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interviewC dans l'air· 6 février 2026 11 min

2027 : Marine Le Pen, touchée mais pas coulée ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... - A.Casse: Bonsoir.

M.Le Pen sera-t-elle candidate à la présidentielle de 2027? Son avenir politique s'est sans doute joué cette semaine au palais de justice de Paris, lors du procès en appel des assistants parlementaires européens du RN.

Bonsoir, L.Valdiguié. Vous êtes journaliste d'investigation à "Marianne", pour qui vous suivez ce procès.

Vous allez nous le raconter de l'intérieur. Votre hebdomadaire a titré "Mal barrée", avec le portrait de M.Le Pen.

Voici votre article. Dans le procès en appel de M.Le Pen, un réquisitoire coup de massue.

Est-ce que ça a été un choc quand les réquisitions sont tombées? - L.Valdiguié: Ca a été plusieurs chocs successifs.

Les réquisitions, ça dure entre 5 et 6 heures. C'est long. Chacun scrute, dans les mots des procureurs, car ils étaient 2 à se relayer, les bons et les mauvais points.

Personne ne sait comment ça va se terminer. La pièce est en l'air pendant 5 heures 30 et ce qui nous intéresse, ça dure 20 secondes: la peine réclamée à la fin par le parquet. On la connaît, il demande la confirmation du jugement de première instance, un an de bracelet électronique et surtout 5 ans d'inéligibilité.

Ca, ça claque comme un coup de fouet. M.Le Pen était au 1er rang.

Quand elle est sortie par l'espèce de...

C'est une grande salle majestueuse, tapissée de bois, la plus belle salle du vieux palais de justice de Paris, avec d'énormes lustres. Les magistrats sont un peu en hauteur, sous des boiseries. Là, elle a traversé l'allée.

Il était presque 19h. Elle avait quand même l'air sonnée. Si les 3 juges suivent à la lettre les réquisitions, c'est la fin de M.Le Pen en politique. - A.Casse: Et quand les réquisitions tombent, par étapes, on apprend d'abord que l'exécution provisoire n'est pas requise.

On se demande alors si tout n'est pas en train de changer. - L.Valdiguié: A ce moment-là, on n'y comprend plus rien.

L'exécution provisoire, c'est ce dispositif en première instance...

Les juges en première instance lui ont collé l'exécution provisoire à la peine de 5 ans d'inéligibilité, la rendant avec effet immédiat. Pour M.Le Pen, c'était une victoire à la Pyrrhus.

Puisque le parquet général a dit que l'exécution provisoire n'aurait pas dû intervenir, au fond, elle peut se désoler car sans cette exécution provisoire en première instance, l'appel n'aurait pas eu lieu aujourd'hui en urgence et elle aurait probablement pu être candidate. On dit souvent que le droit n'est pas une science exacte, mais c'est souvent une science cruelle. - A.Casse: Là, ces réquisitions, ce n'est pas encore la décision finale.

C'est une tendance. Ca donne peut-être l'orientation que la décision pourrait prendre. Est-ce qu'il y a encore un trou de souris où M.Le Pen peut arriver à être tout de même candidate en 2027? - L.Valdiguié: Alors, oui...

C'est plus le chas d'une aiguille qu'un trou de souris. Elle va tout jouer sur mercredi prochain. C'est le Tour de France où il ne reste plus qu'une étape à l'arrivée, avec un virage avant l'arrivée...

Ce dernier virage avant l'arrivée, mercredi après-midi, c'est ses 2 avocats. Ils ont déposé des conclusions devant la cour d'appel. On connaît ces conclusions.

D'ailleurs, les plaidoiries ont commencé mercredi. Il y aura encore des plaidoiries lundi et mardi, avant les leurs. Tous les avocats ont installé un clou et ils tapent sur le même clou. - A.Casse: Quel est ce clou? - L.Valdiguié: C'est le détournement de fonds publics européens.

Ils estiment que le délit pour lequel elle est poursuivie, le détournement de fonds publics, ne pouvait pas s'appliquer dans les années 2004-2014, la date de prévention, aux députés européens. Ils estiment que ce n'est qu'en 2018 en France que ça s'est appliqué aux députés et aux sénateurs. Donc, rétroactivement, c'est impossible.

C'est une sorte de joker de dernière minute. Si les 3 magistrats de la cour d'appel les suivent, ils sont tous relaxés. - A.Casse: C'est pour ça que M.Le Pen dit qu'elle croit au miracle? - L.Valdiguié: C'est pour ça que M.Le Pen, effectivement, dans les petits apartés qu'elle accorde aux journalistes en marge de cette audience...

Dans cette salle bondée, il y a tous les rangs de la presse, et puis une petite estrade au milieu. C'est la grande salle du procès pénal. On la connaît dans les livres d'histoire.

Pétain était juste dedans. Et puis il y a comme un petit comptoir de bistrot de 50 cm de large, en bois...

Là, M.Le Pen vient s'accouder et elle débriefe les audiences. Le matin des réquisitions, elle a dit: "Je suis croyante, je crois aux miracles, mais je sais que ça va être pénible." Le miracle pour elle, ce serait que la cour d'appel suive le joker, la martingale de ses avocats.

Pourquoi pas? Un procès, on sait toujours comment ça commence, mais jamais comment ça finit! On est toujours surpris par le résultat. - A.Casse: En tout cas, il y a un changement d'attitude par rapport à celle que M.Le Pen avait en 1re instance lors du procès.

On va l'écouter. L'an dernier, elle dénonçait un procès politique. Ce n'est plus le cas. - M.Le Pen: Nous n'avons violé aucune règle. - La réalité de ce dossier, c'est qu'il y avait une pratique parlementaire qui était considérée par les députés RN, comme les députés MoDem, comme les députés de Podemos, comme les députés de LFI, comme une pratique autorisée. - A.Casse: Pour la 1re fois, elle dit que des délits ont pu être commis, mais involontairement.

Parce que s'il n'y a pas d'intention, il n'y a pas de délit. Mais le parquet, lui, dénonce une manoeuvre... "C'est une remise en cause de façade." - L.Valdiguié: M.Le Pen, c'est la première de cordée.

Elle a donné le ton, donné la direction. On reconnaît un peu, on s'excuse un peu, mais au fond, on nie l'essentiel. Et l'essentiel, c'est ce que le parti dit être un système décidé par elle de vases communicants entre les fonds du Parlement européen et les fonds du parti.

Mais comme ils sont 8 derrière elle, pour les autres, ça a été très compliqué. Ils essayent de suivre la première de cordée, mais ils dévissent. Ils sont face à leurs écrits de l'époque.

Ils sont dans une situation épouvantable, de devoir faire dire à la barre l'inverse de ce que l'on comprend de ce qu'ils ont écrit à l'époque. C'est ça qui donne une impression de cordée qui a dévissé. C'est pour ça que le parquet jouait sur du velours par rapport à tous les éléments de preuves accablants du dossier.

C'est l'avocat de M.Le Pen, qu'on a vu, qui va devoir faire, dans cette salle, trembler les murs et la plaidoirie de sa vie, s'il veut...

C'est un peu comme quelqu'un qui voudrait arrêter un TGV. On peut, mais ça va être difficile. - A.Casse: C'est du judiciaire, certes, mais il y a du politique derrière.

Il est question de la présidentielle de 2027. Vous le ressentez, dans cette salle du tribunal? - L.Valdiguié: Tous les jours.

Et pourquoi? J'ai assisté au procès Sarkozy, au procès Fillon, au procès Balkany, à quand même quelques procès politiques...

Ils ont tous été jugés, et parfois condamnés, après leur carrière politique, à la fin. C'est la 1re fois, et c'est pour ça que ce procès Le Pen a quelque chose d'un peu plus historique que les autres, que les juges sont face à un destin politique en cours. N.Sarkozy, qui vient d'être condamné à 5 ans de prison ferme, n'est plus président depuis 15 ans.

Là, c'est l'enjeu de cette audience. C'est aussi son paradoxe. M.Le Pen, à l'intérieur de la salle, ne s'est jamais posée en candidate à la présidentielle.

L'autre jour, on lui a demandé... "Vous allez avoir la parole en dernier, mercredi prochain.

Allez-vous dire aux juges de ne pas vous interdire?" Elle a balayé ça d'un revers de main. En réalité, elle refuse que cette enceinte soit une enceinte politique.

Et pourtant, toujours dans ses apartés, elle a reconnu que son avenir se décidera dans cette salle. C'est dire l'enjeu, dire si elle est consciente de l'enjeu de cette audience. On saura mercredi quelle sera la date du délibéré. - A.Casse: Et on suivra la semaine prochaine les plaidoiries.

Voilà pour le procès. Il y a aussi l'affaire Epstein, tentaculaire, qui a des conséquences en France. Je parle encore de M.Le Pen, car son nom est cité dans cette affaire.

Mais à quel titre? - L.Valdiguié: Son nom est cité... 3 millions de documents ont été rendus publics par l'administration américaine.

Il y a un petit moteur de recherche formidable, vous pouvez taper "Aurélie Casse", et je crois que vous pourrez trouver votre nom à un moment donné...

Non, il n'y a pas. M.Le Pen apparaît dans des mails car il est question d'elle dans des mails entre Epstein et S.Bannon.

Il est question d'argent, mais ça la concerne de loin. - A.Casse: Mais il y a un volet français dans cette affaire? - L.Valdiguié: Un énorme volet français!

Tout a démarré avec un Français, qui était le compère, le complice d'Epstein et qui lui aussi s'est suicidé, à la Santé, le 19 février 2022. - A.Casse: Merci d'avoir été avec nous ce soir.

On peut lire votre article dans "Marianne". On va continuer à suivre vos articles qui relatent le procès de M.Le Pen.

Nous, nous allons parler dans un instant