COVID-19 : LES MALADES DU CANCER VICTIMES COLLATÉRALES DE LA POLITIQUE DE MACRON
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Attaque 80 %Défensif 20 %
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« Quelqu’un qui a mal au ventre et qui a un cancer de l’estomac, par exemple, il va attendre, il va consulter parce qu’il peut retourner voir son gastro-entérologue trois mois plus tard et le cancer au lieu d’être seulement localisé à l’estomac, il va avoir eu le temps de donner des métastases. »
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« L’activité est pour l’instant toujours limitée à 50 % sur l’activité chirurgicale et il est dit dans les ARS que le traitement ne reprendra vraiment qu’à partir du mois de septembre. »
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« Le Covid-19 a fait un peu moins de 30 000 morts en France, selon le bilan officiel. »
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« On a 30 % de personnel administratif en France. »
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« Les dépenses publiques en matière de santé représentent 11 % du PIB. »
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Quelqu’un qui a mal au ventre et qui a un cancer de l’estomac, par exemple, il va attendre, il va consulter parce qu’il peut retourner voir son gastro-entérologue trois mois plus tard et le cancer au lieu d’être seulement localisé à l’estomac, il va avoir eu le temps de donner des métastases. L’activité est pour l’instant toujours limitée à 50 % sur l’activité chirurgicale et il est dit dans les ARS que le traitement ne reprendra vraiment qu’à partir du mois de septembre. Ce que nous on estime très délétère, parce que ça fait 6 mois de retard.
C’était clairement un enfer à l’hôpital je peux vous le dire. Tout a été réorganisé. Il y a eu des services qui ont fermé.
Si on avait obtenu les moyens qu’on revendique depuis des années et des années cette situation-là n’aurait pas eu lieu. Le Covid-19 a fait un peu moins de 30 000 morts en France, selon le bilan officiel. Mais la crise sanitaire que cette épidémie a engendré pourrait en faire beaucoup plus encore.
Entre les ordres de confinement et des services de santé dévastés par des années de coupes budgétaires, de nombreux patients atteints du cancer et autres pathologies graves sont en retard de diagnostic et de traitement. Le docteur Pomone Richard est pathologiste à Toulouse. Nous nous sommes entretenus avec elle pour qu’elle nous explique la situation.
Écoutez-la. Quand l’épidémie a commencé et que les autorités ont mis en place les mesures de protection de la population, en fait il y a eu un arrêt de quasiment toute l’activité médicale non liée à la COVID-19. Ca veut dire que les blocs opératoires ont tous fermé pour pouvoir accueillir les patients en réa.
Parce que pour opérer les patients, on a besoin de respirateurs. Et donc il a été fait le choix de garder ces respirateurs pour les patients qu’il faudrait réanimer. Donc pas d’opérations de patients.
Les scanners ont été réquisitionnés pour faire les diagnostics d’infections à coronavirus. Donc du coup, tous les patients qui auraient des maladies chroniques et notamment des maladies qui pouvaient déboucher soit sur un diagnostic de cancer, soit un suivi de maladies cancéreuses, ces patients-là, au début, ils n’ont pas pu être pris en charge. Pour les patients, ces semaines ou mois de retard peuvent diminuer leurs chances de guérison.
Et peut-être de manière rédhibitoire. Quelqu’un qui a mal au ventre et qui a un cancer de l’estomac, par exemple, il va attendre, il va consulter parce qu’il peut retourner voir son gastro-entérologue trois mois plus tard et le cancer au lieu d’être seulement localisé à l’estomac il va avoir eu le temps de donner des métastases On a déjà des cas comme ça de patients qui, par exemple, avaient un cancer qui était localisé. C’est à dire qu’on pouvait l’opérer.
Et le retard diagnostic a fait qu’ils ont passé le cap de l’opérabilité. C’est à dire qu’au lieu d’être traité par la chirurgie, aujourd’hui la chirurgie ne suffit pas et il faut faire par exemple de la chimiothérapie. Après il y a aussi des choix de l’ARS.
Par exemple nous, dans les laboratoires de pathologie, on dispose de machines pour faire les diagnostics, des tests diagnostiques du Covid. Et l’ARS n’a pas voulu nous autoriser à les faire, quand on manquait de tests...
Le problème c’est que les ARS, depuis le début de cette crise, semblent davantage source de problèmes que de solutions. Elles n’ont jamais vraiment pensé de dispositifs qui auraient pourtant permis aux malades de revenir auprès de leurs spécialistes. Selon le docteur Monpetit, c’est en grande partie ce qui empêche la reprise des consultations.
Il y a eu au départ de la crise Covid un petit vent de panique et les premières indications étaient : “Quand vous avez un cancer, restez chez vous”. Donc certains patients ne sont pas venus en consultation en disant : “J’ai un cancer je reste chez moi”. Et les ARS dans la plupart des régions ont demandé aux entreprises de dépistage de stopper les dépistages, et du cancer du sein, et du cancer du côlon.
Donc depuis 3 mois il n’y a plus de dépistages en cours. L’activité est pour l’instant toujours limitée à 50 % sur l’activité chirurgicale et il est dit dans les ARS que le traitement ne reprendra vraiment qu’à partir du mois de septembre. Ce que nous on estime très délétère, parce que ça fait six mois de retard.
Et pour l’instant, le mot d’ordre des ARS c’est : “On ne reprend pas en totalité la chirurgie”, et ça pose beaucoup de problèmes, tout retard est perte de chances. Il y a des tumeurs pour lesquelles on peut avoir une petite tolérance de retard, on va dire un cancer du sein tout petit, qu’il soit opéré à 15 jours ou trois semaines de délai, ce n’est pas trop délétère. Si on prend un cancer du poumon ça fait partie du pronostic.
Lorsque les consultations pourront enfin reprendre, il est à craindre qu’une vague de patients vienne surcharger les services de chirurgie et de chimiothérapie. Pour le docteur Monpetit, l’activité doit reprendre, et vite. On a des ARS qui pour l’instant, peut-être par peur d’une deuxième vague, ne laissent pas les chirurgiens réopérer.
C’est un vrai mal. D’autant plus que quand ils vont commencer à ré-opérer, ça va arriver ensuite dans les services de chimiothérapie et de radiothérapie, qui vont être surchargés. Je pense que les ARS auraient dû faire œuvre de publicité.
Je pense qu’elles auraient dû faire œuvre d’éducation thérapeutique, de dire aux gens : “N’oubliez pas que si vous avez, si vous pensez avoir une pathologie grave, ou si vous étiez en bilan, ou si vous aviez une mammographie prévue, continuez à y aller parce que votre traitement ou votre diagnostic de cancer est important”. Il faut vraiment reprendre, et vite. En cancérologie, c’est comme l’économie du pays, on ne peut pas se permettre d’avoir 6 mois d’arrêt.
La crise sanitaire a aussi permis de mettre en lumière à quel point nos services de santé ont pu être dépouillés de leurs moyens humains et matériels. Pourtant, les dépenses publiques en matière de santé représentent 11 % du PIB. Mais ce ne sont pas les dépenses, le problème, mais la manière dont elles sont gérées.
On est quand même le pays qui dépense le plus pour sa politique de santé et en particulier sur les hôpitaux, mais en favorisant plus le personnel administratif que le personnel soignant. On a 30 % de personnel administratif en France. Je pense qu’il faudrait qu’on se pose des questions.
Et pour attirer les gens dans l’actif du soignant faut peut-être les rémunérer un peu mieux et avoir des conditions de travail qui soient meilleures. Pas certain que les ARS et le gouvernement soient disposés à saisir le message. Le Centre Hospitalier Régional Universitaire de Nancy constitue un cas d’école et confirme les témoignages apportés par Docteur Richard et Docteur Monpetit, que vous venez d’entendre.
L’hôpital s’apprête donc à subir un plan d’économie drastique. 600 postes et 170 lits vont être supprimés. Nancy se situe pourtant dans la région Grand Est, une des plus touchées par le coronavirus.
C’est ce dont nous parle Sophie Perrin-Phan Dinh, militante CGT à l’hôpital de Nancy. En fait le CHRU de Nancy, comme plein d’hôpitaux, est dans le rouge. Il est en déficit.
Donc un hôpital forcément il y a beaucoup, beaucoup de dépenses. Et il n’est pas voué, normalement, à faire du bénéfice. Pour obtenir des subventions, l’État a dit à l’hôpital, au CHU de Nancy : “Il va falloir que vous fassiez des économies”.
Et en fait la masse salariale, les salaires du personnel, c’est ça qui coûte le plus cher à l’hôpital. C’est normal, pour faire fonctionner un hôpital il faut des bras, il faut des compétences. Donc en 2019, des plans ont été faits.
Et les chiffres sont sortis. Et en fait la direction a travaillé sur un plan d’économies, qui s’est traduit par au départ 598 postes et 174 lits à supprimer d’ici 2023. Le ministre Olivier Véran pendant la crise a annoncé, suite aux propos de Christophe Lannelongue, ancien directeur de l’ARS Grand Est, que les plans d’économies à l’hôpital, de restructurations, et de suppressions de lits, étaient suspendus. “Suspendus”, ça ne veut pas dire “annulés”, ça ne veut pas dire “oubliés”, c’est juste suspendu.
Et on m’a appris dans un article de journal, parce que c’est comme ça aussi qu’on apprend les choses à l’hôpital, même en tant que représentant du personnel, si on peut le dire comme ça, c’est que ça serait pas 598, mais 1000 postes qui allaient être supprimés. Ce plan continue d’opérer malgré la crise sanitaire. Et ce, sachant que l’hôpital de Nancy et son personnel soignant avaient été grandement mis en difficulté dans le cadre de la gestion de l’épidémie.
C’était clairement un enfer à l’hôpital, je peux vous le dire. Tout a été réorganisé. Il y a eu des services qui ont fermé.
Le CHU de Nancy s’en est sorti parce qu’il a transféré des patients en dehors de l’hôpital. Dans des régions autre que le Grand Est. Sans ça, les lits de réanimation au CHU auraient été saturés.
C’est à dire qu’on n’aurait pas été en capacité d’accueillir les patients Covid qui nécessitaient une hospitalisation en réanimation. Pendant cette période, c’est les services de chirurgie programmée qui ont fermé. Il y a des consultations qui ont été annulées.
On nous a dit que les urgences étaient assurées ou orientées vers d’autres hôpitaux. Les patients qui initialement devaient se faire opérer à cette période-là ont été reportés et dans certains cas leur situation s’est aggravée. Ce qui n’était pas urgent est devenu urgent.
Moi je travaille en chirurgie habituellement mon service a fermé. Donc j’ai été balancée, le terme est vraiment pesé, j’ai été balancée dans un service de médecine qui accueillait des patients Covid. Ce service-là a ouvert spécifiquement pour la période.
Si on avait obtenu les moyens qu’on revendique depuis des années et des années cette situation-là n’aurait pas eu lieu. Les conséquences de plusieurs années de politiques d’austérité continuent de se dessiner à mesure que la crise sanitaire évolue. Pour reprendre les termes du docteur Monpetit, 30% des emplois dans la santé sont effectivement des postes administratifs.
Au CHRU de Nancy, Sophie Perrin-Phan Dinh nous explique même qu’un “pôle stratégique” y a été développé. Pendant ce temps, des lits continuent d’être supprimés. Des postes de soignants aussi.
Tout ça au nom d’objectifs de rentabilité qui ne devraient pas avoir leur place, lorsque l’on parle de santé publique. Résultat ? Il n’y avait pas assez de moyens pour assurer la prise en charge du Covid-19 tout en maintenant les autres activités médicales, pourtant tout aussi nécessaires.
Surtout lorsque l’on parle de cancers.