et la majorité ? Oui, c'est un défouloir comme on l'a toujours revu et on doit prendre sa part. Et pour autant, il faut effectivement travailler, vulgariser le message, communiquer. On ne sait pas bien communiquer. On ne sait pas bien communiquer. Il faut communiquer sur le terrain. En revanche, on peut aussi parler des Républicains, des écologistes qui aujourd'hui, parfois, c'est un peu comme le sucre dans le café. On les cherche, mais on les trouve. Ils disparaissent.
Le président de la République a donné une interview à la tribune hier. Il dit « Il me reste tellement à faire. » Mais il n'a pas de majorité. C'est un quinquennat. N'est-il pas vide ?
Oui, sauf parce que je me trompe que Christophe Barbier, il a été élu par une majorité de Français en 2022, qu'aujourd'hui, le chômage est au plus bas historique depuis 20 ans, que la semaine dernière, le sondage montrait que la France reste la terre la plus attractive en termes d'entreprise, d'installation d'entreprise de toute l'Europe. Il y a des choses qui vont bien dans ce pays. Là encore, il faut communiquer. Évidemment, mais il y a des choses... Nous sommes un très beau pays, Christophe Barbier. On n'est jamais aussi français quand on est à l'étranger. Je l'ai encore entendu hier, justement, dans ce match de la paix.
Oui, c'est vrai, comme le dit Sylvain Tesson, la France est un paradis peuplé parfois de gens qui se croient en enfer. C'est bien de regarder un tout petit peu, de lever un peu la tête, comme le dit le proverbe africain. Le chameau ne voit pas sa bosse.
Un dernier mot, quand même. PSG Dortmund, demain. Quand on a commencé par le foot, on termine par le foot. Un pronostic ?
Il va être le même que le vôtre parce que je sais, votre passion pour le football en général, on va gagner. parce que quand on est en Coupe d'Europe, on n'est pas plus parisien que marseillais. On va gagner et on va bien gagner. Et on fera la fête rapidement après le match de demi-finale pour se préparer pour le match à Londres pour la finale.
Et on parlera des Jeux Olympiques une prochaine fois. Carl Olive, merci. Bonne journée.
Merci beaucoup. Christophe Warby, on vous retrouve demain à 7h45. Votre invité sera Marie Guévenou, ministre des Outre-mer.
Karl Olive