AU PROCÈS DE MACRON, J'AI INTERPRÉTÉ MON PDG-ESPION PRÉFÉRÉ... (ft Bernard Arnault)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- Bonsoir M. le Président - Bonsoir M. Bernard Arnault - Donc...
Je pars dans ma déclaration préalable ? - Non, auparavant M. Bernard Arnault vous allez jurer de dire la vérité, rien que la vérité, toute la vérité, de lever la main droite et dites "Je le jure". - Je le jure. - Très bien M.
Bernard Arnault, nous vous écoutons. - Bon, je suis évidemment assez scandalisé par le procès que vous intentez à mon ami Emmanuel Macron et je viens ici pour témoigner des valeurs de solidarité, d'écoute, d'empathie qui animent le Président de la République, c'est tellement la France. Vous avez un Président jeune, un Président dynamique, un Président moderne qui réussit, qui incarne le renouveau et tout de suite ça y est, des critiques, des petites jalousies, je vais vous dire voilà, c'est ma traduction, c'est l'un des symptômes, nous sommes dans un pays de jaloux.
Y'a des esprits mesquins, y'a des esprits mesquins partout, moi je le vois par exemple vous savez que j'ai enfin accédé à la troisième marche des fortunes mondiales dans le classement Forbes. Merci ! ça pourrait être une fierté pour la France, on a la médaille de bronze, ça ne nous arrive pas si souvent, et à la place, à la place d'applaudir, à la place de féliciter, voilà qu'il y'en a qui calculent : +11 milliards d'euros en un mois on me dit.
Alors ils se mettent à faire des calculs 350 millions d'euros par jour, 15 millions de l'heure, 250 000€ par minute, 4 500€ par seconde, y'a un mec qui traduit ça gnia gnia gni, gnia gnia gnia, injustice fiscale, inégalités, patati patata, ils me disent ça fait 4 SMIC par seconde, et alors !? Comme si c'était pas un truc archaïque le SMIC.
On est tellement mesquins, je vais vous dire, on est dans un pays tellement mesquin. Je vois des gens qui manifestent pour avoir quoi, 1%, 2% d'augmentation sur ce SMIC c'est à dire 10€, 20€ en plus, vous imaginez la mesquinerie de ce pays ? Quand j'ai entendu parler la première fois d'Emmanuel Macron, il était de gauche, et je vous assure que pour moi, ça a des relents d'Union Soviétique.
On commence par l'impôt sur le revenu et on se retrouve au goulag et donc, bon, plus que méfiant. Il se trouvait au secrétariat de l’Élysée et là quand même, bon, c'était du temps de Hollande et c'est la première fois où il m'a vraiment bluffé quand même. Le pacte de responsabilité, j'ai trouvé que c'était une idée formidable.
Le CICE vous savez. Donner 20 milliards d'euros, comme ça aux entreprises, moi, je me suis méfié, j'ai flairé le piège. Je me suis dit, qu'est-ce qu'il y a comme contre partie, ils vont nous demander des obligations, on va être obligés d'embaucher, comme ça ça s'appelait "emploi" en plus, est-ce qu'il y a des papiers à remplir, mais rien, rien de rien.
Là il m'a scotché, et dans le privé c'est moi qui en ai bénéficié le plus, avec Carrefour, plus de 700 millions en 5 ans, et là vous allez rire, là où c'est le plus drôle, c'est que j'ai profité de ce Crédit Emploi Compétitivité pour licencier, pour licencier 3 000 caissières. Non, non, on m'a rien dit. Tout le monde était content, pas une remarque du Ministère du Travail, pas une remarque du Ministère de l’Économie.
Et là, la nouvelle idée dans le dernier budget, vous l'avez vu, on double le CICE, 40 milliards d'euros cette année. Je vais pouvoir licencier deux fois plus! Alors jusqu'alors je le regardais un peu de loin mais vous connaissez un petit peu mes déboires familiaux, vous savez non ? - Oh oui, oui, oui, on est très au courant... - Parce que j'avais marié ma fille, Delphine à un bel Italien, d'une bonne famille, Alessandro, on avait fait ça dans un château, je lui ai payée une traîne de 120 m de long, avec des vieilles voitures, j'avais même eu la bénédiction papale.
C'est quand même rare, en présence de Ministres, et puis tout ça. Et voilà qu'elle se sépare et qu'elle va avec ce Xavier là, vous avez vu ? Oui ! - Bon, il a quand même des airs de voyou, il a gardé un petit côté maquereau quoi.
Des mauvaises manières, un peu vulgaires, d'ailleurs c'est lui qui m'a refringué pour ce soir. - Parfait, parfait... - C'est lui qui m'a conseillé ça, il m'a dit chez Mermet t'y vas comme ça quoi, laisse tomber Dior.
Ils sont des grands copains avec Emmanuel, ils se voyaient en couple, un coup à Paris, un coup à Los Angeles, un coup sur la Côte d'Azur et puis on a commencé à sympathiser, par Brigitte aussi, Brigitte qui est très bien, pas du tout socialiste de ce côté là ça va. Elle assistait aux défilés à mes côtés, bon c'est elle qui a enseigné à nos enfants, Frédéric et Jean à Saint Louis de Gonzague vous savez. Donc ça nous a rapproché, on lui a prêté des robes Dior à 15 000€.
C'était assez sympa et début 2016, quand il y a eu cette idée En Marche, quand ce projet a commencé à émerger, on a commencé à recevoir Emmanuel et Brigitte en couple chaque semaine, à la maison. On a fait ça discrètement, parce qu'un ministre socialiste de l'économie chez l'homme le plus riche du monde, euh de France pardon, ça pouvait faire jaser. C'est mon ambition qui me trahit, voyez y'a des lapsus comme ça.
De quoi on parlait, c'est la question, de choses et d'autres. De Bach et de l'impôt de solidarité sur la fortune, de Beethoven et de la Flat Tax, De Van Gogh et de l'Exit tax, de Mondrian et de l'impôt sur les sociétés, de Yves Kein et des prud'hommes, de l'art contemporain en général quoi. Mon gendre Xavier me taquinait, et semaine après semaine, il disait "alors, qu'est-ce qu'il y a cette semaine sur ta liste de courses?" Ma grande idée, que je cherchais à lui filer, c'est, vous savez, y a ce truc sur les mairies, là, "Liberté, égalité, fraternité".
Qu'est-ce que ça veut dire? C'est flou. Ça signifie rien.
On dit des valeurs, mais elles cotent combien en Bourse, ces valeurs? Même, peut-être, c'est des valeurs qui peuvent nous coûter! Si on les prend au sérieux.
Alors, moi, j'ai tout de suite proposé de les remplacer par "Rentabilité, efficacité, productivité", et je dois dire que sur toutes mes demandes, j'ai trouvé un homme très à l'écoute, qui faisait preuve d'une empathie, qui comprend les difficultés pour une famille comme la nôtre de vivre dans un pays comme la France. Bon, donc ça, c'était avant la campagne électorale, j'avais encore des réserves, parce que bon, il venait de ce côté, je vous ai dit, gauche, tout ça...
Et après on s'est tous rabattus à fond sur lui. Après Fillon, là, pff...
Moi, j'ai mis Les Échos, Le Parisien, L'Opinion, je les ai tous mis dessus, Xavier a fait pareil, Patrick a fait pareil, Vincent a fait pareil, Arnaud a fait pareil, Martin a fait pareil...
Au-delà de notre petite querelle, on y est tous allés, sur lui. Et on l'a pas regretté. Faut dire ce qui est.
D'ailleurs, mon gendre, toujours, Xavier (qui est taquin), il s'amusait après l'élection à cocher la liste de courses, vous voyez: impôt de solidarité sur la fortune, c'est fait, exit tax, c'est fait, flat tax, c'est fait...
Parce que c'est un homme de parole, en plus. Emmanuel Macron tient ses promesses. Mais moi, au-delà des chiffres, j'ai apprécié son tact.
Dans ses grands discours, à Versailles, à la télé, au 14 juillet, jamais il avait un mot sur l'évasion fiscale, sur l'optimisation, sur toutes ces petites choses-là, voyez. Il préférait parler de fraude sociale, et je trouve ça vachement classe de sa part, quoi. Un mutisme total, et ça, c'est quand même quelque chose qu'on doit saluer.
D'ailleurs, même dans son allocution, la semaine dernière, post "grand débat", je l'ai trouvé à nouveau plein de sensibilité, de délicatesse, et même d'humour. Il a dit quoi sur l'évasion fiscale? "Mais le gouvernement a tout fait !" Et donc, ça, j'ai trouvé que c'était drôle.
Je veux dire, il est suffisamment entouré d'amis pour savoir comment ça se passe, Emmanuel, mais... - Une minute! - Ça me va.
De toute façon, mon temps est précieux. Bon, donc pour faire bref, on a un super président, il a des idées formidables, il fait preuve de solidarité, d'empathie, d'écoute, il n'a qu'une parole, et, comme je vous disais, le temps presse... le temps, c'est de l'argent, et dans mon cas c'est même beaucoup d'argent, donc voilà, je vous laisse à vos affaires. - Est-ce que Monsieur le procureur a des questions à poser au témoin? - Des remarques.
C'est le propre sans doute des grands procès d'assise qu'il y a toujours des moments d'émotion intense. J'ai été ému. Je voudrais dire que ces histoires sur la justice de classe, "selon que vous êtes puissant ou misérable", ce sont des calomnies infâmes qui jettent le discrédit sur une institution honnête de manière inadmissible, mais moi je... euh... - Un câlin ! - Bécot, Bernard !
Cœur ! - Très émouvant en effet. Est-ce que la défense a quelque chose à dire ? - Oui Monsieur le Président.
Alors évidemment, je suis un petit peu étonné de cette collusion de l'accusation avec le témoin, mais j'aimerais dire à Monsieur euh.. Bolloré..
Niel ? Pinault ? - Arnault ! - Arnault pardon, excusez-moi, je confondais... - Y en a qui suivent ! - Je défends Emmanuel Macron, donc bien évidemment je vous défends également, et j'aimerais dire aux personnes dans la salle que je crois que vous êtes profondément incompris.
Car moi, j'ai été très touché quand vous avez parlé des Paradise Papers, quand vous avez évoqué, sans les mentionner (par pudeur sans doute) les paradis fiscaux, moi j'ai senti que c'était votre façon à vous de dire : "Je veux du soleil !"
François Ruffin