4 ans après la mort de Mahsa Amini, les femmes iraniennes sont-elles plus libres ?
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:38OuverteRéponse directe
En 4 ans, les choses ont-elles bougé favorablement pour les femmes en Iran ?
- 1:58OuverteRéponse directe
C'est la guerre qui a détourné les priorités du régime ?
- 3:53OuverteRéponse directe
Au-delà du voile, on voit aussi des femmes avec les bras nus, des jupes...
- 5:31OuverteRéponse directe
Que reste-t-il aujourd'hui du mouvement Femmes, Vie, Liberté ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:46Invité politiqueFait
« les femmes ont obtenu cette liberté de ne pas porter le voile islamique obligatoire, en tout cas dans des grandes villes. »
- 1:02Invité politiqueFait
« on ne voit plus la police des mœurs dans la rue. »
- 1:12Invité politiqueFait
« Les lois restent discriminatoires, qu'il s'agisse de la loi constitutionnelle, du code pénal ou encore du code civil. »
- 1:24Invité politiqueFait
« le Parlement est en train de voter des lois encore plus limitatives en ce qui concerne les divorces à l'initiative féminine. »
- 2:32Invité politiqueChiffre
« 80% ou plus de 80% même sont pour la liberté des femmes de choisir de porter ou non le voile. »
- 4:03Invité politiqueFait
« Là, les personnes étaient tout de suite arrêtées, emprisonnées. »
- 4:15Invité politiqueFait
« le pouvoir a demandé aux forces de l'ordre de ne pas intervenir en disant aussi à leurs nervis, à leurs ultraconservateurs, que les pays étaient en guerre et que nous n'avons pas besoin d'autres problèmes. »
- 5:04Invité politiqueChiffre
« depuis le mois de janvier, plus de 550 personnes ont été exécutées, dont plusieurs dizaines de prisonniers et prisonnières politiques. »
- 5:19Invité politiqueFait
« il y a plusieurs dizaines de Baha'is aussi qui ont été arrêtées et emprisonnées, dont beaucoup de femmes. »
Temps de parole
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Il est 6h21, il y a 4 ans, la mort de la jeune Marsa Amini en Iran pendant sa garde à vue pour avoir porté un voile mal ajusté provoquait un soulèvement inédit dans le pays, le début du mouvement Femmes, Vie, Liberté. Qu'en est-il aujourd'hui ? Les femmes iraniennes sont-elles plus libres ? C'est la question du jour. Et elle vous est adressée à Zadekian. Bonjour. Bonjour. Vous êtes franco-iranienne, on vous présente souvent comme l'une des voix les plus écoutées de la diaspora. Vous êtes professeure émérite de sociologie à l'université Paris-Cité. En 4 ans, les choses ont-elles bougé favorablement pour les femmes en Iran ?
Écoutez, dans la pratique, effectivement, mais pas dans les lois. C'est-à-dire que les femmes ont obtenu cette liberté de ne pas porter le voile islamique obligatoire, en tout cas dans des grandes villes. Et que pour l'instant, le pouvoir est contraint du fait aussi de la guerre, de les laisser tranquilles. Donc, on ne voit plus la police des mœurs dans la rue. En revanche, en ce qui concerne les lois, elles restent inchangées. Les lois restent discriminatoires, qu'il s'agisse de la loi constitutionnelle, du code pénal ou encore du code civil. Et aussi, la loi qui oblige les femmes à se voiler. Cette loi existe toujours.
Et d'ailleurs, ces dernières semaines, le Parlement est en train de voter des lois encore plus limitatives en ce qui concerne les divorces à l'initiative féminine. Donc, en fait, ce qu'on constate, c'est que les femmes iraniennes, grâce au mouvement Femmes de Liberté, ont, je pense, gagné une bataille, mais pas la guerre.
Et
justement, vous parliez de guerre, celle qui se passe en ce moment contre les Etats-Unis, contre Israël aussi, dans le détroit d'Hormuz. C'est ça qui a détourné finalement les priorités du régime iranien ? Il lâche du lest momentanément parce que, tout simplement, il n
'a
pas le temps de s'en occuper, c'est ça ?
Effectivement, effectivement. Et d'ailleurs, ils savent pertinemment que ça va créer davantage de tensions s'ils remettent en marche leur police des mœurs. Il faut savoir que récemment, il y a eu plusieurs sondages effectués par le ministère de l'Intérieur en Iran, dont très récemment les résultats ont été dévoilés, qui montrent que la majorité écrasante,
c
'est-à
-dire
que 80% des personnes sondées sont contre la guerre, mais aussi contre le pouvoir. Et aussi 80% ou plus de 80% même sont pour la liberté des femmes de choisir de porter ou non le voile. Donc en fait, cette question de liberté en général, et liberté des femmes en particulier, est maintenant un phénomène qui est devenu très largement accepté par la société. On voit souvent même des hommes qui interviennent dans l'espace public pour défendre des femmes qui ne portent plus le voile. Ça,
ça n'arrivait jamais
avant
?
Avant, non, absolument pas. Avant, les hommes qui sont étrangers à la famille des femmes, etc., n'intervenaient pas pour défendre des femmes qui ne portent pas le voile. Aujourd'hui,
c
'est la monnaie courante. En tout cas, je parle des grandes villes où les femmes, effectivement, et de plus en plus, notamment des jeunes femmes, sortent sans voile et donc ne respectent pas cette loi de cette République islamique. Il ne
faut
pas oublier l'importance primordiale du voile islamique comme l'un des fondements principaux de ce régime. Et donc, les femmes ont lancé un diatribe à ce fondement-là et ont rejeté de ce fait le même régime. Et
au-delà du voile, on voit aussi de plus en plus de femmes avec les bras nus, des jupes qui montrent les jambes. Ça aussi, ça n'arrivait pas avant
?
Oh, absolument pas. Là, les personnes étaient tout de suite arrêtées, emprisonnées. Mais aujourd'hui, on constate qu'effectivement, le pouvoir a demandé aux forces de l'ordre de ne pas intervenir en disant aussi à leurs nervis, à leurs ultraconservateurs, que les pays étaient en guerre et que nous n'avons pas besoin d'autres problèmes. Il ne
faut
pas oublier que l'Iran aussi fait face à une importante crise économique. Donc,
il
y a des économistes iraniens qui partent de hyperinflation. Donc, vous voyez bien que pour l'instant, le pouvoir a d'autres choix à fouetter que de venir embêter les femmes. Néanmoins, les ultras n'ont pas lâché du l'Est. C'est-à-dire que dès que la guerre est finie, il est fort probable qu'ils souhaitent...
Il y a un retour de bâton.
Absolument. Voilà. Et entre-temps, ce qu'on constate, c'est que les exécutions continuent, les arrestations continuent, y compris les arrestations des femmes. Et puis, cette année, depuis le mois de janvier, plus de 550 personnes ont été exécutées, dont plusieurs dizaines de prisonniers et prisonnières politiques. Et il y a aussi une minorité religieuse en Iran, des Baha'is, qui sont particulièrement persécutées et qui continuent à l'être. Et tout récemment, il y a plusieurs dizaines de Baha'is aussi qui ont été arrêtées et emprisonnées, dont beaucoup de femmes.
Que reste-t-il aujourd'hui du mouvement Femmes, Vie, Liberté ? Est-ce qu'il y a encore des manifestations en Iran
? Des
manifestations, non. Pendant la guerre, cette guerre a été très au détriment de la société civile iranienne et très au détriment du mouvement des femmes. Donc, on n'est plus face à des manifestations, si ce n'est que la manifestation, les manifestations des retraités, par exemple, par-ci, par-là, qui revendiquent leur salaire. Ça, oui, mais des manifestations du type politique, non. Il y a les Kurdes iraniens qui ont appelé à une grève aujourd'hui même. On va voir si la grève sera nationale et sera suivie. En tout cas, pour l'instant, les femmes ne manifestent plus dans les ruches. Ça devient absolument très, disons, contrôlé, tout ça, par le régime.
Merci, merci, merci beaucoup pour votre analyse, Azadekian, professeur émérite de sociologie à l'Université Paris-Cité. Vous étiez en direct dans le 5-7.